THE LIBRAR7
BRIGHAM YOUNG UNIVERSITÉ
PROVO. UTAH
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http://www.archive.org/details/klberenvendeOOkl
KLEBER
KN VKNDÉE
(1793 — 1794)
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EN VENDÉE
(1793-1794}
DOCUMENTS
PUBLIÉS
POUR LA SOCIÉTÉ D'HISTOIRE CONTEMPORAINE
PAR
H. BAGUENIER OESORMEAUX
PARIS
ALPHONSE PICARD ET FILS
LIBRAIRES DE LA SOCIÉTÉ d'hISTOIRE CONTEMPORAINE
Rue Bonaparte, Sa
37. 1907
THE LIBFAR7
BRIGHAM YOUNG ■ ITT
PROVO, UTAH
EXTRAIT DU REGLEMENT
Art. 14. — Le Conseil désigne les ouvrages à publier et choisit les personnes auxquelles il en confiera le soin.
Il nomme pour chaque ouvrage un commissaire respon- sable, chargé de surveiller la publication.
Le nom de l'éditeur sera placé en tête de chaque volume.
Aucun volume ne pourra paraître sous le nom de la Société sans l'autorisation du Conseil, et s'il n'est accompagné d'une déclaration du commissaire responsable, portant que le tra- vail lui a paru digne d'être publié par la Société.
Le commissaire responsable soussigné déclare que l'ou- vrage Kléber en Vendée lui a paru digne d'être publié par la Société d'histoire contemporaine.
Fait à Paris, le j®^' mai iQoy.
Signé : R. Delachenal.
Certifié :
Le secrétaire de la Société d'histoire contemporaine^
B. DE Lagombk.
INTRODUCTION
Le titre complet de ce volume devrait être : Kléber en Vendée, en Bretagne et dans le Maine, car les documents dont il est composé ont trait, non seulement à la campagne de Kléber contre la Grande Armée Catholique et Royale, — au midi et au nord de la Loire, — mais aussi aux opé- rations du même général contre les Chouans de l'IUe-et- Vilaine et de la Mayenne. Il a semblé cependant qu'on pouvait, pour plus de brièveté, s'en tenir au seul mot de Vendée, qui s'applique, avec une exactitude suffisante, à l'ensemble des pièces publiées.
Après une longue et glorieuse résistance, certaine de n'être plus secourue, la garnison de Mayence capitulait le 22 juillet 1793. Elle avait obtenu du roi de Prusse la faculté de rentrer en France avec armes et bagages, sous la con- dition de ne pas servir, pendant une année, contre les Alliés. Pourquoi l'interdiction ne s'étendit-elle pas à la Vendée ? C'est un point sur lequel on pourrait épiloguer longuement, mais qu'il n'y a pas lieu d'examiner ici.
L'émotion fut grande à Paris lorsqu'on apprit la capitu- lation; ses conséquences, prévues et inévitables, causèrent de vives appréhensions. Sans tenir compte de la situation qui l'avait motivée, la Convention décréta, le 28 juillet, l'arrestation des généraux et de Tétat-major, et appela ses commissaires, Reubell et Merlin, de ïhionville, à venir s'expliquer devant leurs collègues. Les assemblées déli- bérantes ont la mobilité des foules et agissent comme elles sous le coup d'impressions successives et chan-
VIII INTRODUCTION.
géantes. De tous côtés, on insistait auprès des pouvoirs publics, pour que les défenseurs malheureux de Mayence fussent dirigés sans délai sur la Vendée, où les troupes régulières faisaient défaut. Officiers et soldats avaient été héroïques. Les amis de Reubell et de Merhn aidant, on s'explique aisément le succès de celui-ci, lorsqu'il parut à la tribune, noir de la poudre du combat et de la poussière de la route, encore vêtu de ce costume théâtral, mi-parti d'ar- tilleur et de représentant du peuple en mission, qu'il avait accoutumé de porter quand il était à l'armée. On com- prend mieux encore l'enthousiasme soulevé par la com- parution à la barre d'Annibal Aubert-Dubayet, le brave Annibal, comme on l'appelait. Passant d'un extrême à l'autre, la Convention décréta, le i^'" août, que la garni- son de Mayence avait bien mérité de la patrie et qu'elle serait transportée en poste, jusqu'à Tours, pour être em- ployée dans l'Ouest, avec ses chefs.
On sait que le même décret prescrivait la destruction de la Vendée par tous les moyens.
A ce moment-là, deux armées principales s'efforçaient de lutter contre les insurgés : l'une, celle de Nantes, dite des côtes de Brest, était de beaucoup la moins forte numé- riquement. Mais elle comprenait quelques régiments aguerris, tels les 77*" et log*' d'infanterie, et des bataillons de volontaires, qui avaient déjà fait leurs preuves. Elle était commandée par un militaire d'ancien régime, brave et prudent à la fois, le comte de Caudaux, et, sous ses ordres, par Grouchy, Vergues, Beysser, qui tous avaient donné des gages indiscutables de la confiance qu'à des degrés divers on pouvait avoir en eux. Cette armée avait à son actif une belle et heureuse campagne dans le Mor- bihan et sur les deux rives de la Loire. Elle avait sur- tout pour elle sa glorieuse défense de Nantes, où elle avait vaincu et repoussé sur tous les points, le 29 juin précédent, les efforts combinés des Vendéens, qui étaient venus se briser contre sa résistance.
L'autre armée, dite des côtes de la Rochelle, beaucoup plus nombreuse, et dont la partie principale était station- née depuis peu à Sauniur et dans les environs, ^avait alors
INTRODUCTION. IX
à sa tête Jean Rossignol, l'un des vainqueurs de la Bas- tille, brave soldat, sans aucune connaissance militaire, tout au plus apte à conduire au feu son ancienne 35® légion de gendarmerie, quand il n'était pas complètement ivre. Santerre venait d'y arriver, avec quelques bataillons pari- siens. Cette armée était d'ailleurs subdivisée en un nombre relativement considérable de troupes sans cohé- sion, réparties entre différents postes, destinés — en vain presque toujours — à enserrer les Rebelles au sud et au sud-ouest, et qui toutes, sauf la division du brave Boulard, opérant, à l'écart, du côté des Sables-d'Olonne, ne pou- vaient guère compter jusque-là que des désastres : à Thouars, à Fontenay, à Luçon, à Doué, à Saumur même, où la déroute du 9 juin n'était pas encore oubliée. Rossi- gnol était incapable et s'en rendait parfaitement compte. Il était, de plus, très fréquemment retenu dans son lit par une hernie de l'estomac, suite d'un coup de broche à rôtir, reçu dans une rixe, après boire, plusieurs années avant la Révolution, lorsqu'il tenait garnison dans l'un des ports de la côte bretonne K II était complètement dominé par la jactance outrecuidante de Ronsin et de Vincent.
Dès qu'il apparut que la garnison de Mayence serait employée contre les Vendéens, chacun, à Nantes, comme à Saumur, comprit facilement quel appoint elle apporte- rait à l'armée à qui elle serait adjointe. Ce n'est point ici le lieu de raconter les démarches faites, des deux côtés, pour obtenir cette adjonction, ni les discussions soulevées à ce sujet. L'honnête et inconsidéré Philippeaux, membre de la commission des représentants siégeant à Nantes, fut le porte-paroles de celle-ci. Choudieu, esprit net et froid, sachant dissimuler l'âpreté de ses convoitises et le béné- fice personnel qu'il avait à sauvegarder ses propres inté- rêts en Anjou, fut l'avocat de la commission qui siégeait à Saumur et dont il était la tête.
Je ne m'étendrai pas davantage, ici, sur les pourparlers et les discussions qui aboutirent à l'envoi des Mayençais à Nantes, ni sur l'opportunité qu'il pouvait y avoir à atta-
I. Cf. Rossignol, Vie véritable du citoyen Jean Rossignol^ p. 46, 47» 5i«
X INTRODUCTION.
quer directement les Rebelles, en partant de Saumiir pour les jeter à la mer, au lieu de faire le grand détour par la rive droite de la Loire et par Nantes, pour prendre l'en- nemi entre deux feux. Tout cela a été étudié et discuté, longuement et à maintes reprises, par les écrivains tech- niques et par les historiens.
On ne doit guère s'étonner de voir des militaires de carrière, comme Dubayet et ses lieutenants : Vimeux, Haxo, Kléber, des représentants habitués à la guerre, comme Keubell et Merlin, de Thion ville, faire tous leurs efforts pour rejoindre l'armée des côtes de Brest, bien commandée et coutumière du succès.
Arrivée à Tours les 22, 23 et 24 août 1793, l'armée de Mayence faisait, le 26, filer, sur Saumur, son avant-garde. Le 3o, Kléber, avec celle-ci, couchait à Angers. Quelques jours après, Dubayet présentait sa division à Ganclaux et les opérations de guerre reprenaient au sud de Nantes et de la Loire.
Il semble bien que l'accueil enthousiaste, fait aux nou- veaux venus, et les premiers succès remportés par Kléber et ses compagnons, dans le voisinage du lac de Grand- Lieu, ne furent pas agréables à tous les généraux de l'ar- mée de Nantes, Beysser, ce « Roger Bontemps » i, paraît avoir péché surtout par jalousie, en refusant « avec hu- meur » 2 de marcher, le 16 septembre, sur Glisson, de con- cert avec Kléber, qui le lui proposait, et en laissant écraser celui-ci, avec son avant-garde, le 19, à Torfou, par les troupes combinées de d'Elbée, Bonchamps, Lescure et Gharette. S'il y eut vraiment mauvais vouloir de la part de Beysser, il en fut lui-même la victime, car, le sur- lendemain, il était écrasé et mis en déroute à Montaigu par une partie des vainqueurs de Torfou. Sa troupe se rejetait en désordre jusqu'à Nantes 3; et Ganclaux était
1. Cf. ci-après, p. 101.
2. Ibid , p. 142-143.
3. « Le plus grand désordre se mit dans les troupes, chacun s'enfuyait de toutes ses forces... Nous ne nous arrêtâmes qu'aux Sorinières, à une lieue de Nantes, et nous avions toujours couru depuis Montaigu... et le lendemain, 22, nous sommes rentrés à Nantes. » (Lettre de Broussais Nantes, 25 septembre 1793, citée par Chassin, Vendée patriote, III, 104.)
INTRODUCTION. XI
obligé de ramener au même point, dans la matinée du lendemain, l'armée de Mayence qui occupait Glisson.
Les Vendéens, en effet, faisaient tête de toute part. Ils sentaient que la jonction définitive des corps d'armée, qui tentaient de les entourer, leur serait fatale. Ils s'efforcèrent de refouler en détail chacun de ces corps, avant que la soudure entre ceux-ci ne fût entière. Ils réussirent à dis- loquer la plus grande partie des divisions de Rossignol. Le 5 septembre, d'Elbée battait, à Ghantonnay, le général Tuncq et la division de Luçon. Dans les jours qui suivi- rent, Lescure occupait les environs de ïhouars. Le ii, d'Autichamp chassait le général Turreau et son second, le commandant Bourgeois, de la Butte d'Erigné et des Ponts-de-Gé. Le même jour, à la suite de ces divers échecs, et sans qu'on jugeât bon d'aviser Ganclaux des résolutions prises, un conseil de guerre, tenu à Saumur, arrêtait qu'il y avait lieu, pour l'armée des côtes de la Rochelle, de suspendre le mouvement en avant, vers Mortagne, décidé d'accord avec Ganclaux et Dubayet, le 2 septembre '. Des ordres conformes furent expédiés par Rossignol à ses divisionnaires 2.
Le 12, d'Autichamp repoussait, aux Ponts-de-Gé, une nouvelle attaque de Turreau, puis, le même jour, aidait La Rochejaquelein à battre, à Martigné-Briand, l'avant- garde de Rossignol, commandée par Salomon, qui se reti- rait à Doué-la-Fontaine. Le 14, les Vendéens étaient battus à leur tour aux environs de cette ville, à Soulanger, et le général Rey, qui commandait à Thouars, obligeait Lescure à évacuer les abords de cette place. Mais,
1. Le texte des décisions prises dans ce conseil de guerre a été donné notamment par M. Ghassin, Vendée patriote, III, 4o-4i.
2. « Je vous envoie, général, copie de l'arrêté qui vient d'être pris par le conseil de guerre tenu ce matin. Vous verrez par cet arrêté la marche que vous aurez à tenir. Vous voudrez bien vous conformer à ces dispositions, à moins que des circonstances impérieuses ne vous forcent à y apporter quelques légers changements de localités. Au surplus, je m'en réfère à ma dernière et je m'en rapporte à votre prudence et à votre patriotisme, pour l'exécution des différentes dispositions arrêtées dans le conseil de guerre. » {Rossignol à Chalbos, Saumur, ii septembre 1793. Arch. hist. de la guerre. V. Registre de correspondance de Rossignol, fol. 102.) Il semble que ce soit cet ordre dont il est question ci-après, p. 160-161 et 458. D'après la lettre de Rossignol, donnée p. 458-459, il aurait été réitéré, le i5 septembre.
XII INTRODUCTION.
le i8, l'armée de Saumur, commandée par Santerre et Ronsin, était battue à plate couture à Coron, tandis que Rossignol était demeuré malade à son quartier général.
Le 19, pendant que la Grande Armée Catholique et Royale repoussait Kléber à Torfou et lui prenait ses canons, le général Duhoux, à la tête des troupes de la levée en masse, était mis en déroute au Pont-Barré par l'un de ses parents du même nom i.
J'ai dit déjà que Canclaux avait ramené à Nantes l'armée de Mayence dans la matinée du 2a septembre. Les Mé- moires de Kléber fourniront d'amples renseignements sur l'habileté déployée, dans cette circonstance, par le général en chef de l'armée des côtes de Brest. Bonchamps, en effet, et ses seconds, fidèles aux résolutions prises par les généraux Vendéens 2, attaquèrent à trois reprises consé- cutives les républicains à leur sortie de Clisson. Si Lescure et Charette n'avaient pas manqué à la parole donnée, il y a tout lieu de penser que ces attaques eussent réussi et que les meilleures troupes de la République, dans TOuest, eussent été sinon complètement détruites, du moins cou- pées de leur ligne de retraite sur Nantes, rejetées dans l'intérieur de la Vendée. La suite des événements en eût été complètement changée ^.
Mais Canclaux rentra à Nantes et put y rétablir son armée et reconstituer ses approvisionnements. Trois jours après, il repassait la Loire 4, bien décidé cette fois, même s'il n'était pas soutenu par Rossignol, à s'attacher sans répit à l'ennemi, qu'il avait ordre de détruire et, pour ce
1. Le chevalier Duhoux d'Hauterive, officier vendéen, tué à la bataille de Savenay. On trouvera des détails complets sur toute cette partie de la campagne, notamment dans Ghassin, Vendée patriote, III, et dans Deniau, Histoire de la guerre de la Vendée, 2' édition, II.
2. A Tififauges, dans la soirée du 19 septembre (cf. le Précis de Gibert, 91, en note).
3. « L'armée de Mayence coupée de sa ligne de retraite, c'était la con- quête de Nantes assurée aux Vendéens. Seuls d'Elbée et Bonchamps l'ont compris. » (Lieutenant-colonel d'Elbée, Le généralissime d'Elbée, •].)
4. « L'armée se tiendra prête à marcher aujourd'hui entre neuf et dix heures du matin; la générale en sera le signal. La colonne sera dans l'or- dre direct..,. » Canclaux. {Ordre du 25 septembre 1793, en copie, dans les papiers Chateaugiron de la collection Venture.)
