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LE NATURALISTE

REVUE ILLUSTREE

DES SCIENCES NATURELLES

AYFX LA COLLABORATION DE MM.

ALLARD, membre de la Société eotomologique de France.

AiVCEY, membre de la Société malacologiquo de France.

AUSTAUT, membre de la Société entomologiqne de France.

BATAILLON, préparateur à la Faculté des sciences de Lyon.

BOCOUUT, cx-conservateur des galeries de zoologie du Muséum do Pans.

BOIS, assistaut do Culture au Muséum d'histoire naturelle de Paris.

BONNET (D'), attaché au hiboratoirc de Botanique du Muséum de Paris.

BONNIER (Gaston), professeur à la Sorbonno.

BOULE, assistaut do Géologie au Muséum do Paris.

BOUVIER, professeur au Muséuui do Paris.

BRONGNIART ^Ch.), assistant .au Muséum d'histoiro naturelle de Paris.

CIIAUVEAUD, agrégé de l'Université.

CHRÉTIEN, membre de la Société entnuinlogique do Franco.

COLOMB, préparateur de Botanique à la Sorbonno.

COSMOVICI (D'), de Jassy.

COSTANTIN, maitre de conféreucos à l'Ecole normale supérieure.

COUPIN, préparateur à la Sorbonno.

CUÉNOT, docteur es sciences, charge de cours à la Faculté des sciences de Nancy

D.AGUILLON, maître do conférences à la faculté dos sciences do Paris

DANGEARD, maitro de Conférences à la Faculté de Poitiers.

DECAUX, membre de la .Société entomologique de France.

DENIKER, bibliothécaire du Muséum de Paris.

DUFOUR, docteur es sciences.

FABRE-DOMERGUE, directeur du laboratoire de Conoarneau.

FOLIN (Marquis de), membre de la mission scientifique du Traimillmy et du

Talimiftn. GADEAU DE KERVILLE, membre do la Société zoologiquo de France. GAUBERT, préparateur au Muséum. GIARD, chargé de cours à la Sorbonno.

GIROD (D' Paul), professeur à la Faculté des sciences de Clermont-Ferrand. GLANGEACD, attaché au Collège de France. GOUX, du Muséum d'histoire naturelle de Paris. GRANGER (A.), membre de la Société linnéenne do Bordeaux. GRUVEL, chef de travaus à la Faculté dos sciences de Buideaux. HARIOT, attaché au Muséum d'histoiro naturelle de Paris. HECKEL (D' Ed.), professeur à la Faculté des scieuees de Marseille. UOULBERT, Docteur es sciences. JACOB, membre de la Société de photographie.

JOUSSEAUME (D^), ex-président do la Société zoologique do Franco. KtEIILER (D'), professeur à la Faculté dos sciences do Lyon. LAIIILLE, docteur es sciences.

Iv.VT.VSTE (F.), s. -directeur du musée do Santiago (Chili). LECO.MTE (IL), agrégé de l'Université.

LÉVEILLÉ (H.), ox-professeur au collège colonial de Pondichéry. M.VGAUI) IV.VITBUSSON, membre de la Société zoologique de France. IVL'VL.ART, directeur du laboratoire maritime de .Sc-Vaast. MALINVAUD, secrétaire général de la Société botanique do France. M.M-LOIZEL, secrétaire bibliothécaire au Muséum de Paris. MASSAL, attaché au Muséum. MÉNÉGAUX, agrégé de l'Université.

MEUNIER (Stanislas), professeur de Géologie au Muséum de Paris. MOCOUARD (F.), assistant do Zoologie au Muséum de Paris. NOËL (Paul). D' du laboratoire d'ontomulogie do Rouen. OUSTALET, assistant de Zoologie au Muséum de Paris. PATOUILLARD, membre do la Société botanique de France. PIZON (A.), professeur au lycée Janson, Paris. PLANET, membre de la Société entomologique de France. PLATEAU, professeur à l'Université do Gand. POU.IADE, du Muséum d'histoire uaturello de Paris.

POUSSARGUES (E. de), préparateur au Muséum d'histoire naturelle do Paris. PRIEAL agrégé de rUnivorsité. RABAUD (Et.), licencié es sciences naturelles. RAILLIET, professeur à l'Ecole vétérinaire d'Alfort. REGNAULT, docteur en médecine. RENAULT, du Muséum.

ROUY , ancien vice-président de la Société botanique de France. SANTINI (Em.), professeur do sciences. SAUVINET, assistant de Zoologie au Muséum de Paris. SAINT-LOUP (Remy), maitre de conférences à l'Ecole des Hautes Etudes. SCIIAECK (F. de), attaché au Muséum d'histoire naturelle de Paris. SP.VLIKOWSKI, de Rouen.

TROUESSART (D'), ex-dirocteur du Muséum d'histoire naturelle d'Angers. VAILLANT, iirofesseur au Muséum do Paris. XAMBEU (Cap".), membre de la Société entomologique de France. ETC., BiTC.

a

PARAISSANT LE r ET LE 15 DE CHAQUE MOIS

PAUL GROULT, Secrétaire de la Rédaction

19' Année

11* Année de la S" Série

ABONNEMENT ANNUEL

France 1 0 ir. "

Algérie 10 ,>

Pays compris dans l'Union postale 11 »

Tous les autres pays 12 »

PARIS LES FILS D'EMILE DEYROLLE, ÉDITEURS

46, itiE DU lîAc, 46 1897

19" ANNÉE

SÉRIE M* «3e

1" JANVIER 1897

LE NATURALISTE

HKVUB ILLIISTHÉE

DES SCIENCES NATURELLES

LES RACES DE L'INDE

LES BEDES

Ce peuple est connu depuis une li.uitc antiquité. Pto- léniee fait mention do cette rare, et les auteurs sanscrits

eux-mt^mes en parlent dans leurs ouvrages. Ils les dé- signent sous le nom de Védas.

Assez répandus dans l'Inde, h'.ti Bédés habitent le sud de la chaîne des Gliattes, les montagnes boisées de Ceylan et les monts de Mysore et aussi le Bengale ils portent tantôtle nom de Bédés, tanKHcelui de Bêdars, tan- tôt, enfin, relui ilr Vc'Irn-'! nu chasseurs. Entièrement

sauvages, possédant un dialecte intelligible à eux seuls, ilss'eni])loient, pour vivre, à châtrer les animaux et à

t'alirii|uer des tambours. Fort habiles à prendre des ser- pents et à exécuter des tours d'adresse, ils passent en

Slnvaio liills : Vue tlYercaud.

outre leur temps à mendier, et au besoin à voler. Cou- l veux et leur barbe pendant en tresse, sans jamais les verts d'un simple lambeau de toile, ils portentleurs che- | couper ni les nettoyer. Ils habitent dans le creux des

Le Naturaliste, 46, rue du Bue, Paris.

LE NATURALISTE

arbres et dans les cavernes, ol se nourrissent de Iriiils, de racines, de la viande de toutes espèces d'animaux et d'aliments que les oiseaux les ]ilus voraces sont seuls à leur disputer.

Les Bédés no possèdent ipi'une épouse et le divorce leur est interdit. Ceux du Bengale honorent une divinité qu'ils appellent Masstt. Celle-ci se complaît au.\ sacrifices humains. Ceux de l'Inde méi'idionale et de Cpylan n'ont

Shivai'O Hills

ni temples ni idoles; ils rendent un culle, particulier aux astres, aux esprits de leurs ancêtres (;t aux démntis, qu'ils s'elTorcent d'apaiser ])ar_des sacrifices. Ils exjjosent leurs morts dans les forêts et les livrent en pàtun; aux ani-

Cliuti's dr K(;iiiieily.

maux féroces. Très adroits chasseurs, ils excellent à ]ireudro les éléphants.

Les Védars de Ceylan constituent la race aborigène de cettiî ih', ils portaient jadis le nom de Yakkos. Après

.Sliivarn Hills : Rochers ilo Kennedy.

la conquête de l'île, il y a environ deux mille ans, ils se l des forêts, imitant ainsi la retraite des autres peuplades retirèrent sur les montagnes escarpées et au plus profond aborigènes de l'Inde, devant l'invasion aryenne.

LE NATURALISTE

l'iio fraction iIps Biklùs, les Curiimbars de l'inile eonli- uontalp, ciinnurcMit jadis les jours il(? ploiro, et consti- tuèrent, dans l'Inde antiiine un puissant royaume. Celui-ci s'étendait deiiuis la ])rovince d'Orissa et la Ni-rliudda au nonl iusi|u';i la rivière Velhir au sud. Canjiverani élail, li'ur capitale. Les temples souterrains et les senl[]tufes des sept pagodes de Sadras paraissent être l'œuvre de leurs princes. Les Bédés semblent avoir été un des pre- miers peuples (pii aient occupé l'Inde dés l'origine. Quand ils y apparurent, le pays entier était une immense forêt, habitée par les animaux sauvages. Si l'on en croit la tradition, les Bédés se livrèrent tout d'abord à la chasse des bétes féroces; ils n'eurent k l'origine ni forts, ni huttes, ni rois, ni livres, ni civilisation. Totalement nus, ils ne connaissaient pas même l'iustitutinn du mariage. Ils possédaient seulement quelques idées religieuses.

Leur cruauté leur fit donner le nom de Cnrumbars. (J'est sous ce nom ijn'ils se répandirent de plus en plus, con- vinrent d'élire un chef et bâtirent les premiers forts.

Aux Bédés, mais sans pourtant avoir de relations avec eux, se rattaclient les Irulas, dont nous avons parlé au- trefois, et les Maley-Arasars ou rois des montagnes, peu- ldades([ue nous avons vues tant sur les Nilgiris que sur les Shivaroliills, lors de notre séjour dans l'Inde. Ces Ijenples, tombés au dernier degré de la dégradation in- tellectu(dle et morale, vont presque nus, vivent de rep- tiles, d'animaux qu'ils prennent à la course et au piège, de miel sauvage, de graines et de racines, errent en va- gabonds, habitant les cavernes, les troncs des vieux- arbres, les anfractuosités des rochers et offrent en secret di's sacrifices sanglants au démon, qu'ils adorent sous le nnni lie liulam.

Nous donnons ici c(uebiues vues des pays huliid's par les Bédés ou les races qui s'y rattachent.

Hector Léveilli'j.

LE r" JANVIER 1896 EN AMÉRIQUE

ANNIVERSAIRE D'UNE PLUIE ÉTRANGE

Le jour ce numéro jjaraitra, il y aura juste un an i|u'un phénomène aussi étrange que rare, frappait de stupéfaction les habitants de l'Etat de l'Utah, et ceux du Wyoming. Depuis Oyden jusqu'à Evanston (plus de 180 kilomètres), une i)luie salée s'abattit subitement. L'eau était si salée que les étoffes mouillées étaient cou- vertes, une fois séchées, d'une épaisse couche de cristaux de chlorure de sodium. A Evanston, il y en avait telle- ment sur les vitres, qu'on ne voyait plus au travers. A Almy (Wyoming), ville de 23 kilomètres carrés, au ilire du r»"' C.-T. Gamble, qui en a fait le calcul, l'averse a déposé plus de 28 tonnes de sel !

La pluie est tombée pendant deux heures environ. Puis le soleil a réapparu, séchant les surfaces mouillées qui apparurent alors recouvertes d'une couche blanchâtre de sid cristallisé : tout avait pris cette teinte uniforme, don- nant l'illusion lie la neige. Mais quand, avec la nuit, vint le refroidissement /le la température, on si^ trouva en présence d'une conséquence fâcheuse et imprôviie de ce qui s'était passé, dans la journée : les communications télégraphiques étaient interrompues sur un parcours de idus de 60 kilomètres. L'exjjlication en est fort simple; l'eau salée se congela dans les isolateurs et autour d(!S tiges qui les supportent, et la glace salée étant bonne

conductrice di! l'électricité, le courant se perdit dans le sol. On dut avoir recours aux pompiers pour laver abon- damment poteaux et isolateurs avec une pompe à in- cendie.

Il était, paiiiit-il, cependant quelquefois arrivé dans le Wyoming que la jiluie ou la neige fussent quelque peu salées, lorsque le vent souflle de l'ouest, car il rase alors la surface du tirand Lac salé, situé à plus de 100 kilo- mètres de Ôyden! Mais il ne faut pas oublier qu'il a une superficie de plus do !j.300 kilomètres carrés.

Des phénomènes do ce genre ont souvent été remar- qués à Sait Lake Cily.

Le Raiiroad Gazelle fait remarquer que ces faits sont sans doute la cause pour laquelle on trouve toujours de l'eau plus ou moins salée lorsqu'on creuse, dans celte région, des puits au pied des vastes plateaux.

Espérons que cotte année, les habitants d'Oyden et ceux d'Evanston [lourront s'envoyer librement leurs télégrammes de souhaits de nouvel an.

Voilà encore un curieux exemple des pluies étranges. Ils sont assez nombreux, et nous y reviendrons avec quelques détails.

Paul .Iacoiî.

UN DERNIER MOT

LA MÉTÉORITE DE MADRID

(;)n se rap]ielle la sensation profonde, portée en Espagne jusqu'à l'épouvante, que provoqua, le 10 février 1800, l'explosion d'un bolide dans les environs de Madrid. Les météorites recueillies, fort peu abondantes, sont for- mées d'une roclie presque blanche à grains, cristallins très fins et que traversent en tous sens des veinules d'un noir profond. Grâce à la bonne obligeance de M. J. Mac- l'herson, je me suis trouvé tout de suite en possession d'un petit échantillon de cette substance précieuse, que j'ai déposé dans la riche collection du Muséum, mais dont j'ai prélevé des parcelles pour un examen prélimi- naire qui fut communiqué à l'Académie des sciences dès le 9 mars.

Je n'y reviendrais ]ias s'il ne se trouvait que des chi- mistes espagnols, ayant repris le sujet avec des maté- riaux plus abondants, n'avaient cru devoir accompagner la publication de leurs analyses d'une critique de ma note. Je suis heureux de pouvoir profiter de la grande jjublicité du Naluralhte pour rétablir les choses à leur juste point de vue.

Tout d'abord, voici dans quels termes très concis j'ai résumé mes déterminations dans le Compte rendu de l'Académie : « La substance de la météorite contraste, par sa teinte d'un gris très clair, avec la nuance foncée de la croûte qui recouvre le fragment de plusieurs côtés. Cette croûte varie nettement suivant les régions, et ses caractères dans les différents points permettent de dis- tinguer la face du fragment qui se trouvait en avant pen- dant le trajet atmosphérique et celle qui se trouvait en arrière : daus la première, la croûte est d'un noir rous- sàtre avec des reflets un peu mordorés très remarqualdes; elle est relativement mince. Dans la seconde, la croule, qui est plus épaisse, est d'un noir profond. Au travers de la roche météoritique se luontrent des veines tout à fait noires et parfois épaisses de, plus de deux millimètres;

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LE NATURALISTE

ces veines s'anastomosent entre elles, se bifurquent et, çà et là, se perdent insensiblement dans la masse. La densité du fragment, prise à la température de 16°, a été trouvée égale à 3,o98. Différents essais, faits sur une très petite quantité dépoussière, soit à l'aide du chalumeau et de quelipies réactifs, soit au moyen de la liqueur lourde de M. Thoulet, soit enfin au microscope, ont per- mis de reconnaître la coexistence de granules métal- liques très magnétiques, formés de fer nickelé, avec du sulfure de fer (troïlite), de péridot facilement attaquable aux acides, des minéraux feldspathiques tricliniques très maclés et des pyroxènes magnésiens (1). La réaction du chrome a été nettement obtenue avec de tous petits grains noirs faciles à isoler.

C'est postérieurement à ma publication que "SI. Bouilla publia une analyse chimique quantitative, et M. Gre- dilla un examen microscopique. Leur résultat fut que la pierre de Madrid appartient à un type lithologique nou- veau, qu'il faudrait appeler la Madridtte. Je proteste contre cette conclusion, qui me semble tout à fait illégi- time, et je persiste, comme au début, à ranger la nouvelle météorite dans mon ancien type chantonnite se ren- contrent déjà un très grand nombre de chutes distinctes. Dans une lettre qu'il a bien voulu m'écrire récemment, M. Gredilla affirme que ses échantillons sont trècho'ides et formés de fragments juxtaposés consistant les uns en chantonnite et les autres en montréjite. Je ne puis con- trôler cette assertion et le spécimen du Muséum est en- tièrement fait de chantonnite.

Tout d'abord il me sera facile de montrer que, malgré la forme donnée à leur publication, les chimistes de Madrid ne modifient pas sensiblement mes propres résultats. Voici, en deux colonnes, la composition miné- ralogique de la pierre :

D'après M. Gredilla :

Troïlite.

Chromile.

Schreibersite.

Oligolilase.

Augite. )

Eustatile. i

Péridot.

D'après tues essais : Fer nickelé. Troïlite. Cliromite. Schreibersite. Feldspath Iriclinique.

Pyro.Nèues magnésiens. Péridot.

Les différences se bornent à ce qui concerne d'une part les minéraux feldspathiques et, d'autre part, les minéraux pyroxéniques.

En ce qui concerne la matière feldspathique, j'en ai très nettement reconnu la présence et j'avais vu qu'il s'agit de cristaux tricliniques ; mais je doute fort d'une reconnaissance sérieuse de l'oligolvlaso. Dans les coupes minces des pierres comparaldes à celles de Madrid, les feldspaths ne se montrent guère grains déterminables cristallographiquement, et on conclut d'ordinaire la pré- sence de tel ou tel d'entre eux des résultats de l'analyse chimique ; c'estun procédé extrêmement peu suret si je suis convaincu qu'il y a des jilagioklases dans la météo- rite espagnole, je ne voudrais pas garantir que c'est plutôt de l'oligolclase (|u'un antre ou que le mélange de plusieurs.

Pour ce qui est des minrraux jiyrûxéniques, il faut avant tout prévenir un malentendu. Il s'agit, dans ma détermination, des 3)i/roa;ènes rhombiques de la famille de

(1) Une faute typographique a mis ces trois mots au sin- gulier dans le Compte rendu, ce qui donuail à ma détermi- uatiou une pn'cision qu'elle n'avait pas et ijui serait inexacte.

l'hypersthène et non des pyroxènes monocliniques, comme sont l'augite et le diopside. Ces pyroxènes rhombiques appartiennent à plusieurs espèces; la plus abondante est la bronzite,et, à ce titre, la météorite de Madrid reproduit les caractères de toutes les météorites blanches d'aspect analogue. On peut voir par exemple que M. Brezina, que je cite justement parce que j'ai été souvent en désaccord avec lui, les définit, sous le nom déjà pi'oposé par Gus- tave Rose de Chondrite, comme étant « im Wesentlichen aus Bronzit, Olivin, Nickeleisen, bestehend (i) ». Quoi qu'en dise M. Gredilla, la météorite de Madrid n'a rien d'exceptionnel, et en particulier elle coïncide exactement avec les pierres tombées le 3 février 1882, à Mocs, eu Transylvanie. J'avais "antérieurement compris cette der- nière chute dans le type lucéite, mais je l'en ai retirée à la suite de l'étude des veinules noires de certains spéci- mens qui en font de la chantonnite.

J'ajouterai, en terminant, que je ne conteste''ni la présence de l'augite ni celle de l'eustatite signalées par i\I. Gredilla. Mais ces minéraux ne sont certainement pas essentiels. J'ai rencontré bien souvent, on peut dire ordinairement, de l'eustatite dans des pierres analogues à celles de SLadrid, soit en géodes (et j'ai même décrit dans le temps la plus lielle géode de ce genre qu'on ait jamais signalée), soit en groupements radiés constituant le siiueletto d'un grand nombre de ces globules que Rose a désignés sous le nom de chondres. Mais les chondres sont aussi nomlireux dans les montréjites qu'ils sont rares dans les lucèitcs et dans les chantannites.

Je crois devoir ajouter, à cette occasion, qu'il résulte d'expériences que je n'ai pas encore terminées, mais qui promettent quelque perfectionnement dans l'analyse immédiate des météorites, qu'on peut distinguer la bron- zite même très peu' ferrifère, de l'eustatite à l'attaque ([u'elle éprouve d'un courant de chlore au rouge, après lequel elle est devenue partiellement solulile dans les acides.

Si, dans l'avenir, quelque circonstance favorable met le Muséum en mesure d'augmenter sa quantité de météo- rite de Madrid, je ne manquerai pas d'ailleurs de com- jiléter avec elle la série de nos lames minces et je sou- mettrai sa composition à uu contrôle no\iveau.

Stanislas Meunier.

La i^ixestion des Sources

La question des sources, si importante au point de vue de l'hygiène, intéresse encore bien plus le géologue, car c'est lui qui permet à l'ingénieur de diriger ses travaux avec méthode.

Une première erreur très répandue dans le monde, c'est de voir dans la recherch'e des sources quelque chose do mysté- rieux : il faudrait avoir un don spécial, un génie à part! Sans doute, il faut pour cela des connaissances spéciales; mais on ne naît pas plus découvreur de sources t[u'on ne naît géologue. C'est l'étude qui permet do savoir ce que l'on doit faire en pareil cas. Il faut certainement avoir un jugement droit et ré- Héchi; mais c'est en cela comme en toute autre chose, quand on est ingénieur. N',a-l-on ))as vu des municipalités faire ap- peler des bergers munis d'une baguette magique pour tout diplôme? Cela me rappelle une de mes arrière-grand' tantes, abbesse mitrée dans un couvent cloîtré au sommet d'une colline qui tenta d'un coup de crosse faire jaillir l'eau du rocher. Sa foi naivo excusait son ignorance : mieux vaut imiter Moïse que de s'en rapporter aux devins du village. Et puis cette

(I) l>ie Meleorischersammlung der KK. llofmuseum, am i" mai 1803 (Vienne).

LE NATURALISTE

sainte femme agissait par elle-m<Mnc; pourquoi les éclievins no confiaient-ils pas i\ leurs ingi'nieurs le soin de tenir la ba- guette de couili'icr qui s'incline d'elle-même au-dessus des sources ; au lieu de la confier à un ignorant, qui peut la ma- nœuvrer sans en avoir conscience, par auto-suggeslion, quand il croit avoir trouvé la source?

Une secoude erreur presque aussi répandue, c'est de croire que les sources vicnuent du tond de la terre. Sans doute, on trouve, dans les pays volcaniques, des sources d'eau chaude très minéralisées, qui viennent do plusieurs centaines do mé- trés de profondeur; mais dans les terrains de sédiment, les sources ne viennent pas d'en bas, elles viennent, au contraire, d'en haut : leur partie souterraine est toujours au-dessus du plan de leur point d'émergence. Si on trouve des sources sur le plateau des montagnes, ce n'est pas à leur sommet, mais dans leur partie déclive. La question des sources est une ques- tion do niveau; or l'eau ne monte pas, à l'état liquide, elle descend toujours, sauf dans les vases communiquants !

Nos collines sont simplement des lémoiiix de la hauteur pri- mitive du terrain, raviné par le.s eau-x de pluie qui ont formé les v.iUées d'érosion, coulent les ruisseaux, les riviéies et les fleuves. Quant aux sources, elles viennent tout bonnement de la pluie qui tombe sur les plateaux des collines Cela est si vrai, qu'elles sont plus abondantes après île longues pluies, et qu'elles tarissent toujours un peu, quand il a été longtemps sans pleuvoir L'eau de jiliiie tombe sur les collines, s'inlilire dans le sol, et en traverse les différentes couches, en se char- geant de ce qu'elle y peut dissoudre, jusqu'à ce qu'elle soit arrêtée par une couche imperméable d'argile. Elle suit cette couche dans toutes ses dépressions, la ravine d'une foule de petits canaux raméfiés comme des veines, qui vont en grossis- sant, jusqu'à ce ([u'elle finisse par gagner l'endroit se trouve le prolil de la colline. Théoriquement, la source est là! C'est la source cachée aux regards des hommes et que la géo- logie leur indique mieux que toutes les baguettes magiques. Dans le fait, elle émerge plus bas, car la pente de la colline est elle-même recouverte d'éboulis provenant du sommet et de terre végétale. Aussi, l'eau s'infiltre-t-elle dans ces terrains de dégradation, pour devenir visible un peu plus loin, et pro- duire des ruisseaus ou des marécages, ou tout au moins pour donner à la végétation desséchée un ton vert tout particulier. La moindre habitude fait dire aux enfants de dix ans : là, il y a une source. Aussi, en faisant tout le tour de la montagne, on trouve toutes les sources à peu prés à la même hauteur, quand la couche d'argile est horizontale. L'épaisseur varinble de l'éboulis à traverser fait que la source peut afileurer un peu plus haut ou un peu plus bas.

Pour sim)dilicr les choses, nous avons supposé qu'il n'y avait qu'une seule couche imperméable; mais cette couche peut pré- senter des solutions de continuité, qui permettent à une partie de l'eau retenue de descendre plus bas et de traverser d'autres couches plus perméables, jusqu'à ce qu'elle soit ar- rêtée à son toui' par un second lit d'argile placé plus bas que le premier. On a alors une seconde ligne de sources, souvent plus importante que l'autre, parce que son périmètre, excen- tri(|ue par rapport à la première, est forcément plus étendu.

Le grand secret de la captation des sources, quand on a reconnu les principales veines qui doivent être recoupées par les tranchées, c'est d'ouvrir ces tranchées le plus prés pos- sible do la bordure de la couche d'argile sêdimentaire, afin de ne pas laisser de jour entre celte bordure et le fond de la tranchée. Sans quoi, une partie notable de la veine ou de la nappe liquide peut s'infiltrer à travers cette solution de conti- nuité, et passer sous le fond de la tranchée, malgré sa pro- fondeur. D'ailleurs on comprend qu'on n'a aucun intérêt à faire descendre celle-ci plus bas que la couche imperméable. Son fond doit lui faire suite sans la moindre interruption. Tout le talent de l'ingénieur consiste iirêciscment à éviter le plus |)0ssible la déperdition de l'eau qui peut s'infiltrer entre les deux. Nous supposons, bien entendu, que toutes les veines imporlantes ont été reconnues et qu'il n'en a pas oublié une seule. La faible quantité d'eau, qui reste dans la rivière voisine après le cajitage, montre jusqu'à quel p"int le (;aptage a ê-té complet dans son exécution.