INTRODUCTION. XIII
faire , à abandonner , même , s'il était nécessaire , sa base de Nantes, après avoir assuré la défense de cette ville I. Il emmenait avec lui un administrateur du dépar- tement de Maine-et-Loire, n'ayant alors aucun grade mi- litaire, mais dont la sagacité et la grande connaissance du pays et des habitants devaient, à maintes reprises, être la sauvegarde de l'armée Républicaine. Je veux dire Savary, Né en Bretagne, ayant fait de fortes études littéraires et juridiques, il était, quelques années avant la Révolution, précepteur dans une famille noble des environs des Her- biers. Il avait parcouru et étudié la région et lié connais- sance avec beaucoup de gens, notamment avec d'Elbée et un Breton, l'abbé Du Boueix, prieur-curé de Roussay, entre lesquels il avait négocié, tout au moins, des afï'aires d'intérêt. Fait prisonnier par les Vendéens lorsqu'ils s'emparèrent de Gholet, il avait été gardé par eux pen- dant un mois, avant de parvenir à s'évader. Comme Cau- daux, il partageait les idées nouvelles, comme lui, il était partisan d'une sage modération. Je dirai plus loin com- ment il convient d'apprécier sa façon de traiter les docu- ments historiques. Ses connaissances et sa capacité, très étendues, tirent de lui l'un des plus utiles collaborateurs de Kléber, avec lequel il se lia. Il a composé ou contribué à composer une bonne partie des plans de marches et d'opérations, qui influèrent sur le succès final des armées de la République.
Canclaux était établi à Montaigu, avec l'armée, depuis quelques jours, lorsqu'il reçut notification de sa destitu- tion, en vertu de la loi qui excluait des armées les officiers ci-devant nobles. En attendant l'arrivée de son succes-
I. « D'après une reconnaissance que je viens de faire et toutes mes ré- flexions, je prends le parti, s'il le faut, d'abandonner ma communication avec Nantes, en faisant mon dépôt et ma manufacture à Montaigu, où le commissaire des guerres trouvera des facilites, même pour un dépôt d'hôpital. 11 aurait toujours fallu en venir là, quand l'armée aurait fait le coude, pour se porter sur Mortagne, au lieu qu'en me servant de Mon- taigu, je menace tous les points, soit d'attaque sur ma gauche, soit pour ma jonction en avant, soit par ma droite, si l'ennemi voulait se rassem- bler à Légé et se porter sur Machecoul et Port-Saint-Père. Voyez la carte et jugez-moi. » {Canclaux à Grouchy. Saint-Hilaire-de-Loulay, ag septem- bre 1793. Arch. hist. de la guerre^ V, la.)
XIV INTRODUCTION.
seur, il remit le commandement à Vimeux, l'ofïlcier gé- néral le plus ancien *. Mais, aussitôt, celui-ci se récusa, donnant pour raison son âge et ses fatigues. Le lende- main, un ordre des représentants confia cet intérim à Klé- ber.
Avec Bonaparte, Marmont a dit de Kléber, qu'il ne sut ni obéir ni commander; tous les deux ont eu tort. Soldat — trop soldat même au jugement de Rossignol * ! — son obéissance aux ordres reçus, et dont on trouvera nom- bre de preuves dans le cours de ce volume, servira à le démontrer. Son influence sur ses troupes, ce qu'il obte- nait d'elles, démontre pareillement qu'il fut un véritable chef; son administration de l'Egypte, lorsqu'il y succéda, malgré lui, à Bonaparte, sulïirait, à elle seule, à faire écla- ter l'inanité d'une telle imputation.
La vérité, c'est que Kléber avait en horreur la politique et les politiciens, comme, aussi, les généraux incapables, créatures de ces derniers. Esprit caustique et primesau- tier, ne sachant pas dissimuler ses sentiments, il laissait paraître trop facilement son mépris pour les hommes, dont il exécutait les ordres souvent ineptes. Il n'oublia jamais qu'après la capitulation de Mayence, l'état major tout entier avait été incriminé de lâcheté par la Conven- tion, et qu'il avait été, un instant, avec tous ses compa- gnons, sous le coup d'une accusation capitale ^. Dès lors, cet homme dont la bravoure était déjà légendaire, et qui
1. Le 6 octobre.
2. « C'est un bon militaire faisant métier de la guerre, mais qui sert la République, comme il servirait un despote. » {Rossignol au ministre de la Guerre. Angers, 20 frimaire au II (10 décembre 1793). Arch. hist. de la guerre, V, à sa date... Savary, qui reproduit cette pièce (Guerres des Vendéens,
II, 416-418), a écrit : « C'est un bon militaire qui sait le métier de la guerre, mais..., » etc. C'est malheureusement une habitude trop constante chez cet auteur de reproduire les textes, non pas tels qu'ils sont écrits, mais tels qu'il les comprend. M. Chassin, qui cite ce passage (Vendée patriote,
III, 328), a copié Savary, sans se reporter à l'original.
3. « Oui, nous sommes les lâches de Mayence, disait Kléber dans son in- dignation, et cette épithète qui nous a été donnée par des hommes qui ne savent pas ce que c'est que la valeur, nous la porterons et nous saurons en faire un titre de gloire. Aussi avait-il coutume, pour désigner un de ses braves camarades du siège, de dire : C'est encore un de ces lâches do Mayence. » (Lubert d'Héricourt, Vie du général Kléber. Paris, 1801, p. 92.)
INTRODUCTION. XV
n'hésita jamais à prendre toutes les responsabilités dans un combat, éprouva, pour le commandement suprême, une aversion qu'il ne sut jamais plus dominer. Aussi, lors- qu'il apprit la réquisition des représentants du peuple du ^ octobre, sans aucun retard, il écrivit au ministre de la Guerre. « Me connaissant mieux que personne, lui disait- il, je dois à la cause sacrée que je défends, le sacrifice de mon amour-propre. Je dois dire que je n'ai ni assez de lu- mières, ni assez d'expérience, pour répondre d'une ma- nière brillante à la marque de confiance des représentants du peuple. L'intérêt de la patrie m'est plus cher que ma réputation, et je le trahirais si je ne me dévoilais tout en- tier. Vous seriez plus coupable que moi, si vous n'aviez égard à la prière que je vous fais, de me soustraire au poids d'un fardeau trop lourd pour mes épaules i. »
Le même état d'esprit, la même pusillanimité selon le mot de Dubayet ^ lui fit, après la déroute d'Entrammes et de Ghâteau-Gontier, décliner l'offre des représentants et demander que le commandement fût confié à Chalbos. Plutôt que d'accepter pour lui-même, il eût préféré conti- nuer à servir sous les ordres de Léchelle 3. C'est pour la même raison qu'on le voit, quelques semaines plus tard, trouver cette combinaison bizarre, qui fait de Marceau un général commandant d'armée, sous l'autorité nominale de Rossignol, à la condition que le « fils aîné du Comité de Salut public 4 » restera personnellement à Rennes. Et c'est lui, Kléber, qui guidera, en fait, le jeune Marceau. 11 n'en fait pas mystère. Il paraît tenir, au contraire, à ce que nul ne l'ignore. C'est pour le même motif que, plus tard, il se refusera à quitter l'armée de Sambre-et-Meuse pour prendre le commandement en chef de l'armée du Rhin de- vant Mayence, et qu'il s'irritera des instances de Marceau et d'Aubert-Dubayet. Enfin, on démêle un sentiment ana-
1. Arch. hist. de la guerre, V, 12.
2. Auhert-Dubayet à Kléber. Paris, 29 pluviôse an IV (18 février 1396). Lettre publiée par H. de Châteaugii'on dans la Revue rétrospective de Tas- chereau, i" série, V, 3i3-3i5.
3. Cf. ci-après, p. 256-257.
4- Le mot est de Prieur, de la Marne. Cf. ci-après, p. 3i2.
KLÉBER EN VENDÉE. b
XVI INTRODUCTION.
logue dans sa grande colère contre Bonaparte, lorsque celui-ci. ayant abandonné furtivement l'année d'Orient et r^gypte, le commandement en chel" lui est remis. Sa fu- reur s'exhale, dans son rapport du 8 octobre 1799 au Direc- toire, contre le futur empereur K II faut que l'inéluctable devoir se dresse devant lui et qu'il n'ait personne à pous- ser devant, à sa place, pour qu'il se résigne à surmonter ce qu'il appelle, lui-même, son imbécile timidité 2.
Je me garderai de suivre pas à pas Kléber dans toute sa campagne, jusqu'à la bataille de Savenay. Les textes produits y sufiisent amplement. Quant à cette dernière victoire, on doit regretter que l'auteur des Mémoires en ait dit quelques mots à peine ; d'autant plus que le vain- queur, c'est lui. J'avais pensé à suppléer à ce laconisme, en donnant le récit de Decaën, qui fut l'un des acteurs du drame. Cela semble inutile désormais, M. H. Prentout l'ayant publié récemment dans la Réçolution française 3, d'après les manuscrits originaux de la bibliothèque de Caen. Je me crois obligé d'insister davantage sur toute la seconde partie du séjour de Kléber dans l'Ouest ; depuis sa rentrée à Nantes, avec Marceau et Tilly, dans la soirée du 24 décembre.
Tous trois furent reçus comme des libérateurs. Le len- demain , la Société populaire , dite Club de Vincent- la-Montagne, les invita à sa séance. Ils y furent l'objet d'une ovation; on leur offrit des lauriers. Mais cet enthou- siasme déplut au représentant Louis Turreau, qui pro- testa. Une scène violente s'ensuivit, dans laquelle l'hon- neur demeura aux généraux 4.
1. Voir ce rapport dans Rousseau, Kléber et Menou en Egypte, p. :j6-84.
2. Marceau à Kléber. Coblentz, 3 pluviôse an III (22 janvier 1795), lettre publiée par Noël Partait, dans Le général Marceau, p. 364-
3. Fascicule du 14 novembre 1906.
4. « Vous auriez ri de bon cœur, si vous aviez, comme moi, assisté à la séance qu'on fit en notre honneur au Club de Nantes. Kléber et Turreau s'y sont disputés et ont failli se battre. La ville avait été illuminée en notre honneur et une foule d'hommes et de femmes, précédée des autorités, s'est rendue avec des couronnes de laurier au-devant de la division de Tilly, qui précédait le reste de l'armée. Marceau, Kléber et Tilly ont été cou- ronnés au Club et y ont reçu, du président, le baiser fraternel. Le repré- sentant du peu^ple Turreau a prétendu qu'on devrait couronner les soldats
INTRODUCTION. XVII
Cependant le général Turreau, l'ancien brigadier de Rossignol à l'armée des côtes de la Rochelle, cousin du re- présentant dont je viens de parler, avait été nommé com- mandant en chef de l'armée de l'Ouest, le 27 novembre. Il se décida, enfin, à venir prendre possession de son com- mandement et arriva à Nantes le 29 décembre. Ami de Robert et de Ronsin, protégé de celui-ci, il partageait leur haine contre Kléber et Marceau. Il le fit bien voir.
Le 3o décembre, Marceau eut une entrevue avec Tur- reau, chez Carrier, en présence de Bourbotte, de Tilly et de Westermann. L'explication entre le jeune comman- dant intérimaire et le nouveau chef fut très vive. Marceau, exaspéré par les mauvais procédés de son interlocuteur, alla jusqu'à le provoquer. Les représentants s'interposè- rent. Turreau se fît remettre le service, puis enjoignit à Marceau de se rendre, sans délai, à Châteaubriant, pour prendre le commandement de l'arrondissement, assez mal délimité d'ailleurs, par l'armée des côtes de Brest, au nord, la Loire, au sud, la route de Nantes à Rennes, à l'ouest, et celle d'Angers à Alençon, par le Mans, à l'est. Mar- ceau devait purger ce territoire des nombreuses petites bandes royalistes qui l'infestaient, derniers débris de l'ar- mée Vendéenne détruite à Savenay, réunis aux Chouans du pays i. Pour opérer dans cet arrondissement considé- rable, Marceau disposait à peine d'une très faible brigade d'infanterie, composée de mauvaises troupes. Très mal portant déjà, il vit son état s'aggraver encore sous l'in- fluence du découragement ^.
Kléber était demeuré à Nantes. Avec Savary, son colla- borateur ordinaire, il s'employa à dresser un plan d'opéra- tions faciles, destinées à pacifier, à peu près sans combat-
et non les généraux, et c'est ce qui a amené la dispute. » {Benahen à Vial, Nantes, '^ nivôse an II (27 décembre 1793), dans la Revue de la Révolution, de M. G. Bord, Documents inédits, V, 10;;.) — Sur le même sujet, cf. ci- après, p 5o6-5o8; et Garât, Eloge funèbre des généraux Kléber et Desaix, prononcé le i" vendémiaire an IX (a3 septembre 1800), d la place des Vic- toires, p. 76-77.
I. Cf. Savary, loc. cit., II, 5oo ; Rapports de Turreau au ministre de la guerre, des 29 décembre 1793 et 7 janvier 1794, aux Arch. hist. de la guerre, V, Set 6. Cf. également ci-après, p. 5io.
a. Cf. ci-après, p. 609, note 4-
XVIII INTRODUCTION.
tre, la Vendée, en donnant des preuves de leur modération aux populations de cette région qu'ils connaissaient bien l'un et l'autre ^ Mais Turreau, de concert avec son chef d'état-major, Robert, avait déjà décidé de transporter l'armée de l'Ouest sur la rive gauche et de la diviser en colonnes volantes, qui devaient sillonner le pays. C'était, à n'en pas douter, rallumer la guerre, dans une contrée déjà désolée et prête à se pacifier. Savary présenta à Tur- reau, le 7 janvier 1794, les observations rédigées par Klé- ber et par lui. « Ce n'est pas là mon plan », répondit sim- plement le général en chef. Kléber, effrayé des résultats qu'il prévoyait, tenta, de suite, une autre démarche au- près des représentants, et remit à Gillet une seconde note à laquelle ïurreau fit le même accueil qu'à la première. De leur côté, Carrier et Gillet, tout en reconnaissant le bien fondé de ces avis, déclarèrent qu'ils avaient l'ordre du Comité de Salut public, de ne plus se mêler en rien des mouvements de l'armée 2. Ce plan de Kléber et de Savary, repris plus tard par le général Hoche et adapté par lui aux nécessités du moment, devait aboutir à la première Paci- fication 3.
Il n'y avait plus rien à faire à ce sujet. Pendant qu'il s'efforçait ainsi, sans succès, de conjurer les dangers d'une seconde guerre de la Vendée, l'ancien Mayençais n'oubliait pas les sentiments de commisération qu'il avait éprouvés à la vue des atrocités exercées . à Nantes , contre les prisonniers Vendéens et les autres malheureux détenus. 11 seconda de tout son pouvoir les efforts de Sa- vary pour obtenir de Carrier l'élargissement des vieillards, des femmes et des enfants. Mais Carrier, après avoir au- torisé Savary à dresser la liste de ceux qui devaient être mis en liberté , se refusa à signer l'ordre nécessaire. Kléber fut plus heureux, en s'interposant pour empêcher qu'on réintégrât à l'Entrepôt les enfants Vendéens, que
1. Ce document a été publié par Savary {loc. cit., ÏII, aa-aS) ; je n'ai pas cru devoir le reproduire dans le présent volume.
a. Cf. Savary, loc. cit., III, 25-28. La seconde Note de Kléber s'y trouve rapportée.
3. Cf. Ernouf, Le général Kléber, ici ; Ghassin, Vendée patriote, III, 457.
INTRODUCTION. XIX
des personnes charitables avaient été autorisées à en faire sortir, pour les soustraire à l'épidémie et au typhus qui sévissaient « dans cet antre d'infection ^ ».