D' BoccoN.

DESCRIPTION DE DEUX ESPÈCES NOUVELLES de Singes

DE LA COLLECTION DU MUSÉUM DE PARIS

La riclio collecliou ili^ Primates qui figure dans les galeries du Muséum renferme deux espèces (un Cerco- cèlio et un Macaque) déierminées et dénommées par M. le Professseur Milne-Edwanls, mais qui n'ont pas encore été décrites et peuvent èlre considérées comme inédites.

M. M ilne Edwards m'ayanl autorisé à inildier la diagnose de ces deux espèces dans la seconde édition du Catalogue des Mammifères vivants et fossiles actuellement sous presse, je crois utile d'en donner ici une description jikis com- plète.

\. C'eucocehus .\r;iLis, M. -Edwards, 188fi.

Cercocebus artulnis (jracitibus, niijro fnlvoquc variegatus {siatt in Ccrcopitli. callithricho, sed obsciirior), pilia alter- natim fulvo et nigro annelatis, sitbtus albieantibus ; facie, auribus, pedibusque nigris; pilû frontis erectis; cauda longitudinem corporis cum capitc paiilo superante, cum dorsû concolore, pilis curtis vestita; Cercocelio albigena minor (Mus. Paris). Congo intiriore, a De Drazza.

Ce Cercocèbe, découvert dans l'intérieur ilu Congo par M. de Brazza, a fait partie de l'Exposition des objets rap- l)0rtés par ce voyageur et organisée en 1886 au Muséum. Ses caractères n'étaient connus quepar l'indication insuf- fisante donnée par M. Rivière dans l'article qu'il a con- sacré au compte rendu de cette exposition (1), indication qui semble avoir échappé à la plupart des naturalistes.

Le Cercocèbe agile est remarquable par ses membres grêles qui contrastent avec les formes robustes de la plupart des espèces de cegenre, nolammenUbiCei'cocebus albigena (Gray},(iui habite aussi le Congo. La nouvelle espèce s'en distingue à première vue par son pelage tiqueté, chaque poil étant annelé alternativement do brun et de gris fauve comme chez la Guenon Callitriche, mais l'ensem- ble du pelage parait plus foncé. Les poils de la tète et du dos sont plus nettement annelés que ceux des lianes, de sorte i|ue la teinte passe insensiblement au fauve brun, puis au fauve clair et au blanc sous le ventre. L'extrémité des quatre membres est d'un gris foncé. Cette dernière couleur est aussi celle de la queue qui est grôle, couverte de jioils courts, unicolore, le dessous n'étant pas plus clair que le dessus, mais avec la toufl'e terminale blan- châtre. Les parties nues, c'est-à-dire la face, les oreilles, les mains et les pii'ds, sont noirâtres.

La disposition des poils de la tète est caractéristique : ceux du sommet de la tète sont assez longs et drcssiJs en brosse : ils paraissent diverger d'un point central en forme de houppe, mais ne sont pas rabattus ni séparés par des raies. Les poils qui ombragent les yeux en guise d(î sourcils, sont seuls dirigés hori/.ontalement en avant, comme c'est d'ailleurs l'ordinaire chez la plupart des ( 'ercoi)itliéciens ; ceux des joues sont longs et forment de grands favoris étalés en éventail, mais non relevés en arrièro et en haut comme ceux d'autres espèces.

(1) Revue Scientifique, 18SC, XII, p. 15.

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LE NATURALISTE

CIMRNSIONS :

Corps avec la Icte 0 »>, 63

(sans la tête) 0 ,45

Queue (sans la touffe terminale) 0 , C4

Paume de la main 0 ,09

Avant-bras 0 ,20

Plante du pied 0 ,16

Jambe (longuoui- du tibia) 0 ,21

L'ospèce doni, 1(î Cercocebus agilis se rapprorlip In plus pst évidpmmi'nt lo Cercocehux yaltritus [Petors (1)] de rAfriqun oriciilalc (Mitola) dont le pelage est également tiqueté, et (jui présente des formes grêles. Mais la dispo- sition des poils de la tête est différente dans les deux espèces. Si la figure que Peters a donnée de son Cercocèbe est exacte, <;e singe présente une coiffure aplatie très carac- téristique, i-ap|]eiant celle du Macaiiue lionnet-chiuois (Macacua sinicus, L.). Comme rindi(iue le nom de » gale- ritus », c'est une sorte de iicrruque ilout les poils rayonnent d'un point central et se divisent en trois touffes rabattues etdivergentes, séparées par dos raies très nettes, une touffe antérieure et deux latérales. Tout autre est la disposition des poils chez le C. agilis, dont la chevelure se dresse en houppe, imitant la coiffure dite « enracinea droites «. Il est donc inqiossihle de confondre l'espèce de l'Al'riciue occidentale (Congo français) avec celle de l'Afrique orientale précédemment connue.

II. Macaci;s Harmandi, M. Edw. (Musée de Paris).

Macacus fiixco-nigcr, infrù pallidior, pilis haitd annclath ; orbitis, geiiis, genubun, prymnisque badio tinclis ; cauda brevissima. l'utlits fulvo-griseus. Monte Chantidioun (Siam), a Doctore llarmand.

Ce Macaque est remarquable par sa couleur sombre, presque noire, teinte qui ne se retrouve au même degré dans aucune autre espèce du genre et qui rappelle le Cijnopitheciis niger (Desm.) des îles Célèbes. Le Macacus muunis (F. Cuv.) qui habite également Célèbes est beaucoup moins foncé et présente d'ailleurs des formes moins robustes.

Le Macacus Harmandi est d'un brun très foncé parais- saut complètementnuirlorsqupl'animal est dans l'ombre. Le jielage est formé de poils très longs sur le dos et les flancs (H à 12 centimètres), remarquablement lisses et brHlanU,cc qui contribue à les faire paraître plus foncés. Ces poils sont un peu plus clairs à l'intérieur des jambes et sous le ventre ils passent au brun roux. Cette même couleur se retrouve aux genoux et au pourtour des callo- sités fessières; mais cette teinte pourrait bien être artifi- cielle, comme on l'observe sur d'autres singes. Le pour- tour des orbites, les pommettes des joues et les callosités sont d'un rouge bai ou carminé ; le museau, le centré des callosités et les quatre extrémités sont noires. La queue, très courte, n'a pas plus de A centimètres sans la toulfe terminale de poils. Les poils du front sont courts, divi- sés sur la ligne médiane et appliqués de chaque côté en forme de bandeaux ; sous le cou il existe une petite barbe qui ne s'étend pas jusqu'au menton. Les formes trapues et la taille sont celles du Macacus arctoides (Geoff.). Un très jeune individu provenant de la même localité est d'un gris fauve assez clair.

(1) M. B. Akad. Berlin. 1819, p. 830, pi. 1 B.

DIMENSIONS :

Corp.s avec la tête 0™, 63

Queue 0 , 03

avec la touffe terminale 0 , 05

Paume de la main 0 , Il

Avant-bras 0 , 17

Plante du pied 0 , 14

Jambe (tibia) 0 , 23

Cette nouvelle espèce est voisine du Macacus arctoides par ses propoi'lioiis robustes et la coloration de sa face; mais aucune des nombreuses variétés décrites et figu- rées jiar les auteurs, notamment par M. Anderson (1) M. melanotus (Gray) et M. brunneus (Andcrs.), par exemple, . ne ])résente des teintes aussi foncées ni lo pelage lisse et iirillant qui la caractérise. Chez M. arctoides le pelage est toujours plus ou moins tiqueté; chezM.ffar"- mandi au contraire, tous les poils sont d'une teinte uni- l'orme, même sous le ventre oit la couleur plus claire du I)elage permettrait de distinguer les anneaux s'il s'agissait simplement d'une variéti' nègre de M. arctoides ou d'un mé/ani'sjne accidentel.

Dans l'état actuel de la science, on doit donc consi- dérer cette forme intéressante comme constituant une espèce distincte propre aux montagnes qui séparent le Cambodge du royaume de Siam, à peu de distance de la mer, dans la parlio orientab' du golfe de Siam.

D"- E. TnOUESSART.

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M. de Keihervé, à Lacres par Samer (Pas-de-Calais), offre et demande des Gyrinides du globe.

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S'adresser pour les lots et colleclions ci-dossus à (I Les Fils D'Emile Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris. »

(t) Anatom. pi. I et II.

and Zool. Researches of Yunnan, 1878, p. 45,

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LE NATURALISTE

13

L'ERODIUM BÂTTAÎfDIERIANÏÏM linuy

ESPÈCE ALGÉRIENNE NOUVELLE

En compulsant récemment les Erodium de mon herbier, afin de préparer li'S diagnoaes des Erodium .lacriiiiiiianinn P. cl iM., teniiisecluiii G. et G. liltoreiiin l,ém.. pour le l'asciculc VI des llliisha/iones pluntanim Europ.v rafioriiin, et relies des espèces de ce goure pour le louielVde \a.Eloi'edc France, je me suis apen-u que je n'avais pas encore donné la descrip- tion d'un Erodium iurdittrouvé, eu mai 1S92, eu compagnie de Mme Uouy et de JIM. Charpentier, de Naiiteuil et Pellercau, dans les gorges du Chabet-el-Akhra (chaîne des Babors), entre Sétif et Bougie, plante qu'avait également vue M. Poisson, assistant au Muséum, qui avait aussi appelé sur elle mon at- tention.

Depuis lors, cet Erodium existe dans mes collections sous le nom de E. Ballandic.rianum, car je t'avais dédié aussitôt à mon ami M. Battandicr en souvenir des excellentes excursions qu'il nous lit faire, ainsi que SI. le D'' 'l'rahut, eu Algérie eu 189-2. Voici sa description:

K.Battaudierianum. Radiée perenni fusiformi satis gracili stipulis coronata. Caule millo. Foliis radicatibtis nunierosis longe petiolatis limbo ptibesceiite amhilu orbiciilnri irreijii- lariler crenalo rariiis Irilobo lobis fere œr/iiatibus dentatis. Peliolix leuuibu? s;epissime limljo 2-i-plo Innr/ioribiis. Scapis gracilibus rniillifloris, umbelliirtnn radiis eloiigrilis pariiin iii:pi/ualibiis ; hracleoWs ovato-acutis ruiescentihus. Sepnlis apice late seariosis hreuissbne inucroniilitlis loiii/e elliplicis striatis pubescentibus ; /je/n/i's magnis rosels ;f.\.iim'mum Hla- mentis hirsutis sterilibus late oblongis apice rotundalis. Car- pidiis oblongis longe pilosis a'me plica coiicenlrica, rostro eloiif/uto glabro, robusto.

Hab Algérie : rochers herbeux et bords des fossés à l'entrée et jusqu'au milieu des gorges du Cliabet-el-Akhra, entre Kerrala et Bougie (3 mai 1S92).

Plante appartenant au groupe des Acaidia Batt. et Trab. {FI. .ilg., p. 125) et comprenant, en outre, pour la région composée du Maroc, de l'Algérie et de la Tunisie, les E. as- plenioides'WMd.j Atlanticum CoBS. et C/wuletlianuin Coss. Ce dernier que je possède des récoltes de Choulotte, de Cossou et du D' Julien, s'en écarte k première vue parles feuilles bi- pinnatiséqués (1). LE. Atlanticum, d'après mes exemplaires du Djebcl-Aziwel, Ait-Adouyous {Marocj, en diffère par les .feuilles i limbe ovale presquetriséqué, à lobes profondément dentés, le médian subtrilobé ou triparti!, les scapes pauci- Oores (1-3-flores au lieu de 3-n-Uores), les Meurs une fois plus petites et le bec des carpelles très grêle. Enfin \'E. asplenioides Villd. [Geranimn asplenioides Desf. FI. AUa>U.,2,\t. lOO.t. 16S) en est distinct, d'après la planche de Dcsfoutaines et mes exemplaires algériens du Djebel Bou-Chenak {Icr/. i. Reboud), et du Djebel-Maruuf près El-.Miliah [leg. Cossoul, par les feuilles velues, à limbe ovale S-ii-lobé, le lobe terminal sensi- blement plus grand et sublobé, les rayons de l'ombelle très iuégaux, les sépales mutiques, larges, elliptiques ou ovales, les pétales violets, le bec du double plus long et plus gros.

Il me parait inutile d'insister sur les caractères dillérentiels qui séparent l'E. Ilallandierianum des autres espèces vivaces acaules européennes ou orientales qui toutes, même 1'^. liois- sieri Coss. [E. asplenioides Boiss., non Villd.), présentent des feuilles pinuatiséquées ou bipinnatiséquées.

G. RouY.

(I) Les sépales sont indiqués par erreur mutiques dans la Elorede l'.llge'rie : ils sont brièvement mais nettement mucro- nés, surtout sur les exemplaires, cultivés à l'école de Méde- cine d'Alger, que m'a remis en 1892 M. le D'- Trabut.

ANIMAUX

Mythologiques, légendaires, historiques, illustres,

célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence,

d'adresse, de courage, de bonté, d'attachement,

de reconnaissance, etc.

Corbeau. Au sujet de cet oiseau fameux, Pline

dit (Hisloriarum mundi lib. X, cap. X\) : « Tous les

autres oiseaux du rnèuie peure chasseat leurs petits du nid et les contraignent à voler; les corbeaux, quoiqu'ils ne vivent pas uniquement de chair, font la même chose ; ils ne souffrent pas même que leurs petits, devenus adultes, demeurent dans leur voisinage. Aussi n'en voit-on pas plus de deux couples dans les cantons peu étendus; il n'y eu a jamais qu'im dans les environs deCranon.en Tlies- salie ; le père et la mère cèdent la place à leurs enfants. Les corbeaux produisent avant le solstice; ils sont ma- lades soixante jours, et souffrent surtout de la soif avant la maturité des figues d'automne. La corneille, à cette époque, commence à être allaijuée de cette maladie. Les corbeaux pondent ordinairement cinq (cufs. Le vulgaire croit qu'ils pondent ou s'accouplent par le liée ; que, ]iour cette raison, une l'emmc enceinte, si elle mange un œuf de corbeau, rendra son enfant par la bouche, et qu'en général elle accouchera dillicilemeiit si ou porte un œuf de corbeau dans la maison. Aristote nie expressément que le corbeau, pas plus (jm^ l'ibis euEgypte, s'accouplent de la sorte: les baisers qu'ils se donnent si souvent ne sont jias différents de ceux des colombes.

<c Les corbeaux seuls, dans les auspices, paraissent avoir l'intelligence des choses qu'ils annoncent. Leur plus sinistre présage a lieu quand ils étouffent leur voix comme si on les étranglait. »

Nous reviendrons à Pline tout à l'heure.

Le corbeau est souvent mentionné dans la Bible, l'éty- mologie de son nom, oreb, 'orab, vient d'une racine si- gnifiant être noir. Un corbeau fut envoyé par Noé hors de l'arche pour voir si les eaux s'étaient enfin écoulées ; Genèse, viii, 7 : « Et il lâcha un corbeau, qui sortit, allant et venant, jusqu'à ce que les eaux séchassent sur la ferre. »

Le corbeau était un oiseau impur chez les Hébreux ; Woitique, xi, 13 Entre les oiseaux vous tiendrez ceux- ci pour abominables et l'on n'en mangera point: savoir... 15. Toute espèce de corbeau. » Sous ce nom générique étaient évidemment com[n-is les freux, la corneille, la pie, etc.

8ur l'ordre de Dieu, les corbeaux furent chargés de nourrir le prophète Elle près duruisseauCarith. : IIlRois XVII, 3 : Il Va t'en d'ici; va vers l'orient et cache-toi sur les bords du torrent de Carith, qui est en face du Jour- dain. — 4. Tu boiras de l'eau du torrent: j'ai ordonné

aux corbeaux de t'y apporter de la nourriture. 6.

Les corbeaux lui apportaient du pain et de la viande, et le soir aussi du pain et de la viande, et il buvait de l'eau du torrent. »

Les Ecritures mentionnent souvent le corbeau comme témoignage de la bonté de Dieu envers ses créatures :

Job, xxxviii, 41. i( Qui préjiare au corbeau sa nourri- ture lorsque les petits, courant çà et là, crient vers Dieu, ]iarce qu'ils n'ont rien à manger'^ »

Psaume CXLVI, 9. « Qui donne aux bétes la nourriture

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LE NATURALISTE

qui leur convient, et qui nourrit les petits des corbeaux invoquant son secours? »

Luc, XII, 24. Considérez les corbeaux ; ils ne sèment ni ne moissonnent ; ils n'ont ni cellier ni grenier; cepen- dant Dieu les nourrit. Et combien leur êtes-vous supé- rieurs? »

Ils sont énumérés avec la chouette, le héron, etc., pour marquer la désolation et la ruine futures d'Kdum ; Isiiie, XXXIV, 12. « Le butor et le hérisson la possédi'i-oiU, (ridumt'c): le héi'on et le corbeau y établirdiil leur demeure, » etc.

lien est de même pour l'Assyrie : Sop/jonù-, il, 14. « Les troupeaux se reposeront au milieu d'elle (Assur), ainsi que toutes les bétes des pays d'alentour. Le butor et le hérisson habiteront dans ses riches vestibules, les oiseaux crieront sur ses fenêtres, et le corbeau au-des- sus de ses jiortes, parce que j'anéantirai toute sa puis- sance. »

Les cheveux du Bien-aimé, dans le Cantique des Can- tiques (v, H), sont comparés au noir et brillant plumage du corbeau : « Sa tète est comme un or très pur ; ses cheveux sont tout frisés et noirs comme le corbeau. »

Le corbeau était consacré à Apollon ; aussi Stace dans sa Thébaïdc (III, v. KOO) l'ajipelle-t-il noir compagnon du dieu au trépied, et Pétrone (Satyricon, 122) oiseau de Del- phes.

Ovide (ilelamofplioses, liv. II, v. S34 et sqq.) et Hyginus {Fable 202) disent que jadis le corbeau était blanc, mais qu'il fut noirci complètement par Apollon pour lui avoir fait connaître l'infidélité de sa maîtresse Coronis, en ce moment sur lo point de donner le jour à Esculape. Il y a toujours eu comme cela des gens qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas. Irrité au suprême degré, le dieu perça d'une flèche le corps doulilement sacré de la malheu- reuse princesse, arracha l'enfant de son sein, et le confia aux soins du Centaure Chiron, ce vieil érudit qu'on ren- contre si souvent dans les récits mythologiques; mais bientôt désolé de la perte de celle qu'il avait tant aimée, et reconnaissant (trop tard, hélas ! pour la réhabiliter; l'innocence de sa maîtresse, il tourna ce qui lui restait de colère contre son tropbavard satellite, et il lui noircit complètement les )duraes.

Selon qu'un corbeau apparaissait en l'air, volant à votre droite ou à votre gauche, c'était un bon ou un mauvais présage; ainsi, pour une foule allant dans les deux sens d'une route, le même corbeau présageait du malheur aux uns et du bonheur aux autres.

Il annonçait la pluie etles orages par ses croassements. Nicandro y fait allusion au vers 406 de ses Thériaques :

« Lo milan, le vautour et le corbeau annoncent la pluie eu criant. «

Lucrèce {De naturd rerutn, \ih. V, v. 1082 et sq.) dit aussi :

Et partim mutant cum tempestatibiis una RauL-isonus c.intus coruii.'um et .saecla vetusta, Corvorum(|uc grèges, abi aquain dicuntur et imbres Poscere, et interdum ventos aurasque vocare.

« Leurs chants rauques changent souvent à l'approche des tempêtes; telle est la corneille séculaire, et les nom- breuses troupes de corbeaux dont l'àpre croassement semble demander la pluie, les vents et les orages. »

Ils étaient connus comme ne vivant que de carnage et dévorant les cadavres des supphciés. C'est ce que dit la Bible dans lesProverbes, xxx, 17: « Que l'œil qui insulte

a son père et qui méprise sa mère, soit crevé par les cor- beaux des torrents et mangé par les petits de l'aigle. » Horace, dans VEpttre xvidu livre II, vers 48, fait allusion au dicton romain : donner à manger aux corbeaux, c'est- à-dire être attaché au gibet :

non pasres in cruce corvos.

« Ton corjjs ne servira pas de pâture aux corbeaux. » Catulle, dans son Epigramme cviii contre Cominius,

parlede cet attrait invincil)le qu'ont lesyeux pour le cor-

lieau : <• Si tu mourais.

Non equidem dubito qiiin primùm inimi.-a bonorum Lingua e.xsecta avido sit data vulUu-io ; Effos.sos oculos voret atro gutture corvus, Intestina canes, caetera niembralupi,

je ne doute pas ijue ta langue, ennemie de tous les

gens de bien, ne fut d'abord coupée et livrée à l'avide vautour ; le noir corlieau creuserait à coups de bec et dévorerait tes yeux; tes entrailles seraient jetées aux chiens, et les loups se disputeraient le reste de tes membres. » Il y en aurait pour tout le monde.

Aristophane, dans les Oiseaux, dit aussi : « Le corbeau arrive et, volant avec précaution, il crève à coups de bec les yeux du parjure. » Et, plus loin : « Les corbeaux ar- rachent les yeux dos bieufs lafiourant les champs et des brebis qui y paissent. »

Saint Grégoire de Nysse, dans son i/omé/ie xiii, appelle les corbeaux : « crapxoêôpov t(ôv ètpôaXixwv à^avicTTtxov * des- tructeurs des yeux des carnivores. »

L'écrivain arabe Alcazuin dit également : « Il se pose sur tous les grands animaux qui sont dans les champs, les chameaux, les chevaux, mémo sur l'homme, et il s'oll'orce de leur arracher les yeux. » Du reste, au cha- pitre xx.xv du livre VII de son De rerwnvarietate, Cardan dit cela de beaucoup d'autres oiseaux: « Il n'existe aucun genre d'oiseaux de forte taille, soit poules, soit paons, soit corbeaux, grues, cigognes, etc., même apprivoisés, qui, s'ils sont près de vous, ne cherchent à vous crever les yeux. »

Le proverlie ; « Les loujjs ne se mangent pas entre eux » avait jadis un pendant : « Les corbeaux ne se crè- vent pas les yeux entre eux. » Nous lisons dans Gré- goire de Tours (Hisloria Francorum, lib. V, cap. xix) que deux évêques qu'il croyait ses bons amis (Bertrand, de Bordeaux, et Raguemod, de Paris) l'avaient dénoncé au roi Chilpcric comme tenant des propos diffamatoires contre lui. Le roi l'envoya aussitôt chercher par un offi- cier du jialais : « Dès que le roi m'apergut, il me dit : O Evêque, tu dois distribuer à tous la justice, et cepen- dant je ne reçois pas de toi ma jiart de justice ; mais tu soutiens l'iniquité, et tu justifies bien le iiroverbe : « le corbeau ne crève pas l'œil du corbeau ! »

Le naturaliste anglais Pennanta raconté l'histoire d'un gros crapaud apprivoisé, qui passait toute sa journée sous un escalier et, le soir, pénétrait dans la salle à manger dès qu'il y voyait de la lumière. On l'avait habitué à se laisser mettre sur la table, il recevait une large provende de mouches et de vers; il se dressait même sur ses pattes de derrière, lorsqu'on tardait trop, et essayait de grimper contre l'un des pieds de la table. Il fut de la famille pendant trente-six ans, et il aurait sans doute vécu bien longtemps encore, sans un infernal corbeau, com- mensal de la maison, qui s'amusa un jour à lui crever un œil. Santini de Riols.

Le Gérant: Paul GROULT.

Paris. Imprimerie F. Levé, rue Cassette, n.

19» ANNÉE

Sékie X' Sîir

13 JANVIER 1897

LES mis DE IIIITI l)E SHSSEl-PyiiniCT

Le Bitume, ai)|)olé aussi Pissasplialle, Poix minérale, Goudron minéral, ost une substance molle, glutineuse, se ramollissant pendant l'été, et s'atlacliant'aux doigis.et se durcissant |ien(lanl les l'roids. De couleur noire, il esl solulile dans l'alcool avec un résidu bitumineux, etsoluble complètement dans le napbte et l'essence de térébenthine.

Il forme à l'yrimont près de Seyssel, département de l'Ain, sur la rive droite du Rhône, une exiiloitation ix}- dustrielle.

Le liitume se trouve en veines dans le calcaire urgo- nien, comme le montre l'échantillon ligure, mais il im- prègne plutôt ce calcaire et forme l'asphalte industriel.

Le, calcaire imprégné est do couleur brun noirâtre se réduisant en grains aux doigts: il conlient 12 0/0 de bi- tume .

L'exploitation se fait dans la colline de Pyrimont, i[ui s'étend sur une longueur de 400 mètres et une largeur de dOO à 120 mètres. 11 y a sept couches de calcaires asphalti(]ues séparées par sept zones stériles. Ces couclies sont parallèles et concentriques à un cône de calcaire formant le centre du mamelon. Le tout est surmonté de molasses dont quelques parties sont imprégnées de bitume et d'une grande masse d'alluvions provenant du Rhône.

Le calcaire bitumineux provenant de Pyrimont est traité à Seyssel pour formcn- le mastic d'asphalte qui sera em- ployé dans l'industrie.