Dès le lendemain du jour où il avait osé présenter, pour la Vendée, un plan qui ne correspondait pas aux idées de Turreau, Kléber reçut l'ordre de se rendre à Ghâteau- briant, afin d'y suppléer Marceau, sérieusement malade. En allant prendre congé du représentant Gillet, il apprit que, sur la demande du général en chef de l'armée de l'Ouest, l'ordre avait été donné d'évacuer Gholet et de faire sauter le château de Montaigu, de peur qu'il ne tom- bât au pouvoir des Vendéens. Il sut faire valoir d'assez fortes raisons, pour que l'exécution de l'ordre concernant Montaigu fût suspendue 2. Le 10, il partait pour Ghâteau- briant, où il trouvait Marceau en proie à une crise vési- cale qui lui donna de vives inquiétudes. Grâce à son in- sistance auprès de Carrier ^, il obtenait, quelques jours après, qu'un congé fût accordé à son ami, Celui-ci put enfin aller se faire soigner. Il partit pour Rennes le 19 jan- vier. Le 20, Kléber était investi du commandement à sa place. Mais, pas plus que Marceau, il ne pouvait remplir la mission qui lui était confiée. Il disposait à peine de trois cents hommes de troupe de ligne, restes de deux anciens bataillons mayençais, avec quelques centaines d'hommes de nouvelle levée, des gardes nationaux dont beaucoup pactisaient avec les Chouans, et quelques pelo- tons de cavaliers. Encore, près de douze cents de ces hommes manquaient-ils de tout : vêtements, chaussures, armes, même 4. Il se trouva donc réduit à l'inaction, d'au- tant plus que les ravages, exercés dans la Vendée par les colonnes infernales de Turreau, devaient faire craindre un nouvel exode des populations de cette malheureuse con- trée, et qu'il dut, pour parer à cette éventualité, échelon-
1. Savary, loc. cit., III, 3o-32.
2. Cf. Savary, loc. cit., III, ag, et l'enquête sur l'évacuation de Cholet, aux Arch. hist. de la guerre.
3. « Carrier m'a paru un grand enfant qui aurait eu besoin de bonnes lisières, ou d'occuper une place à Charenton. » (Savary, loc. cit., III, 3a.)
4. Cf. Savary, loc. cit., III, ag, 179 ; et ci-après, p. 509, 5ii.
XX INTRODUCTION
ner, le long de la rive droite de la Loire, sous les ordres de l'adjudant général Delaage, une grande partie de son petit contingent. Demeuré à Chàteaubriant, comme en une « espèce d'exil ^ », il s'occupa de rédiger ses Mé- moires.
Les opérations de Tiirreau avaient justifié complète- ment les appréhensions de Kléber. La guerre avait repris partout en Vendée. Si, cette fois, elle ne mettait plus la République elle-même en péril, elle n'en constituait pas moins un danger permanent. On pouvait craindre à chaque instant une descente des Anglais. Incapable de reconnaître Terreur criminelle de sa conception, le géné- ral en chef avait besoin de grouper le plus possible de troupes à Saumur et aux environs. Le lo février, il se dé- cida à y appeler Kléber avec toute son infanterie 2. Klé- ber arriva à Angers trois ou quatre jours après ^.
Mais, sur ces entrefaites, le 3i janvier 4, le Comité de Salut public avait arrêté qu'une descente serait tentée, entre le 19 et le 25 février, sur les lies anglaises. Des ordres furent donnés pour concentrer, aussi secrètement que pos- sible, un corps d'armée destiné à s'emparer de Jersey, Gueruesey et Aurigny : vingt mille hommes d'infanterie, deux à trois cents cavaliers et deux cents artilleurs avec quelques pièces de canon 5. Rossignol fut chargé de réunir ces troupes, qui devaient être fournies par les ar- mées de l'Ouest, des côtes de Rrest et des côtes de Cher- bourg. Le Comité délégua, sur place, Billaud-Varenne, l'un de ses membres, avec des pouvoirs illimités, pour exécuter les mesures prises et exciter le zèle du général 6. Avec les moyens d'action très défectueux dont il dispo-
1. Savary, loc. cit., III, 29.
2. Turreau à Kléber. Nantes, lo février i;;94. Ordre publié par Savaryi \ loc. cit., III, 179, et dont l'original n'a pas été retrouvé.
i. Cf. Savary, loc. cit., III, 209.
4. 12 pluviôse an II.
5. Cf. l'arrêté, aux Arch. nat., AF, II, 202, reproduit par M. Aulard, dans son Recueil des actes du Comité de Salut public, t. VII. Les autres arrêtés concernant cette descente figurent, avec d'autres pièces, aux t. VIII et IX du même Recueil.
6. ag pluviôse an II (17 février 1794)
INTRODUCTION. XXI
sait, Rossignol se mit à l'œuvre. Pour faciliter son tra- vail, le gouvernement élargit la circoascription territo- riale de son armée, en y ajoutant le département de la Mayenne et les parties des départements de Tllle-et- Vilaine et de la Loire-Inférieare, qui étaient alors dans la zone d'action de l'armée de l'Ouest, cest-à-dire l'arron- dissement de Kléber presqu'en entier.
Le i3 février. Rossignol appela ce général auprès de lui. L'avis parvint à Kléber le 17, à Angers. Il partit pour Rennes le jour même ^ Là, Rossignol le mit au courant du projet d'expédition et lui apprit qu'il était destiné à y prendre part, à la tête d'une brigade. Sa nomination, comme général de division, n'avait pas encore été confir- mée. Mais il fut impossible de réunir, en temps utile, la quantité de troupes nécessaire. Turreau, notamment, op- posa un mauvais vouloir absolu et, malgré les ordres du Comité de Salut public, refusa de fournir les cinq mille hommes qu'il devait détacher de son armée, à cet effet. L'entreprise dut être abandonnée. Kléber était rendu à Saint-Malo depuis longtemps déjà et chargé de détails de service. Le 4 mars, il dut, sur l'ordre de Rossignol et des représentants, faire arrêter l'adjudant-major du premier bataillon parisien de réquisition, et procéder au désarme- ment et au licenciement de ce bataillon, qui s'était mu- tiné, exigeant d'être renvoyé dans ses foyers 2.
Cependant, la concentration des troupes dans les envi- rons immédiats de Saint-Malo avait obligé à dégarnir les postes de l'intérieur. Les Chouans en profitèrent pour re- prendre, de tous côtés, l'offensive, selon les instructions de Puisaye. Un peu partout, dans la région, des convois furent enlevés, des communes, aux administrations répu- blicaines, saccagées, des diligences arrêtées et pillées, des patriotes notoires, maltraités ou tués. Les plaintes des ad- ministrations locales affluèrent ; le gouvernement s'émut
1. Cf. Savary, loc. cit., III, 209.
2. Les arrêtés des représentants et les ordres de Rossignol (3 et 4 mars) se trouvent aux Arch. hist. de la guerre, V, i5, et registre de correspon- dance de Rossignol. Une partie, au moins, des mutins fut internée dans les prisons de diverses places normandes.
XXII INTRODUCTION.
et donna des ordres pour que la plus grande partie des troupes, désormais inutiles à Saint-Malo, fussent em- ployées à réprimer ce mouvement, imprévu pour le pauvre Rossignol. Kléber reçut de lui le commandement de quelques milliers d'hommes, avec lesquels il devait dé- sarmer les communes suspectes et détruire les Chouans des environs de Vitré, Fougères, Laval, Graon, etc. ; opé- rations où les généraux Chabot et Beaufort avaient échoué. Il quitta Saint-Malo le 27 mars.
La chose, d'ailleurs, n'allait pas sans de grandes diffi- cultés, dans un pays accidenté et couvert de forêts, où la grande majorité des habitants était favorable aux in- surgés. Kléber établit d'abord son quartier général à Vitré. Son premier soin fut de placer de forts cantonne- ments sur les points principaux. 11 confia à Chabot le commandement des postes répartis dans les arrondisse- ments de Mayenne, Laval et Craon ; au commandant Ber- nard, celui de Fougères ; à Bouland, celui dErnée. A De- caën, son ancien adjoint de la première campagne, il confia le cantonnement, très important, de la Gravelle, qui commandait toutes les communications entre Laval, Rennes, Fougères, Vitré, Craon et Châteaubriant. Vérine, dont l'habileté comme olïicier du génie était justement réputée, fut chargé de défendre la place de Vitré. ïrehour eut le commandement du poste de la Guerche de-Bretagne, etBouchotte, frère du ministre de la guerre, celui de Saint- Aubin-du-Cormier ^.
Rossignol voulait faire appliquer sur son territoire les prescriptions du décret du i^^ août 1793, ordonnant la destruction de la Vendée et la déportation des habitants ^. Mais Kléber ne disposait ni du temps, ni des moyens ma- tériels, nécessaires à l'exécution de pareilles mesures. Il se révoltait à la pensée de détruire les immenses appro- visionnements de céréales et autres qu'il rencontrait à chaque pas. Malgré des battues répétées et bien conduites,
I. Cf. Savary, loc. cit., III, 45o, 45i, et les pièces produites ci-après, p. Sig et suiv.
a. Cf. Savary, loc. cit., III, 45i- On trouvera ci-après, p. 43o-432, le texte de ce décret, d'ailleurs bien connu.
INTRODUCTION. XXIII
il obtenait peu de résultats. Car les Chouans, connaissant les moindres sentiers du pays, les plus petits halliers, les « caches » les plus secrètes, échappaient le plus souvent aux recherches. Répartis en une infinité de petites bandes, composées parfois de quelques hommes seulement, ils disparaissaient au moindre mouvement des troupes Répu- blicaines et surgissaient tout à coup, nombreux, là où on les attendait le moins.
Ils étaient partout et nulle part ï. Très convaincu de la nécessité de suivre, dans la répression, une méthode rai- sonnée et dont il ne faudrait pas se départir un seul ins- tant, Kléber avait dressé un nouveau plan, dont l'exécution aurait, sans doute, là encore, amené peu à peu la fin des hostilités et la pacification du pays ^. Malheureusement, ni son général en chef, ni les représentants en mission n'étaient capables de comprendre que des mesures pure- ment révolutionnaires ne suffisaient pas pour remédier à l'état de choses existant. D'ailleurs le Comité de Salut public, qui avait besoin de rassurer immédiatement l'opi- nion générale, inquiète, harcelait les commissaires de la Convention et Rossignol, et ceux-ci, à leur tour, se retour- naient vers Kléber. Des tiraillements inévitables en ré- sultaient : celui-ci en était excédé.
D'autres difficultés lui furent suscitées par Turreau. Toujours haineux et jaloux, le général en chef de l'armée de l'Ouest n'entendait pas lui laisser poursuivre ses opé- rations contre les Chouans, dans les régions de Laval,
1. « Je vous adresse aujourd'hui, 4 floréal an II (23 avril 1794). quelques rapports qui n'ont aucune importance. S'ils passaient par les mains de Rossignol, il en ferait des victoires. Il n'en serait rien et les Chouans se riraient toujours de notre jactance. J'ai reçu d'eux beaucoup de coups de fusil, qui ont porté. J'ai riposté, et je n'ai pas eu le bonheur de venger nos frères morts. On ne voit les Chouans qu'à leur loisir... La guerre des frontières est un jeu auprès de celle des Chouans. » {Kléber au Comité de Salut public; lettre citée par Pajol, Kléber, p. loi.)
2. « Le général Kléber a réduit la guerre que nous faisons aux Chouans à un système, au moyen duquel on peut la terminer avec avantage. Il ne faut pas être étonné si dix mille hommes y sont employés, parce qu'ils sont divisés sur une surface d'environ trois cents lieues carrées, dans le pays le plus couvert, le plus coupé de la France. » (Rossignol à la Commission du mouvement des armées. Laval, i" mai 1794. Lettre citée par Savary, loc. cit., III, 5i6.)
KLÉBER EN VENDEE. h.
XXIV INTRODUCTION.
Graon i, Châteaubriant ^ et Segré 3, qu'il prétendait faire encore partie de son propre commandement. Il en résulta forcément que les Chouans, poursuivis et traqués sur le territoire de l'armée des côtes de Brest, se réfugiaient sur celui de l'armée de l'Ouest, et que Kléber était obligé de se concerter avec les officiers de Turreau, avant de rien entreprendre. C'était Savary qui commandait à Château- briant et à Segré. Il partageait trop complètement les sen- timents de Kléber, pour n'être pas entièrement à sa dis- position. Mais il appartenait à l'armée de Turreau, et les deux amis ne pouvaient rien faire, sans observer les formes prescrites par les règlements. De là, des retards préjudiciables et un défaut, non moins dangereux, de concordance dans les mouvements. Chose plus grave encore, Turreau et Robert, qui n'aimaient pas plus Sa- vary que Kléber, avaient laissé à la disposition du pre- mier moins de cinq cents hommes en état de servir, pour garder un territoire très boisé, s' étendant sur quarante kilomètres, en longueur 4.
Ecœuré, Kléber sollicita du gouvernement un emploi de son grade dans l'une des armées de la frontière. On lui objecta, de Paris, qu'aux termes de la capitulation de Mayence, il ne pouvait servir contre les Alliés avant l'ex- piration de l'année convenue, c'est à-dire le 24 juillet, au plus tôt. Jusque-là, il risquait, s'il était pris, d'être passé par les armes. On connaîtrait bien mal le caractère du général si l'on pouvait penser qu'un pareil obstacle était capable de l'arrêter. 11 insista au contraire, déclarant qu'il entendait dégager complètement la responsabilité du Gouvernement sur ce point, en ce qui le concernait per- sonnellement.
j. Dans la Mayenne.
a. Dans la Loire-Inlërieure.
3. En Maine-et Loire.
4- « Tu sais que je n'ai ici, à ma disposition, que cent vingt hommes d'infanterie et cinquante de cavalerie, dont trente seulement sont en état de faire le serA'ice. Pouancé, à trois lieues d'ici, a un poste de cent hommes d'infanterie et trente de cavalerie. Il y a à Segré environ deux cents hommes. Voilà tout ce que j'ai dans un espace de huit lieues, renfermant cinq forêts et beaucoup de taillis. » {Savary d Robert, Châteaubriant, 29 avril 1794. Lettre reproduite par Savary lui-même, ioc. cit., IH, 452-433.)
INTRODUCTION. XXT
Ces démarches ae l'empêchaient pas de continuer la poursuite des Chouans. Il ordonna une battue générale, à laquelle participèrent tous les cantonnements. Commencée le 24 avril (5 floréal an II) », elle se poursuivit jusqu'au 28. Le résultat en fut, du reste, très médiocre 2.
Le représentant François de La Primaudière 3 avait été envoyé dans l'IUe-et Vilaine et dans la Mayenne, pour établir dans ces départements le Gouvernement révolu- tionnaire, de concert avec son collègue Esnue-la-Vallée, et y prendre toutes les mesures que pourrait nécessiter le salut public, conformément au décret du i4 frimaire an II (4 décembre 1793) 4. Il se trouvait à Laval le 3o avril 1794. Kléber y vint conférer avec lui et Rossignol sur les moyens à employer contre les Chouans. C'est au cours de cette conférence qu'il reçut, de la Commission du mou- vement des armées, l'arrêté du Comité de Salut public qui le nommait à l'armée du Nord, sous les ordres de Pichegru. Rapidement, il regagna Vitré pour y régler différentes questions de service et remettre son comman- dement au général Chabot, en attendant l'arrivée de
1. Cf. ci-après, p. 41^-423.
2. « D'après un plan combiné du général Kléber, nous venons de fouiller les forêts qui nous environnent, pendant que, de son côté, il faisait tra- quer toutes celles où se retirent les Chouans. Cette fouille a commencé le 24' et n'a fini qu'hier. Les cantonnements de Craon, Segré, Pouancé et Châteaubriant réunis, formant environ six à sept cents hommes, ont par- couru les forêts d'Ombrée, de Juigné, d'Araise, les bois taillis, villa- ges, etc., sans rencontrer ni Chouans ni Vendéens. Pendant que nous étions occupés à parcourir les forêts, les Chouans étaient à quelques lieues de là, retirés dans les blés, sur les bords des routes, où ils attendaient les passants pour les assassiner. Le 27, au matin, ils ont égorgé cinq à ?ix ca- valiers du a' régiment et une femme, qui se rendaient de Candé à Segré, escortant les équipages. » {Lettre précitée de Savary à Robert, loc. cit., III, 454.)