On réduit en poudre les moellons il'asphalte au moyen d'un concasseur. C'est une paire de cylindres armées de dents qui réduisent l'asphalte en morceaux de la gros- seur d'une noix. Ces morceaux sont ensuite réduits en poudre, dans un broyeur; c'est une sorte do grand moulin à café qui broie la matière dans un engrenage.

La poudre est alors mélangée à de l'asphalte naturel. Cet asphalte est noir, à cassure conchoide, brillant; il

Calcaire avec veines de Bitume.

provient du lac de la Poix dans Pile de la Trinidad.

On mélange l'asphalte et le bitume dans les proportions de 13 iiarties d'asphalte pour 1 partie de bitume, dans des chaudières munies d'agitateurs. Le tout est chauffé pendant une demi-journée environ et coulé dans des moules cylindriques contenant 2o kilogrammes. On traite à chaque Ojiération 4.000 kilogrammes de matière.

Pour utiliser l'asphalte ainsi (jréparé, on le refond dans des chaudières et on l'étend sur le sol après avoir sau- iJûudré de gravier pour donner plus de cohésion.

E. M.4SSAT, Attachd au Muséum.

Le Xaturalisle, 46, rue du Bac, Paris.

DANS L'ORNEMENTATION

Quoique complètement dépourvues de fleurs aux bril- lantes couleurs, à l'agréable parfum, les graminées n'en sont pas moins éminemment ornementales. Il est jieu de végétaux qui puissent lutter avec certaines d'entre elles pour l'élégance, la délicatesse, le vaporeux des épis ou des panicnles. Mélangée de place en place de quelques lleurs, d'immortelles à bractées, de bleuets, etc., une gerbe de graminées produit un charmant efl'et: c'et le plus simple et en même temjis le jjIus gracieux des bou- quets champêtres. Aux environs de Paris, le commerce des graminées des chamiis et des bois joue un certain rôle. Les abords des gares, dans les localités fréquentées de préférence le dimanche par les Parisiens, sont ]iarfois encombrés de gens qui iiroposent des bouquets de

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LE NATURALISTE

Canche flexueuse. On rencontre mi-meces industriels jus- que dans l'intérieur de la capitale, ils pratiquent leur petit commerce. Ce sont les mêmes ([ui, à d'autres mo- ments de l'année, vendent des bouquets de Muguet, des bottes de Bruyère ou des touffes de Fougères.

Nombreuses sont les graminées sauvages susceptibles d'entrer dans la composition de bouquets. Si nous avons cité la Canche flexueuse (Aira flewuosa), c'est qu'elle do- mino de beaucoup et qu'elle est facile à recueillir dans les bois sablonneux des environs de Paris, elle croit en abondance. Mais bien d'autres espèces peuvent encore être utilisées : VAlopecurus pratensis aux longs épis soyeux, vert pâle ou violacés; lePanisum capillare dont l'inflorescence estdisposée en une panicule lâche, dressée, à rameaux très lins et étalés ; le Soryhum halepense et VErianthus Ravennœ aux vastes panicules pyramidales, rameuses, panachées de vert et de violet et soyeuses ; les Phragmites plus connus sous le nom de roseaux ;rA9)'os- tis Spka Venti, le Lagurus ovatus frér|uemment cultivé, bien reconnaissable à son épi ovoide ou globuleux, mou, blanc soyeux et très serré ; le Stipa pennala remarquable par sa glume inférieure munie d'une longue arête \Au- meuse qui peut atteindre jusqu'à trois décimètres.

Les Aira, les Avena, les Agrostif, certains Glyceria, les Bromus sont tout aussi doués de (jualités ornementales qui doivent les faire rechercher.

VAira fiexuosa ou la Canche flexueuse, dont nous avons déjà parlé plus haut, mérite d'être décrite en raison même de sa beauté et de l'abondance avec laquelle elle se présente. C'est une plante ([ui croit dans les bois secs et siliceux d'une grande partie de la France; ses chaumes ou tiges peuvent atteindre de cinq à six décimètres ; ils sont dressés, raides, rudes au sommet et rassemblés en touffe i)lus ou moins fournie ; l'inflorescence est formée d'une panicule dressée et un peu penchée au sommet, étalée quand la floraison est complète, puis con- tractée; les rameaux sont très lins, llexueux, longuement nus; les épillets sont élégamment panachés de blanc, de violet et de jaune, plus rarement d'un vert jaunâtre ; les feuilles sont radicales, dressées, très étroites. Une autre plante du mémo genre mérite également de fixer l'atten- tion, c'est VAira ca;s2'*'''sa aux largespanicules, rameuses, dressées et un peu étalées. Les tiges sont plus élevées que dans la plante précédente; elles peuvent atteindre un mètre et les feuilles sont plus larges, planes, fermes et rudes à la face supérieure.

Si les graminées peuvent servir à confectionner des bouquets, elles sont également susceptibles de concourir à l'ornementation des jardins. Et pourtant on n'en cultive que bien peu d'espèces, la plupart exotiques. Il n'y a guère que le Slipa pennala et le Lagurus ovatus qu'on puisse citer parmi les indigènes. La culture des graminées est pourtant généralement facile; ce sont des plantes qui poussent raindement et s'acconimodimt de tous les ter- rains. Nous ne parlons pas, bien entendu, des Bambous qui, quoique appartenant à la famille des graminées, con- stituent un type en quelque sorte spécial tant au j)ointde vue cultural que décoratif.

Dans les parterres se plaisent : le Pennisetum longi- stylum, en toull'es étalées d'où s'élèvent d'élégants épis flexueux; VAgroslis nebulosa, ga/.onnant, avec des inflo- rescences véritablement nébuleuses, dont l'ensemble constitue une panicule vaste, élégante et légère; VAira pukhella aussi gracieux et aérien (jne la jdante précé- dente ; le Briza maxima, dont les gros épillets eu forme de

cu'ur et penchés sont d'un beau jaune d'or à la matu- rité; le Panicum plicalum dont les feuilles sont d'un beau vert et élégamment plissées; VHordeum jubatwn à épis hérissés de très longues arêtes vertes à la base et osées au sommet ; le Stipael le Lagurus déjà mentionnés, etc.

Dans les pelouses le Gymnothrix latifolia fait merveille avec ses chaumos élevés, ses larges feuilles engainantes, dressées jjuis déflêchies ; malheureusemem il craint le froid sous le climat de l'aris. h'Eidatia japonica lui tient dignement compagnie, mais c'est le Gynerium argenteum qui triomphe, h' Ber be des Pampas est originaire du Para- guay ; elle forme des touffes volumineuses, à feuilles rudes, flexueuses et longues ; du centre des touffes s'élèvent des chaumes robustes et dressés qui peuvent atteindre et même dépasser deux mètres et terminés par d'immenses panicules soyeuses et argentées. L'Herbe des Pampas est bien la reine des graminées : aucune ne peut lutter avec elle pour l'élégance et la qualité décorative. Ajoutez à cela que la coloration des panicules a été déjà modifiée par la culture et qu'on connaît aujourd'hui des formes à fleurs violacées et même presque foncées.

Les bordures se trouvent bien également de la présence des graminées, quand cène serait que de celle du roseau panaché ou Phalaris arundinacea picta, dont les feuilles sont rubanées de vert clair et de blanc rosé; ou bien encore du Poa tiivialis à feuilles panachées, du Festuca glauca, plante de premier ordre pour la formation des bor- dures serrées et de longue durée autour des corbeilles et des massifs de plantes fleuries.

Les bassins et les pièces d'eau ne peuvent manquer de servir de rendez-vous à quelques grandes espèces, telles que le roseau ou Phragmites, la Canne de Provence ou Arundo Donax surtout dans le midi de la France, le Gly- ceria speetabilis. Cette dernière plante est assurément la plus belle, la plus recommandable de nos graminées aqua- ticjues. Ses chaumes sont épais, élevés, raules et dressés; l'inflorescence forme une vasti: panicule, très fournie et rameuse, composée d'êpillets ]janacliés de vert et de vio- let; les feuilles sont fermes, linéaires, terminées brus- quement par une pointe fine, planes, rudes aux bords et carénées. La souche est longuement rampante, ce qui en assure la facilité de culture et de multiplication. Dans son entier développemeutcette belle graminée est de tous points superbe; ses tiges gigantesques dépassent la hau- teur d'un homme et peuvent lutter avantageusement avec celles des roseaux. On peut aussi, et on aura tout lieu de s'en louer, disposer de place en place quehiues toull'es de Typha, dont les larges feuilles glauques ou vertes et les tiges terminées par des épis compacts, allongés, de nuance plus ou moins brune tirant sur le châtain roux, ne man- quent pas d'un certain cachet. Enfin disséminés sous les ombrages et dans le fouillis des graminées et des Typha, l'Iris à fleurs jaunes et le Carex pseudo-Cyperus aux épis élégamment penchés, ne seront nullement déplacés.

P. IIaiuot

MOYENS DE CONSERYER LE &IBIER

Bien des personnes se demandent quel est le meilleur moyen de conserver le gibier ou de le faire voyager.

Le moyen le plus élémentaire est de l'expédier dans de bonnes bourriches, bien sèches, le plus vite possible et de le consommer dans un bref délai.

Mais, s'il doit être envoyé à de longues distances, ou

LE NATURALISTE

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conservé pondant un temps quelque peu prolonf;é, il y a un moyen ûo le conserver préférable aux réfrigérants tels i]ue la glace pilée avec du sel de cuisine : on peut fairi' une injection, par la carotide, au moyen d'une seringue de l'ravaz, d'une solution de borax dans l'eau à raison de oinquanle centigrammes de borax ]iar kilo- gramme de la venaison injectée.

P. .Tac.oii.

ANIMAUX

Mythologiques, légendaires, historiques, illustres,

célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence,

d'adresse, de courage, de bonté, d'attachement,

de reconnaissance, etc.

Corbeau (Suite).

Nous lisons aussi dans Aristotc {Hhtoirc des animaux, liv. IX, cil. n, § 9) : « Le corbeau est l'ennemi du tau- reau et de l'àne, qu'il frappe en volant sur eux, et il leur crève les yeux. »

« Le corbeau et le renard s'entendent aisément, parce que le corbeau est bostile à l'émerillon, el. ([u'il pri'ud la défense du renard contre lui » (Liv. IX, ch. ii, ^ 13).

« LesCorbeauxnevont que deux à deux dans les cantons peu fertiles, qui ne fournissent pas une nourriture suffi- sante à un nombre plus grand. Dès que leurs petits sont en état de voler, ils les chassent d'abord du nid, et ensuite ils les expulsent du canton qu'ils habitent. Le corbeau poml i|uatre ou cinq œufs. A l'épociue les hôtes lie Médias périrent à Pharsale, on vit tout à coup l'Attique et le Péloponèse désertés par tous les corbeaux, qui disparurent comme s'ils s'étaient mutuellement avertis. »

On se rappelle le fameux corbeau qui aida le jeune tri- bun des soldats Valérius à vaincre un Gaulois, au temps des guerres du grand Camille. Tite-Live {Histoire romninc,

liv. VII, cil. xxvi) raconte ainsi le fait : « Déjà le

Romain avait commencé l'attaque, quand soudain un corbeau se percha sur son casque, faisant face a l'en- nemi, ce qui parut d'abord un augure envoyé du ciel; le tribun l'accepte avec joie, puis il prie le dieu ou la déesse qui lui envoie cet heureux présage de lui être secourable. Chose merveilleuse : non seulement l'oiseau demeure au lieu qu'il a choisi, mais, chaque fois que la lutte recom- mence, se soulevant de ses ailes, il frappe du bec et des ongles le visage et les yeux de l'ennemi, qui, tremblant enfin à la vue d'un tel prodige, tombe égorgé par Valérius. Le corbeau disparut alors, emporté vers l'orient. »

Cet événement eut lieu, dit Aulu-Gelle (jui le raconte aussi {Suits attiques, liv. IX, c. Xl), 40o ans après la fon- dation de Rome (:i49 ans avant Jésus-Christ).

Klien parle souvent du corbeau dans son Histoire des animaux. Selon lui, le corbeau est tué par le suc de la roquette (liv. VI, ch. xlvi;; il imite le bruit de la pluie qui tombe (liv. VI, ch. Xix); il préserve son nid contre les encliantements en l'entourant de fragments de vigne (liv. I, ch. xxxv); lorsqu'il se fait vieux, il se donne en nourriture à ses enfants, lesquels le dévorent sans hésiter ; d'où serait venu le proverbe : à mauvais corbeau, mauvais û?»/' (liv. III, ch. XLiii); le milan et lui sont ennemis

(liv. IV, ch. v) ; il est aussi auilacieux que l'aigle (liv. Il, ch. Ll); il est l'ennemi du boMif et de l'àue, sur la tète desquels il se pose pour les frapper et leur crever les yeux (Ibidem); le vautour de mer et lui sont ennemis (liv. VI, ch. XLv); le lièvre le redoute beaucoup pour ses petits (liv. XIII, ch. XI); les Egyptiens habitant autour do Coptos n'ont jamais vu ([uo deux corbeaux dans ces loca- lités (liv. Vil, ch. xviii); les corbeaux d'Egypte ont l'ha- bitude de venir mendier, pour ainsi dire, auprès des navigateurs du Nil. Si on leur accorde quelque chose, ils se tiennent tranquilles; mais si on leur refuse ce qu'ils demandent, ils envahissent le navire, brisent les chaînes et rongent les cordages (liv. II, ch. XLViii) ; ils mettent des cailloux dans les vases contenant de l'eau et ils ne peuvent atteindre, afin d'en faire monter le niveau {Ibi- dem); leurs fcufs rendent les cheveux noirs; celui qui enduit sa chevelure de cette substance doit conserver de l'huile dans sa bouche ; car, faute de cette précaution, les dents aussi deviendraient noii'es, et il serait bien ditficile de leur restituer leur blancheur (liv. I, ch. XLViii).

Plutarque parle de l'un de ces faits, et il dit même avoir

vu un chien accomplir ce tour de force : « Ainsi,

moi-même je refusais de croire, ce qu'on nous contait des corbeaux d'Afrique, qiii, voulant boire dans une cavité trop profonde, jettent des cailloux pour la remplir et pour faire monter i'enn jusqu'à ce qu'ils puissent l'at- teindre. Mais jilustard, sur un vaisseau, j'ai vu un chien qui, profitant de l'absence des matelots, jetait de petites pierres dans l'IiLiile d'une amphore insuffisamment rem- plie, et j'ai été saisi d'admiration en voyant comment cet animal, par son inteUigencc, avait compris que, sous la [iression de corps plus lourds, s'élèvent des liquides plus légers (Quels animaux sont les plus intelligents, des terrestres ou des aquaUques, ch. .\).

Quant à la croyance à la propriété des œufs de cor- lieaux de noircir les cheveux, elle était assez commune chez les anciens. Pline dit (liv. XXIX, ch. xxxiv, § 4) : « Un œuf de corbeau, mis dans un vase d'airain, et étendu ensuite sur la tête rasée, fait i-epousser des che- veux noirs; mais, jusqu'à ce ([u'il soit sec, il faut garder de l'huile dans la bouche, de peur que les dents ne noir- cissent aussi. Il faut faire cette opération à l'ombre, et ne ]ias se laver la tôto avant le quatrième jour. D'autres per- sonnes emploient le sang et la cervelle du corbeau avec du vin noir; d'autres font cuire l'oiseau lui-même et le mettent, au milieu de la nuit, dans un vase de jilomb. »

Apulée, dans ses Métamorphoses (liv. Il), parle du che- veu Corvina nigredine ewnilus, « bleu de la noirceur cor- vine ».

Martial, dans sa XLlll" Epiyramme du livre III, contre Lentinus, lui dit :

Mentiris juveneni tinctis, Lentine, capillis, Tam subito torvus, qui modo cycnus eras.

(' Tu te rajeunis, Lentinus, avec tes cheveux teints : te voilà bien vite corbeau, do cygne que tu étais tout à l'heure. »

D'après Albert le Grand, ou du moins d'après quel- que gâteux qui a mis ce racontar et bien d'autres à l'ac- tif du savant évêque do Ratisbonne, si l'on fait cuire les (oufs du corbeau et qu'ensuite on les remette au nid, l'oiseau s'en va dare dare dans une ile Alogricus, aliàs Alruy, a été enseveli, et il en rapporte une pierre avec laquelle, touchant simplement ses œufs cuits, il les fait revenir dans leur premier état... Quel dommage

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LE NATURALISTE

que nos cuisinières ne possèdent pas ce talisman pré- cieux!... Que d'omelettes et d'œufsàla coque ratés, qui seraient promptement remis au point.

Straliou nous conté une singulière histoire dans sa Géographie (liv. IV, chap. vi ; il la cite d'ailleurs sur la foi d'Artémidore, qui devait la tenir de ses ancêtres : «A l'en croire, dit-il, il existerait surles côtes de l'Océan un port appelé le Port-des-deux-Corbeaux, parce qu'il s'y trouvait en elTet naguère deux de ces oiseaux à l'aile droite blanchâtre. Les personnes qui avaient ensemble quelque contestation s'y transportaient, plaçaient une planche dans un lieu élevé, et, sur cetle planche, elles disposaient des gâteaux; chaque partie arrangeait les siens de manière qu'on ne put les confondre. Puis, les corbeaux s'abattaient sur ces gâteaux, mangeaient les uns et culbutaient les autres; celle des deux parties qui avait eu ses gâteaux ainsi culbutés triomphait. »

En 1820, on voyait voler dans l'Eglise métropolitaine de Lisbonne deux autres corbeaux, que les chanoines entretenaient perpétuellement, en mémoire de ce que le corps de saint Vincent, leur patron, ayant été, après son martyre, jeté dans la campagne pour servir de proie aux bêtes féroces et aux oiseaux, fut défendu par des cor- beaux jusqu'à ce que des personnes pieuses l'eussent enlevé pour lui rendre les honneurs de la sépulture.

Le R. P. Gazée, cité par Saignes (Errews et préju- gés, etc., 1818, 3 vol. in-12), nous dit, d'après une chro- nique de l'abbaye de Corbie, en Allemagne, qu'un abbé de cette abbaye, nommé Conrad, voulant se laver les mains, déposa son anneau sur une table, et ne le retrouva plus quand il voulut le remettre. On eut beau chercher, le bijou di'meura introuvable. En désespoir de cause, le prélat excommuuia l'auteur inconnu du vol, et l'ana- thème tomba sur un corbeau qui avait emporté la bague : i< L'oiseau sentit le coup, et se confina dans son nid avec une tristesse, une langueur et des maux extraordinaires. Ce changement sultit fit naître des soupçons; on chercha la bague, et elle fut trouvée dans le nid du corbeau. L'excommunication fut alors levée, et le malade reprit aussitôt son appétit, sa gaieté et son embonpoint. «

C'est d'une digestion plutôt laborieuse.

Le corbeau et le merle blancs sont généralement pris pour des mythes; pourtant, ils existent, et, tout derniè- rement encore, chez un oiseleur du quai du Louvre, 27, M. F. Guilly, on pouvait voir un merle blanc; les cor- beaux de cette couleur ont été signalés de tout temps, quoique, ainsi que de nos jours, ils fussent assez rares. Arislote, Scaliger, Olaus Magnus, Longolius, Vossius en parlent.

Dans son livre V sur la Génération (chap. vi), Aristote dit : « On a vu des perdrix et des corbeaux blancs. » Héraclide, dans son Trailé surla constilution des Etats, dit aussi : « Sous le règne d'Arcosilaus, un corbeau blanc api>arut. » En Suède et en Norwège, les oiseaux de cette couleur ne sont pas rares.

Dans sa satire VII, Juvénal dit (v. 203) :

Félix ille taiiien, corvo quocpie rarior albo.

« Mais cet homme heureux est plus rare qu'un cor- beau blanc. »

Déjà, dans sa satire VI, Sur les femmes, il avait dit (v. 16;j) :

Rara avis in terris, nigroque simillima cycno...

« Cet oiseau {une femme chaste) n'est pas moins rare sur terre qu'un cygne noir.

Dans VAnthologic Palatine, t. II, liv. XI, épig. 436, Lucien dit :

©ÔTTov ÏTiv ).e'jxo-J; «ôpaxaç, itTÉpa; t; -/eXuivaç Eupeîv, ri Sôxi[jiov priTopa KannaLÔnr^y

« Il serait plus facile de rencontrerdes corbeaux blancs et des tortues ailées, qu'un honnête rhéteur en Cappa- docc )).

Le corijeau a parfois été employé à la chasse :

« On a parlé dernièrement, dit Pline (Historiarum mundi, lib. X, cap. lx), d'un certain Craterus, surnommé Monoceros, qui chassait avec des corbeaux dans l'Eri- zène, contrée d'Asie. Illes portait dans les forêts, perchés sur des baguettes et sur ses épaules; les corbeaux cher- chaient le gibier; et ils avaient poussé l'art si loin que, lorsqu'il sortait pour la chasse, les corbeaux sauvages eux-mêmes l'accompagnaient. »

Et Pline ajoute ici le récit des corbeaux (jui jettent des cailloux dans une cavité à moitié pleine d'eau, pour en élever le niveau. Je me rappelle avoir jadis lu quelque chose de semblable d'un rat, qui plongeait sa queue dans une fiole d'huile et la suçait ensuite. Cela vaut le chien de Plutarque.

Fulgence, dans son livre De nalurà rerum, dit avoir vu un corbeau si bien apprivoisé, qu'il chassait et prenait les perdrix, et même, avec l'aide des hommes, des cor- beaux sauvages.

Dans la Vie des animaux, à l'article Corbeau, le D' Jo- nathan Franklin dit que le propriétaire d'une auljerge, dans le Cambridgeshire, possédait un corbeau (jui allait à la chasse avec un chien, dans la compagnie duquel il avait été élevé. « Un jour qu'ils s'en allaient comme Oreste et Pylade, le chien fit lever des lièvres et des la- pins qui se trouvaient dans un hallier, tandis que le cor- beau, posté en dehors du fourré, saisit chacun de ces animaux (jui se trouvaient à portée de son bec. Le chien vint au secours de l'oiseau, et rien n'écliappa à leurs elforts réunis. »

Quelle est la durée de la vie du corbeau? Si l'on en croit ce qui a été dit sur lui, on pourrait le classer dans la tribu des Mathusalem.

Pline (livre VII, ch. .XLix) nous dit : « Hésiode a attribué neuf de nos âges à la corneille, le quadruple de la corneille au cerf, le triple du cerf au corbeau, et fait des calculs encore plus fabuleux pour le phénix et les nymphes. »

Or, Hésiode attribue à la durée de la vie humaine en- viron 96 ans.

En faisant le calcul nous aurons :

Corneille : 90 X 9 = 804 ans;

Cerf : 864 X 4 =: 3,456 ans;

Corbeau : 3,4o0 X 3 = 10.368 ans

Si donc il y a sit" mille ans que Dieu a créé le monde, il y avait à cetle époque-là des cerfs âgés de ijuatre mille ans et plus qui couraient dans les forêts.

Faut-il parler de l'intelligence du corbeau ? On vient d'en voir des preuves :

Mais voici qui est assez curieux :

Nous lisons dans Macrol>e iSaturnaliorum liber IL cap. IV) :

« Auguste revenait triomphant k Rome, après la ba- taille d'Actium. Parmi les complimenteurs, il aperçut un homme tenant dans sa main un corbeau qu'il avait ins- truit à dire : Salut, César vainqueur, empereur! » César, émerveillé, achetal'oiseau 20. 000 petits sesterces (4.000 fr.).

LE NATURALISTE

21

Un camarade de cet artisan, qui n'avait eu aucune part dans la libéralité, dit au prince que son compagnon avait encore un autre corbeau pareil, et demanda qu'on l'olilitreâl à le montrer. On apporta l'oiseau, qui aussitôt, répétant une leçon depuis longtemps apprise, se mil à croasser : « Salut, Antoine vainqueur, empereur!

Le compliment se trompait | mallieureusement d'a- dresse).

« Auguste ne se montra pas fâché le moins du monde, et, jiour toute punition, il enjoignit au coupable de par- tager la somme avec son camarade.

« Salué de même par un perroquet;, il l'acheta.

« Le phénomène se reproduisit chez une pie, et il l'acheta encore. »

Ces exemples donnèrent l'idée à un pauvre cordonnier d'entreprendre, à son tour, l'éducation d'un corbeau. Mais souvent, mal payé de ses soins, il lui échajipait de dire à l'oiseau muet : « Allons, j'ai ]ierdu mon temps et mon argent!... »

« A la fin cependant, l'oiseau sut jiar cœur son com- pliment, et il le récita à Auguste comme il passaitdans la rue; à quoi l'empereur répondit : « Oh! assez! j'ai déjà pas mal de complimenteurs de ce genre, chez moi ! »

« Aussitôt le corbeau, en veine de mémoire, se mit à brailler la plainte habituelle de son maître : « Allons, j'ai PERDt; MON" TE.MPs ET MON argfnt! » César partit d'un éclat do rire, et il acheta l'oiseau plus cher (ju'il n'avait payé tous les autres. »

.'Vpulée, dans ses Floi-ides (livre II, ch. xii), nous dit : <i Le perroquet, comme U corbeau, ne prononce absolu- ment rien que ce qu'on lui apprend. Enseignez-lui des grossièretés : jour et nuit ce sera un débordement d'in- jures, qui seront pour lui comme le serait une poésie et qu'il redira en guise de chansons. Quand il a débité toute la kyrielle d'injures qu'il sait, il recommence encore, et c'est toujours le même refrain. Si vous voulez vous dé- barrasser de ce langage des halles (convicio), il faut lui couper la langue, ou le renvoyer au plus tôt dans ses forets. »

Au livre l'y de ces Florides, chap. xxiii, il raconte en ces termes une fable d'Esope, traduite par La Fontaine :

« Le corbeau et le renard, ayant aperçu tous deux à la fois un morceau friand, se hâtaient pour aller le saisir, avec un empressement égal, il est vrai, mais avec une inégale vitesse, parce que le renard courait et que le cor- beau volait. L'oiseau eut bientôt pris les devants, saisi la proie, et il alla se percher en toute stireté sur la cime d'un chêne voisin.

« Le renard, ne pouvant de ses pieds monter sur l'arbre, y fit à sa place grimper la ruse. Il se plaça donc au-des- sous du ravisseur, que sa proie rendait si fier, et il lui adressa ces éloges perfides :

« Quelle folie était la mienne de le disputer sans espoir de succès à l'oiseau d'Apollon! A-t-on jamais vu un corps mieux jjroportionné? Il n'est ni trop petit ni trop grand ; il est tel iju'il le faut pour ses besoins et sa beauté. Que ce plumage est moelleux; cette tête, gracieuse; ce bec, solide 1 Quel regard perçant ! Quelles serres vigou- reuses ! Parlerai-je de sa couleur"? Il y en avait deux prin- cipales, la noire et la blanche, qui constituent la diffé- rence des jours et des nuits : Apollon les a données toutes les deux à ses oiseaux chéris, la blanche au cygne, la noire au corbeau. Mais pourquoi faut-il que, de même qu'il a donné le chant au cygne, il n'ait pas également donné de la voix à sou rival'? Au moins ce bel oiseau, qui

domine si incontestablement la gent ailée, ne serait pas privé du mérite de la voix; ce favori du dieu de la mu- sique ne vivrait pas muet et silencieux! »

Le corbeau n'eut pas plus tôt entendu cela, qu'il vou- lut donner un vigoureux coup de gosier ; et, oubliant le gâteau qu'il tenait, il ouvrit son bec de toute sa gran- deur, de manière que ce qu'il avait conquis par son vol, il le perdit par son chant, et que le renard, au contraire, regagna par la ruse ce qu'il avait perdu à la course. »

Sait-on qu'il s'est trouvé ijuebiu'un pour faire une sorte de dictionnaire abrégé du langage du Corbeau?... Parfaitement. Dans son livre intitulé : Quelques mémoires sur différents sujets (pages 174 et suivantes), et dans son autre ouvrage : Sur l'Instinct (mémoire lu à l'Institut dans les séances du 21 juillet, M et 18 août 1806, pages 17 et suivantes), I)upont de Nemours s'occupe des corbeaux, et nous donne ainsi qu'il suit les mots principaux de leur idiome.

Cra, Cré, Cro, Crou, Crouou, Grass, Gress, Gross, Grouss, Grouous, Craé, Créa Croa, Croua, Grouass, Crao, Créo, Croé, Croué, Grouess, Craou, Créou, Croo, Crouo, Grouoss.

D'après notre naturaliste, en accouplant ces mots deux par deux, trois par trois, etc., on peut évidemment former une langue d'une richesse inouie : « Au reste, dit Dupont de Nemours (page 20 de l'Instinct), je suis loin de penser qu'ils fassent tant de combinaisons, ni même aucune combinaison de leur dictionnaire; leurs vingt-cinq mots sutlisentbien pourexprimer : ici, là, droite, gauche, en avant, halte, pâture, garde à vous, l'homme armé, froid, chaud, partir, je t'aime (oh ! combien !), moi de même (parbleu!), un nid, et une dizaine d'autres avis qu'ils ont à se donner selon leurs besoins. »

Familier et insolent comme il l'est, le corbeau est considéré par les uns comme rendant des services et par les autres comme ne commettant que des méfaits; des fables absurdes ont couru sur son compte; dans certains pays, on le considère avec respect et même avec affec- tion, parce qu'il purge la terre, les villages surtout, des immondices que l'incurie des hommes y laisse accumu- ler: dans d'autres, au contraire, il est traqué sans pitié, parce qu'il est considéré comme un vulgaire bandit : aux iles Féroë, il vole le poisson, et tout homme exerçant l'ind.istrie de pêcheur, dit Jonathan Franklin, doit pré- senter annuellement au juge provincial le bec d'un cor- beau, — ou payer, quand il n'a pas été heureux dans sa chasse, une certaine somme d'argent, qui sert à la des- truction de ces ennemis dupays. Tous ces becs sont mis en tas et brûlés publiquement à la Saint-Jean.

Mais ce qui est bien curieux dans l'histoire de cet oiseau, c'est l'événement dont parle Pline au chapitre LX du livre X ; il s'agit des funérailles publiques d'un corbeau :

« Rendons aussi justice au mérite du corbeau, mérite senti par le peuple romain, attesté même par son indi- gnation.

« Sous le règne de Tibère, un jeune corbeau tombant d'un nid placé sur le temple des Dioscures s'abattit en volant dans une boutique de cordonnier (toujours un cor- donnier!) adossée au temple, ce qui le rendaitsacré pour le maître de la boutique.

L'oiseau apprit de bonne heure à parler ; tous les ma- tins il s'envolait sur la tribune : là, tourné versie forum, il saluait, parleurs noms, Tibère, les Césars Germanicus

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LE NATURALISTE

et Drusus, ensuite lo peuple romain qui passait sur la place, ])uis il retournait à la boutique, et, pendant plu- sieurs années, il s'acquitta admirablement de cet office,

Un cordonnier voisin (encore un!) le tua par jalousie, ou, comme il voulut le faire croire, dansun premier mou- vement de colère, parce qu'il avait laissé tomber quelque chose sur une chaussure quelconque. La multitude fu- rieuse commença d'abord par le chasser du quartiei', jjuis elle le mit en pièces. Un fit à l'oiseau des funérailles so- lennelles. Le lit funèbre fut porté sur les épaules de deux Ethiopiens précédés d'un joueur de flûte, avec des cou- roimes de toute espèce, jusqu'au bûcher, construit à droite de la voieAppia, à deux milles de Rome, dans le champ nommé Rediculus.

Le taletU d'un oiseau parut donc au peuple romain un motif assez juste de funérailles, ou la cause suffisante du supplice d'un citoyen romain, dans une ville per- sonne n'avait conduit le deuil de plusieurs grands jier- sonnages, personne n'avait vengé la mort de Scipion Emilien, destructeur de Carthage et de Numance .

«Ce fait se ])assa sous le consulat do M. Servilius et de C. Cestius, le cinquième jour avant les calendes d'avril. Au moment j'écris, il existe à Rome une corneille ap- portée de la Bétique, et qui appartient à un chevalier romain : elle est d'un noir admirable; elle prononce des phrases entières, et elle en apprend chaque jour de nou- velles. )>

Le D' J. Franklin jjarle, dans sa Vie des animaux, d'un sien corbeau, élevé chez lui, et dénommé Jacob: «...Dans les rues, il trouve toujoursdes sujets d'amusement et des compagnons. Il joue avec les enfants qui se rassemblent autour de lui. déchire leurs vêtements, mange leur pain, attaque ceux qui cherchent à le battre et leur enlève le bâton des mains; si un grand garçon se présente, l'oiseau s'esquive prudemment. Il permet aux petits enfants de toucher, mais non aux adultes, u En outre, ce corbeau était un fiefl'é ivrogne :

« Comme beaucoup de vauriens qui ont passé par les écoles, il entend un peu de latin. Jacob prononce aqua, mais il préfère très décidément le vinàl'eau. Un jour, ma ménagère posa un verre de vin rouge sur la table; en un instant, l'oiseau se le. versa tranquillement dans l'estomac ; je veux dire qu'il plongea son bec dans la précieuse liqueur et qu'il la huma goutte par goutte. Lorsque ma ménagère, craignant qu'il ne brisât le verre, le retira, 1 oiseau lui vola à la ligure {loii/ours les yeu.v\) dansun véritable accès de fureur. Si vous placez trois verres sur la table, l'un plein d'eau, l'autre de bière, et le troisième de vin, il laisse les deux premiers et ne s'adresse qu'au verre de vin. (Dn peut en conclure que les oiseaux ne sont pas tellement liés au régime diététique ofîert par la nature qu'ils se montrent insensibles aux perfectionnements de la cuisine et aux trésors de la cave. »

(A nuiire.)

E. SANTtNI DE RiOLS.

ABERRATION DE ZYCŒN& TRIFOLII

Nous trouvons dans notre confrère anglais The ento- mologist, deux aberrations curieuses de Zygfrna trifolii, que nous signalons ci-après. Ces deux variétés ont été

prises par M. Christy dans le Sussex. La ligure 1 a seule- ment quatre taches sur chaque aile. La figure 2 rappelle la Zt/gcena lilosellse.

LA PELLOTINE

NOUVEL HYPNOTIQUE

Cette substance extraite de la pellote, espèce de cactus qui croit au Mexique, se présente sous la forme d'un corps cristallin, amer, peu soluble dans l'eau.

Après des expériences préalables sur des animaux, IIefter s'est assuré sur lui-même et sur ses amis de l'action narcotique incontestable de la pellotine.

JOLLY a, dans 40 cas environ, essaye la pellotine (et surtout son chlorhydrate que l'on peut facilement pres- crire en injections sous-culanées) : lui aussi se ]irononce en faveur de l'action hypnotique du chlorhydrate de pel- lotine.

Donné à la dose de 0 gr. 02, le chlorhydrate de pello- tine n'exerce presque aucune action et le sommeil ne survient qu'après des doses de 0 gr. 04, 0 gr. 05, 0 gr. 06 (par la bouche ou en injections sous-cutanées) ; le som- meil ainsi provoqué diffère d'intensité et de durée sui- vant les cas. On n'a échoué que dans quelques cas. Mais, en revanche, le sommeil est survenu même chez des sujets atteints de douleurs intenses. En même temps que le sommeil, la pellotine (quoique non d'une manière constante) provoque aussi le ralentissement appréciable du pouls.

Des recherches comparatives ont démontré à l'auteur que 0 gr. fifi ])ris par la bouche (en injections sous-cuta- nées la dose maxima semble avoir été de 0 gr. 04), de ]iar leur action hypnotique, sont équivalents à i gramme de trional et à I gr. o-2 gr. de chloral hydraté.

Comme phénomènes secondaires fâcheux, on a noté, chez quelques malades, une sensation de chaleur, du vertige et un bruit désagréable dans la tète; parfois on était même obligé pour cela de suspendre le médica- ment, les malades s'étant refusés à continuer son admi- nistration.

Tout en ne se croyant pas en droit, de par le petit nombre d'observations personnelles, d'alfirnicr l'inno- cuité constante et absolue de la pellotine, l'auteur, s'appuyant sur l'absence, dans ses observations, de tout phénomène secondaire grave, recommande vivement d'essayer la pellotine (jui peut être utile comme rem|da- Oanl, de temps en temps, les autres narcotiques dont nous disposons.

(Journal de médecine de Paris.)

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LE NATURALISTE

DESCRIPTION DE COLÉOPTÈRES EXDTIOUES

Euriijeniomorpliu.i, n. RPare. Dernier article des tar?es large avec uue sorte d'appendice corné sous les ougles. l'alpes ssécnriforuies. Antennes fj;rèles, i dernier article à l)eine plus louf; que le précédent, insérées eu dessous d'une saillie cornée. Prothorax étranglé prés de la base. Yeux n peine bordés, à peine siuués. Mésosternuui caréné, granuleux, étroit en arrière, eu arc de cercle, légèrement anguleux sur son milieu, eu avant. Parait devoir reutrer dans je groupe des Semalaplini par les ongles des tarses munis d'un appendice corné: par sa forme il rappelle plutôt le groupe des Eiirl- geniiiii.

F., niffosiis. .Vllongé brunfttre V. ou noir un peu métal- lique ' ', avec les antennes et les pattes plus ou moins d'un rouge foncé : pom-tuatiou générale ruguleuse, très forte aux éljlrfs: pubesceni^e couchée, grisâtre, fine et écartée avec ipieli^ues longs poils fins dressés. Tête tronquée en arriére, a front |ilan orné d'ui:e partie cornée, relevée au-dessus de l'insertion des antennes : yeux peu saillants, à peine sinués. Antennes rougeàtres, minces, à articles allongés; premier plus gros, parfois obscurci, 2""' court, dernier à peine plus long que le précédent. Palpes obscurcies. Prothorax assez transversal et bien arrondi au milieu, prolongé en cou long en avaut, diminué en arrière, marqué de gris sur les cotés posiérieurs avec la base sillonnée transversalement et un peu relevée en arrière. Ecusson en carré long, grand, bien garni de poils jaunes à l'état frais. Elytres allongés, droits sur les épaules qui sont arrondies, bien atténués et anguleusement arrondis l'extrémité c". presque cylindriques 2, rt>bordés, très nettement et fortement ruguleux avec des points torts. Pattes moyennes avec les cuisses épaisses; tibias denticulés, légèrement échanerés eu dehors à 1 extrémité; tarses remar- quables. Dessous du corps foncé o*, rougeûlre 'i ; poitrine très pubesceute de grisfttre. Long 10 à 13 mill. N.-S. Wales (Australie).

Diffère de tous les Pseudoanlliicides américains, au moins par son aspect rugueux.

Foitnicomus iititberculaliis. Noir de poix à pubescence fine et couchée avec les élytres un peu verdâtree, les premiers articles des antennes duu testacé rembruni. Tèle assez courte, à peine conifère, à ponctuation assez rapprochée. Une. An- tenues modérémimt longues, minces, obscurcies à partir du 4™« article. Prothorax peu allongé, bien dilaté, arrondi en avant, de la largeur de lu tête, nettemeut étranglé prés de la base et ayant sur celle-ci deux petits tubercules nets; ponctuation écartée sur la portion antérieure, dense et rugu- leuse sur la base. Elytres eu ovale assez court, avec les épaules [leu saillantes, l'extrémité largemeut tronquée, la ponctuation marquée, espacée. Pattes vaguement brunâtres, fortes, pubesceutes avec les cuisses bien épaissies. Tibias antérieurs courts, assez minces, intermédiaires et postérieurs légèrement sinués 4". Long, 3 mill. 1/2. Benul.

A placer prés de F. rjua^stor Laf. et facilement séparable de la plupart des espèces du genre, soit par sa coloration géné- rale foncée, soit par son prothorax â base tuberculée.

Mauiuce Pic.

La Photosplière

La photosphère est l'enveloppe brillante du soleil, que nous voyons tous eu regardant cet astre.

Elle recouvre la sphère centrale, les corps sout dans un état de dissociation particulier, à leur énorme température qui s'oppose à la liquétication que devrait enlrainer la pression incalculable à laquelle ils sont soumis. En arrivaut à la surface, ces corps dissocies sont soumis à une pression beaucoup moins considérable, et à une température diminuée par le rayonne- ment qui commence à s'y taire sentir .

On les voit alors s'associer pour former des gaz métalliques lumineux, analogues à ceux que nous connaissons sur la terre, qui prennent l'aspect de ballons incandescents, en dégageant alors une chaleur et surtout uue lumière excessive.

Aussi, quand on examine les photographies du soleil, obte-

nues par E. Janssen i l'observatoire national de Meudou, on voit des traînées de pi;lils grains blancs disséminés à sa sur- face, comme du riz étalé sur une feuille de papier gris. La photosphère est donc une couche de ballon incandescente, d'un indescriptible éclat, llottaul à la périphérie de la sphère centrale, que notre œil ne peut regarder sans en être immé- diatement aveuglé. Ces grains riziformes sont des sphéroïdes allongés, qui mesurent environ .'iOO lieues de diamètre, et qui son', entraînés dans tous les sens à la surface du soleil par des courants extrêmement puissants, en restaut toujours à peu près an même niveau. Quelquefois ils se fondent ensem- ble en disparaissant pinson moins et c[i perdant de leur écla'. D'autres fois, au contraire, ils acquièrent, eu se fusionnant ainsi, une luminosité beaucoup plus intense et forment alors ce qu'on appelle des facules. Tout est relatif en ce monde, et je les comparerai à des vers blancs sur uue peau blaui-he d'orange. Voilà comment se comporte la matière, en quittant la spnère centrale du soleil pour arriver à sa surface, la pression est de moins en moins grande, et peuvent exis- ter des vapeurs métalliques extrêmement chaudes et lumineu- ses, identiques a celles que nous connaissons sur la terre i une moindre température. C'est alors que ces I gaz déjà si chauds par eux-mêmes au moment de leur formation, acquiè- rent sous nos yeux une lumiuosité si éclatante, qu'elle éclipse complètement la lueur de la sphère ceutralc, qui parait noire par ellet de contraste; au point de ressemblera des taches n'encre, quand on la voit à travers les éclaircies de la photo- sphère: telle est l'origine du noyau noir des taches du soleil. Les grains de riz de la photosphère sont donc l'état particu- lier qu'affecte la matière dans le soleil, quand elle est soumise à uue énorme température et a une diminution de pression. Ces ballons lumineux sont des giiz métalliques incandes- cents. Ils ne renferment de particules liquides incandescentes à l'état vésiculaire que dans la photosphère, qui fait suite ;i cette couche et est moins chaude encore ; puisqu'elle est plus superficielle, et partant, plus relVi'idie qu'elle par l'effet du rayouuemeut. Oh! alors là, c'est tout autre chose : les gaz se trauslorincut eu vapeurs métalliques, en vrais nua- ges lumineux, qui douneutde la vraie pluie iucandesceule ou qui disparaît à l'état de gaz dans les couches chaudes de l'at- mosphère du soleil. Ces nuages sout agités de tourbillons comme les nôtres ici-bas, et sont sujets à des orages avec cyclones et tourbillons à cône descendant, qui confirment la théorie ds il. Paye sur les tourbillons atmosphériques. Ce sont précisément ces phénomènes qui produisent les protubérances de la chromosphère, qui est rougeâtre.

Mais la photosphère peut être aussi le siège de tourbillons tout particuliers bien différents de ceux qui se passent dans lachro- mospnère, en ce qu'ils constituent les taches du soleil. Lr photosphère n'est guère beaucoup plus épaisse que le diamè- tre de la terre, soit 3 ou 4 mille lieues d'épaisseur. Comme elle est d'une aveuglante blancheur et que la sphère ceutrale sous-jacente nous semble obscure en comparaison, on con>- prend qu'il sullit d'un tourbillon, qui agite les ballous lumi- neux ae la photosphère, pour produire des vides, des éclair- cies, par lesquelles on voit la surface noire de la sphère cen- trale du soleil, c'est ce qui constitue le noyau des lâches. Tout autour de cette ouverture, les grains riziformes se fondent les uns aux autres en longues traînées parallèles, qui bordent le noyau d'une pénombre beaucoup plus lumineuse que celui-ci. Ces traînées s'irradient autour du noyau ; tout en étant bien délimilées extérieurement à leur périphérie, elles se séparent du reste de la photosphère, qui reste calme autour du tourbillon, tant que celui-ci ne s'èteudpas plus loin. Ces taches durent plusieurs jours, mais elles changent lentement de forme, comme les touibillons qui se traduisent dans notre atmosphère ou dans un fluide quelconque, gazeux, nuageux ou liqaide. Ici le fluide est le gaz incandescent de la photo- sphère. On voit donc les taches grandir, se diviser et dispa- raître en se rétrécissant de plus eu plus; comme on voit un tourbillon s'étendre, se diviser en d'autres tourbillons plus petits, qui se modifient et disparaissent à leur tour.

Ce qui est remarquable, c'est de voir la tache rester creuse pendant tout ce temps, comme si elle était maintenue dans cette forme par une force invisible. Elle est remplie eu eii'et par l'atmosphère incolore du soleil, qui pèse sur elle; et sui>- tout par la force tourhillonnaire qui la creuse dans toute sa surface, en entraînant ses bords en l'air. Il y a une sorte d'aspiration sur les bords, qui les relève pendant que Je cen- tre est déprimé.

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LE NATURALISTE

C'est identiqiicmeut ce que nous voyons sur l'eau d'une rivière, dans les remous qui se forment à sa surface. Ou voit Bellement les concavités de la tache, quandcelle-ci se présente de profil sur le bor.l du soleil. Une tempête tumultueuse agite autour d'elle la chromosplière et l'atmosphère solaire, les facuh'S et les protubérances sont loujour.* plus nombreuses aux environs des taches que partout ailleurs. Ces violents orages sont uccompafrnés d'un dégagement d'électricité telle, que la boussole enregistre sur la terre des perturbations con- sidérables du magnétisme terrestre. Les années il y a beau- coup de taches sont précisément celles ces perturbation^ magnétiques sont les plus accentuées. On sait depuis long- temps que ce n'est pas une simple coïncidence, et qu'il y a des relations identiques avec celles qui unissent l'effet à sa cause directe. Les aurores boréales suivent fidèlement les oscillations qu'éprouvent les taches du soleil dans leur nom- bre et dans leur importance. Les phénomènes électriques qui se passent dans le soleil rctenlissent jusque sur la terre.

D. Bougon.

NOTE SUR CANTHARIS VESICATORIA

CANTH.A.niS VESIC.4.T0HI.\ (L.)

La Cantharide est un coléoptère de la famille des vésicants, ces insectes apparaissent en nombre considé- rable dans les lieux qu'ils fréquentent. Leur usage thé- rapeutique remonte à la plus luiule antiquité et fait l'objet d'un commerce important.

La Cantharide, d'après les analyses de Béguin (1), con- tient de 3 gr. 10 6 gr. 31) de cantharidine par kilo- gramme d'insectes.

Le prix du kilo d'insectes (suivant les renseignements de M. le D' Fumouze), vaut environ 14 à i^ francs, quel- quefois 20 francs, selon les années; il faut en moyenne 10,000 insectes secs pour peser un kilogramme.

Insecte 2wrfail . Longueurs à 18 millimètres, d'un vert cuivreux avec des reflets dorés, tète triangulaire, forte- ment sillonnée au milieu, antennes plus longues que la moitié du corps, corselet transversal, angulé sur les côtés, élytres finement ruguleux, plus larges que le corselet, parallèles et recouvrant généralement l'abdomen, pattes longues à jambes armées de deux éperons. Les carac- tères sexuels s'observent principalement dans les an- tennes, plus robustes et plus longues chez les mâles.

C'est à M. J. Lichtenstein (de Montpellier) (2) que revient l'honneur d'avoir réussi le premier à élever (en captivité) la Cantharide depuis l'œuf jusqu'à l'insecte parfait, et d'avoir prouvé d'une manière indiscutable les diverses phases de l'hypermélamorphose, et à M. le D' Beauregard (3) d'avoir découvert ses mœurs en liberté.

Mœurs. Les Cantharides apparaissent ordinairement vers la fin de mai jusqu'au lo juillet, on les trouve sur les frênes, les lilas, les troènes et quelquefois l'olivier dont elles dévorent les feuilles, elles répandent une odeur caractéristique très désagréable (odeur de souris'^) qui permet de reconnaître leur présence.

Aussitôt après l'accouplement la femelle creuse un puits dans le sol d'environ 2 à 3 centimètres de pro- fondeur, elle dépose au fond ses œufs, en deux masses

(1) Béguin. Histoire des insectes qui peuvent itre employés comme vésicunts. Paris, 1874.

(2) Lichtenstein. Coni;j/fsrfrif/vs(/e/'j^cod.f/e«t<'c., 19 mai, 1879 p. 10S9.

(3) Dr Beauregard. Les vésicanls. Paris, 1890.

d'environ 130 à 200 œufs chacune, cela fait elle comble le puits en tassant la terre en dessus. Les œufs éclosent au bout de quinze à vingt jours; les triongulins s'en- foncent dans la terre et restent inactifs pendant (juelques jours durant lesquels leurs téguments prennent plus de résistance et une couleur plus foncée. Alors poussés par le besoin de nourriture, ils se mettent à la recherche des cellules de certains hyménoptères souterrains : Colletés et 3/fegachiles, qu'ils savent très bien découvrir ; leur extraordinaire activité et leur résistance vitale, qui leur permet de vivre de trente à quarante jours sans aliments, leur donnent des chances multiples de réussite.

Une fois le triongulin dans la cellule de son hôte, il se nourrit avec voracité du miel qu'elle contient ; dès lors, les diverses phases de son évolution se succèdent régu- lièrement : le triongulin, qui mesurait à peine ï milli- mètres de longueur, devient en trois semaines un-e larve de 18 à 20 millimètres de long sur 5 à 6 millimètres de large. Après une première et une deuxième mue à cinq ou six jours d'intervalle, le triongulin se change en deuxième larve qui arrive à son complet développement au bout de neuf à dix jours, s'enfonce en terre, se cons- truit une petite loge 'et se métamorphose en pseudo- chrysalide dont la longueur varie entre 12 et 16 milli- mètres ; c'est sous cette forme qu'elle passe l'hiver.

La pseudo-chrysalide est de couleur jaune très pâle, d'apparence cireuse et comme légèrement nuancée de rose. Elle est un peu courbée en arc, les pattes sont figurées par de courts moignons. Les neuf paires de stigmates se reconnaissent facilement à la couleur brun fonce de leur périlrème.

En avril la jiseudo-chrysalide se fond sur la ligne mé- diane du dos et se transforme en une troisième larve d'un blanc jaunâtre, à mandibules brunâtres et très sem- blable à la seconde. Au bout de douze à quinze jours cette troisième larve se transforme en nymphe avec tous les membres bien visibles, quoique encore emmaillotés, qui accentue son évolution et devient un insecte parfait après une nouvelle période de quinze jours. L'évolution complète dure un peu moins d'un an. Il arrive quelque- fois que la pseudo-nymphe passe l'année complète sans changement et ne se transforme que la seconde année.