3. René-François de La Primaudière, né à Sablé, eu Anjou, le 18 octobre 1757; avoué près le tribunal du district de sa ville natale, député de la Sarthe à l'Assemblée législative, à la Convention, puis au Conseil des An- ciens. Il vota la mort du roi. Sorti du Corps législatif en 1797, il fut nommé contrôleur des dépenses de l'armée française, en Italie, le 3 juillet. Rentré au Conseil des Anciens le 4 septembre 1798; nommé inspecteur des forêts du département de la Mayenne, en 1801. Mort à Sablé le 4 janvier 1816. Pendant qu'il fit partie de la Convention, il se fit appeler François et signa de ce seul prénom.
4. Cf l'arrêté du Comité de Salut public, pris le même jour, pour l'exécu- tion de ce décret et publié par M. Aulard, dans son Recueil, IX, 743-748.
XXVI INTRODUCTION.
Vachot, désigné pour lui succéder. 11 quitta définitivement la région de l'Ouest le 4 ou le 5 mai.
Les Mémoires militaires de Kléber sur la Vendée sont connus dans leurs parties principales. Cependant ils n'ont point encore fait, jusqu'ici, l'objet d'une publication tex- tuelle et intégrale, Dans son grand ouvrage sur les Guerres des Vendéens et des Chouans contre la République française... par un ancien officier supérieur... i, Savary, qui fut l'ami, le confident et le collaborateur de Kléber, en a donné un grand nombre de longs extraits. Malheu- reusement, à l'époque où il faisait sa compilation, les his- toriens n'avaient pas, comme de nos jours, le respect des textes qu'ils reproduisaient. Gomme je l'ai déjà fait remar- quer, ils publiaient ces textes, non pas tels qu'ils sont, mais bien plutôt tels qu'ils les entendaient eux-mêmes. Au cours de ce volume, je signalerai un certain nombre des libertés prises, par Savary, avec la rédaction de son ancien général. Tantôt il supprime ce qui lui parait inu- tile ; tantôt il modifie les mots ou les phrases ; tantôt il intervertit l'ordre du récit ; tantôt, encore, il intercale dans ce récit des passages entiers, tirés de son propre fonds, probablement, mais qui, sûrement, en tous cas, n existent point dans le texte qu'il prétend publier. Ou bien, enfin, il donne comme venant de lui-même des parties notables, empruntées à Kléber.
De ce qui précède, je ne veux point inférer que Savary ait usé de mauvaise foi. Rien ne permet de le présumer. Encore une fois, cette méthode était d'usage courant à son époque. Il pouvait d'ailleurs se croire autorisé, jusqu'à un certain point, à agir comme il l'a fait. Car il ne parait pas douteux qu'il ait contribué, dans une large mesure, à l'éla- boration des Mémoires. Kléber a dit en parlant de lui : « Ce brave homme est peut-être l'unique qui puisse écrire fidèlement sur l'origine et les progrès de la guerre de la Vendée 2. » Et, de fait, il est vraisemblable de penser qu'il
1. Paris, Baudouin frères, 1824-1825, 6 vol, in-8.
2. Voir ci-après, p. aoS, note 2.
INTRODUCTION. XXVII
a fourni les matériaux, sinon la rédaction elle-même, de la première partie des Mémoires , où sont dépeints le pays, qu'il habitait avant la Révolution, et les mœurs des habi- tants, qu'il avait pu étudier tout à loisir. Le style, lourd et quelque peu prétentieux, de l'ancien précepteur, très différent de celui du récit des événements — et très infé- rieur aussi — s'y retrouve beaucoup mieux qu'on n'y re- connaît la verve mordante, primesautière et sans apprêt, habituelle au général. La description de Poitiers, où celui-ci n'a jamais mis les pieds, que l'on sache, les dissertations sur le clergé et la noblesse, peuvent aussi provenir de Savary, mêlé de très près aux querelles religieuses et politiques des premières années de la Révolution dans la région choletaise, d'abord comme juge, puis comme prési- dent du tribunal du district et, enfin, comme administra teur et commissaire civil du Département de Maine- et-Loire. Damas, qui s'était lié avec Kléber pendant le siège de Mayence et qui arriva dans l'Ouest avec lui, peut avoir fourni des renseignements d'ordre militaire.
A l'aide des témoignages ainsi recueillis ^ de ses notes journalières, de ses souvenirs personnels tout récents, des pièces qu'il avait entre les mains, Kléber lui-même rédigea, hâtivement, tout au moins une sorte de brouillon pendant ses loisirs forcés de Ghâteaubriant 2, c'est-à-dire entre le 18 janvier et le 10 février 1794. H explique d'ailleurs caté- goriquement les raisons qui l'ont décidé à écrire : c'est pour protéger, d'avance, son honneur de soldat contre « les rapports boursouflés et dégoûtants de mensonges » qu'il voyait « faire, sans cesse, des difiérentes actions de guerre », tant de la part des Républicains que de celle des Vendéens, qu'il s'est déterminé à tenir des journaux exacts de tous les faits « dont il serait le témoin, de tous les événements auxquels il aurait « pris quelque part, depuis qu'élevé au grade de général », il était « destiné à jouer un rôle » dans cette « lutte sanglante ^ ». Brusque- ment rappelé par Turreau, le 10 février, on doit voir, dans
1. Cf. ci-après, p. 2.
2. Voir ci-dessus p. xx.
3. Voir ci-après, p. 71.
XXVIII INTRODUCTION.
soQ empressement à reprendre une vie active, l'une des causes pour lesquelles la fin de son récit est si fâcheuse- ment écourtée. Il en existe encore au moins une autre, qu'il fournit lui-même. Sa plume, dit-il, se refuse à dé- crire les atrocités exercées contre les Vendéens et « les scènes sanglantes et inouïes » dont Nantes fut particuliè- rement le théâtre ^ La date de son départ de Ghâteau- briant(io février) explique encore pourquoi il n'a pu faire aucune allusion à sa courte campagne, postérieure de plu- sieurs semaines, contre les Chouans.
Lubert d'Héricourt, un de ses premiers biographes 2, peu exact, il faut le reconnaître, en bien des points, rap- porte que Kléber confia la rédaction définitive de ses Mé- moires sur la Vendée à son aide de camp, Strolz 3. Mal- gré de nombreuses recherches de différents côtés, je n'ai pas pu trouver d'iudication me permettant de contrôler ce dire. Il n'apparaît pas déraison d'en contester la véra- cité. Si l'on tient le fait pour exact, il permettra de fixer cette rédaction à la fin de l'année 1794» ou au commence- ment de 1795, pendant le blocus de Mayence. C'est, en effet, le 22 septembre 1794» que Strolz devint aide de camp de Kléber. Il se retira quelques mois après, à la suite d'une brouille entre eux, amenée par les taquineries et les violences de langage de son chef 4. Quoi qu'il en
1. Cf. ci-après, p. 241-242.
2. Vie du général Kléber, par Lubert d'Héricourt. Paris, impr. de Hugue- nin, 1801. In-8 de 129 p.
3. Cf. toc. cit., p. 98.
Jean-Baptiste-Alexandre Strolz, né à Belfort, le 6 août 1771 ; chasseur à cheval au i"^ régiment, le 8 avril i;93; aide de camp du général Kléber, le 22 septembre 1^94 ; sous-lieutenant au 16' régiment de chasseurs, le 26 décembre ijgS ; aide de camp du général Hatry, le 2 janvier 1798; ca- pitaine, le 23 juin 1798; général de brigade, le 3o octobre 1807; premier écuyer et aide de camp du roi Joseph; gouverneur de Strasbourg, le 26 mars i8i5 ; mis en non-activité le 25 juillet suivant; commandant su- périeur du département du Finistère et de la place de Brest, le 8 novem- bre 1820 ; mis en disponibilité, en 1821 ; inspecteur général de gendarme- rie, le !•=■ septembre i83o ; député de i834 à i836; retraité le i5 août iSSg. Mort à Paris, le 27 octobre 1841. Il était chevalier de la Légion d'honneur, du 5 germinal an XII (26 mars i8o4), grand officier, du 18 avril i834, cheva- lier de Saint-Louis, du i" novembre i8i4- Il avait épousé, le 28 avril 1818, Rose-Louise-Éléonore- Virginie Boinet.
4. Cf. Lubert d'Héricourt, loc. cit., p. 55, note i.
INTRODUCTION. XXIX
soit, il n'est pas contestable que cette rédaction fut faite sous la direction du général. Le manuscrit en effet porte, de lui, des corrections, des additions et des passages en- tiers, autographes.
Ce manuscrit est d'une assez bonne écriture courante du temps, facile à lire presque dans toutes ses parties, malgré de nombreuses abréviations de mots. L'orthogra- phe en est très fantaisiste, comme presque toujours dans les documents de l'époque. Une grande quantité de noms propres y sont dénaturés; tellement, parfois, que beau- coup seraient impossibles à identifier et à rétablir, pour un étranger au pays, peu familiarisé avec son histoire et avec la façon de parler de nos paysans.
L'authenticité des Mémoires paraît indiscutable. Je viens de dire qu'ils portent les traces autographes du tra- vail personnel de Kléber. La relation, notamment, de ce qui s'est passé au conseil de guerre tenu à Saumur, le 2 septembre 1793, existe encore, écrite en entier de sa main, sous la dictée du général Vergues i. Il l'a fait recopier textuellement, à la place voulue, dans son œu- vre. L'existence de celle-ci est aflirmée, dès l'année 1800, par Garât, dans son Eloge funèbre des généraux Kléber et Desaix, prononcé le i'"'" vendémiaire an IX {11 septem- bre 1800), à la place des Victoires ^. Cet orateur officiel parle d'après les renseignements que lui avait fournis Savary 3. Lubert d'Héricourt atteste pareillement cette authenticité, dans sa Vie du général Kléber, parue en 1801 4. Hippolyte de Châteaugiron, sur lequel je revien- drai tout à l'heure plus longuement, sa mère, sa sœur,
1. Cette pièce est écrite sur douze pages petit in-4, jointes au manuscrit des Mémoires aux Arch. hist. de la guerre. Voir ci-après, p. io5-ii3.
2. « Un homme tel que Kléber a toujours des moyens de rendre son re- pos, même, utile à la patrie. Il écrivait, à Chàteaubriant, une histoire de ces guerres de la Vendée. Elle ne sera perdue ni pour la nation, ni pour la postérité. » (Garât, toc. cit., p. 28.)
3. « Savary... m'a fourni les notes sur cette guerre. » (Ibid., p. i.)
4. « Il n'entre pas dans mon plan de parler des campagnes de Kléber dans la Vendée. Les Mémoires en paraîtront sûrement, car il les a fait ré- diger, sous ses yeux, par le citoyen Strolz, son aide de camp. » (Lubert d'Héricourt, lac. cit., p. 98.)
XXX INTRODUCTION.
les ont eus entre les mains, antérieurement à 1802 ^ et le premier en a fait de nombreux extraits et résumés, en tête desquels il a placé le nom de Kléber Buquet, l'aide de camp de celui-ci en Vendée, les a reçus de M'"^ de Ghâ- teaugiron et il les a a passés » à Decaën, un autre fidèle du général 2. El ni Tuu ui 1 autre n'ont contesté la pater- nité de ces Mémoires, à leur ancien chef. Ils eussent été pourtant mieux autorisés que quiconque à le faire, si elle eût été supposée. Car Tun et l'autre sont cités en bien des pages du manuscrit, ayant pris part, tous deux, aux évé- nements qui s'y trouvent rapportés. Rappellerai-je une fois de plus ici ce que j'ai rapporté déjà en ce qui con- cerne Savary ? Plus récemment, le baron Ernouf, fils et petit-fîls d'amis, de camarades de Kléber, dit la même chose, en termes identiques 3. De même encore, le géné- ral Pajol, dont le père avait été l'aide de camp de Kléber, à l'armée de Sambre-et-Meuse 4. M. Ghassin, au cours de ses recherches pour ses Études documentaires sur les guerres de la Vendée, a eu le manuscrit entre les mains, et, nulle part, dans ses onze volumes, il n'a suspecté son origine 5. Cependant, le 3o mai 1896. dans V Intermédiaire des chercheurs et curieux ^, un ancien notaire d'Ancenis, M. Dieuaide, a déclaré tenir pour apocryphes — sans les avoir vus — les Mémoires qui nous occupent ! Il faut
1. « M°" Châteaugiron avait eu la bonté de me prêter les manuscrits du général Kléber sur la guerre de la Vendée. Je les ai passés au général Go- laud et celui-ci, au général Decaën. » (Buquet d Damas. Metz, 24 prairial an IX-14 avril 1802.) L'original de cette lettre se trouve aux Arch. hist. de la guerre, V, 5, parmi les correspondances relatives à la bataille de Savenay.
2. Voir la note précédente.
3. « Peu de jours après, Kléber reçut Tordre de se rendre à Château- briant... où il s''occupa de la rédaction de ses notes sur la précédente campagne. » (Ernouf, loc. cit., p. io2-io3.) Le Kléber de cet auteur a paru en 1867, chez Didier et C'^
4. Général Pajol, Kléber, sa vie, sa correspondu ce, paru en 1877, chez Firmin-Didot.
5. Gf. notamment sa Vendée patriote, III, passiin.
6. Il s'agissait de la délivrance, par Bonchamps, des prisonniers de Saint-Florent, rapportée par Kléber (Gf. ci-après p. 229-230 et la note). Les lecteurs, que la discussion soulevée par M. Dieuaide pourrait intéresser, la trouveront dans l'Intermédiaire, XXXII, 556, 557; XXXIII, 104-108, 269, 270, 380-383, 620-C22 ; elle a été reprise avec plus d'étendue par l'auteur de la présente introduction, dans Bonchamps et te passage de la Loire, p. 71-80.
INTRODUCTION. XXXI
ajouter que c'était là, pour lui, un argument — incident et désespéré — invoqué pour défendre une autre cause, mauvaise, à mon humble avis. Il faut croire, d'ailleurs, que la discussion ainsi soulevée par lui modifia son opi- nion ; car il ne répondit rien aux preuves ni aux argu- ments qui lui furent opposés. Il ne semble pas y avoir lieu de s'étendre davantage ici sur ce sujet. La cause paraît entendue.
Dans son avis au Lecteur, Kléber annonce que son œu- vre se composera de quatre parties. La dernière devait esquisser « le tableau des scènes tragiques qui ont désolé une grande partie des départements de l'Ouest » depuis la bataille de Savenay jusqu'à la Pacification S et contenir les appréciations de Kléber sur les événements et les hommes qui y furent mêlés, ainsi que les incidents ou anecdotes, qui n'auraient pu trouver place dans le corps du récit. A la fin, l'auteur devait donner ce qu'il aurait pu recueillir des règlements civils ou militaires, édictés par les chefs Vendéens ^. Malgré des recherches pour- suivies pendant plus de dix ans, un peu partout, je n'ai rien pu rencontrer de tout cela. Cette partie a-t-elle ja- mais été écrite? Je dois avouer que je l'ignore. D'une part, laffîrmation de Kléber est formelle. De l'autre, au- cun des écrivains, qui ont emprunté tant de choses à ses Mémoires, n'a t'ait mention d'appréciations ou d'anecdotes rapportées par le général, ailleurs que dans les documents émanés de lui, que nous connaissons. Savary lui-même n'en fait pas état. Ceux qui ont donné le texte ou l'analyse de règlements établis par les Vendéens, ont puisé à d'autres sources. La chemise du dossier contenant le manuscrit que je publie porte cette note d'une écriture relativement récente : « La quatrième partie manque ».