Récoltes. On peut s'étonner qu'en France, les Cantharides sont dans certaines régions très abondantes et très belles, la récolte soit devenue à peu près nulle, au point que les pharmaciens des localités hantées par ces insectes ne trouvent pas à se les procurer. On sait que les Cantharides apparaissent en juin et vivent sur les frênes, lilas, etc. Il suflit le matin, alors que les insectes encore engourdis couvrent les feuilles et les branches, d'éteridre des draps sur le sol au-dessous des arbres, qu'on secoue énergiquement, pour obtenir rapi- dement une abondante récolte. Il ne reste plus qu'à les faire jiérir, soit en les trempant dans du vinaigre ou en les enfermant dans un vase suscejitible d'une fermeture hermétique et en versant une petite quantité de sulfure de carbone pour les asphyxier. On fait ensuite sécher les insectes, puis on les conserve dans des boites bien fermées. Sans cetteprécaution, les Cantharidosdeviennent la proie d'une quantité de parasites coléoptères qui les dévorent jusque dans les carions de collection, savoir : Anthremis varius (Fab.), Ptinus fur (L.), Derwetes tar- darius (L.), AUagejius Pcllio (L.), Anobimn . paniceum (L.); etc.

LE NATURALISTE

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M. le D' Fumouzc cite ooiiinifi ennemis des Cantha- rides dans les pharmacies les espèces d'acariens sui- vantes :

Tyrof^lyphus lonf;ioi- (Gervais). Tyrofilyplms Sieulus (Robin et Fumouze). Glycipliai;us cursor (Gervais). Glyciiiliagus spinipes (Koch).

Chelytus eruditus.

Decaux, Membre de ta Soc. Ent. de France.

Sarcoptides.

Répertoire étimologiqye des noms français

ET DES DÉNOMINATIONS VULOAIRES DES OISEAUX {Suile]

PInvian. Nom donné par les ornithologistes à un petit Echassier d'Egypte {Hyas /Eçj>ipliaciis), parce qu'il est inter- médiaire entre les Coiirvitos et les Pluviers. Les Arabes lui ont donne le surnom A'AcerLissetir du Crocodile. Pline, qui emprunte son récit à Hérodote, dit du Pluvian : « Quand le Crocodile est couché sur le sable, la gueule ouverte, un Oi- seau, le Trocliilns, arrive, entre dans sa gueule et la nettoie. Cela est agréable au Crocodile ; aussi ménage-t-il cet Oiseau et ouvre-t-il sa gueule plus grandement encore pour qu'il ne s'y blesse pas. Cet Oiseau est petit, de la taille d'une Grive; il se lient prés de l'eau ; il avertit le Crocodile de l'approche de l'Ichneumon ; il vole à lui, l'éveille en criant, en lui bec- quetant le n^useau. » « On serait tenté do ne voir qu'une fable, et cependant ce récit est basé sur un fait. Ce que les anciens avaient vu, on peut le constater encore, et c'est à juste titre que l'on a donné à cet Oiseau le nom à'Averlis- seur; il avertit bien réellement le Crocodile et tous les autres animaux, n (Brehm.)

Pluvier. Ce nom, donné à des Echassiers [Charadrins], dériverait, d'après Belon, du mot Pluie. « Le Pluvier a été ainsi appelé, parce qu'on le prend plus aisénrent dans un temps pluvieux qu'en tout autre temps. » (Belon.) « Je crois plutôt, ajoute Ménage, que c'est à cause qu'il aime la pluie. » Longolires {Dtcttogtis de at'ibu.s et eorum nominibifs) donne à cet Oiseau le nom allemand l'idvier, Puloer, que Turner fait dériver du latin l'tilvis (poussière), parce que ces Oiseaux sont pulvéri.sateurs.

Podarge. Nom donné par Cuvier à une famille d'Oi- seaux d'Australie et de la Nouvelle-Guinée, intermédiaires entre les Chouettes et les Engoulevents. Ce nom est formé des mots grecs poiis (pied) et arr/os (blanc).

Porphyrion. Nom donné par les anciens à des Poules d'eau {Porpliyrio), plus connues sous le nom de Poule-i-Sul- lanes « Les modernes ont appelé Poule-Sullane un Oiseau fameux chez les anciens sous le nom de l'oiphyrioii. Nous avons déjà plusieurs fois remarqué combien les dénomina- tions données par les Grecs, et la plupart fondées sur des caractères dislinctifs, étaient supérieures aux noms formés comme au hasard dans nos langues récentes, sur des rajipKrts fictifs ou bizarres et souvent démentis par l'inspection de la Dature. Le nom de Poule-Sultane nous en fournit un exemple : c'est apparemment en trouvant quelque ressem- blance avec la Poule et cet Oiseau de rivage, bien éloigné pourtant du genre Gallinacé, et en imaginant un degré de supériorité sur la Poule vulgaire par sa beauté et par son port, qu'on l'a nommée Poule-Sullane; mais le nom de Por- phyrion, en rappelant à l'esprit le rouge ou le pourpre du bec et des pieds, était plus caractéristique et bien plus juste, u (Buffon.)

Porte-Iaiubcanx. Le Vaillant a donné ce nom à un Etourneau de l'Afrique orientale \Dilophus carunculalu.s), à cause des espèces de lambeaux ou crêtes noires qui ornent sa gorge et sa tête sans les surcharger, caractère qui paraîtrait rapprocher cet Oiseau du genre Mainate.

Porzane. Surnom du Ràle-Marouette [Porzana-Ma-

ruelln) et tiré de son nom italien Porzann, qui ne serait qu'un diminutif de Porcelluna.

Poaillot. Nom donné, à cause do sa petitesse, à un Pa.ssereau du genre Ficedida (Ficedula fitis), que Belon avait surnommé le Chanire, à cause de son ramage. « Le nom de l'ouillof, comme celui de Poui donné au Roitelet, parait venir de Pullus, Pu.iiUus, et désigne également un Oiseau très petit, n (Buffon.)

Poule. Mot tiré da bas-latin Pulla, féminin de l'nllus (petit), et employé pour désigner la femelle du Coq, proba- blement parce que sa taille est plus petite que celle du mâle.

Ponle-.4ntarc(lqne. Surnom donné par les navigateurs au Bec-en-Fùurreau {Cliionia), parce qu'il a une certaine res- semblance avec une Poule et vit ilans les îles de la rc"ion antarctique. °

Poule- d'Kau. Nom donné aux Gallinules, à cause de leur ressemblance avec la Poule et de leurs habitudes aqua- tiques.

Ponle-de-iVumidie. Nom donné autrefois à la Pintade, parce qu'elle est originaire de Numidie.

Poule-des-C»udricr.«i. Surnom donné à la Gelinotte des bois \Iionaaiu sylvestris), parce qu'elle recherche surtout les taillis de noisetiers sauvages ou Coudriers.

Ponle-des-Steppes. Nom vulgaire du Syrrhapte para- doxal [Syrrhaptes paradoxus), parce qu'il n'habite que les steppes à l'est de la mer Caspienne.

Ponle-d'Iudc. (Voyez le mot Dindon.)

Poule-Snlt:ino. (Voyez le mot Porphyrion.)

Poulet. Diminutif du mot Poule, servant à désigner les petits de la Poule.

Poussin. Mot tiré du latin Pullicenus, diminutif de Pullus (petit), employé en ornithologie pour désigner les jeunes Oiseaux lorsqu'ils sont encore couverts de duvet.

Proyep. Nom vulgaire d'un Bruant (Emberiza miliaria) et dérivé du mot Pré, car Belon dit que Proyer se prononçait Preyer, qui signifiait Oiseau de pré; ce qui confirme cette opinion, c'est que Salerne nous apprend que le Proyer se nomme en certains endroits Pré ou Verdat des prés.

Ptarnii^^an. Nom écossais conservé pour désigner le Lagopède des Alpes.

Puffin. Nom donné à des Laridés {Puffinus) et qui, d'.après Klein, serait une onomatopée formée d'après le cri de ces Oiseaux.

Pygargue. Ce nom, donné à un Rapace {Haliœtus al- bicillai, dérive du grec Pyyaryos. Aldrovande, à la science duquel on peut avoir confiance pour ce qui regarde les an- ciennes étymologies, a dit que cet Aigle a reçu des Grecs cette dénomination, parce qu'il a la queue blanche. Cette opi- nion a été confirmée par Gaza, qui a traduit le mot grec par le terme latin Albicilla.

Qnadrieolor. Nom donné par Buffon à un Passereau d'Australie [Erylltrura piasiiia), connu des oiseliers sous le nom de Pape de prairie. « Nous lui donnons le nom de Qua- dricolor, qui suffira pour le distinguer de tous les autres et qui lui convient très bien, parce que c'est un bel Oiseau peint de quatre couleurs vives, également éclatantes : ayant la tête et le cou bleus, le dos, les ailes et le bout de la queue vcrta, une large bande rouge en forme de sangle sous le ventre et sur le milieu de la queue, et, enfin, le reste de la poitrine et du ventre d'un brun clair ou couleur de noisette, n (Buffon.)

Quetzal. Nom donné par les indigènes du Guatemala au Couroucou resplendissant [Pharornacrus resplendens) .

Queue-de-Vinaigre. Surnom donné par les oiseliers à l'Astrild gris bleu ou Bengali cendré (Estrilda cœrules- cen.<!). Cet Oiseau a la queue d'un rouge cramoisi, ce qui n'explique pas le singulier surnom que lui donnent les oi- seliers.

Quiscale. Nom créé par Vieillot pour désigner un genre de Sturnidés d'Amérique [Quiscalus) .

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LE NATURALISTE

Bâio. Ce nom a été donné primitivement au Râle de genêts, par onomatopée de son cri. « C'est du cri désagréable ou plutôt du râlement de ce dernier Oiseau que s'est formé dans notre langue le nom Je Râle pour l'espèce entière. » (BuBon.) Le petit Râle d'eau (Porzana maruetla) est connu sous le surnom de Maroiielle, qui parait du à Brisson, mais dont on ignore l'étymologie.

RanieFon. Nom formé du mot Ramier et créé par Le ■Vaillant pour désigner un genre de Pigeons d'Afrique (Slric- tœnas) que les indigènes surnomment Pigeons des olives. {A suivre.)

A. Gkanger.

LIVRE NOUVEAU

Histoire naturelle de la France : Mînéi-alogie, par Paul Gaubert, D'' es scipnces, attaché au Muséum d'his- toire naturelle. 1 vol.de 260 pages, avec 18 planches en couleur et H9 fig. dans le texte. Prix broché, 5 fr. ; franco,") fr. 35; cartonné toile anglaise, 5 fr. 7b; franco, 6 fr. 20.— Les Fils D'Emile Deyrolle, éditeurs, 46, rue du Bac, Paris.

Le volume consacré à la Minéralogie de l'Histoire naturelle de la France vient enlin de paraître; nous disons enfin, car nous savons que l'apparition de ce volume était impatiemment attendue depuis bien longtemps. Lorsqu'on demandait aux éditeurs à quelle époque paraîtrait le volume, il était toujours répondu : « Prochainement; mais les dessinateurs, graveurs, imprimeurs, etc., nous tiennent et nous retiennent; mais vous verrez les plan- ches, nous disait-on! » Et nous attendions sur ces bonnes paroles, comptant que l'exécution des planches nous dédommagerait de l'attente. Nous venons d'examiner en détail le volume en question, et nous sommes heureux de dire que nous n'avons pas ét^ déçus et que nos espé- rances se sont réalisées : les planches sont absolument re- marquables, nous ne saurions trop féliciter les éditeurs et les collaborateurs, dessinateurs, graveurs, imprimeurs, du résultat inespéré qu'ils ont obtenu. On peut dire que c'est le premier ouvrage de ce genre qui voie le jour ; ouvrage élémentaire, tout en étant scientilique, et dix-huit planches en couleur, accomiiagnant le texte, sans comp- ter les figures du corps de l'ouvrage! L'auteur, !M. Paul Gaubert, attaché au laboratoire de Minéralogie du Muséum de Paris, a bien compris l'esprit qui devait pré- sider à la rédaction d'un tel ouvrage. Il est d'une par- faite clarté ; les descriptions comprennent les caractères suffisants pour déterminer tous les minéraux de France, basés sur les signes extérieurs et les essais au chalumeau. L'ouvrage est divisé en deux parties : la première traite des propriétés générales des miuéraux, cristallographie, propriétés physiques, propriétés chimiques. La deuxième partie comporte les descriptions.

En un mot cet ouvrage de Minéralogie de l'Histoire naturelle de la France est certainement appelé au plus grand succès ; on ne saurait trouver un traité de Minéra- logie plus simple et en même temps suffisamment corn- plet et orné de planches aussi belles et d'un jirix modique.

P. Fucus.

OFFRES ET DEMANDES

Lots et collections a vendre :

Quelques exemplaire de Goliathus giganteus, (pas- sables), 8 francs.

1 Lot d'Apatides européens et exotiques comprenant 45 espèces, 77exemiilairesdans2 cartons. Prix : 20 francs.

Collection de Dermestides européens et exotiques : U9 espèces, 472 exemplaires, 3 cartons Prix : 40 francs

S'adresser pour les lots etcollections ci-dessus à « Les Fils d'Emile Deyrolle » 46, rue du Bac, Paris.

M. S. D... 11° o634 Nous annonçons précisément dans ce numéro le volume « Minéralogie » de l'histoire naturelle de la France. Veuillez vous y reporter.

M. J. 'V, à Versailles. Lorsque vous aurez l'occasion de passer à nos bureaux, nous vous montrerons une série de tableaux muraux, avec échantillons et appareils en na- ture pourl'enseignement élémentaire de la Physique. Au moyen de ces tableaux, on peut faire un cours complet de Physique sans autres accessoires ou appareils queceux que comportent les tableaux en question. (Voyez détails sur la couverture du présent numéro.)

A céder une très remarquable collection de Fossiles des terrains jirimaires : Cambrien de l'Hérault, Silurien de France, de Belgi(iue, d'Angleterre, de Russie, de Suède d'Amérique, Dovonien de France, de Belgique, d'Amé- rique; Ilouillièredo France, Belgique, Hollande ; Pormien de Saxe, Russie, Lodève,Saaibruck; Salifériendu Tyrol; Conchylien des Vosges, Luxembourg ; Sinémurien, etc. Cette collection comporte environ 1000 espèces. S'adres- ser aux Bureaux du Journal, 46, rue du Bac, Paris.

Magnific|ues Ammonites du Corallien de Crussol (Isère), localité épuisée. Liste et prix sur demande à Les Fils D'Emile Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris.

Le Gérant: Paul GHOULT.

Paris. Imprimerie F. Levé, rue Cassette,, 37.

VBENT DE PARAITRE

HISTOIRE NATURELLE DE LA PRAU CE

MINÉRALOGIE

AVEC 18 PLANCHES EN COULEURS

PAR

PAUL GAUBERT

Attaché au laboratoire de Minéralogie du Muséum de Paris.

Prix : broché, 5 fr. franco, 5 fr. 35

Cartonné toile anglaise 5 fr. 75 franco G fr. 13

LES FILS D'ÉIVIILE DEYROLLE, ÉDITEURS

.'«G, rue du Uac, Paris.

19» ANNÉE

y\

IV «38

FÉVRIER 1897

LES ANCIENS'^WÂCIERS

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I

En 1S17, Jlmii l'iM-audin, puido du Valais et chasseur de chamois, dnnnait l'hospitalité à un savant glacié- riste, M. de Cluupentier. Assis au coin du feu, les doux hommes s'entretenaient des f;laciers qui, de toutes parts, se dressaient autour d'eux; M. de Charpentier parlait des eaux diluviennes qui avaient transporté les 6/ocs erra- tiques à de si grandes distances des Alpes : « Pourquoi, re|>artit le guide, inventez-vous des déluges et des cours d'eau pour les charger de rochers évidemment trop lourds pour eux'^ N'est-il pas plus simple de penser que ces pierres ont été transportées par des glaciers, qui tous les jours en transportent sous nos yeux. » C'était l'idée féconde de la découverte des aticiens glaciers.

Tous les glaciers ont ])Our origine les blancs ncvés qui s'accumulent et se compriment sur les sommets, ]>our se transformer en glace transparente ; ils descendent dans les vallées qui sillonnent les flancs de la montagne, avan- çant lentement, rabotant les falaises, qui les encaissent. Les roches de fond, sous cette action puissante, se po- lissent, perdent leurs angles; les parois sont de même transformées, portant les rayures des cailloux tombés entre elles et les glaciers : elles sontpoHes et sériée.';.

Sur le glacier, de longues files de blocs de pierre mar- ([uent l'emplacement des morames; ce sont les débris détachés des falaises encaissantes qui roulent sur le glacier et sont transportés avec lui. Souvent d'énormes quartiers de rocher s'éboulent et constituent des blocs erratiques.

Si la glace vient à fondre, ces pierres tombent sur le sol sous-jacent, en lignes correspondantes à celles occu- pées à la surface du glacier, et jalonnent ainsi la direc- tion des moraines; les blocs erratiques sont déposés par cette fusion au point ils se sont arrêtés.

L'emplacement d'un ancien glacier est donc facile à reoonuaitre par les caractères énumérés : Va/pect poli et jîd-iédes roches encaissantes, la présence de cailloux striés, la position des moraines et des blocs erratiques. Seule, la glace man([ue, mais ces témoins persistent et permettent au géologue de reconstituer en pensée la direction, l'ex- tension, l'épaisseur, les étapes de la marche du glacier disparu.

Cette comparaison si simple à faire aujourd'hui entre nos glaciers muderues et les formations glaciaires an- ciennes, a cependant demandé de longues et patientes recherches, et il a fallu les travaux ininterrompus do toute une phalange de savants :

Charpentier, Venetz, Schimper, Agassiz, Delor, Co- lomb. Julien, Boule, etc., pour établir l'histoire des an- ciens glaciers et tracer les limites de l'ancienne exten- sion glaciaire.

Grâce à leurs travaux, il nous est possible de prendre une idée exacte de ce phénomène, et, si l'on ne peut en- core en déterminer les causes, il est démontré que, à plusieurs reprises, les glaces ont envahi nos continents.

II

L'étude de la montagne do Perrier, près d'Issoirc (Puy- de-Dôme) permet de reporter à l'époque tertiaire l'appa- rition de glaciers fort importants dans le. Plateau Ceu-

Le Naturaliste, 46, rue du Bac, Paris.

tral. Sur ce point un conglomérat, formé de blocs des- cendus des Monts Dores et enchâssés dans une boue épaisse, présente tous les caractères d'une formation glaciaire. Des dépôts analogues so retrouvent sur divers ]ioints, au pied dos Monts d'Auvergne. A Perrier, cette formation est datée ; elle rejiose sur les couches kMasto- don arver7iensis, elle, alterne avec des dépôts à Elephas meridionalis et Rhinocéros leptorhinus, elle est superposée au Pliocène inférieur et appartient au Pliocène supérieur.

Au moment parait Elephas meridionalis, \a faune de la France avait les plus grandes allinités avec celle de l'Afrique actuelle : des éléphants, des rhinocéros, des hip- popotames, des cerfs, des antilopes, des bisons se multi- pliaient dans de vastes pâturages, sur les bords des grands lacs et des fleuves de cette époque lointaine. C'est à ce niveau que les géologues jilacent la (in des temps ter- tiaires.

Le début de l'époque quaternaire est marqué par un refroidissement, et par des précipitations atmosphériques abondantes qui déterminent la première extension gla- ciaire quaternaire. La calotte glaciaire des pôles s'avança, par-dessus la Suède et la Norwège, jusqu'à une ligne jalonnée par Londres, Dresde, Cracovie, Lemberg, Kiev et Saratov, recouvrant presque toute la Russie, l'An- gleterre, l'Allemagne et la Hollande. En Amérique, ces dépôts s'arrêtent aux Montagnes Rocheuses, suivant le cours du Missouri et de l'Ohio. En même temps, tous les massifs montagneux de l'Europe se hérissaient de glaciers: le Caucase, les Alpes de Transylvanie, le Rhodojie, étaient des centres de formation ; en France, les glaciers des Alpes et du Jura se confondaient; les Vosges, la Forêt Noire, le Plateau Central, les Pyrénées, envoyaient leurs fleuves de glace dans toutes les directions.

Les manifestations glaciaires de cette époque se pré- sentent avec une puissance extraordinaire. Si l'on prend comme exemple le massif des Alpes, on peut considérer que l'épaisseur des glaciers qui comblaient les anciennes vallées atteignait plus de 1.000 mètres. Leur extension était telle qu'ils touchaient la chaîne du Jura et déjio- suient sur ses fleuves des blocs erratiques de gneiss et de granit d'origine alpine. Le glacier du Rhône, réduit maintenant à une coulée do 10 kilomètres, a formé alors une nappe glaciaire de 400 kilomètres de longueur. Des- cendu du massif du Saint-Gothard, il recevait de nom- breux affluents sur son parcoui-s, se butait contre Chas- seron, et se divisait en deux branches divergentes. L'une se dirigeait vers le bassin de l'Aar, l'autre s'engageait dans la vallée du Rhône, couvrait d'une immense nappe de glace la région du Léman, pour se diriger vers Lyon la colline de Fourvièro et de nombreux blocs erra- tiques marquent la limite de son extension.

Par comparaison, il est possible de concevoir le dé- veloppement excessif do tous les glaciers actuels à l'époque quaternaire, et de comprendre l'apparition de semblal)les formations sur nos chaînes de montagnes actuellement dépourvues de glaciers.

Puis, les glaciers s'arrêtent dans leur marche ; ils reculent, abandonnant leurs moraines et leurs blocs erra- tiiiues. Des forêts de pins, de sapins, de mélèzes, d'ifs, de bouleaux, de chênes, de noisetiers et d'érables se dé- veloppent sur les boues mises à nu. La température redevient plus douce et bientôt un éléphant voisin du meridionalis : Elephas antiquus prend possession du sol, avec des rhinocéros {Rhinocéros Merckii), des aarocûb, des cerfs, des élans, des carnassiers divers. C'est une

30

LE NATURALISTE

période interglaciairù très nette, très évidente sur tous les continents observés.

Mais l'extension glaciaire deuxième extension qua- ternaire — se produit de nouveau, les vallées déblayées sont envahies par les fleuves glacés qui entraînent de nouvelles moraines et des blocs erratiques. Le mam- moutli fait son apparition. Cet éléphant, dont Pallas a découvert des cadavres entiers dans les glaces de Sibérie, était organisé pour vivre dans un climat froid, sa toison frisée et laineuse le caractérise à ce point de vue. Il est accompagné d'animaux nombreux dont les uns ont dis- paru, comme Rhinocéros tichorinus et l'ours des cavernes, dont les autres sont relégués sur les hautes montagnes, citons : la marmotte, le chamois, le bouquetin, le lagomys, ou dans les régions boréales : le renne, le renard bleu, le glouton, le lemming, le bœuf musqué. Les chevaux, les bisons, les aurochs formaient la popula- tion la plus abondante des vallées, avec des cerfs et des antilopes saïga. L'hyène des cavernes et le lion des cavernes, relégués plus tard vers le Sud, vivaient à coté de ces espèces, dont l'ensemble constitue une faune d'animaux adajités à des températures moyennes.

Cette seconde formation glaciaire n'a point atteint les limites extrêmes de la première, elle s'est arrêtée, et le recul s'est produit par suite de conditions climatériques nouvelles. Les précipitations atmosphériques, si abon- dantes au début du quaternaire, deviennent de moins en moins importantes. Le climat d'humide devient sec et froid. Donc les glaciers reculent faute d'aliment; plus tard, la température s'élève et le climat actuel s'établit, après quelques alternatives. Nous assistons aujourd'hui aux dernières manifestations glaciaires de cette dernière extension. Les glaciers de nos Alpes et de nos Pyrénées qui s'accrochent aux sommets les plus élevés, sont les derniers restes de ces gigantesques fleuves de glace qui ont couvert presque la moitié du continent européen.

Cette modification dans le climat n'a pas amené la disparition des êtres animés sur notre sol : le mammouth, le rhinocéros à narines cloisonnées et l'ours des cavernes sont les seuls qui no soient point arrivés jusqu'à nous. D'autres, comme le renne, ont émigré vers le Nord, ayant besoin d'une température plus froide, le plus grand nombre est demeuré sur notre sol et constitue la faune sauvage actuelle de l'Europe.

Par ses travaux sur l't'jjogMc houUUre, M. Julien pense qu'on est en droit d'assigner une origine glaciaire à cer- tains conglomérats des formations carbonifères. Il s'agis- sait de glaciers descendant de la grande chaîne de mon- tagne — la chaîne hercynienne qui, ]iartant de la Bretagne, passait par le Plateau Central et se poursui- vait, à travers le Forez, les Vosges, l'Ardenne, la Forêt Noire, vers le Hartz et la Bohème. Si ses conclusions sont adoptées, les formations glaciaires apparaîtraient dès les temps géologiques les plus reculés.

L'extension glaciaire tertiaire correspond à la fin des manifestations volcaniques du massif des Monts Dores. Pendant le quaternaire, s'ouvrent les volcans à cratères. Ces volcans sont nombreux en Auvergne ; ils ont con- servé leurs cônes de scories, leurs cratères en coupes étalées, et de leurs flancs partent de longues coulées de lave qu'on croirait à peine refroidies.

L'homme a-t-il contemplé les puissantes manifesta- tions glaciaires que nous avons décrites? L'homme a-t-il assisté aux éruiitions volcaniques de l'Auvergne? Les découvertes faites depuis un demi-siècle ont permis de

répondre alOrmativement à ces questions. Nous nous jiroposons de résumer en quelques chapitres les con- naissances préhistoriques qui sont désormais acquises, en faisant connaître l'histoire des races humaines qui ont habité les grottes au pied des grandes Alpes et des grandes Pyrénées quaternaires et qui ont tressailli au grondement des éruptions volcaniques du Plateau Cen- tral.

D' Paul GiROD, Professeur à l'Université de Clermont-Ferrand.

ANIMAUX

Mythologiques, légendaires, historiques, illustres,

célèbres, curieux par leurs traits d'intelligence,

d'adresse, de courage, de bonté, d'attachement,

de reconnaissance, etc.

Cyfftie. L'irascible reine des dieux et des hommes, sœur et épouse de Jupiter; celle qui, iclernum servons siib pectore vulnus, parce qu'elle voyait le pieux Enée échap- per à sa vengeance, s'écriait classi(juement :

Mené incepto desistere victam,

Nec posse Italià Teucrorum avortera regem ?

Astego, qure divùm incedo regina, Jovisque Et soror et conjux, una cuni gente tôt annos Bella gero '? Et quisquam nomen Junonis adoret Prœterea, aut supplex aris imponat honorem?..

Cette reine, cette déesse, cette divine mère, avait pour époux un singulier personnage, roi, dieu, divin père lui-même. Et malgré ses colères, malgré sa suprême beauté, elle ne pouvait empêcher que Jupiter ne conser- vât la fâcheuse habitude, dès qu'une mortelle était à son gré, dès qu'il pouvait lui appliquer cet autre beau vers de 'Virgile : Jam matura viro, jam plenis nuhilis annis, de se déguiser en quoi que ce fût, et de lui faire une cour aussi assidue qu'irrésistible.

Quatre de ses métamorphoses ont été mises ]iar un vieux grammairien dans ce distitiue mnémotechnique en vers rapportés :

Taiirus, olor, satyrus fit et aurum Jupiter, ai'dcns l'^uropen, Lccden, Antiopen, Danacn.

Il se lit donc : taureau, ci/jne, satyre, louis d'or, pour séduire : i" Europe, 2" Léda, Antiope, 4" Danaé.

Ne retenons ici que le cygne. On sait que la princesse Léda, lille de Tyndare, roi de Sparte, se baignant dans l'Eurotas, fut soudain aperçue par l'incorrigible père des dieux et des hommes. Il pria aussitôt Vénus, la céleste meretrix, de se transformer en aigle et de le poursuivre, lui métamor])hosé en cygne. Ce fut l'aU'aire d'un clin d'œil. Le dieu galant se réfugia incontinent dans les bras de la charmante mortelle, dont les compagnes chas- sèrent facilement l'oiseau persécuteur. Résultat, neuf mois après ; lUmx œufs dont sortirent deux paires de jumeaux: Castor et Clylemnestre, Pollux et la belle Hélène, chère à Oft'enbach.

Cette aventure a été célébrée à l'envi par tous les my- thologues de l'antiquité. Un de nos vieux auteurs reli- gieux latins du xii« siècle. Honoré d'Autun, s'exprime à

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ce sujet en ces termes (De imagine mundi libritres, lib. I, cap. r.xiii) : « Jupiter s'étant transformé on cy^ne pour l'animir de la reine Léda, cet oiseau fut mis au noml)i-e des astres. »

ElTectivenient, nous avons, dans le ciel de nos astro- nomes, une constellation boréale de 81 étoiles située au- dessous de la lA-re, et qui s'étend le long de la voie lactée eu formant luii' grande croix; elle est opposée aux Génu-aux relativement au polo, qui est au milieu des deux constellations. C'est dans cette constellation que se trouve la fameuse étoile Gl-^ duCyjne, la première dont on ait pu mesurer la parallaxe, et qui est la plus rappro- chée, pour nous, de toutes celles (|ui sont visibles sur l'hémisphère boréal; elle est située à quinze trillions de lieues de la terre, et sa lumière nous arrive au bout d'en- viron six ans...

Aruiiult, caustique, a écrit sur ravoiUuri' de Léda un cou]det assez mordant et que je crois de circonstance aujourd'hui que les journaux racontent à qui mieux mieuxles scandaleuses amours d'une autre princesse avec un simple 'mortel grêlé, dont le violon chante, parait-il, comme le cygne sur le point de mourir:

On nous raconte que Léda. l*ar le diable autrefois tentée, D'un amant à l'aile argentée Un beau matin s'accommoda. Ilélas! ces caprices insignes Sont encor les jeux des amours, Si ce n'est qu'on voit de nos jours Les Dindons remplacer les Cygnes.

Quoi (ju'il eu soit, la constellation dont il s'agit aurait encore d'autres origines: Cycnus, fils d'Apollon et de Thyrie, s'étant noyé dans le marais de Canope, fut mé- tamorphosé en cygne par son père; un autre Cycnus, (|ui mourut de la main d'Achille sous les murs de Troie, eut le même sort : un troisième, ami intime de Phaé- ton, autre fils d'Apollon foudroyé par Jupiter comme compromettant la sûreté du monde, serait (jlntôt le titu- laire de ladite constellation. Voici ce qu'en dit Virgile au X'' chant de l'Enéide, vers 185 à 193 :

« Tu ne seras point oublié dans mes vers, intrépule Cyniro, le plus brave des Liguriens ; et toi, Cupavon, qu'accompagne un petit nombre de guerriers, et dont le casi[ue est ombragé de plumes de cygne, triste monu- ment de la métamorphose de ton père, dont l'amour fut tout le crime. On raconte, en effet, qu'accablé jiar la perte de son cher Phaéton, Cycnus se retira à l'ombre des peupliers, autrefois les sœurs de son ami; tout en- tier à sa douleur qu''il s'efforçait vainement de calmer jiar la douceur de ses accents, il vit sa vieillesse se revê- tir insensiblement d'un blanc et léger duvet, et prenant son essor loin de la terre, il porta dans les plaines du ciel la plaintive mélodie de ses chants. »

Ovide, au livre II de ses Métamorphoses (v. 327-380), nous fait un récit à peu ])rès semblable, mats il ne place pas au ciel le métamorphosé:

« Le fils de Sténélée, dit-il, Cycnus, fut témoin de ce prodige (les sœurs de Phaéton transformées en peupliers) ; bien qu'il te fût uni par le sang, ô Phaéton, il l'était encore davantage par les nœuds de l'amitié. Abandon- nant son royaume, il faisait retentir des cris de sa dou- leur les vertes campagnes qu'arrose l'Eridan, les eaux du lleuve lui-même, et les arbres dont les sœurs venaient d'augmenter le nombre. Soudain sa voix, de virile ([u'elle était, devient grêle ; des plumes blanches rem-

placent les cheveux ; son cou se prolonge loin de son sein ; une memlirane de pourpre unit les doigts, le duvet ('ouvre les flancs; sa bouche devient uu bec arrondi; Cycnus est transformé en un oiseau jusqu'alors inconnu; il ne se confie ni aux plaines célestes, ni à Jupiter, car il garde le souvenir des feux injustement lancés sur Phaé- ton; il habite les étangs et les vastes lacs, car sa haine ])0ur le feu lui fait choisir une demeure au sein de l'élé- ment contraire. »

Platon veut que ce soit Orphée ([niait été transformé en cygne, à cause di; sa beauté, et transporté au ciel auprès de sa lyre.

Autres traditions encore:

Athénée, Deipnosophistes (livre IX, chap. xi), nous dit :

« Les cygnes ])arurent souvent à notre table. Cet oi- seau, dit Aristote, prolifîe beaucoup (1). Il est coura- geux, se bat avec son semblable jusqu'à la mort, et même contre l'aigle, qu'il n'attaque pourtant pas le pre- mier. Les cygnes 'chantent mélodieusement", surtout aux approches de la mort. Ils traversent la mer en chantant, sont palmipèdes, et paissent l'herbe. Cependant, Alexandre de Mynte dit en avoir vu plusieurs expirants et ne pas les avoir entendus chanter. »

{C'est absolument comme moi, diraient les pages de la comtesse de Panada, dans la Mascotte.)

« Ilégésianax d'Alexandrie, continue Athénée, qui composa l'ouvrage intitulé Les Troiques de Céphalion, rap- liorte que Cycnus, qui combattit seul contre Achille, fut nourri par un cygne à Leucophrys, Boios dit, dans son Ornithogénie, selon Philocore, que Cycnus fut changé en cygne par le dieu Mars. »

L'antiquité admettait absolument que le cygne avait un chant harmonieux, qu'il faisait surtout entendre au moment de mourir. Ovide {Héiûidcs, ép. VIII, v. i), dit :

Sic, ubi fatavocant, udis ahjectus in lierbis. Ad vada Jltcandn concinit albus olor. ..

« Tel, étendu sur des herbes marécageuses, le blanc cygne (olor ou cycnus), quand les destins l'appellent, chante aux bords du Méandre. »

En outre, les cygnes possédaient l'art de la divination, ils connaissaient d'avance le moment de leur mort; Pla- ton, qui faisait dire à Socrate bien des choses auxquelles l'illustre Sage n'avait jamais songé, le fait parler ainsi dans son Phédon :

« Vous me croyez, Simmias, bien inférieur aux cygnes pour ce qui concerne le pressentiment et la divination'^ Les cygnes, quand ils sentent qu'ils voutiuotirir, chantent encore mieux ce jour-là qu'ils ne l'ont jamais fait, dans leur joie d'aller trouver le dieu qu'ils servent. Mais la crainte que les hommes ont eux-mêmes de la mort leur fait calomnier les cygnes, en disant qu'ils pleurent leur mort et que la tristesse seule les fait chanter. Et ils ne font point cette réflexion qu'il n'y a jias d'oiseau qui chante quand il a faim ou froid, ou (juand il souffre de quelque autre manière, pas même le rossignol, l'hiron- delle ou la huppe, dont on dit que le chant est une com- plainte. Mais je ne crois pas que ces oiseaux chantent de tristesse, ni les cygnes non plus ; je crois plutôt (ju'étant consacrés à Apollon, ils sont devins, et que, prévoyant le bonheur dont on jouitau sortir de la vie, ils chantent et se réjouissent ce jour-là plus qu'ils n'ont jamais fait. »

Pline s'inscrit en faux contre cette croyance (Histoire

(1) Aristote, Histoire des animaux, livre IV, chap. ii.

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naturelle, liv. X, ch. xxxil): « On dit qu'au momout du mourir les cygnes font entendre un cliant funèbre; c'est, je pense, une erreur ; du moins, cela résulte pour moi de quelques expériences. Cesmèmesoiseaux se mangent entre eux (lidcm mvtua carne vescimtur inter se). »

Mais GicéTon (Tusculanes, livre I, ch. xxx) se range à l'avis de Socrate, qu'il cite à peu près d'après Platon :

« On con.sacré les cygnes à Apollon, disait Socrate, parce qu'ils semblent tenir de lui l'art de connaître l'ave- nir; et c'est par un effet de cet art que, prévoyant de quels avantages la mort est suivie, ils meurent avec vo- lupté et tout en chantant. Ainsi doivent faire, ajoutait Socrate, les hommes savants et vertueux. «

Notre La Fontaine ne pouvait mieux faire que de s'em- parer de cette fiction, et sa fable xiidu livre III, le Cygne et le Cuisinier, nous parle encore du chant du cygne :

Dans une ménagerie De volatiles remplie Vivaient le cygne et l'oison.

Un jour, le cuisinier, ayant trop bu d'un coup. Prit pour oison le cygne, et, le tenant au cou, Il allait l'égorger, puis le mettre en potage; L'oiseau, prêt à mourir, se plaint en son ramage. Le cuisinier lut fort surpris. Et vit bien qu'il s'était mépris : Quoi ! je mettrais, dit-il, un tel chanteur en soupe ? Non, non, ne plaise aux dieux que jamais ma main coupe

La gorge à qui s'en sert si bien ! Ai7tsi dans les dangers qui nous suivent en croupe. Le doux parler ne nuit de rien.

Du reste, La Fontaine ne croyait pas un traître mot de cette universelle légende: « Ce n'est pas, dit-il dans le Songe de Vaux, que tous les cygnes chantent en mourant. Bien que cette tradition soit fort ancienne, on peut en douter sans impiété, aussi bien que de plusieurs autres articles de la croyance des poètes. »

Les poètes comparaient volontiers un écrivain de mé- diocre talent à quelque oiseau vulgaire, oie, corbeau, etc., voulant entrer dans la compagnie des cygnes.

"Virgile, dans son Eglogue IX, vers 36, dit :

Nam neque adhuc 'Varo videor, nec dicere Cinna Digna, sed argutos inter strepere anser olores.

« Car je n'ai encore rien fait qui me semble digne de "Varus et de Cinna ; faible oison, je mélo au chant mélo- dieux du cygne mes chants discordants. « Dans son Eglogue YIU, v. 55, il dit aussi: « Que l'on voie désormais le loup fuir devant la brebis etc., etc., et le hibou égaler le chant du cygne. »

certent et cycnis ululaî.

Dans son De naturâ î-ei-wm, chant III, v. G, le plus beau chant de son poème, Lucrèce a pu dire aussi, après avoir exalté Epicure aplanissant aux mortels le chemin de la vie et faisant jaillir la lumière des ténèbres, par son en- seignement philosophique :

« Je te suis, non pas en rival audacieux, mais,

disci])le zélé, je cherche à t'imiter; l'hirondelle pourrait- elle défier le cygne '^

quid enim contendet hirundo

Cycnis?... »

Martial {Épigrammes, livre I, épigr. liv, v. 7) dit éga- lement :

Sic niger, in ripis errât quum forte Caystri, Inter Ledseos ridetur corvus olores.

« Ainsi, lorsque parfois il erre sur les bords du Caïstre,

mêlé aux cygni's chers à Léda, le noir corbeau devient un objet de risée. »

Plus loin, livre 'VIII, épigr. xxvill, v. 13 (sur une robe blanche que lui avait clonnôe Parihenius), comparant la lilan- cheur de ce vêtement à celui du cygne, il dit encore (mais c'est tout le contraire) :

Spartanus tibi cedet olor, etc.

<• Devant toi doit s'humilier le cygne de l'Eurotas », etc.

Et, pour en revenir à cette extraordinaire croyance au chant harmonieux du cygne, d'où peut venir cette lé- gende, démentie chaque jour par tous les cygnes passés et présents '("

Dans sa Chasse au fusil (chap. 'VII, p. 539) Magné de Marolles dit : « Les cygnes peuvent entre]irendre de longs voyages. Le mouvement de leurs ailes produit un bruit sonore et harmonieux que l'on entend de fort loin, et que Sonnini est tenté de regarder comme la source de la fable relative à leur chant... »

Serait-ce l'explication de ce chant aussi harmonieux que funéraire, que personne n'a jamais entendu, et qui a été tant célébré 'i

■Voyons encore ce que dit Isidore, évéque d'Hispaiis (Etymologiarum, liber XII) :

« Olor est l'oiseau que les Grecs appellent xOxvov ; on l'appelle olor jiarce que son plumage est entièrement blanc ; personne, en effet, n'a vu de cygne noir : le mot grec "oXov signifie tout entier (l'Australie et les cygnes noirs étaient inconnus au savant prélat).

« Le nom de cycnus lui vient de son chant {canei'e), parce qu'il module harmonieusement les sons de sa voix. On dit qu'il chante si mélodieusement parce que son cou est long et flexible, ce qui oblige précisément sa voix à prendre diverses modulations en parcourant ce chemin long et tortueux.

« On raconte que, dans les régions hyperboréennes, des cythares ayant été jouées, des cygnes accoururent au vol et mêlèrent leur chant à celui des instruments.

« On dit que les navigateurs tirent d'heureux présages de la vue de ces oiseaux, ainsi que l'explique Emile (1) dans ces vers :

C}'cnus in auspiciis lastissimus aies.

Hune optant nautse, quia se non mergit in undas.

« Le cygne est un oiseau très favorable dans les aus- pices. Il est en grande faveur chez les marins, parce qu'il ne disparaît pas sous les eaux. »

Il résulte de ceci qu'une ancienne croyance faisait accourir les cygnes vers des joueurs d'instruments de musique, et que, dans leur vol, ils accompagnaient l'harmonie de ces instruments. Ne s'agissait-il pas ici du bruit sonore et harmonieiuv de leurs rémiges, dont parle Magne de Marolles'?

Evidemment. Et si, par une association d'idées facile à comprendre, les anciens ont cru que les cygnes allaient mourir en pleine mer, incapables de franchir d'aussi grandes étendues d'eau, leur prétendu chant ne célé- brait-il pas d'avance leurs funérailles?

D'un autre côté, voici ce que dit A. de Chesnel dans son Dictionnaire des superstitions populaires, page 270 (Migne) :

« Néanmoins, si le cygne ne chante pas avant de mourir, nous trouvons un fait particulièrement curieux dans le Voyage au Brésil, de Luccok. En parlant d'un oiseau de couleur pourpre, nommé sabiar, qui fut blessé

(1) iEmilius Macer, Orlhogonia.

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mortellement près de San-Gonzalès, il ajoute que cet oiseau se mit aussitôt à chanter d'une voix pleine et mélodieuse, pour ne se taire qu'au moment il rendit le dernier soupir. »

Cet oiseau, ce sabiar, est-il réellement connu au Brésil ?

C'est facile à vérifier. Du reste, la particularité de ce cliant mélodieux au moment de mourir doit être parfai- tement connue des indigènes, et si Luccok ne s'est pas trompé (a beau mentir qui vient de loin.'), l'oiseau doit ftre un des plus célèbres de la faune brésilienne... Un de mes lecteurs le connaît-il'?

Nous avons vu plus haut que le cygne était consacré à Apollon; il l'était aussi à Vénus, cette bonne à tout faire du Ciel et de la Terre, déesse de la volupté, en raison de son tempérament assez semblable à celui de la mère de Cupidon: voilà pourquoi les poètes attelaient souvent des cygnes à son char.

Ovide dit, dans son Art d'aimer (livre III, v. 808| : Lusus habet finem : c^cnis descendere tempus Uuxerunt coUo qui juga nostra suo.

n Mon badinage touche à sa fin : il est temps mainte- nant de dételer les cygnes qui ont traîné mon char. »

Horace dit aussi (C>de I'° du livre IV, à Vénus, vers 9-12) :

ïempestivius in domum Pauli, purpureis aies oloribus

Commessabere Maxirai, Si torrere jecur quœris idoneum.

(I Si tu cherches un C(eur fait pour tes feux, transporte- toi, sur l'aile de tes cygnes pourprés, dans la demeure de l'aulus Maximus. »

Horace fait sans doute ici allusion à une espèce parti- culière de cygne qui a toutes les plumes de la tête et quelques-unes de la poitrine marquées à l'extrémité d'un jaune d'or rougeàtre, et dont parle le dictionnaire de Trévoux au mot Cygne (tome III, p. 175) : « M. Redi, médecin de Florence et académicien de la Crusca, sur ce qu'Horace appelle purpurei les cygnes qui traînent le char de Vénus, observe qu'il y a véritablement une race de cygnes dont personne n'a encore parlé, et qu'il a sou- vent vue dans les chasses de M. le Grand-duc, lesquels ont toutes les plumes de la tète, et du cou et de la poi- trine, marquées à l'extrémité d'une pointe jaune comme de For, tirant sur le rouge. »

Stace, dans les Syhes (livre I, Epithalame de Stella cl Violantilla. v. 142), dit également :

thalamique egi'essa supcrbum

Limen, Amyclasos ad frena citavit olores

« Franchissant le seuil brillant qui conduit à sa couche, elle (Vénus) appelle sous le joug les cygnes d'Amyclée. »

L'abbé Delille, qui, quoique abbé, possédait une femme légitime aussi aimable que la fameuse épouse de Socrate, Xantippe, a résumé dans de fort beaux vers quelques anciennes croyances relatives au cygne (Les trois règnes de la nature, chant VIII, vers 84 et sui- vants) :

Mais quel heureux amaiit égale en volupté Le cygne au cou flexible, au plumage argenté ; Le cygne toujours beau, soit qu'il vienne au rivage, Certain de ses attraits, s'offrir à notre hommage.

Soit que, de nos vaisseaux le modèle ac'uevé

...Fier, il vole au milieu de son escadre ailée

Il prouve aux flots émus par son ardeur féconde,

Que la mère d'ami)ur est la fdle de l'onde;

Et de .son coi^is choisi pour plaire à deux beaux yeux,

Justifie, en aimant, le monarque des dieux.

La fable de sa voix a vanté la merveille ;

L'œil enchanté, sans doute, avait séduit l'oreille.

Et qu'avait-il besoin de ce titre emprunté?

Lui seul réunit tout, force, grâces, fierté;

Il habite à son choix les airs, l'onde et la terre;

Modéré dans la paix, valeureux dans la guerre,

Terrible, impétueux, il fond sur ses rivaux :

Leur choc trouble les airs, il agite les eaux.

Tel Antoine jadis, sur le.s plaines de l'onde.

Disputait Cléopàtre et l'empire du monde.

Le cygne a souvent servi à qualifier un poète, un ora- teur, un musicien, etc.

En parlant de Piudaro, Horace a dit (livre IV, ode il,

v. 2b) :

Mnlta Dircaeum levât aura cycnum, Tendit, Antoni, quoties in altos Nubium tractus...

« Antoine, un souffle vigoureux soutient le cygne de Dircé, quand il s'élance dans le séjour des nuages... »

Dircé était le nom d'une fontaine de la Béotie, et Pindare était de Thèbes, Guinguené a dit aussi :

Quand sur les vainqueurs d'Olympie Planait le cygne de Dircé, Peut-être à quelipie oreille impie Son chant parut-il insensé.

Virgile, dans son Eglogue IX, vers 27, dit eu jiarlant des poètes :

Vare, tuum nomeii superet modo Mantua aobis, Mantua vîe miserae nimium viciua Crenionœ! Cantantes sublimé ferent ad sidéra cycni.

« Varus, que Mantoue nous soit conservée, Mantoue, trop voisine, hélas ! de Crémone ! Et nos cygnes, dans leurs chants, porteront ton nom jusipi'aux astres. »

Nous disons aussi : le cygne de Matitoue, pour Virgile lui- même; le cygne de Cambrai, pour Fénelon, et le cygne de Pesaro, pour Rossini.

Le dictionnaire de Trévoux parle d'un cygne tout particulier :

<■ Il y a, dit-il, une espèce de cygne ([ui a le pied droit comme les serres d'un oiseau de proie. Il en prend et arrête sa proie en plongeant. Son pied gauche est comme celui des autres cygnes, et il ne lui sert qu'à nager. Il y en a beaucoup de cette espèce en Amérique; on en tua un en 16o4 dans l'étang de l'alibaye de Sully, près de Dammartin; cette espèce ne se plaît que dans l'eau et ne peut être apprivoisée. »

Ce cygne, tué dans l'étang de l'abbaye de Sully, venait-il d'Amérique'? qui en a vu do semblable'?...

La Chesnaie des Bois fait mention de cette espèce dans son Dictionnaire universel des animaux, ainsi que Thillaie dans le tome I dn Journal d'histoire naturelle (1792), alors dirigé par Lamarck, Bruguières, etc. Ce cygne ne serait-il qu'un monstrueux canard"? Cela ne sortirait pas de la famille.

A propos des vertus de la chair du cygne, l'abbesse Sainte-Hildegarde {Physica, lib. VI, de avibus, cap. v) s'exprime ainsi :

« Cet oiseau est froid et humide, et il tient de la nature de l'oie et du canard. Il se plaît volontiers dans l'eau, et il préfère d'ailleurs au vol la natation et la promenade à terre. Dans l'eau, il sonde et recherche les ordures; sa chair est saine et bonne à manger, mais elle ne convient pas aux malades...

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LE NATURALISTE

(Ici, rextati(iae allemande dévoile de singulières pro- jtriotés de cette viande : )

(1 L'homme malade de la poitrine qui mange souvent du foie de cygne cuit, voit ses poumons se reformer, et sa guérison est promptement assurée; celui qui souffre de la rate doit souvent manger du poumon do cygne... etc. »

Nous avons vu plus haut que, dans les Deipnosophisles, Athénée parle des plats de cygne servis sur les tahles grecques; du temps de notre abbesse allemande (1098- 1180), on mangeait encore de cet oiseau; et aujourd'hui encore, dans le nord de la Hollande, on fait des pâtés fort estimés avec de jeunes cygnes sauvages.

Les Hébreux ont-ils connu le cygne ? Dans sa traduction de la bible, saint Jérôme a exjjliqué Imschcmeth ]]ar cycnits, dans les deux passages {Lévitique et Deulcronome) il se trouve; la version grecque des Septante, com- mandée parPtoIémée, traduit par têi;, Tiopcpupîwv; Bochart (Hierozoccon) veut le traduire parnocfîfd (hibou, chouette) ; Gesenius, par pélican; Ostcrvald, par cygne... Voilà bien des interprétations.

Quel que soit d'ailleurs l'oiseau dont le* législateur Moïse a voulu parler, en le désignant comme impur, les conjectures ci-dessus sont loin de satisfaire la critique; en outre, le hibou et le pélican ont leur nom spécial dans la Bible; il ne s'agit donc pas d'eux dans les passages du Lévitique et du Deutéronome. Mais, d'un autre coté, est-il bien certain que Moïse et les Israélites aient connu le cygne ':" Cet oiseau était-il assez connu en Egypte, en Palestine, etc., pour que Moïse ait pu en interdire la chair comme malfaisante dans ces climats';'...

La question est encore pendante, malgré les efforts des érudits pour l'élucider, et voici les deux passages des livres saints il est question du tinscheneth ;

LÉVITIQUE, XI, i'i. Et entre les oiseaux vous tiendrez ceux-ci pour abominables, et n'en mangerez point...

il. Lachouette, le plongeon, le hibou;

18. Le CYGNE, le cormoran, le pélican...

Deutéronome, XIV, 12. Voici les oiseaux dont vous ne mangerez point;...

16. La chouette, le hibou, le cygne;

I'i'. Le cormoran, \e pélican, le plongeon...

Et je terminerai par ce projet de devise, offert par le dictionnaire de Trévoux, faisant allusion au plumage du cygne et au ton foncé de sa peau, pour tout être géné- ralement réputé comme Ironipeui- (le fourbe, l'hypocrite, le menteur, la femme) : Cutis nigerbima subter ; tra- duction libre et intervertie : âme noire sous peau blanche.