Ce dossier figure aux Archives historiques du minis- tère de la Guerre, sous la cote actuelle : Mémoires histo- riques, 2^ période, 4^ division : Vendée (i yg3-i8oo), n° i5g ^. Les deux pièces qui terminent le présent vo-
1. Cf. ci-après, p. i, 2, 88.
2. Cf. ci-après, p. 81-82.
3. Anciennes cotes du Registre général : i4425-A à \\^b-G.
XXXII INTRODUCTION.
lume ï indiquent l'époque où il est entré dans ce dépôt et dans quelles circonstances. Il a été remis au ministre, en 1809, par le général Damas, qui en était dépositaire. Damas ne s'en est point dessaisi de son plein gré. Il y a été contraint par une demande de l'Empereur. Napoléon se souvenait, en elTet, des reproches sanglants adressés à Bonaparte par son successeur à la tête de l'armée d'Egypte. Son souci était d'éviter la divulgation de faits ou d'appréciations peu favorables pour lui. La demande, — qui était un ordre, — concernant la remise des Mé- moires sur la Vendée, dont l'existence était certaine, a servi d'occasion pour réclamer ce que Kléber avait bien pu écrire sur les affaires dOrient. La lettre de Beugnot ne laisse aucun doute à cet égard. Tel qu'il existe au- jourd'hui, ce manuscrit comprend onze cahiers in-folio, d'épaisseur variable, suivant le nombre de pages dont chacun d'eux est composé. Plusieurs de ceux-ci font double emploi, quant au sujet qu'ils traitent, sans cepen- dant que la rédaction des uns et des autres soit absolu- ment semblable. Ces deux leçons, différentes en la forme, se rapportent exclusivement à la partie des Mémoires relative aux observations préliminaires sur le pays, sa topographie et l'état des esprits. J'ai cru devoir incorpo- rer dans le texte les parties de celte double rédaction qui pouvaient présenter quelques dissemblances. Cette incorporation n'est pas allée sans m'obliger à certaines répétitions. Il m'a été impossible de les éviter, en rai- son de la volonté que j'avais de ne pas modifier les textes.
Entre autres annotations, j'ai cru devoir accompagner la relation de Kléber d'extraits empruntés particulière- ment à des personnages, tant républicains que royalistes, ayant été mêlés aux événements dont il est question : Savary , Choudieu , Chalbos , Westermann , Rossignol, Poirier de Beauvais *, Lucas de la Championnière, So-
1. Voir ci-après, p. 545-547-
2. Mémoires inédits de Bertrand Poirier de Beauvais, commandant général de Vartillerie de la Vendée, publiés par M"» la comtesse de La Bouère. Paris, 1893.
INTRODUCTION. XXXIII
lilhac ï, etc. Kléber n'a pu considérer les choses que du point de vue où il était placé. En donnant ces extraits, je voudrais avoir un peu élargi son horizon.
Les Mémoires militaires ne sont pas le seul document que Kléber ait laissé. Indépendamment de ceux de ses rapports et de ses plans de campagne publiés par Savary et par M. Ghassin, son Livre d'ordres existe encore. Au milieu de nombreux détails de service, qui paraîtront, peut-être, fastidieux et inutiles, il contient beaucoup de renseignements historiques ou techniques, permettant de mieux connaître les deux campagnes du général, en Ven- dée et au nord de la Loire. Il constitue un témoignage important, au jour le jour, sur Tétat de l'armée, ses mar- ches, ses séjours divers à Montaigu, Angers, Rennes, etc. Quelques pages relatives à la campagne contre les Chouans, dans l'Ille-et-Vilaine et dans la Mayenne, for- ment un des rares documents que nous ayons sur les der- nières semaines du séjour de Kléber dans l'Ouest. Ce Livre figure aux Archives historiques de la Guerre sous la cote i6a — 5. Je le crois inédit. L'original forme un registre petit in-4 recouvert de parchemin et assez régu- lièrement tenu pour que la publication en soit possible. Il constituera la seconde partie de ce volume.
Enfin, il m'a paru nécessaire de grouper, dans une troi- sième et dernière partie, un certain nombre de pièces d'origine et de valeur diverses, susceptibles d'illustrer cette publication, si j'ose ainsi parler. Parmi des docu- ments nombreux, il a fallu faire un choix parfois difficile. Ceux que j'ai cru devoir retenir — il y en a soixante — proviennent en majorité de nos grands dépôts publics de Paris ou de Province, où j'en ai trouvé les originaux ou bien des copies présentant toutes garanties 2. Il parait inutile d'instituer ici une discussion sur leur authenticité. Elles ont passé depuis longtemps sous les yeux de nom- breux érudits, qui ne l'ont jamais mise en doute. D'ailleurs
1. Essais historiques et politiques sur la Vendée, publiés sous le titre de La première Histoire des guerres de la Vendée, par MM. l'abbé Bossard et le marquis d'Elbée. Angers, 1905.
2. Pièces I, 3, 4. 5, 8, 10, 11, i3, i5, 16, 20 à 26, 29, 32 à 36, 38 à 54. 56 à 60.
XXXIV INTRODUCTION.
une partie en a déjà été publiée en diverses circonstances; je l'ai indiqué, chaque fois que je l'ai pu faire. Parmi les pièces déjà connues, je n'ai pas cru devoir donner le cé- lèbre plan « pour terminer la guerre de Vendée », élaboré par Kléber et Savary, publié par ce dernier et soumis par lui au général Tarreaule 7 janvier 1794- J'ai fait de même pour les notes remises aux représentants du peuple dans les jours qui suivirent ^. Je n'ai pas retrouvé les originaux de ces documents, et tout contrôle m'était impossible.
Le texte des pièces 2, 7, 9, dont je n'ai pas eu les origi- naux sous les yeux, a été emprunté à deux publications officielles de l'époque et au Journal des Débats. Le récit de la discussion entre Kléber et Louis Turreau, au Club de Nantes, après Savenay (pièce 18), a été emprunté à Duchâtellier, bien que celui-ci n'ait point assisté à la scène. Duchâtellier est réputé pour la sûreté de sa docu- mentation. Sa relation est, d'ailleurs, corroborée par celle de Savary et la lettre de Benaben qui furent témoins de l'incident ^. Je n'ai pas eu sous les yeux les originaux des pièces 6, 12, 3o, 3i. Elles ont été publiées déjà, sans sou- lever aucune contestation, par le général Pajol, MM. Fazi du Bayet et Noël Parfait, auxquels je les ai empruntées.
Les états de situation des armées Républicaines en Vendée sont très rares, pour l'année 1793 surtout. M. Chas- sin a publié ^ un document de ce genre concernant la gar- nison de Mayence au moment où elle quitta cette place. C'est un renseignement précieux. Je me permettrai tou- tefois d'observer qu'il est seulement approximatif, quant au chiffre des Mayençais venus en Vendée en même temps que Kléber. Car, outre les malades demeurés en chemin, on sait que quelques centaines d'hommes furent retenus à Orléans. D'autres demeurèrent à Tours, et Rossignol en conserva encore plusieurs autres centaines à Saumur. L'état que je publie (pièce i3) présente des différences assez sensibles avec celui qua donné Savary, sous la date
1. Cf. Savary, loc. cit., III, 23-27. M. Chassin a donné l'analyse du plan el des notes, d'après le texte de Savary, dans sa Vendée patriote, III, 434*458
2. Cf. ci-dessus p. xvi ; et ci-après, p. 5o8.
3. Vendée patriote^ III, 10-11.
INTRODUCTION. XXXV
du 8 octobre ^, au moment où Kléber faisait Tintérim du commandant en chef, en attendant l'arrivée du général Léchelle. Un heureux hasard me Ta fait rencontrer parmi d'autres documents du même genre, relatifs à l'armée du Nord, dans un carton des Archives historiques de la Guerre, dont tout le reste a trait exclusivement à cette dernière armée.
Mais, sans contredit, à mon sentiment, la partie la plus nouvelle de cette série est formée par les pièces, prove- nant des papiers de M. de Ghâteaugiron et appartenant aujourd'hui à M. J. Venture, de Nice. J'en dois communi- cation à l'inépuisable complaisance de ce dernier. M. de Ghâteaugiron ^ , grand collectionneur de documents et d'autographes et ancien aide de camp de Marceau pendant la fin de la campagne contre les Vendéens, reçut commu- nication des papiers de Kléber et de ceux de Savary, anté- rieurement à l'année 1802, ainsi que je l'ai déjà montré. 11 avait ainsi fait des résumés et des extraits textuels de nombreux passages des Mémoires militaires, et fit copier beaucoup des documents divers qu'il avait eus entre les
1. Loc. cit., II, 23o-a35.
2. Hippolyte Le Prestre, baron, puis marquis de Ghâteaugiron, était né à Rennes en 1774? d'une famille de bonne noblesse, d'après La Chênaye- Desbois, d'assez récent anoblissement, si l'on en croit M. H. Bonnet {U Amateur cfautographes du i5 juillet 1898, p. 5). Il avait émigré au début de la Révolution, puis était rentré à Rennes, dans sa famille. Il fut dé- noncé pour son émigration et allait être arrêté, lorsque Marceau, qui s'était lié d'amitié avec lui pendant un séjour de l'armée à Rennes, lui proposa, pour éviter la prison, de devenir son aide de camp. Ghâteaugiron accepta et prit son service au commencement de décembre i;;93. Il fit la campagne contre les Vendéens, d'Angers au Mans et à Savenay. G'est alors qu'il connut Kléber et Savary. Malheureusement pour lui, son géné- ral tomba malade au commencement de février 1794 et dut quitter l'armée. Dénoncé par un Rennais « comme émigré accompagnant un grand per- sonnage de la suite de Gobourg », le jeune aide de camp ne tarda pas à être arrêté et incarcéré au Luxembourg, où il demeura sept mois. Mis en liberté le 7 novembre 1794, il renonça à continuer la carrière militaire et entra, quelques années plus tard, dans la diplomatie. Aux Cent-Jours, Na- poléon le nomma inspecteur commandant des gardes nationales de Sceaux. Sous la Restauration, il fut conseiller général de la Seine. Il est mort con- sul de France, à Nice, en 1848. M. de Ghâteaugiron s'était toujours beau- coup occupé de littérature et d'histoire et avait réuni une précieuse col- lection d'autographes qui fut vendue en i85i. Les documents qui m'ont été communiqués par M. Venture étaient restés entre les mains d'une per- sonne de sa famille, à Nice, avec beaucoup d'autres relatifs à Kléber.'
XXXVI INTRODUCTION.
mains, notamment des plans de campagne, des ordres, des observations stratégiques, des correspondances, des rapports, etc. J ai pu constater la conformité absolue de tous les extraits, ({u'il a faits des Mémoires, avec le texte du manuscrit du Dépôt de la Guerre que je publie. J'ai constaté la même exactitude pour toutes celles de ses copies que j'ai pu confronter avec les originaux. L'ordre du 4 floréal an II (23 avril 1794), transcrit au Liçre d'ordres S iigure aussi consciencieusement reproduit dans son recueil. Il ne paraît donc pas, dès lors, qu'on doive légitimement suspecter l'entière correction des autres copies ayant la même origine, quand le contrôle en a été impossible. C'est ce qui m'a déterminé à publier dans la troisième partie de ce volume les sept pièces qui y figurent 2. Parmi beaucoup d'autres du même genre, elles m'ont paru présenter un intérêt sérieux. Sauf les deux derniers, ces documents ne sont pas signés. Une comparaison très attentive avec des documents analogues, certainement émanés de Kléber seul ou dus à la collabo- ration de Savary, m'a amené à cette conviction que les uns et les autres ont la même provenance.
On verra plus loin pourquoi j'estime devoir attribuer à Savary une part plus large dans la rédaction des pièces n^'' 17, 18 et 19 3.
Avant de terminer, je veux exprimer ici ma gratitude bien vive à ceux : collectionneurs, érudits, archivistes, bibliothécaires, qui m'ont, si obligeamment toujours, facilité la tâche entreprise, par des communications sou- vent importantes. M. Venture, de Nice, dont j'ai déjà parlé, a poussé l'amabilité jusqu'à m'apporter lui-même, à Paris, les papiers précieux, qu'il tient du dernier héri- tier de M. de Chàteaugiron. Il a consenti à s'en séparer en ma faveur — pendant un temps qui dut lui paraître bien long ! — pour me permettre de les étudier à l'aise et de joindre à ma publication ceux que je jugeais les plus
1. Voir ci-après, p. 418-423,
2. Pièces 14, i;;, i8, 19, 27, 3^, 55.
3. Cf. ci-après, p. 476, note i.
INTRODUCTION. XXXVII
intéressants. M. Coûard-Luys, archiviste de Seine-et-Oise, m'a procuré, avec une bonne grâce parfaite, la curieuse lettre de Le Turc. M. Laurain. archiviste de la Mayenne, a fouillé, pour mon plus grand profit, les cartons de son dépôt si riche en documents relatifs à la Chouannerie du Bas-Maine. MM. Giraud-Mangin, conservateur adjoint de la Bibliothèque de la ville de Nantes: Paul Banéat, direc- teur du Musée d'archéologie de Rennes; l'abbé Uzureau, directeur de X Anjou historique, ont bien voulu faire re- vivre pour moi la topographie de leurs villes à l'époque révolutionnaire. M. Jules Chappée, l'érudit écrivain et collectionneur manceau ; les capitaines Grobert et Lebre- ton, de Gholet, m'ont aidé à contrôler nombre de détails topographiques se rapportant aux grandes batailles livrées par l'armée de Mayence. Je ne veux point oublier non plus les services que m'ont rendus, à des titres divers, pour cette publication, MM. Germain Bapst, Alfred Lallié, Quéruau-Lamerie, auquel je dois, depuis tant d'années déjà, une si grande quantité de renseignements sur la pé- riode révolutionnaire dans l'Ouest, Marc Sache, archi- viste de Maine-et-Loire, Le Hir. conservateur de la Biblio- thèque de Rennes, Charles Loyer, de Cholet, l'abbé Fer- dinand Charpentier, de Beaupréau, Fiévé, de Jallais. A tous, bien sincèrement, merci!
H. B. D.
KLÉBER EN VENDÉE
I.
MÉMOIRES MILITAIRES
DU GÉNÉRAL KLÉBER
POUR SERVIR A l'hISTOIRE DE LA GUERRE DE LA VENDÉE
Scilicet et tempus veniet, cum finibus iliis Agricola, incurvo terrain raolitus aratro, Exesa inveniet scabra riibigine pila; Aul gravibiis rastris galeas piilsabit inanes, Grandiaquc eflbssis mirabitur ossa sepulcris. Virgile, Géoryiques, liv. \.
AU LECTEUR
Ces mémoires concernent la Vendée ; ils sont divisés en quatre livres : le premier indique l'origine de cette g-uerre intestine, les causes de ses progrès rapides et sommaire- ment tous les événements qui ont eu lieu avant l'arrivée de l'armée de Mayence. C'est l'introduction de l'ouvrage.
Le second contient tout ce qui s'est passé depuis l'arrivée de l'armée de Mayence jusqu'au passage de la Loire par les Rebelles, après la bataille sanglante de Gholet.
Le troisième rend compte des marches et combats sur la rive droite de la Loire jusqu'à la bataille de Savenay.
Dans le quatrième, enfin, j'ai esquissé le tableau des
KLÉBER EN VENDEE. 1
'2 KLEBER EN VENDEE.
scènes tragiques qui ont désolé une grande partie des dé- partements de rOuest depuis cette bataille jusqu'à la pacification.
J'ai eu part aux événements rapportés dans les deuxième et troisième livres, et j'atteste la vérité de tout ce que j'y avance. J'ai ajouté à mes propres observations les meil- leurs renseignements pour écrire les premier et qua- trième livres, sans lesquels cet ouvrage serait resté trop imparfait.
Un soldat doit avoir des droits à l'indulgence de ses lecteurs à l'égard de son style. S'il est çrai , on peut bien le dispenser d'être élégant, sans cela peu d'entre nous ose- raient prendre la plume. Il n'appartenait jusqu'ici qu'aux Xénoplîon, aux César, aux Frédéric, d'être grands dans les combats, grands dans leurs écrits. Au reste, si, par ces mémoires, je contribue à donner une idée juste de la guerre de la Vendée à celui qui se proposera d'en faire l'histoire ; si je parviens à dissiper les nuages dont on a cherché à l'envelopper par tant d'écrits fallacieux ; si, en dirigeant les regards sur ces fertiles, mais malheureuses contrées, je puis provoquer en leur faveur quelques solli- citudes et déterminer un législateur philosophe à recher- cher, à développer davantage les causes qui en firent le théâtre de nos guerres civiles ; si , par suite de ces re- cherches et des connaissances qui en seraient le résultat, on emploie les moyens les plus efficaces pour préserver à l'avenir cette terre arrosée de sang des maux que traînent à leur suite la superstition et le fanatisme , j'aurai rempli le but que je me suis proposé. Quel est, en effet, celui d'entre nous qui pourrait s'enorgueillir d'un laurier teint du sang français? Il faut des monuments pour les vic- toires étrangères, et pour les maux domestiques le deuil et le silence. (TAcriE, Ann., liv. III.)