E. Santini (de Riols).

VENTE PUBLIQUE

DES

Collections et de la BilDliotlièpe

DE FEU AUGUSTE SALLE

Du 18 au 27 février prochain, aura lieu la vente aux enchères publiques des Collections de Coléoptères, Co- quilles, etc., et des livres de feu Auguste Salle. La vente est faite par le Ministère do Bailly et de son collègue I M^ Citerne, Commissaires-priseurs, assistés de M. Heu- 1

l'i Deyrolle, expert. Cette vente otïre certainement un grand intérêt eu égard à la i)ersonnalité du défunt. Nous ne saurions mieux faire qu'en reproduisant une partie de l'introduction que M. Henri Deyrollo consacre, dans le Catalogue de cette vente, à feu Auguste Salle.

La réputation de Salle comme voyageur naturaliste est universelle parmi les savants; celle de sa bibliothèque et de ses collections ne l'est pas moins. L'inspection du Catalogue de sa Bibliothèque sont mentionnées environ 10,000 brochures et volumes, ces derniers sou- vent soigneusement reliés, parfois avec luxe, dira son amour des livres.

Ceux traitant l'Entomologie y sont en grand nombre ; ceux sur l'Ornithologie et la Conchyliologie y font bonne ligure, ainsi de même pour les Scienees Naturelles en général; ceux de Géographie et d'Histoire des décou- vertes et voyages y représentent dignement le membre de la Société de Géographie et l'énergique voyageur; enfin ceux d'Histoire dos pays qu'il a [larcourus diront combien il s'intéressait aux régions qu'il visitait.

Aussi l'Amérique du Nord et toutes ses provinces; le Mexique et les différentes républiques voisines, l'Amé- rique centrale en un mot, il a fait de si remarquables découvertes ; les Antilles il s'est rendu plusieurs-fois ; Saint-Domingue, Haïti, Cuba, la Guadeloupe, etc.. y ont de nombreuses histoires et récits de voyages.

Le Mexique surtout, si intéressant à tous les points de vue, par les événements anciens et modernes, contrée du reste il a voyagé à diflérentes époques, l'a captivé plus que toute autre; on le reconnaîtra au nombre d'ouvrages sur ce pays, la plupart en français, mais de nombreux aussi en esjiagnol.

La Colombie, le Venezuela ont de même été explorés par lui et figure dignement; pourtant le Brésil, Cayenne, le Chili, le Pérou, la Bolivie, etc., ainsi que la Chine, l'Inde, le Japon, l'Australie, l'Océanie et l'Afrique, quoique n'ayant jamais été visités par lui, s'y trouvent représentés par de nombreux ouvrages, voyages, his- toires, vues pittoresques, atlas, etc.

A l'examen des Collections de Salle, on est surpris des immenses matériaux qu'il a pu réunir, de leur magni- fique préparation, ne laissant rien à désirer, et surtout de voir qu'ayant réparti son amour des collections sur cinq sujets si divers : les Livres, les Insectes, les Oiseaux et les Coquilles, il ait encore trouvé le temps de s'occuper de timbres-poste. Pourtant, qui trop embrasse mal étreint! Salle l'a prouvé une fois de plus : tout entier à la préoc- cupation d'amasser, de préparer et d'entretenir- de si nombreux et si riches matériaux, il a fini par négliger leur classification intégrale oubliant que viendrait un temps il ne pourrait plus le faire.

A force d'ajouter continuellement des matériaux nou- veaux sans les mettre en ]]lace au fur et à mesure à force de combler les vides qu'il avait réservés, il a fallu à la fin mettre ailleurs, hors de leur vraie place, les matériaux arrivant toujours.

La collection des Mexicains, à cause sans doute des classifications nécessitées par la Bioloijia Centralis Ame- ricana laquelle Salle a fourni un assez large contin- gent) est classée méthodiquement; la plupart des espèces y sont typiques.

Les Colombiens sont très peu mélangés; quelques autres pays sont aussi assez homogènes, sans éléments étr^angers.-

Somme toute, quels que soient les cartons, boites ou

LE NATURALISTE

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lots, les niasses de raretés que possédait Salle font que partout il s'en trouve plus ou moins; tous, boites de collections, chasses ou lots, offrent nu beau coup d'oeil par la belle prp|]aration iiu'apportaii le chasseur dans tout ce (|u'il récoltait.

Voici i[ucl est l'ordre des vacations :

Salle Sylvestre , 8 heures du soir. l" vacation 18 février, vente du 1 à 201 bis.

2 l'.l 202 à 385

3 20 386 à 5;i'.)

4 22 560 à 746

5 23 747 à 9liO

6

9,-il à 1104

Hôtel Drouot, 2 heures de l'apirs-nùdi. 7" vacation 2i) février, vente du n" 1 à 134

8 26 135 à 190

9 27 191 à la lin.

L'expert, M. Henri Deyrolle, fait savoir aux iiersonnes qui ne i]0urraient assister à la vente, que leurs commis- sions seront exécutées par M>L Les Fils d'Kmile Dey- rolle, naturalistes, 46, rue du Bac, à Paris, qui se char- geront, au mieux des intérêts de leurs commettants, des ordres d'achats qui leur seront confiés, moyennant une commission de 5 0/0 sur le prix de la vente.

Ou peut se procurer le catalogue de cette vente à l'a- dresse ci-dessus.

L'EUMENES POMIFORMIS F.

ET SES VICTIMES

Les hyménoptéristes ne sont pas d'accord sur l'unité de celte espèce A'Eiimencs. Certains la dédoublent, nom- mant pomilormis les individus dont le deuxième sef^anent abdominal est glabre ou couvert d'une puljescence rare et couchée, etcoarctata ceux qui ont le deuxième segment abdominal velu et dont les poils sont droits.

Je comprendrais à la rigueur que ceux dont le deuxième segment abdominal est glabre, fussent sépa- rés de ceux qui l'ont velu, avec poils couchés ou relevés Mais non, ces poils, qui dans un cas n'ont aucune im- portance puisque la même espèce peut en posséder ou en manquer, sont tout d'un coup, parce qu'ils ne sont plus couchés, mais redressés, élevés à la hauteur d'un carac- tère spécifu[ue. Alors, je ne comprends plus.

Je préfère me ranger à l'avis de Lepelleticr de Saint- Fargeau, aux yeux de qui pomiformis et coarclala ne constituent qu'une môme espèce.

D'ailleurs, si laissant de côté les différences « essen- tiellement fugitives » que je pourrais trouver entre pomit'onrds et coarctata (insectes parfaits), je tenais compte de l'aspect des nids, attribuant, comme le soup- çonnait Ed. André, les plus lisses à coarctata et les plus rugueux et chargés d'aspérités à pomiformis, je serais encore amené à n'admettre qu'une espèce, car les nids les plus lisses à l'extérieur donnent des sujets dont l'abdomen est aussi velu que celui des Eumenes prove- nant des nids les plus granuleux.

h'Eumenes pomiformis est un chasseur de chenilles. Je le suis également, et à ce titre, je devais tut ou tard

m'occuper de lui. Longtemps nous nous sommes ren- contrés sans nous prêter mutuellement la moindre atten- tion, rivaux sans le savoir et chassant chacun de notre ciité; lorsqu'un beau jour, furetant parmi des fleurs A'Eupatorium cannabinum il espérait sans doute ravir des chenilles d'Eupithecia coronata », il se laissa étour- diment capturer par un coup de iilet qui ne lui était pas destiné. Sa livrée noire et jaune, sa large tête et son thorax bariolés, l'étrange étranglement des premiers segments de son abdomen, la « pomme » figurée par les autres segments qui se « télescopent >>, éveillèrent mon attention et immédiatement des questions se posè- rent à ma curiosité sur les mœurs de ce chasseur, ses armes, son gibier préféré.

h'Eumenes pomiformis ne vit pas en société, c'est un solitaire, et s'il chasse la chenille, ce n'est pas pour son usage personnel, car il est probable qu'à l'état parfait, il vit seulement de produits végétaux, pollen et sucs des fleurs que lui offrent surtout les Composées et les Om- bellifères c'est pour sa progéniture à laquelle il faut une chair fraîche et approiniée.

Mais avant d'être ardent chasseur, il est habile maçon, avant de piquer de l'aiguillon, il travaille des mandibules et des tarses. Sans hésitation, sans tâtonnements, sans coup d'essai, il édifie, il façonne, et son travail est sur- prenant.

Amassant un peu de terre, n'importe laquelle, n'im- porte sa couleur, il l'humecte avec un liquide ([u'il dé- gorge, en fait une petite pelote et l'emporte au point qu'il a choisi préalablement pour y construire son nid. C'est tantôt la surface d'un mur, le dessous d'un chape- ron, le côté d'une pierre, tantôt et le plus souvent sur- tout en pleine campagne, une tige sèche d'herbe, une racine descendant le long d'un talus ou même simple- ment la surface d'une feuille ou sa côte principale.

La première pelotte de terre est étalée, une seconde lui est adjointe, étirée, superposée, une troisième... une vingtième et plus peut-être si besoin est, sont apportées et mises en œuvre. Si le nid doit reposer sur une surface plane, il afl'ecte une forme hémisphérique; s'il est comme aérien, suspendu ou accroché à une tige, il est globulaire, plus ou moins régulier. Dans tous les cas, il est toujours surmonté d'un col à ouverture évasée pour faciliter l'entrée du nid à son propriétaire. L'intérieur de ce nid est toujours à peu près lisse, sans saillie sen- sible ; l'extérieur, au contraire, est le plus souvent comme rocailleux, couvert d'aspérités, portions des pelotes de terre non ouvrées et laissées brutes.

La bâtisse terminée, notre insecte éprouve une modi- fication soudaine dans ses instincts : son activité, em- ployée jusqu'ici à des travaux pacifiques, va se dépenser bientôt eu fatigues d'un autre genre. Ce nid, construit si industrieusement dont l'enveloppe, quoique mince, est cependant imperméable à l'eau et dont la capacité n'excède pas celle d'une petite noisette, doit recevoir un (L'uf et être rempli de vivres pour la larve qui sortira de cet œuf. Et il faut se bâter : l'œuf éclôt promptemcnt, la larve mange gloutonnement. Aussi notre Eumènes re- double-t-il d'activité. Les antennes redressées et conti- nuellement agitées en quête d'émanations chenillennes, il s'élance sur les arbustes, les plantes en fleur et cherche avec animosité.

Pauvres bestioles de chenilles, elles ont beau se « mi- metiser », se confondre en forme, en couleur, avec la

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LE NATURALISTE

tige ou les feuilles de leur plante nourricière, elles n'é- chapperont pas au sort qui les attend.

Ce n'est pas avec ses yeux aux multiples facettes que l'hyménoptère découvre ses victimes; c'est avec ses an- tennes, siège de l'odorat. Et ce sens est si subtil, si dé- veloppé chez les hyménoptères tant ravisseurs que para- sites, qu'il semble tout dominer chez eux et commander en maître. Ses ordres ne se discutent pas et tout absurdes qu'ils soient parfois j'en ai vu des exemples ils sont exécutés ponctuellement.

A cette précieuse qualité de l'antenne décelant de loin le gibier, il faut joindre toutes celles d'un autre sens très délicat, le toucher.

Chez cet être complexe qu'est VEu7nenes, les sens sont harmonieusement partagés : si le chasseur a du nez, l'artisan a de la main; si le premier est remarijuable par son flair, le second ne l'est pas moins par sa métrique.

Un tour d'antennes sur sa victime et l'insecte de proie sait si le poids n'est pas trop considérable pour ses forces et si le volume n'est pas trop gros pour l'ouverture de son nid.

Seules sont retenues les chenilles que VEiunenex juge pouvoir transporter et introduire aisément dans son nid.

Saisies sur le dos des premiers segments, elles sont percées de l'aiguillon généralement entre les pattes tho- raciques ; mais le coup n'est pas mortel, il détermine seulement une paralysie partielle. La chenille peut vivre, digérer, agiter ses mandil)ules, ses pattes, faire ondu- ler son corps : elle ne sait plus se tenir debout, elle ne peut plus marcher.

C'est dans cet état qu'elle est portée au niil de VEumenes d'autres ne tardent pas à la rejoindre apprêtées de même façon jusqu'à ce que le nid soit complètement garni. Puis, l'ouverture est obturée par une petite pelote de terre.

Entre temps, VEumenes avait fixé à la paroi interne du nid, généralement sur le côté, un œuf de forme cylindrique un peu aminci aux extrémités et dont la surface est très finement chagrinée. En outre, cet œuf est muni d'un court pédicelle de nature soyeuse ou gommeuse et flexible à son point d'attache.

Il est difficile de préciser ia durée de l'état d'œuf : il faudrait être témoin de la ponte, ce qui n'est guère aisé puisqu'elle a lieu dans l'intérieur du nid. Tout ce que je puis dire à ce sujet, c'est que le 17 septembre 1895 je trouvai un nid d'Eitmenes dont le col était encore ou- vert et par conséquent dont rappro\isionnement n'était pas encore terminé; je le laissai en place. Huit jours après je trouvai la jeune larve ayant dévoré déjà la moitié de ses vivres. On peut donc s'approcher beaucoup de la réalité en assignant une durée de six jours à l'état d'œuf : mais ce délai peut varier et être plus ou moins long suivant la température.

h'Eumenes approvisionne un même nid avec des che- nilles de grosseur presque constamment uniforme : on en voit rarement de grosses mêlées aux petites et natu- rellement cet insecte proportionne le nombre de ses prises à leur grosseur. Jusqu'à présent, j'ai constaté un minimum de trois et un maximum de trente-huit che- nilles dans le même nid. Cependant, j'ai également re- marqué que plus les chenilles sont petites, plus le nid est plein, il est quelquefois bondé à en éclater. On dirait que l'insecte prévoit que parmi ces nombreuses pièces de gibier, plusieurs pourront se gâter et n'être d'aucun profit pour la larve.

Cette dernière emploie quatre à cinq jours à dévorer ses provisions, quelquefois moins, rarement plus.

Une fois son repas terminé, la larve se met immédia- tement à tapisser de soie l'intérieur du nid, et cela dans un double but : pour consolider sa fragile maison de boue et lui permettre de résister efficacement à toutes les intempéries l'humidité en effet pourrait en avoir raison à la longue et le mince tissu soyeux dont elle est ainsi revêtue suffit à rendre plus intime la cohésion de toutes ces boulettes terreuses employées à sa construc- tion; en second lieu, pour s'isoler complètement de tout corps étranger, surtout des reliefs de son festin, tête et morceaux de peau de chenilles et même chenilles entières gâtées auxquelles la larve de YEumenes n'a pas touché et qu'elle relègue au fond du nid entre la paroi terreuse et une solide cloison soyeuse. Ainsi séparée de ces détritus, elle ne peut être incommodée par leurs émanations putrides.

Si l'état larvaire de VEumenes est toujours très court, par contre, l'état de nymphe a une durée plus longue et très variable. Les nids que l'on trouve en juin et juillet donnent l'insecte parfait au bout de deux à trois semaines, tandis que ceux de septembre ne donnent le leur que fin mai ou juin suivants, la larve ayant passé l'hiver jusqu'enmai.

On a voulu faire un mérite aux Eumenes de se borner sinon à une seule et même espèce, du moins à un même genre de chenilles dans l'approvisionnement de leur nid. C'est sans doute faute d'avoir songé que les Eumenes sont répandues un peu partout et peuvent avoir plusieurs générations par an, qu'une même esjièce de chenille n'est pas toujours facile à rencontrer au nord et au midi, au printemps, en été ou en automne, que telle espèce com- mune une année, peut être très rare l'année d'après. Dans de telles circonstances, la diversité des vivres s'impose, et c'est ce qui a lieu.

Ce fut en juillet 1890 que je vis pour la jiremière fois des chenilles paralysées par des Eumenes. Elles me furent adressées de la Ferté-sur-Amance, elles avaient été trouvées par M. Renaut, au nombre de six, dans deux coques terreuses appliquées contre la partie intérieure d'un volet. C'étaient des chenilles de Cidaria fulvatâ Forst., récoltées fpar l'hyménoptère sur les rosiers du voisinage.

A la fin de 1893, on me présenta le dessin de la tête d'un géomètre dont trois sujets avaient été trouvés par M. Bonnel'oi dans un nid d'Eumenes pomiformis. Je re- connus la Lythoria pui'purarial.

En juillet 1894 j'eus enfin le plaisir de rencontrer moi-- même des nids d'Eumenes fraîchement approvisionnés. C'était dans l'étroit curtil de l'abbaye en ruines de Saint- Martin du Canigou : trois petites coques terreuses étaient fixées à une haute tige d'herbe. Les ayant ouvertes délica- tement, j'en fis sortir les chenilles qui y étaient empri- sonnées. Je reconnus Leucania albipuncta F. jeune, Helio- this armigera Hb. jeune également, Depressaria applana F. , Oxyptilus tristis Z. et Amblyptilia acanthodactyla Hb.

Eu septembre de la même année, j'ai trouvé encore plusieurs nids d^Eumenes fixés aux rochers qui se dressent à l'entrée du Val d'Esquiorry près de Luchon. Ces nids contenaient chacun quatre ou cinq chenilles de Thej-a Juniper at a L.

'Vers le 20 juin 1893, je trouvai dans les environs im- médiats de Chatou cinq nids d'Eumenes dont trois étaient attachés à la nervure principale d'une feuille de Verhas-

LE NATURALISTE

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rum Ihapstis, Ips deux autres suus le chaperon d'un mur exposé ail midi. Les trois premiers contenaieut unique- ment des elieiiilles de Depressaria applana F ., \c& deux antres des l'heniiies de Lygdiii aduUata Schiff , avec une Eiipilherin pumilata Hb., dans l'un des deux.

Vm septcmlire I89"i. M. Chevalier qui depuis idnsieurs années avait déjà remarqué que les nids iVEumenc^ à Chatou étaient garnis principalement de chenilles iXEupithecia linariata, récolta une centaine de nids iV Ewnenes pomiformis et me fit voir toutes les espèces de chenilles que ces nids renfermaient. Outre VEupithc- cia linariata déjà nommée, je reconnus : lleliothis dipsa- l'eus L., Pinnca extimalia Se, Honurosoma nimbella Z., Cochylis crucntunn VrnA., Cochylis hijbridt'llallh., PhUelta cruciferarum Z., Amblyptitia acanthodactyla Uh., el Ptcro- phonts monodaitylus L.

Enlin, en 1896, j'ai trouvé dans l'Ardéche, deux nids de pomiformis ayant encore quelques-unes de leurs pro- visions : elles consistaient en chenilles de Pyrausta aicrata Se, Eupithecia sextiala Mill., Hom. nimbella et /'/. cruciferarum.

En résumé, comme gibier do ÏEumenes pomiformis. nous connaissons :

3 noctuelles; 7 géomètres ; 3 pyralites ; 2 tordeuses ;

2 tinéites;

3 ptérophorides.

Soit vingt espèces : dix chenilles de macrolépido- ptères, dix de microlépidoptères.

J'avoue sincèrement, en faisant le dénombrement des eepèces de chenilles « collectionnées » \ia.rVEumencs po- miformis, avoir éprouvé un réel étonnement, non pas tant à cause de la quantité d'espèces qui certainement doit être plus considérable encore, mais à cause de la présence de certaines chenilles, telles que Homœosoma nimbella et les Cochylis cruentana et hybridella dans les nids d'Eumenes.

Que cet hyménoptère s'empare des chenilles qui vivent sur une tige, sur une feuille à découvert, cela s'explique aisément quand on connaît l'activité déployée jiar ce chasseur infatigable. Alais qu'il aille dénicher dans les anthodes, dans les cajiitules des fleurs, les chenilles qui y sont cachées, c'est tout à fait surprenant.

Nous, chasseurs de microlépidoptères, nous recon- naissons aisément à certains signes caractéristiques, la prés-ence ou du moins le passage d'une larve dans les calathides des Composées, mais nous ne pouvons dire sans regarder l'intérieur de ces fleurs si nous avons affaire à une larve de diptère ou de coléoptère ou à une chenille de micro.

Qui donc a fait savoir à VEumenes pomiformis qu'il pouvait y avoir dans certaines tètes de Composées, en tout semhlahles aux autres pour le vulgaire, des chenilles qu'il serait sans doute agréable à sa larve de manger? Qui lui a appris à les extraire de leur cachette'?

A ces questions VEumenes ne répond que par le fait brutal ; il emmagasine des chenilles de Cochylis dans son nid et on en a compté plus de trente dans le même nid!

\u Homœosoma nimbella vit principalement dans les an- thodes de Seneciojacobxa et de Solidago virgaurea; la. Co-

chylis hybridella vit surloul dans celles de Centaureaniyra et de Picris hicracioides.

Pour s'en emparer, il est donc nécessaire que VEu- menes, averti par ses antennes de la présence d'une chenille dans les anthodes défleuries de ces plantes, pé- nètre par le haut, écarte brusquement les aigrettes des graines, fouille à travers les jeunes graines, saisisse la chenille et l'extirpe violemment; ou bien, changeant de tactique et préférant une voie plus directe, il lui faut s'attaquer de front à l'involucre lui-même, y pratiquer une lirèche, une ouverture avec ses mandiliules, atteindre la chenille et l'arracher des graines dans lesquelles elle est engagée. Ainsi pourquoi s'explique l'enveloppe florale des anthodes de Senecio jacobxa est si souvent percée d'un trou rond à la base.

De toute façon, c'est un travail qui dénote, chez VEu- menes pomiformis, un odorat étonnant de subtilité et des organes merveilleusement conditionnés, au service d'une rare intelligence d'insecte.

P. Chrétien.

HEEBIER ET BIBLIOTHÈQÏÏE

DE

JAMES LLOYD

NOMINATION D'UN CONSERVATEUR

L'auteur bien connu de la Flore de l'Ouest de la France, James Lloyd, décédé à Nantes, le lOmai 1896, a légué àla ville d'Angers sa fortune et ses collections scieDlifiques, eu stipu- lant pour celles-ci des clauses particuhères rédigées daus les termes suivants :

« L'herbier. sera conservé dans sa disposition actuelle et déposé dans une salle spéciale et, si l'ony met d'aiitresherbiers, j'exige queceux-ci soient enfermés dans des boites(noa dans des car- tons) ci empoisonnés au sublimé, comme le mien. 11 formera une collection spéciale qui ne pourra en aucun cas être alié- née en faveur d'autres collections.

« Labibliothèqueformeraégalementune bibliothèque spéciale placée dans le bâtiment de l'herbier et ne pourra pas être con- fondue avec une autre bibliothèque.

« Le Maire de la ville d'Angers, sur la présentation de trois candidats proposés par la Société botanique de France, nom- mera un conservateur chargé de l'entretien de l'herbier, de la bibliothèque, et qui recevra un traitement d'au moins 3.0ÛU fr. sur les revenus que je laisse.

K Je désire que ce poste soit confié, en dehors de toute consi- dération dégrades universitaires, à un botaniste humble, ami de la nature, voué au progrès de la science que j'ai aimée et cultivée. Si ce legs est fait à la ville d'Angers, c'est fu souve- nir et honneur de Bastard, Desvaux, et surtout de Boreau,qui oni illustré la botanique dans l'ouest de la France. Les reve- nus que je laisse seront intégralement consacrés, après le pré- lèvement du traitement du conservateur, àl'eutretien et àl'aug- meutation de l'herbier et de la bibliothèque ci-dessus désignés au perfectionnement de la Flore de l'Ouest de la France, que j'ai commencée. Une somme de 2.000 francs servira annuelle- ment à cet entretien et aux différents achatsqui pourraient être faits, et le surplus, s'il y en a, sera ajouté au traitement du con- servateur. »

Nous avons reproduit, dans leur teneur exacte, les clauses ci-dessus, afin de faire connaître d'une façon précise, les volon- tés du testateur.

•M. le Maire d'Angers, par lettre adressée au Président de la Société botanique de France, en date du 27 décembre dernier, et à laquelle était jointe une copie du testament de J. Lloyd,

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LE NATURALISTE

deuiaiiiie qu'où lui euToie la liste des trois candidats, paruii lesquels il devra choisir le conservateur à uomœer.

La Société botanique de France a décidé, daus la séance du 8 janvier deruier, qu'elle acceptait la mission qu'on la sollicite de remplir : mais, avant de l'aire la présentation demandée, et afin de permettre à un plus grand uombre de candidatures de se manifester, elle uous prie de l'aider a répandre le plus possible la nouvelle de l'emploi créé parle testameut du bota- niste nantais, en la répandant par la voie du «Naturaliste », ce que nous faisons avec le plus grand plaisir.

Les candidats devront adresser leurdcmande, accompagnée d'une indication succincte de leurs titres, avant le 15 mars prochain, h M. le Président delà Société botanique de France, rue de Grenelle, 84, à Paris.

ACADÉMIE DES SCIENCES

Plus qu'aucune autre sorte de questions, celles qui touchent à la Théorie de l'évolution ont toujours le don d'attirer Tat- teution générale. Nous signalerons donc, en commençant cet article, la note de M. H. Quinton, présentée par M. Marey sur le refroidissement du globe considéré comme cause primor- diale d'évolution. Toujours les théories évolutionnistes sont restées muettes sur les causes d'apparition des grandes classes. Suivant l'auteur, les différents modes de reproduction qu'on observe dans l'échelle animale, particulièrement dans l'embranchement des Vertébrés (modes ovipare, marsupial, vivipare, ovipare avec couvaison) sont la conséquence immé- diate du refroidissement du globe, et toujours suivant lui,« si l'on considère à quel point sont liées au mode de reproduc- tion l'anatomie et la physiologie des êtres, et à quel point ce mode de reproduction peut seul les déterminer, il ressortira que, seul, le fait de l'incubation marsupiale et vivipare était capable de causer l'apparition de la classe mammifère dans tous ses caractères généraux : si le globe ne s'était point re- froidi, quelles que soient les causes d'évolution qu'on imagine, le type animal ne fCit point sorti du stade reptilien. L'Oiseau, qui n'a modifié que superficiellement sou mode de reproduc- tion, y est, comme on sait, demeuré ».