LIVRE PREMIER
ORIGINES DE LA GUERRE DE VENDÉE. — CAUSES DE SON DÉVE- LOPPEMENT. — RÉSUMÉ DE l'histoire DE CETTE GUERRE jusqu'à l'arrivée DE l'aRMÉE DE MAYENCE.
CHAPITRE PREMIER
J'ai à parler de la Vendée depuis que l'armée de Mayence y arriva, jusqu'après la bataille de Savenay ; ce court in- tervalle a fourni des événements terribles; avant de les décrire, qu'il me soit permis de hasarder quelques idées sur l'origine de cette guerre intestine, sur les causes de ses progrès rapides et alarmants, sur les filières secrètes qui l'ont activée sans cesse et ranimée souvent au moment où elle était près de s'éteindre.
La noblesse et le clergé de France durent s'apercevoir au premier moment de la Révolution que leur perte était décidée et qu'en vain ils chercheraient à la prévenir en faisant le sacrifice de quelques immunités. Le peuple, que le premier cri de la Liberté avait porté au plus haut degré d'enthousiasme, ne voulait point de composition. Il récla- 1 mait ses droits dans toute leur étendue, et il les réclamait armé de la massue d'Hercule. Il fallait donc, dès lors, que les nobles et les prêtres se résignassent à se ranger sous le niveau de l'égalité ou, qu'étroitement réunis, ils com- battissent au bord du précipice.
4 KLKBER EN VENDEE.
Heureusement pour la cause de la Liberté, que, peu d'accord sur l'arène où devait s'engager la lutte sanglante qu'ils méditaient, tous ne pensèrent pas, ou pensèrent au moins trop tard, que c'était dans le sein de la France, et non au dehors, qu'ils pouvaient lui porter les plus rudes coups : que Rome ne pourrait être détimite que dans Rome même.
Les princes du sang, et après eux tous les grands de la cour, désertent la France; aussitôt l'émigration devient une affaire de mode, une manie, c'est à qui ira porter ses hochets, ses ridicules, ses clameurs, dans les cours étran- gères; c'est à qui ira y mendier la pitié; et cette lâche dé- sertion, loin d'affaiblir le parti qu'on se proposait d'anéan- tir, contribua à le faire triompher.
Oui , heureuse la France si tous ses ennemis intérieurs eussent été frappés du même vertige; si tous, ils eussent été grossir, multiplier les cohortes autrichiennes ; avec elles, ils auraient été défaits et nous n'aurions pas à gémir sur une plaie profonde qu'une longue suite de prospérités peut à peine cicatriser. Nous ne verserions pas des larmes sur les ossements de cinq cent mille Français ensevelis dans les départements de l'Ouest; la Révolution ne se se- rait pas souillée de ce règne atroce de la Terreur qui, en couvrant de deuil toute la France et en froissant tous les intérêts, ffétrit dans tous les cœurs le sentiment naissant de la Liberté, pour y semer la haine, la défiance et l'épou- vante.
Mais, tandis que cette foule inconsidérée de nobles promène au dehors d'abord sa vanité et son insolence, puis sa misère et son abjection, d'autres, en très petit nombre, restent en France, suivent, épient les événe- ments et semblent n'attendre qu'une occasion favorable pour faire éclater leur vengeance.
KLEBER EN VENDEE. Ô
De tous les temps, les grandes secousses politiques dans l'intérieur d'un empire ont produit des hommes extraor- dinaires. On verra ici une vingtaine de nobles du Poitou et de l'Anjou^ jusqu'alors ignorés, faire éprouver à la France plus de maux , y répandre plus de calamités que toutes les puissances coalisées contre elle. On verra que pour recouvrer leur autorité et donner au moins à la Ré- volution une direction différente, il ne leur manquait qu'un chef digne de leur audace et de leur persévérance ; un chef qui , par l'éclat de son nom et de ses prétentions, dans leur sens, légitimes, eût su leur imposer, les faire obéir et les diriger toujours vers un seul et môme but. Mais ce chef ne pouvait être qu'un Bourbon, et le destin, voulant que la France fût libre , fit des Bourbons les plus lâches des hommes.
La manie d'attribuer de grandes causes aux grands évé- nements avait fait penser jusqu'ici assez généralement que, dès le commencement de ia Révolution, les puissances étrangères, et notamment l'Angleterre, avaient envoyé dans les départements de lOuest de nombreux agents, de l'or et des armes pour exciter les habitants de ces contrées à la révolte. Mais aucune pièce, aucun fait ne pouvant être cités à l'appui d'une telle conjecture, elle paraît devoir être rejetée comme dénuée de fondement; sans doute que cette guerre intestine une fois engagée, ces puissances suivirent attentivement sa marche, ses progrès, et fon- dèrent sur ses résultats de grandes espérances, sans doute que leurs émissaires, répandus dans la capitale, dans les comités et jusqu'au milieu des législateurs , influencèrent souvent les résolutions qui pouvaient y être relatives et employèrent tous les moyens de séduction pour faire cou- ler plus de sang et prolonger nos calamités ; mais ne leur accordons pas une prévoyance, une pénétration plus qu'hu-
6 KLÉBER EN VENDÉE.
maines, en leur attribuant le choix du lieu de ce cruel incendie, et ne pensons pas qu'elles en aient jeté la pre- mière étincelle ; n'est-ce donc pas assez qu'en s'emparant des événements à mesure que nous les avions fait naître, elles les aient trop souvent dirigés à leur gré ? Mais pourquoi cette lutte désastreuse se fixa-t-elle dans le Poitou, l'Anjou et la Bretagne, plutôt que sur un autre point de la France? C'est parce que la nature du pays, le genre d'agriculture qui y est adopté , la manière de vivre des nobles et l'em- pire qu'exerçaient les prêtres sur les habitants des cam- pagnes, plus que partout ailleurs ignorants et supersti- tieux, y concouraient à la fois.
Aucune région de la France n'offre, en effet, plus d'a- vantages défensifs que les provinces que je viens de dési- gner, et surtout que cette partie du Bas-Poitou connue aujourd'hui sous la dénomination générale de la Vendée. Gomme c'est dans cette contrée que se préparèrent les événements funestes dont j'ai à parler, comme elle sem- blait être le lit naturel de ce torrent de désolation où, après quelques débordements momentanés, il venait re- prendre son cours, je vais en donner une idée géogra- phique et essayer, en même temps, de démontrer combien sa situation physique et politique a dû avoir d'influence sur les mœurs grossières du peuple, sur l'astucieuse tyran- nie des prêtres et les opinions des nobles, enfin sur la conduite et les actions des uns et des autres.
En suivant au nord la rive gauche de la Loire de Sau- mur ' à Paimbœuf 2; à l'ouest, les côtes de la mer depuis
1. Saumur, chef-lieu de district, puis d'arrondissement du département de Maine-et-Loire, sur la Irive droite de la Loire et sur le Thouet, à soixante-six kilomètres ouest-sud-ouest de Tours; quarante-huit, sud-est d'Angers et deux cent-quatre-vingt-dix-sept, sud-ouest de Paris; io,9ij ha- bitants en ijgo; 13,822 en 1890.
2. Paimbœuf, chef-lieu de district, puis d'arrondissement du départe-
KLÉBER EN VENDÉE. ^
la Loire jusqu'aux Sables i; au sud, la ligne qui, passant par Luçon ^, Fontenay 3 et Niort 4, se dirige sur Parthe- nay 5, Thouars 6, Doué 7 et se termine à Saumur, on aura les limites de ce pays, et, en jetant les yeux sur la carte, on verra qu'elles renferment, indépendamment du dépar- tement de la Vendée, une partie de ceux des Deux-Sèvres, de Maine-et-Loire et de la Loire-Inférieure, ensemble en- viron mille lieues carrées.
Les Rebelles divisaient ce pays en trois parties et dési- gnaient celle qui avoisine la mer sous le nom de Marais ^, sous le nom de Bocage 9, la partie intérieure du Poitou
ment de la Loire-Inférieure, port sur la rive gauche de l'estuaire de la Loire. A quarante-trois kilomètres ouest de Nantes et, en suivant le cours du fleuve, cent soixante environ, à l'ouest de Saumur.
1. Les Sables-d'Olonne, chef-lieu de district, puis d'arrondissement du département de la Vendée, port important sur l'Océan Atlantique, à trente-six kilomètres sud-ouest de la Roche-sur-Yon et quatre-vingt-cinq sud-sud-ouest de Nantes.
2. Luçon, petit port de mer dans le Marais poitevin, à dix-sept kilomè- tres de l'Océan auquel il est relié par un canal ; ancien chef-lieu de dis- trict, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Fontenay- le-Gomte (Vendée), à vingt-huit kilomètres ouest de Fontenay.
3. Fontenay-le-Gomte, Fontenay-le-Peuple, pendant la Révolution, alors chef-lieu du département de la Vendée, aujourd'hui simple ehef-lieu d'ar- rondissement, à cinquante-sept kilomètres sud-est de la Roche-sur-Yon.
4. Niort, sur la Sèvre Niortaise, chef-lieu du département des Deux- Sèvres, à soixante-seize kilomètres sud-ouest de Poitiers.
5. Parthenay, chef-lieu de district, puis d'arrondissement du départe- ment des Deux-Sèvres, à cinquante-six kilomètres nord-nord-est de Niort ; trente-cinq kilomètres sud de Thouars. Ancienne capitale du pays de Gatine; ancienne place forte conservant encore, en 1793, une partie de ses défenses.
6. Thouars, ancien chef-lieu de district, aujourd'hui simple chef-lieu de canton de l'arrondissement de Bressuire (Deux-Sèvres). En i^gS, elle était encore entourée de murailles fortifiées.
7. Doué-la-Fontaine, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saumur (Maine-et-Loire), à quarante kilomètres sud-est d'Angers; vingt et un, ouest de Saumur.
8. Le Marais comprend les vastes plaines d'alluvions qui s'étendent sur l'extrémité sud-ouest du département de la Loire-Inférieure, le nord-ouest, une partie de l'ouest et le sud de la Vendée, le nord de la Charente-Infé- rieure et l'extrémité sud-ouest des Deux-Sèvres.
9. Le Bocage est séparé du Marais par la Plaine du Poitou (Vendée,
8 KLÉBER EN VENDÉE.
vers Test et, sous le nom de Loroux ', une portion des an- ciennes frontières de la Bretagne et de l'Anjou sur la rive gauche de la Loire.
N'ayant pas eu occasion de pénétrer moi-même au Ma- rais, je transcrirai ce qu'en a dit de plus intéressant un général, qui a commandé pendant quelque temps dans cette guerre et dont il sera parlé dans la suite ^.
« C'est, dit-il, un pays plat et très découvert, dont les « issues sont impraticables pendant l'hiver, et très difliciles « dans les autres saisons ; il est coupé sur tous les points « de sa circonférence par des canaux ou marais salants, « espèce de fortifications naturelles qui en rendent l'at- « taque très dangereuse. On y trouve peu de chemins qui <( aient la voie charretière 3, la plupart ne sont que des « sentiers disposés en dos d'âne et pratiqués entre deux « canaux. Les canaux ont communément de trente à qua- rt rante pieds de large de l'extrémité supérieure d'une rive « à l'autre. Le Brigand, portant son fusil en bandoulière, « s'appuie sur une longue perche et saute de l'un à l'autre « bord avec une facilité surprenante 4. Si la présence de « son ennemi ne lui permet pas de faire cet exercice sans
Deux-Sèvres), au sud; il se continue au nord, jusqu'à la Loire, par le pays des Mauges (Maine-et-Loire); vers l'ouest, il coniine au Loroux.
1. Le Loroux, contrée du Loroux-Bottereau, comprenant la partie de l'ancien pays de Retz qui conJBne, au nord, à la Loire, à l'est et au sud- est, aux Mauges, au sud-ouest et à l'ouest, au Marais breton. Cette contrée est assez accidentée et boisée dans sa partie voisine du Bocage. Elle est formée, comme le dit l'auteur, d'une grande partie du territoire des an- ciennes Marches, communes de Bretagne, de Poitou et d'Anjou.
2. Hector dit Legros : Mes rêves dans mon exil.
3. Voie charretière : espace compris entre les roues d'une charrette. Il est ordinairement déterminé par un usage constant ou même par des règle- ments de police et varie suivant les régions. Dans le Bocage, la largeur de la voie charretière est de i"4o à i"5o suivant les localités ; elle est de i-^SS dans le Marais.
4- Cette perche, appelée « Ningle », sert aussi, souvent, à diriger la yole.
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« s'exposer au coup de fusil, il se jette dans sa yole, espèce « de petit bateau très plat et très léger, et parcourt avec « une extrême rapidité le canal assez encaissé pour le dé- « rober à la vue de ceux qui le poursuivent; bientôt il « reparaît, vous lâche un coup de fusil et disparait à l'ins- <( tant , souvent même avant que vous ayez le temps de « riposter. Le soldat Républicain, pour qui cette manière <( de combattre est nouvelle, est obligé de se tenir toujours « sur ses gardes, de longer les rives des canaux, d'en « suivre lentement les sinuosités en essuyant de lï équentes « escarmouches ; il met ainsi plusieurs heures à parcourir « un espace que le Brigand franchit le plus souvent en « quelques minutes. »
Les côtes, depuis l'embouchure de la Loire jusqu'aux Sables, peuvent avoir un développement de vingt-quatre lieues; elles sont généralement aplaties et d'un accès fa- cile. Le port le plus considérable est celui des Sables- d'Olonne, dans lequel pourtant il ne peut entrer que des navires de cent cinquante tonneaux; les autres, tels que la Gachère ^, Saint-Gilles ^, la Barre-de-Mont 3, Beauvoir 4,
1. La Gachère, village et petit port de mer dépendant de la commune de Saint-Martin-de-Brem (Vendée), au fond du havre de la Gachère, petit estuaire de la côte, à onze-douze kilomètres nord des Sables-d'OIonne. Plusieurs cours d'eau vendéens viennent s'y réunir : la Vertonne, TAu- zance, la Carde, le Brandeau.
2. Saint-Gilles-sur-Vie, chef-lieu de canton de l'arrondissement des Sables-d'OIonne. Petit port assez important sur l'Océan, à l'embouchure de la rivière de Vie. A quinze kilomètres sud-sud-ouest de Ghallans ; vingt- sept kilomètres nord-nord-ouest des Sables-d'OIonne.
3. La Barre-de-Mont, commune de l'arrondissement des Sables-d'OIonne. Petit port sur le canal du Perrier, dans le Grand Marais breton. A soixante kilomètres nord-nord-ouest des Sables, soixante-trois kilomètres nord-ouest de la Roche-sur-Yon.
4- Beauvoir-sur-Mer, chef-lieu de canton de l'arrondissement des Sables- d'OIonne, autrefois au bord de la mer, dont il est aujourd'hui éloigné de quatre kilomètres. En face de l'île de Noirmoutier. A soixante et un kilo- mètres nord-nord-ouest des Sables-d'OIonne.
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Bouin I, Bourgneuf 2 et plusieurs d'une moindre impor- tance encore, ne peuvent recevoir que des barques em- ployées soit à la pêche, soit au transport des sels.
L'île de Noirmoutier 3, qui faisait partie du Bas-Poitou, est près delà côte. Son extrémité, vers le nord, est vis-à-vis de Bourgneuf, et celle du midi, vis-à-vis de Beauvoir. Elle a environ trois lieues de longueur sur sept de tour ; son sol est entrecoupé de vignobles, de terres labourables et de marais salants. La petite ville de Noirmoutier, qui en est le chef-lieu, est au milieu de ces marais à l'est de l'île; elle est pourvue d'une enceinte flanquée de tours, ainsi que d'un château, ce qui, joint à la difficulté de son accès, en fait un poste susceptible de défense ou, du moins, à l'abri d'un premier coup de main. A l'extrémité septen- trionale de l'île est l'abbaye de Notre-Dame de la Blanche 4, auparavant occupée par les moines de l'ordre de Gîteaux; à celle du sud, est le village de la Fosse ^, et vers le centre.
1. Ile-Bouin, commune du canton de Beauvoir-sur-Mer (Vendée). A huit kilomètres nord-est de Beauvoir-sur-Mer; cinquante-six kilomètres nord- nord-ouest des Sables-d'Olonne.
2. Bourgneuf-en-Retz, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Paira- bœuf (Loire-Inlerieure); petit port sur la baie du même nom, entouré de marais salants. A trente-neuf kilomètres sud de Paimbœuf; trente-huit kilomètres ouest-sud-ouest de Nantes.
3. L'île de Noirmoutier est située par le 47 degré de latitude et le 4° degré 1/2 de longitude ouest. A quatre-vingts kilomètres des Sables- d'Olonne ; cinquante-cinq de Nantes. Sa plus grande longueur est de dix- neuf kilomètres du sud-est au nord-ouest, et sa plus petite largeur de cent cinquante mètres environ. Elle forme un canton de l'arrondissement des Sables.
4. Ce monastère, fondé en 1172, sur l'îlot du Pilier, voisin de l'île, fut transféré dans celle-ci en 1201. Son véritable nom était Notre-Dame de risle-Dieu, qu'il ne faut pas confondre avec l'île d'Yen (Insula Oya ou Oia). La Blanche est située à une lieue, au nord-ouest de la ville de Noirmoutier. Les religieux furent dispersés à l'époque de la Constitution Civile du clergé et leur domaine passa plus tard aux mains de M. Du- chesne.
5. La Fosse, village qui donne son nom à une pointe située au sud de l'île de Noirmoutier.
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le bourg de Barbâtre i. On y trouve encore plusieurs autres villages ou métairies, car cette île, ayant joui autre- fois de beaucoup de franchises, a toujours été très peuplée.
L'île Dieu ^ ou d'Yeu a quatre lieues de circuit; elle est à environ dix mille toises au sud de la précédente. Saint- Aubin en est le chef-lieu, un petit village ^ en forme le port; elle est proportionnellement moins peuplée que l'île de Noirmoutier 4. Le Marais offrait donc aux Rebelles, d'un côté des moyens de défense naturels contre toutes les agressions venant du continent, de l'autre une com- munication presque assurée avec nos ennemis du dehors, chaque fois qu'ils eussent voulu en profiter.
On pourrait nommer le Bocage et le Loroux la partie supérieure du pays ; elle contraste parfaitement avec le Marais, sans offrir pour y pénétrer moins d'obstacles à vaincre; c'est, si je puis m'exprimer ainsi, un labyrinthe obscur et profond dans lequel on ne peut marcher qu'à tâtons. Son sol est varié de plaines, de collines et de quel- ques montagnes, dont les coteaux sont tantôt d'une pente douce, tantôt très escarpés, dans plusieurs cantons cou- verts de vignobles. On n'y trouve pas de vastes forêts, mais les bois et les taillis y sont très multipliés. La quan- tité de rivières, de petits torrents et de ruisseaux qui arro- sent ces contrées, les rendent très ravineuses et les coupent dans tous les sens; mais ce qui leur donne vraiment l'as-
1. Barbâtre, chef-lieu de Tune des communes de l'île de Noirmoutier, dans la partie la plus rapprochée de la terre ferme.
2. L'île d'Yeu forme un canton, composé d'une seule commune, de l'ar- rondissement des Sables-d'Olonne. A quarante-neuf kilomètres nord-ouest de cette ville; dix-huit kilomètres sud-ouest de la pointe de Mont. Sa plus grande longueur est de dix kilomètres de l'ouest-nord-ouest à Fest-sud-est; sa plus grande largeur, de quatre kilomètres du nord au sud. Son chef- lieu est Saint-Sauveur, appelé Saint-Aubin au moment de la Révolution.
3. Port-Breton, naguère Port-Joinville, sur la côte nord.
4 En l'jSn, la population de Noirmoutier était de ^,83; habitants et celle de l'île d'Yeu, de 3,809.
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pect d'une forêt continue, c'est le genre d'agriculture par clos qui y est adopté. Chaque laboureur entoure son champ, son verger, son pré, d'un fossé profond et, de la terre provenant de son excavation, il en fait une clôture d'environ cinq pieds de hauteur, en forme de parapet, sur laquelle il plante des haies, de ronces entremêlées d'arbres forestiers de toute espèce. Ainsi, plus un canton est cultivé, plus il est toufl'u et couvert. Ce n'est pas tout; la végétation de ce pays, à de certains égards, est presque en raison double de celle que l'on remarque dans d'autres provinces, et surtout pour ce que l'on désigne par plantes parasites ; les champs en repo's, par exemple, produisent naturelle- ment des genêts de six à sept pieds d'élévation ; on en- ferme alors le bétail dans ces genevières et des troupeaux entiers peuvent s'y dérober aux regards des passants.
C'est donc à travers ce système de redoutes et de retran- chements naturels qu'il faut chercher les chemins tortueux, dès qu'en abandonnant les grandes routes, on veut péné- trer dans l'intérieur des terres, et ce sont presque autant de défilés impraticables, non seulement pour l'artillerie, mais pour tout ce qui n'a pas la voie étroite des charrettes du pays ; encore les grandes routes n'offrent-elles d'autres avantages qu'une plus grande largeur, car, flanquées par le même système de clôture, les terrains où l'on pourrait ordonner quelques déploiements sont extrêmement rares.
Trois grandes routes partant de Saumur conduisent l'une à Poitiers! par Loudun^ et Mirebeau 3; Tautre à
1. Poitiers, chef-lieu du département de la Vienne, sur le Clain, à trois cent cinquante-deux kilomètres de Paris.
2. Loudun, chef-lieu de district, puis d'arrondissement du département de la Vienne. A la source de la Petite-Maine. A cinquante-quatre kilomè- tres nord-ouest de Poitiers; cinquante-huit kilomètres sud-ouest de Tours et vingt-huit sud-est de Saumur.
3. Mii'ebeau-de-Poitou, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Poi-
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Niort par Montreuil i, Thouars, Airvault 2, Parthenay et Saint-Maixent 3; la troisième, aux Sables-d'Olonne par Doué, Vihiers 4, Coron ^, Gholet 6, Mortagne :', les Her- biers s, les Essarts 9, la Roche-sur- Yon ^^ et la Mothe-
tiers. A vingt-trois kilomètres au nord-ouest de cette ville ; vingt-six kilo- mètres à l'est d'Airvault.
1. Montreuil-Bellay, chef-lieu de canton du district, puis de l'arrondisse- ment de Saumur. Sur le Thouet, ancienne ville fortifiée. A seize kilomè- tres sud-ouest de Saumur; cinquante-deux kilomètres sud-est d'Angers.
2. Airvault, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Parthenay (Deux-Sèvres). Sur le Thouet. A vingt-deux kilomètres sud de Thouars; soixante-deux kilomètres nord-est de Niort; vingt-quatre kilomètres nord de Parthenay.
3. Saint-Maixent, chef-lieu de district, devenu chef-lieu de canton de l'arrondissement de Niort. Sur la rive droite de la Sèvre Niortaise. A vingt-deux kilomètres est-nord-est de Niort.
4. Vihiers, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saumur (Maine- et-Loire). A quarante kilomètres ouest-sud-ouest de celte ville, quarante- deux kilomètres sud d'Angers ; vingt-huit kilomètres est-nord-est de Cho- let; vingt-six kilomètres sud-est de Gheraillé.
5. Coron, commune du canton de Vihiers. A nevif kilomètres ouest de Vihiers; trente et un kilomètres ouest-sud-ouest de Saumur; quarante- cinq kilomètres sud d'Angers; dix-sept kilomètres est-nord-est de Cholet.
0. Cholet, la ville la plus importante de toute la Vendée militaire, chef- lieu de district, aujourd'hui chef-lieu d'arrondissement du département de Maine-et-Loire. A cinquante-neuf kilomètres sud-ouest d'Angers; vingt- deux kilomètres sud de Chemillé; onze kilomètres nord-est de Mortagne- sur-Sèvre; cinquante-six kilomètres sud-est de Nantes. 8,444 habitants en 1790, i6,835 en 1890, 22,i83 en 1906.
7. Mortagne-sur-Sèvre, chef-lieu de canton de l'arrondissement de la Roche-sur- Yon (Vendée); sur un coteau surplombant la rive droite de la Sèvre Nantaise; à dix kilomètres sud-sud-ouest de Cholet; cinquante-cinq kilomètres nord-est de la Roche-sur-Yon; cinquante-deux kilomètres nord-ouest de Nantes.
8. Les Herbiers, chef-lieu de canton de l'arrondissement de la Roche- sur-Yon (Vendée). Au pied du mont des Alouettes. A quarante kilomètres nord-ouest de la Roche-sur-Yon; quinze kilomètres sud-sud-ouest de Mor- tagne-sur-Sèvre.
9. Les Essarts, chef-lieu de canton de l'arrondissement de la Roche-sur- Yon. Sur la Petite-Maine. A dix-neuf kilomètres nord-est de la Roche-sur- Yon.
10. La Roche-sur-Yon, Napoléon-Vendée, Bourbon-Vendée, chef-lieu ac- tuel du département de la Vendée. N'était qu'un petit bourg déchu de son ancienne grandeur lorsque, en 1804, Napoléon décréta la création d'une ville sur son emplacement. A quatre cent quarante kilomètres de Paris.
l4 KLÉBER EN VENDEE.
Achard ^ . A Thouars , un embranchement passant par Saint- Jouin^ et Bournezeau ^ conduit aussi à Poitiers en joignant la première route à quelque distance de la ville. LesPonts- de-Gé 4 ouvrent deux communications avec la route des Sables mentionnée ci-dessus : la première la joint à Doué, la seconde à Nuaillé ^ après avoir passé par Ghemillé ^ et
1. La Mothe-Achard, chef-lieu de canton de l'arrondissement des Sables- d'Olonne, sur la rive gauche de l'Auzance. A dix-huit kilomètres nord des Sables et à dix-neuf kilomètres ouest-sud-ouest de la Roche-sur- Yon.
2. Saint-Jouin-de-Marnes, commune du canton d'Airvault (Deux-Sèvres). A deux kilomètres et demi de la rive gauche de la Dive Mirebalaise ; neuf kilomètres de Parthenay ; soixante-quatorze , nord-nord-est de Niort.
3. Bournezeau, village de la commune d'Amberre, arrondissement de Poitiers. A trois kilomètres de Mirebeau-de-Poitou, vingt-huit kilomètres nord-nord-ouest de Poitiers.
4- Les Ponts-de-Cé, chef-lieu de canton de l'arrondissement d'Angers. Sur la rive droite de la Loire et sur trois îles du fleuve, le tout relié, ainsi qu'avec la rive gauche, par une importante ligne de quatre ponts; les seuls, en 1793, avec ceux de Saumur et de Nantes, qui ouvrissent un passage vers la Vendée militaire. L'ensemble de ces quatre ponts et de leurs approches forme une chaussée longue de plus de trois kilomètres. Le pont Saint-Maurille, le plus important, était alors constitué par vingt et une travées en bois et deux arches en pierre. « Le passage était étroit, confus, en mauvais état, embarrassé d'innombrables ressauts et de re- plis. )> Les Ponts-de-Gé sont à six kilomètres sud-sud-est d'Angers; trois, nord, de la Butte-d'Érigné, où aboutit, sur la rive gauche, la chaussée du dernier pont vers sud, dit : pont du Louet; dix-huit kilomètres nord- nord-est de Saint-Lambert-du-Lattay ; trente et un, nord-est de Ghemillé; cinquante et un, nord-est de Gholet; onze, nord-nord-ouest de Brissac ; quarante-trois, nord-ouest de Saumur ; trente, est d'Ingrandes ; quatre- vingt-trois, est de Nantes.
5. Nuaillé, commune du canton de Cholet (Maine-et-Loire), à la lisière nord de la forêt de Vezins. A sept kilomètres nord-ouest de Gholet; deux kilomètres sud de Tréraentines; treize kilomètres sud-sud-ouest de Ghe- millé ; vingt et un kilomètres ouest de Vihiers. La route d'Angers aux Sables-d'Olonne par les Ponts-de-Gé, Ghemillé, etc., qui devait rejoindre à Nuaillé celle de Saumur, n'était pas terminée lors de la guerre de la Vendée; elle n'était achevée que jusqu'à Saint-Lambert-du-Lattay.
6. Ghemillé, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Gholet (Maine- et-Loire) ; la première ville dont se soient emparés les Vendéens, dès le la mars 1793. Sur la rive droite de l'Hirôme, affluent du Layon. A trente- sept kilomètres sud-sud-ouest d'Angers ; treize kilomètres sud-sud-ouest
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Trémentiiies '. De Choletiin embranchement se dirige sur Tiffauges ^ et devait être continué pour joindre, sur le point de Montaigu, la route de Nantes ^ à la Rochelle 4, un autre embranchement, partant à peu de distance de Tif- fauges, mène à Torfou ^ et devait se continuer jusqu'à Glisson 6.
Nantes donne le débouché à quatre routes : la pre- mière, conduisant à Beaupréau ", passe par la Lande
de Saint-Lambert-du-Lattay ; vingt-deux kilomètres nord de Cholet, vingt kilomètres est de Beaupréau; seize kilomètres sud de Chalonnes-sur- Loire.
1. Trémentines, commune du canton de Cholet (Maine-et-Loire). A onze kilomètres sud de Ghemillé; onze kilomètres nord-ouest de Cholet: douze kilomètres nord-est de Jallais.
2. Tiffauges, commune du canton de Mortagne-sur-Sèvre (Vendée), sur un promontoire escarpé qui s'étend entre la Sèvre, limite à cet endroit des deux départements de la Vendée et de Maine-et-Loire, et la Crume, affluent de gauche de cette rivière. A quatorze kilomètres ouest de Mor- tagne; dix-huit kilomètres ouest-sud-ouest de Cholet; trente-deux kilo- mètres sud-sud-est de Nantes ; trois kilomètres sud de Torfou.
3. Nantes, chef-lieu du département de la Loire-Inférieure; la plus grande ville de l'Ouest. A quatre-vingt-onze kilomètres est-sud-est d'An- gers; quatre-vingt-un kilomètres nord-ouest de Cholet.
4- La Rochelle, chef-lieu du département de la Charente-Inférieure. Ce port de mer, qui est demeuré en dehors du territoire où se sont déroulés les événements des guerres de la Vendée, a été l'un des plus importants arsenaux des armées de la république. Avant la Constitution Civile du clergé, la plus grande partie de la Vendée militaire dépendait, au spirituel, du diocèse de la Rochelle.
5. Torfou, commune du canton de Montfaucon-sur-Moine, arrondisse- ment de Cholet (Maine-et-Loire). A huit kilomètres sud de Montfaucon- sur-Moine; dix-neuf kilomètres sud-ouest de Cholet; quarante kilomètres sud-sud-ouest de Nantes; quatorze kilomètres ouest de Mortagne-sur- Sèvre; seize kilomètres est-nord-est de Montaigu; quinze kilomètres sud- ouest de Clisson.
6. Clisson, ancien chef-lieu de district, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Nantes, au sud de la Loire, au confluent de la Sèvre Nantaise et de la Moine. A vingt-six kilomètres sud-est de Nantes; trente-six kilomètres ouest de Cholet.