Le prince Alberl !■"■ de Monaco, en exposant k l'Académie les résultats scientifiques de la troisième campagne entreprise sur son yacht « La Princesse Alice » de mai à août 1806, si- gnale la découverte, au voisinage des Açores, d'un banc con- sidérable de roche et sable volcanique à faune très abondante comme espèces et comme individus.

82 sondages, 19 prises de températures, 9 prélèvements d'é- chantillons d'eau, 2 extractions des gaz dissous dans l'eau à 1000 et 2700 mètres de profondeur, 23 dragages, 11 descentes de nasses, 12 descentes de tremail, enfin plusieurs descentes d'hameçons, jusqu'à 1600 mètres, une descente d'essai à 1000 mètres du filet bathypélagique Giesbrecht modifié repré- sentent le bilan des opérations effectuées durant cette cam- pagne.

Les récoltes ont été abondantes, et seront étudiées par la suite. On peut cependant citer la capture de grands cétacés, dans la Méditerranée: Orca Gladiator, Grampus Griseus, Del- phinus Delphis.

C'est un fait connu depuis longtemps que la plupart des Annélides, soit terrestres, soit marines, peuvent, lorsqu'on vient à les couper et à sectionner leur corps en plusieurs tronçons, cicatriser rapidement les plaies ainsi produites et régénérer rapidement un nouveau bourgeon caudal. Beaucoup d'annélides marines retranchent même successivement et d'elles-mêmes par autotomie une partie de leur corps eu souffrance pour la régénérer ensuite quand les conditions devienuent meilleures. C'est le bourgeon ainsi formé dont M. Michel a recherché l'origine et la différenciation. D'origine ectodermique nait un tissu indifférent qui se différencie ulté- rieurement ensuite en ectoderme et endoderme nouveau.

MM. Maurice Caullenj et Félix Mesnil. en poursuivant l'étude analomique des spirorbis, petites annélides marines sédentaires à tube calcaire enroulé eu spirale qu'on trouve fréquemment sur les Fucus et les coquilles et cailloux sub- mergés, ont observé que la constitution de ces annélides est elle-même devenue entièrement asymétrique, fait présentant,

suivant M. le professeur Edmond Perrier qui en fait la re- marque à l'Académie, un certain intérêt en ce qu'il précise la parenté déjà entrevue des Mollusques et des Vers.

-M. A. Malaqiiin pense pouvoir affirmer que deux monstril- lides (Thaumaleus filigranarum (u. sp.) et monstrilla (Hémo- cera (u. g.) Daua- (Claparède) qu'il a observés vivent à l'inté- rieur du système vasculaire des annélides Tubicoles Filograna et Salmaeyna. Fait qui semble en désaccord non seulement avec les récentes observations de M. Giard, mais avec tout ce que l'on connaît jusqu'à ce jour sur ce sujet?

M. i. Ranvier, dans une série de communications à l'Aca- démie, décrit les lymphatiques de la villosité intestinale chez le rat et le lapin et le système lymphatique de la grenouille. Il étudie la théorie de la confluence des lymphatiques et le dé- veloppement des ganglions lymphatiques, et enfin présente une théorie nouvelle sur la cicatrisation et le rôle de l'épithé- lium antérieur de la cornée dans la guérison des plaies de cette membrane.

L'étude physiologique du venin des vipères et des serpents et l'immunité contre ses effets due à l'inoculation préventive du sérum de certains animaux ont déjà, à plusieurs reprises, fait l'objet de communications à l'Académie.

Comme le sérum du sang de Hérisson, du sang de Vipère, l'inoculation du sérum du sang d'Anguille peut, suivant les expériences concluantes de M. Physalix, produire cette im- munité.

Dans le même ordre de recherches, il convient de citer les procédés employés par M. Paul Gibier pour recueillir le venin des serpents, sa cage particulière et l'emploi d'un courant alternatif faible agissant sur les muscles de la mâchoire per- mettent de faire, sans aucun danger, la cueillette du venin.

Dans un grand uombre de localités de la mi-juillet à la mi- septembre, on voit chez l'homme apparaître sur diverses par- ties du corps, les jambes uotammeut, des boutons accompa- gnés d'une vive inflammation et d'une démangeaison insup- portable. Ces boutons, on le sait depuis longtemps, sont produits par la piqi'ire d'un Acarien, sous sa forme larvaire hexapode, désigné vulgairement sous les noms de Kouget, bête ronge, bête d'août, veudangeron. Les zoologistes, con- sidérant d'abord cet hexapode comme une forme définitive, en firent une espèce d'un genre artificiel « Leptus », sous le nom spécifique d'Autumnalis. Plus tard, lorsqu'on eut reconnu que les Acariens hexapodes sont des larves conduisant inva- riablement à un type octopode, ou dut rechercher à laquelle de ces dernières le rouget doit être rattaché. L'opinion la plus acréditée, grâce à l'autorité de M. Méguin, est que le Rouget représente la forme hexapode du ïrombidiou holosericum. Suivant les observations que M. Sylvain Jourdain a pu faire dans sa propriété del'orbail (Manche), il semble que le Rouget n'est certainement pas la larve de Trombidion holosericum. Fait intéressant en paléontologie, M. A. Thévenin uous si- gnale la découverte de nouveaux Mosasauriens trouvés en France. Depuis que l'Académie des sciences a justement dé- cerné un prix à M. A. Pomel pour la publication des mono- graphies paléontologiques des Vertébrés quaternaires de l'Al- gérie dont il a entrepris la publication, ce distingué paléon- tologiste a continué ses recherches, et il décrit actuellement six espèces d'éléphants quaternaires dont un mastodonte peu connu.

Elephas lolensis (sp. n.), Elephas voisin de E. Melitensis, E. Atlanticus (Pomel), Elephas africanus (Cuv.), Elephas meri- dioualis ; enfin un Mastodou très voisin du M. Borstoni. Les espèces de Rhinocéros, que ce savant a pu jusqu'ici spécifier, sont au nombre de quatre ; il en publie la monographie ainsi que celle des Hippopotames. Nous voyons chaque jour le monde cryptogamique, si important déjà de nos jours par ses manifestations, étendre son domaine, et l'esprit demeure sou- vent confondu devant les manifestations, infiniment grandes comme effet de ces causes infiniment petites. Sans citer les épidémies animales et végétales (1) dont ces infiniment petits sont la cause et dont nous trouvons de nouveaux exemples presque à chaque compte rendu, n'est-il pas absolument étourdissant de songer que, suivant les découvertes de M. B. Renault, nous serons bientôt amenés peut-être à considérer les amas immenses de combustibles végétaux que renferme notre globe^comme dus à celte activité bactérienne? Cela semble, en effet, probable, eu égard au nombre prodi-

(1) M. Hoze. Rhizoctone de la pomme de terre (séance du 7 décembre). Microcoque de la pomme de terre (séance du 28 décembre).

LE NATURALISTE

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gieux et à la natui'i' iiarticulière tles microorganismes dùcou- verts par ce savant dans les charbons minéraux de diverses provenances.

Nous devons à M. Pli. Glaiigeauil une rtude sur le juras- sique supérieur des environs d'Angoulême.

Kinmiériiigien et Portlandien s'y trouvent représentés.

[,es différents niveaux à espèces saum'ilres, l'existence du sel etilu gypse témoignent de l'état laguuaire de la région à l'époque du Portlandien supérieur, mais c'est principalement vers le milieu du l'Aquilonieu que l'évaporatiou des eaux des lacunes acquiert son maximum, amenant le dépôt du sel et du gypse préludant ainsi au retrait définitif de la mer à la fia des teaii>s jurassiques.

M. J. Blayac a étudié le crétacé inférieur de la vallée de l'Oued-Cherf (province de Constantine). Le crétacé de celte région présente au nord le faciès vaseux i faunes pyriteuses semblables à celles de la région delphino-proveuçalc, et au sud le faciès Recifal qui est surtout très accusé dans l'aptiea.

M. Couuillon, attaché A l.i mission Pavie, communique à l'Académie le résultat de ses études sur la constitution géolo- gique des environs de Luang-Prabang (Cochinchine).

Signalons enfin, pour terminer, quelques observations, faites par M. St. .Meunier sur les roches asphaltiques et sur l'ori- gine de l'asphalte, et enfin une note de .M. Mercey sur les ca- ractères identiques du phosphate riche dans les bassins de Paris et de Londres et sur l'âge tertiaire de ce dépôt.

Eug. Malard.

Répertoire ét|iiio!ogi(jU8 des noms français

ET DES DÉNOfflNATIONS VULGAIRES DES OISEAUX

[Sicile)

Ramier. Nom donné au Pigeon sauvage (Columba pa- lumbus). « A été ainsi nommé à raniex arhornm ou de rama- riiis, selon Ménage, à cause que cette sorte de Pigeon perche sur les branches des arbres. » (Salerne.)

Kainiret. Diminutif de Ramier, créé par Lesson pour désigner un genre de Pigeons d'Amérique, très voisins des R.Tmiers et connus sous le nom de Picaziiro. (Voyez ce mot.)

Kapace. Synonyme de ravisseur, employé pour dési- gner un ordre d'Oiseaux connus aussi sous les noms d'Oi- seaux de proie ou Accipilres, qui ont la faculté de saisir et d'enlever leur proie à l'aide de leurs serres.

Reniiz. Nom polonais d'une Mésange (Œf/;/llialiis pendulinus), conservé par les ornithologistes modernes à cet Oiseau, connu aussi sous le nom do PenduVuie. Croyez ce mot.)

Républicain. Nom donné par Le Vaillant à des Tisse- rins d'.Vfrique {l'hilelœnis), parce qu'ils se réunissent pour construire des nids volumineux composés de cellules. « Chaque couple a son nid dans cette liabitation commune; c'est une vraie République. » (Le Vaillant.)

Révcillenr. Surnom donné à des Oiseaux d'Australie

[Slrepera], voisins des Corvidés, à cause do leurs cris extrê- mement perçants qu'ils font entendre dés l'aube et qui leur ont fait donncj par les colons le surnom de Pies bruyantes,

Rocar. Nom donné par Le Vaillant à un Pétrocinclc d'Afrique {Petrocincla rupeslris), parce qu'il recherche les rochers.

Roi-des-Cailles. Surnom donné au Râle de genêts {Crex pralensis). u On commence à l'entendre vers le 10 ou le 12 de mai, dans le même temps que les Cailles, qu'il semble accompagner en tout temps, car il arrive et repart avec elles; cette circonstance, jointe à ce que le Râle et les Cailles ha- bitent également les prairies, qu'il y vit seul et qu'il est beau- coup moins commun et un peu plus gros que la Caille, a fait imaginer qu'il se mettait à la tête de leurs bandes, comme chef ou conducteur de leur voyage, et c'est ce qui lui a fait donner le nom de Roi-de-Cailles. » (Buffon.)

Roitelet. Diminutif do Roi, donné â ce petit Passereau {Rei/idds), parce qu'il a la tétc couronnée d'une huppe jaune. « .Son titre est évident ; il est roi, puisque la nature lui a donné une couronne, et le diminutif ne convient à aucun autre de nos Oiseaux d'Europe autant qu'à celui-ci, jinisqu'il est le plus petit de tous. » (BulTon.)

Rolle. Nom formé par Le Vaillant, par corruption du mot Rallier, pour désigner des Coraciadés {Etcryslomus). « Ces Oiseaux diB'érant essentiellement, par les caractères du bec, de ceux que nous avons précédemment décrits (les vrais Piolliers), nous avons cru qu'il était aussi nécessaire de tirer entre eux et ces derniers une petite ligne do démarcation, en nommant Rolles ceux dont il va être question. » (Le Vail- lant.)

Rollicr. Il n'existe aucune explication satisfaisante do ce nom, employé pour désigner des Oiseaux de la famille des Coraciadés. Gesner affirme que ce mot Roliier vient do l'alle- mand Roller, exprimant le cri de ces Oiseaux, n Les noms de Geai de Slrasbniir;/, do Pie de mer ou des bouleaux, de Per- roquet d'Allemagne, sous lesquels cet Oiseau (le RoUier d'Eu- rope) est connu en différents jiays, lui ont été appliqués sans beaucoup d'examen et par une analogie purement populaire, c'est-à-dire très superficielle. » (Bufl'on.)

Rosalbin. La belle couleur rose tendre de son plu- mage a valu ce nom à un Cacatoès d'Australie [Eolopkus roseicapillus).

Rose-Gorge. Nom donné par Bufîon au Guiraca (Ile- dymeles Ludovicianus). u Nous lui donnons le nom de Rose- Gorge, parce qu'il est très remarquable par ce caractère, ayant la gorge d'un beau rouge-roso, et parce qu'il difl'ère assez de toutes les autres espèces du même genre, pour qu'il doive être distingué par un nom particulier. » (Buffon.)

Roselin. (Voyez le mot Martin.)

Rossignol. Ce mot serait un diminutif de son nom latin Luscinia, dont on a fait Lusciniola et le mot français Rossignol. « Au reste. Rossignol paraît venir de Lusciniola par un léger changement, ainsi que l'italien Rossignuolo, quoique Oliva dise, comme Belon, qu'il vient de sa couleur rousse. On trouve dans Cotgrave Roussignol ou Roussirjneau; c'est de cette dernière façon qu'il se trouve écrit dans le Roman de la Rose, n (Salerne.) Quant à son nom latin de Luscinia, les explications en sont peu satisfaisantes. « Nos étymologistcs font venir Luscinia de Luscus (louche), mais malheureusement le Rossignol n'est pas louche; d'autres le tirent .4 luce, parce qu'il annonce, dit-on, le retour de la lu- mière, et il l'annonce, en effet, tant que la nuit dure. » (G. de Montbcillard.)

Rossignol -d'.Viuériqne. (Voyez le mot Rouge-Gorge bleu.)

RossîguoI-dn-Japoii. Les oiseliers donnent ce nom k un Passereau de la famille des (Egithinidés, le I^eiolJuix lu- teus. parce qu'il a une certaine ressemblance avec le Rossi- gnol et habite le Japon.

Ronge-Gorge. Nom donné à cet Oiseau {Erythacus ?■«. becula), à cause de la coloration orangée de sa gorge, d'où, par une extension un peu forcée, le Rouge-Gorge a pris son nom. « C'est mal fait do le nommer Gorge-Rouge, car ce que nous lui pensons rouge en la poitrine est orangé, d (Belon.)

Ronge-Gorge bien. Nom vulgaire d'un Passereau de la famille des Sylvidés, la Sialia Wilsoni, surnommée égale- ment Rossignol d'Amérique; ces deux dénominations sont im- propres, car cet Oiseau diffère sensibloment du Rossignol et n'a pas la gorge rouge. U est connu aux États-Unis sous le nom de Rlue-Bird (Oiseau-Bleu), qui lui convient beaucoup mieux.

Ronge-Qncne. Nom donné au Rossignol de murailles {Pliœnicurus rulicilla), à causo de la coloration rouge de sa queue.

Ronpenne. Nom formé par Le Vaillant par contraction des mots roux et penne (plumes rousses), et donné, à causo de leur plumage, à des Merles d'Afrique [Amydrus),

Rousseline. Nom donné par Buffon à un Pipit {An- Ihus campestris). « Je l'appelle Rousseline, parce que la cou- leur dominante de son tilumage est un roux plus ou moins clair. I) (Buffon.)

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LE NATURALISTE

Ronsserolle. Nom vulgaire d'une Fauvette de roseaux [Calamodyta artmdinacea). « Belon appelle cet Oiseau Roiis- strolle, à cause de sa couleur rousse, ou Roucherolle, parce qu'il se plaît dans les rouches ou roseaus. » (Salerne.)

Rnblette. Diminutif tiré du mot latin ruber (rouge) et employé comme synonyme de Roiiffe-Queue.

Rnbin. Nom donné par BuÉfon à un Oiseau de la famille des Tyrannidés {P;/roceplialns). « M. de Commerson l'avait nommé Mésanfje-Cardi)ial ; mais ce petit Oiseau étant encore moins Cardinal, nous lui avons donné un nom immédiatement relatif à la vivacité de sa couleur. » (Butfon.)

Rubis. Nom donné par Buft'on à un Oiseau-Mouche, parce que sa gorge a le brillant et le feu d'un rubis.

Rubis-Topaze. Nom donné par Marcgrave à un Oiseau- Mouche. « De tous les Oiseaux de ce genre, celui-ci est le plus beau et le plus élégant; il a les couleurs et jette le feu des deux pierres précieuses dont nous lui donnons les noms : il a le dessus de la tête et du cou aussi éclatant qu'un rubis; la gorge et tout le devant du cou, jusque sur la poitrine, vus de face, brillent comme une topaze aurore du Brésil. « (Marcgrave.)

Sacre. Buffon a décrit sous le nom de Sacre ou Vaiilour d'Ef/'jpte le Néopliron percnoptére non adulte, et a donné ce mémo nom de Sacre à une variété du Lanier. Le mot Sacre est tiré du bas latin Sacer, qui dérive de l'arabe Sakr, em- ployé pour désigner tout Oiseau dressé pour la chasse.

Sagittaire. (Voyez le mot Messager.)

Salangane. Nom indigène conservé à un genre d'Hi- rondelles (Collocalia), dont les nids sont comestibles en Chine. B Salangane est le nom que les habitants des Philippines don- nent à une petite Hirondelle de rivage fort célèbre et dont la célébrité est due aux nids singuliers qu'elle sait construire. Ces nids se mangent et sont fort recherchés soit à la Chine, soit dans plusieurs autres pays voisins situés à cette extrémité de l'Asie. » (Guéneau de MontbeiUard.)

Sanderling. Ce nom, donné à un petit Échassier (Ca- lidris asenaria), est tiré de l'islandais sand (sable) et erla (bergeronnette), parce que cet Oiseau recherche les plages sablonneuses.

Albert Ghanger.

{A suivre).

OFFRES ET DEMANDES

A. R. n" 3.043,' à Bergame (Italie). Gmelinite au lieu de Cmelinite est une zéolithe, voisine du mésotype dont la composition est .SiOH6,40 AP 0^21,08. Ca0 3,67.— Na07,29. Kol,60. —Ho 20,41, fusibleen émail blanc et faisant gelée avec HCI; se Itrouve surtout en Irlande.

Xanthile au lieu de Xanthrite est une variété d'ido- crase.

Noumcite de Nouméa, silicate hydraté de magnésie et de nickel contenant jusqu'à 32 0/0 d'un oxyde de ce métal.

Sa/t/('<t' ou Sa/t(e variété de Dioiisidc contenant jus- qu'à 20 0/0 d'oxyde ferreux, à Sala (Suède).

a" Catlinite variété d'argile.

d'Cookcitc variété de lépidolite.

M. B. I, 4,333. "Voici quels seront les jours de réunion des naturalistes du Muséum de Paris, pour cette année : 23 février, 30 mars, 27 avril, 2o mai, 29 juin, 30 novembre, 21 décembre. Les séances se tiennent à 4 heures dans la salle des cours de la galerie de zoologie.

M. C. M. à Saint-Etienne. Nous ne savons quand paraîtra le volume que vous nous désignez, mais nous pensons que cela ne sera pas de sitôt.

' Lots et collections à vendre :

Quelques exemplaires de Goliathus giganteus (pas- sables), 8 francs.

1 Lot d'Apatides européens et exotiques comprenant 4o espèces, 77 exemplaires dans 2 cartons. Prix : 20 fr,

Collection de Dermestides européens et exotiques : 119 espèces, 472 exemplaires, 3 cartons. Prix 40 francs.

S'adresser pour les lots et collections ci-dessus à « Les Fils D'Emile Deyrolle » 46, rue du Bac, Paris.

Demandede cocons vivantsdeB.'cynthia, ricini, etc., en échange de Lépidoptères, Hémiptères et Coléoptères de rE(|uateur. M. C. de Labonnefon, à Cercoux (Cha- rente-Inférieure).

A céder .

Un lot de 500 espèces environ de Coléoptères de Franco, bien déterminés et en bon état de conservation. Prix : 70 francs.

2" Un lot de Coléoptères d'Espagne comprenant 37 es- pèces et 59 exemplaires ; ce lot renferme de très bonnes espèces, nous citerons : Carabus baîticus, Zabrus an- gustatus, ÎHymenoplia Chevrolati (2 ex.), Rbi/.otrogus Rosina', Cétonia oblouga (2 ex.), Tentyria prolixa, Den- darus castilianus, Tanymecus angustulus, Dorcadion Uhagoni, Lachmca variolosa. Le tout en parfait état. Prix : 17 francs.

Un lût de Microlépidoptères de 100 espèces environ et 125 exemplaires. Prix : 60 francs.

S'adresser pour les lots ci-dessus aux Bureaux du Jour- nal, 40, rue du Bac, Paris.

A vendre une belle collection de coquilles européennes du genre Clausilia, parfaitement déterminées, chaque es- ]]èce dans un tube, 7o espèces, 150 exemplaires. Prix : 50 francs.

S'adresser à « Les Fils D'Emile Deyrolle «, 46, rue du Bac, Paris.

VIENT DE PARAÎTRE

HISTOIRE NATURELLE DE LA PRAICE

MINÉRALOGIE

AVEC 18 PLANCHES EN COULEURS

PAR

PAUL GAUBERT

Attaché au laboratoire de Minéralogie du Muséum de Paris.

Prix : broché, 5 fr. franco, 5 fr. 35

Cartonné toile anglaise 5 fr. 75 franco 6 fr. 15

LES FILS D'EMILE DEYROLLE, ÉDITEURS

40, rue du lîac, Paris.

Le Gérant: Paul GROULT.

Piris. Imprimerie F. Levé, rue Cassette, 17.

19» ANNÉE

Série

IV »3»

15 FÉVRIER 1897

La transformation des Bernards l'Ermite en Lithodes

Il n'est pas de crustacé décapoJe qui paraisse moins ressembler aux Lithodiens que les Pagures ou Bernards l'Ermite : les Litliodiens sont des animaux libres et errants, les Pagures s'abritent au contraire dans des coquilles oudansles cavités de corps solides qu'ils traus- portont avec eux; les Litliodiens ont la carapace élargie et fortement calcifiée, presque toujours munie d'orne- ments épineux ou de tubercules ; les Pagures se recon- naissent à leur carapace étroite et mince, toujours dépourvue d'ornements en saillie; les Lithodiens ont une queue large, solide et lamelleusequise replie contre la large surface thoracique sternale; les Pagures se font remarquer par leur abdomen allongé, étroit et mou, beaucoup plus long que le thorax, contre lequel il ne vient jamais se replier ; les Lithodiens, en d'autres ter- mes, ont tout à fait l'apparence de vrais crabes et ont été regardés comme tels par beaucoup d'auteurs, tan- dis que les Pagures ressemblent plutôt à des crustacés macroures, et doivent être, en effet, considérés comme des animaux de ce groupe, modifiés par une longue adaptation aux coquilles dans lesquelles ils se logent et ils se retirent complètement dès qu'un danger les menace.

Si, au lieu de s'arrêter à ces différences qui frappent au premier coup d'œil, on étudie de plus près les Litho- diens et les Pagures, on ne tarde pas à reconnaître cer- tains caractères communs qui les rapprochent étroite- ment les uns des autres Les Lithodiens, quels qu'ils soient, ont la même formule branchiale et les mêmes branchies que VEupaijurus Bcrnliardus ou Bernard l'Er- mite de nos côtes; ils ont les mêmes antennules et les agitent continuellement de la même manière, leurs appendices buccaux sont identiques et se distinguent notamment, comme l'a fort justement observé M. Boas, par la présence d'un fort tubercule sur la face interne du 3" article des pattes-mâchoires externes ; le pre- mier slernite abdominal existe seul dans les deux for- mes, et dans toutes deux aussi, se soude au der- nier sternite thoracique, (|ui est complètement libre et ■qui porte une paire d'appendices très réduits ; l'abdo- men des Lithodiens, en outre, est toujours plus court du «ôté gauche que du coté droit, comme celui des Pagures: celui du mâle est dépourvu des quatre fausses pattes abdo- minales qu'on trouve à gauche chez ces derniers, mais ces quatre fausses pattes se rencontrent chez la femelle dans l'un et l'autre groupe et rendent singulièrement frappante l'asymétrie qui rend leur abdomen si carac- téristique. Cette particularité n'avait pas échappé aux yeux perspicaces de Milne-Edwards, et il s'en était servi pour montrer que des affinités sérieuses rattachent les Lithodiens aux Paguridés.

Ces affinités deviennent bien plus évidentes encore quand, au lieu de comparer les Pagures aux Lithodiens typiques, on s'adresse aux formes les plus primitives de ce dernier groupa, les Hapaloyaster et\es Dcrinaturus, pour lesquels J.-F. Brandt avait formé le groupe excellent des Lilhodicm h'ipatoQastriipies. Les H((pa/ui/<;sit;c, notamment, ont conservé des caractères paguriens très accentués :

Le Xaluraliste, 46, rue du Bac, Paris.

leur rostre est peu saillant, triangulaire dépourvu de la pointe sub-terrainale qui caractérise les autres Litho- diens et semblable à celui que présentent de nom- breuses espèces de Bernards l'Ermite ; leur carapace conserve un aspect nettement pagurien par son front encore large, par son contour cordifornie, par sa surface dorsale peu renllée, par la structure membraneuse des