•j. Beaupréau, ancien chef-lieu de district, puis d'arrondissement, au- jourd'hui simple chef-lieu de canton de l'arrondissement de Cholet (Maine- et-Loire), à vingt kilomètres ouest de Chemillé; dix-huit kilomètres nord de Cholet; vingt-deux kilomètres sud de Saint-Florent-le-Vieil ; quarante- quatre kilomètres est de Nantes.
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Pelée ^ la Ghapelle-Heulin^, Vallet^ et Geste 4. Cette route devait être continuée pour joindre celle des Ponts-de-Gé à Ghemillé, et celle de Saumur, soit à Vihiers, soit à Doué. La seconde est celle de la Rochelle, passant par Aigre- feuille 5, Montaigu^, Saint-Fulgent?, Ghantonnay^. Sainte- Hermine 9 et Marans ^o. La troisième conduit aux Sables-
1. La Plée, ou la Pelée, village à huit kilomètres sud-est de Nantes, sur la grande route de la Rochelle, dans une lande où Républicains et Vendéens établirent leur camp, à tour de rôle et à maintes re- prises.
a. La Ghapelle-Heulin, commune de la Loire-Inférieure, arrondisse- ment de Nantes, au sud de la Loire, qu'il ne faut pas confondre avec la Chapeîle-Hullin, située en Maine-et-Loire, et fort au nord du fleuve. La Ghapelle-Heulin se trouve à deux kilomètres sud-est des marais de Gou- laine; six kilomètres nord-est de Vallet; dix-huit kilomètres est-sud-est de Nantes.
3. Vallet, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Nantes, au sud de la Loire. A vingt-quatre kilomètres est-sud-est de Nantes; dix kilomètres nord de Glisson.
4. Geste, commune du canton de Beaupréau (Maine-et-Loire). A onze kilomètres sud-sud-ouest de cette ville; vingt-cinq kilomètres nord-nord- ouest de Gholet; cinquante-cinq kilomètres est de Nantes.
5. Aigrefeuille, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Nantes. A vingt kilomètres sud-sud-est de cette ville, au midi de la Loire; treize kilomètres nord-nord-ouest de Montaigu; huit, ouest de Glisson ; quatre, ouest de Sainte Lumine-de-Glisson.
6. Montaigu, ancien chef-lieu de district, aujourd'hui chef-lieu de can- ton de l'arrondissement de la Roche-sur- Yon (Vendée), au confluent de la Maine et de l'Asson. A trente-six kilomètres nord de la Roche-sur-Yon; vingt-huit, ouest-sud-ouest de Gholet; trente-trois sud de Nantes.
']. Saint-Fulgent, chef-lieu de canton de l'arrondissement de la Roche- sur-Yon, à vingt-huit kilomètres nord-est de cette ville; seize kilomètres sud-sud-est de Montaigu; quinze kilomètres sud de Tiffauges.
8. Ghantonnay, chef-lieu de canton de l'arrondissement de la Roche-sur- Y'on, entre le Grand et le Petit-Lay. A trente kilomètres est de la Roche- sur-Yon; cinquante-huit kilomètres nord-nord-est de Fontenay-le-Gomte; trente-six kilomètres sud de Mortagne-sur-Sèvre.
9. Sainte-Hermine, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Fontenay- le-Gorate (Vendée). A trente kilomètres est-sud-est de la Roche-sur-Y^on ; vingt-deux kilomètres nord-ouest de Fontenay-le-Gomte. A la lisière nord de la contrée appelée la Plaine et au pied sud du Bocage. Sur la rivière la Semagne.
10. Marans, chef-lieu de canton de la Gharente-Inférieure, Port sur la Sèvre Niortaise, à douze kilomètres environ de l'embouchure de ce fleuve dans l'anse de l'Aiguillon.
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d'Olonne, par Légé », Palluau ^, Aizenay 3 et la Mothe- Achard où elle joint la route de Saumur. La quatrième, passant par Légé, le Port-Saint-Père 4, Machecoul ^ et Ghallans ^, mène au petit port de Saint-Gilles-sur-Vie. De la première route, un embranchement partant de la Lande Pelée conduit à Glisson, sans aller plus loin ; elle devait joindre, à Torfou, celle de Saumur.
Enfin, une route des Sables à Poitiers passe par Tal- mont 7, Luçon, Fontenay, Niort, Saint-Maixent et Lusi- gnan 8.
I. Légé, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Nantes; au sud de la Loire, au-dessus de la rive droite de la Logne, affluent de gauche de la Boulogne. A quarante kilomètres sud de Nantes, près du lac de Grand- Lieu. Quartier général de Charette pendant la guerre de Vendée.
a. Palluau, chef-lieu de canton de l'arrondissement des Sables-d'Olonne (Vendée). A trente-huit kilomètres nord de cette ville; vingt-deux kilo- mètres nord-ouest de la Roche-sur-Yon; quarante-huit, sud-sud-ouest de Nantes.
3. Aizenay, commune du canton du Poiré-sur-Vie, arrondissement de la Roche-sur-Yon (Vendée). A huit kilomètres sud-ouest du Poiré; seize, nord-ouest de la Roche-sur-Yon; douze kilomètres sud de Palluau: trente- neuf kilomètres nord-nord-est des Sables-d'OIonne.
4- Port-Saint-Père, commune du canton du Pellerin, arrondissement de Paimbœuf (Loire-Inférieure), sur la rive gauche de l'Acheneau, à trois kilomètres et demi de sa sortie du lac de Grand-Lieu; sept kilomètres et demi au sud de la rive gauche de la Loire; vingt-neuf kilomètres sud- est de Paimbœuf; vingt kilomètres ouest-sud-ouest de Nantes.
5. Machecoul, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Nantes, sur le Falleron, ville ancienne, sur une petite éminence de la plaine nommée vallée de la Chaume. A trois kilomètres et demi ouest-sud-ouest de la forêt de Machecoul; trente-cinq kilomètres sud-ouest de Nantes; vingt kilomètres nord-ouest de Légé.
6. Ghallans, chef-lieu de canton de l'arrondissement des Sables-d'Olonne (Vendée). Sur la lisière ouest du Marais vendéen. A quarante-quatre kilo- mètres nord des Sables-d'Olonne; quarante kilomètres ouest-nord-ouest de la Roche-sur-Yon; cinquante kilomètres sud-sud-ouest de Nantes.
j. Talmont, sur le Guy-Ghatenay, l'un des ruisseaux qui vont à la mer par l'estuaire du Payré ; chef-lieu de canton de l'arrondissement des Sables-d'Olonne, dans le Marais. A quatorze kilomètres sud-est des Sables; trente kilomètres de la Roche-sur-Yon.
8. Lusignan, chef-lieu de canton de l'arrondissement de Poitiers (Vienne), à vingt-quatre kilomètres de cette ville.
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Ce sont là les principales mais insulïisantes communi- cations du pays, dont j'ai déterminé les limites. Je ne parlerai pas des chemins de traverse, ils sont multipliés à l'infmi, et les Rebelles, marchant sans convois, presque sans cavalerie, et avec très peu d'artillerie, les parcou- raient de préférence, parce que plus tortueux et plus fourrés ils leur présentaient, dans leur manière de guer- royer, beaucoup plus d'avantages.
Les rivières de ces contrées n'ont fourni aucune res- source capitale dans les opérations de cette guerre ; il en est peu de navigables, mais quand elles le seraient, quel parti en aurait- on pu tirer? Il n'y avait là ni magasins à former, ni aucuns établissements à faire. Ayant d'ailleurs généralement peu de largeur et étant presque toutes guéa- bles en été, elles ne pouvaient non plus offrir de grands moyens de défense. Cependant, malgré leur peu d'impor- tance sous les rapports militaires, je pense qu'il n'est pas hors de mon sujet d'en donner une description générale.
Imaginons que de Ghatillon-sur-Sèvre i, pris comme point central, on trace trois lignes : la première dirigée sur Parthenay, la seconde sur les Essarts et la troisième au delà de Saint-Paul-du-Bois ^ ; ces lignes pourront être considérées comme passant à peu près par les points les
I. Chatillon-sur-Sèvre, dans une forte position, sur l'Ouin; avant son érection en duché-pairie (i^Sô), s'appelait Mauléon, Lors de la formation des départements (1790), il fut chef-lieu d'un district des Deux-Sèvres, mais le siège du district fut transféré à Bressuire, après les troubles du mois d'août ijg^. Aujourd'hui, c'est un chef-lieu de canton de l'arrondissement de ce même Bressuire. Fut le premier siège du Conseil supérieur des Vendéens, en 1793. A sept kilomètres nord-est de la Sèvre Nantaise; vingt- deux kilomètres nord-ouest de Bressuire; dix-huit kilomètres sud-sud-est de Cholet.
a. Saint-Paul-du-Bois, sur la Gaubertière, affluent de gauche du Layon. Commune du canton de Vihiers (Maine-et-Loire). A neuf kilomètres sud de Vihiers; quarante-cinq kilomètres sud-sud-ouest de Saumur; cinquante- quatre kilomètres sud d'Angers; vingt et un kilomètres est de Cholet.
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plus élevés du pays, d'où se fait le partage des eaux qui se dirigent ensuite, soit vers l'Océan, soit vers la Loire, soit enfin vers le lac de Grand-Lieu ^ situé entre la forêt de Machecoul et Nantes.
Parmi les rivières ayant leur embouchure dans l'Océan, la seule remarquable est la Sèvre Niortaise ^, qui prend sa source dans les environs de Saint-Maixent ; elle est navigable depuis Niort, et se jette dans la mer à quelques lieues au nord de la Rochelle ; dans son cours elle reçoit la Vendée ^, l'Autise 4, le Lay ^ et quelques ruis- seaux peu considérables.
En remontant vers le nord , jusqu'à l'embouchure de la Loire, on trouve quelques petites rivières, telles que l'Auzance ^, le Jaunay 7, la Vie s, qui, toutes, ne
1. Lac de Grand-Lieu, lac du département de la Loire-Inférieure, arron- dissement de Nantes, au sud de la Loire; d'une étendue de sept mille cinq cents hectares environ. Avant l'annexion de la Savoie, c'était la plus grande nappe d'eau de la France, tl a peu de profondeur et est entouré de marais. C'est plutôt, comme le dit Joanne, une vaste lagune qu'un lac proprement dit. Il est célèbre par ses pêcheries. Les rivières qui l'alimen- tent sont, principalement, la Boulogne, le Tenu et l'Ognon, qui sont navigables. Il se déverse dans la Loire, au sud du Pellerin, par l'Acheneau, sorte de canal navigable sur tout son cours.
2. La Sèvre Niortaise, fleuve côtier qui se jette dans l'anse de l'Aiguillon.
3. La Vendée, affluent de la rive droite de la Sèvre Niortaise, prend sa source sur le faîte de l'Absie, a douze kilomètres de la Châtaigneraie, ar- rose Fontenay-le-Comte et traverse le Marais poitevin. Son cours est de soixante-dix kilomètres.
4- L'Autise, petite rivière des Deux-Sèvres et de la Vendée, divisée en deux bras qui se jettent dans la Sèvre Niortaise, après avoir traversé le Marais poitevin. Son cours est de soixante kilomètres.
5. Le Lay, fleuve du bassin de la Vendée, né de la réunion de deux rivières annexes, le Grand et le Petit-Lay, forme le port de l'Aiguillon- sur-Mer et se jette dans le Pertuis-Breton, en face de l'île de Ré.
6. L'Auzance, petit fleuve côtier de la Vendée, arrose la Mothe-Achard et forme le havre de la Gachère. Son cours est de trente kilomètres cinq cents mètres.
j. Le Jaunay, affluent de gauche de la Vie, dans laquelle il se jette à Saint-Gilles, c'est-à-dire tout près de l'entrée de ce petit fleuve dans la mer. Son cours est de quarante kilomètres.
8. La Vie, petit fleuve côtier du bassin de la Vendée, qui a sa source à
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portent bateaux que jusqu'aux lieux où s'élève la marée. Eq suivant le cours de celles qui versent leurs eaux dans la Loire, on aperçoit la Dive i et le Thouet ^ qui, se réunissant au village de Saint Hippolyte 3, à une lieue de Saumur, se jettent dans la Loire à quelque distance au- dessous de cette ville. La première prend sa source dans les environs de Mirebeau ; la seconde prend naissance à quelques lieues de Parthenay, dans la direction de la Châtaigneraie 4; elle est grossie par le Thouaret ^ et l'Ar- genton 6, qui prend sa source à Bressuire v.
neuf kilomètres nord de la Roche-sur-Yon, quatre kilomètres sud de Bel- levilie, et quatre kilomètres ouest-noi'd-ouest de Dompierre. Passe au Pas- Opton, l'orme le port de Saint-Gilles-sur-Vie et se jette dans la mer à un kilomètre au-dessous. Son cours est d'environ soixante kilomètres.
I. La Dive Mirebalaise, rivière qui naît à la Font-des-Saules, à douze kilomètres et demi au sud-ouest de Mirebeau, passe à Moncontour, à Pas-de-Jeu, Nueil, Epieds,où elle reçoit la Petite-Maine, Brezé, Saint-Just- sur-Dive, au-dessous duquel elle s'unit au Thouet. Son cours est de soixante-quinze kilomètres.
3. Le Thouet, rivière des départements des Deux-Sèvres et de Maine-et- Loire, avec une notable partie de son cours dans celui de la Vienne, sur le versant de la Loire, dont elle est un alfluent de gauche. Elle prend sa source à cinq kilomètres ouest de Secondigny. Sa direction générale est vers le nord. Le Thouet arrose Parthenay, Saint-Loup, Airvault, Thouars, Montreuil-Bellay, Saumur, Chacé. Son cours est de cent quarante kilo- mètres.
3. Saint-Hippolyte, hameau de cinquante habitants, commune de Saint- Just-sur-Dive (Maine-et-Loire).
4. La Châtaigneraie, ancien chef-lieu de district, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Fontenay-le-Comte (Vendée). A vingt-deux kilomètres nord de Fontenay ; cinquante et un kilomètres est de la Roche- sur-Yon; quarante-huit kilomètres sud-est de Bressuire.
5. Le Thouaret, long ruisseau du département des Deux-Sèvres, dans le bassin de la Loire, affluent de la rive gauche du Thouet. Prend sa source à deux kilomètres et demi de la (^hapelle-Saint-Laurent, arrose Boismé et Saint-Varent. Sa direction est nord-est; son cours a une longueur de cinquante kilomètres.
6. L'Argenton, rivière du département des Deux-Sèvres, formée de deux ruisseaux : l'Argent et le Ton, arrose Argen ton-Château et se jette dans le Thouet, rive gauche, à sept kilomètres en amont de Montreuil- Bellay.
7. Bressuire, d'abord chef-lieu de canton du district de Chatillon-sur- Sèvre, puis chef-lieu de district, puis d'arrondissement du département
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On distingue ensuite le Layon i, dont l'embouchure se trouve au-dessous, et à peu de distance des Ponts-de Gé, et qui prend sa source près de Saint-Paul du-Bois. Cette rivière formait proprement les limites des Rebelles du côté de l'est ; ils ne la dépassèrent que lors de leurs pre- mières incursions sur Saumur et Angers. Elle reçoit les eaux d'une quantité de rivières et devient assez consé- quente vers son embouchure. Au-dessous de Saint-Flo- rent 2, on trouve Fembouchure de l'Evre ^, qui prend sa source dans les environs de Jallais 4, et après avoir passé
des Deux-Sèvres, dans une situation assez puissante, avec un vieux châ- teau fort dont les murailles étaient encore respectables au moment de la Révolution. A trente-neuf kilomètres sud-est de Cholet; soixante-cinq kilomètres sud-sud-ouest de Saumur.
1. Le Layon, affluent de gauche de la Loire, prend naissance dans l'étang- de Beaurepaire, commune de Saint-Maurice-la-Fougereuse (Deux-Sèvres), traverse un peu plus loin l'étang de Passavant, en Maine-et-Loire. Après de nombreux circuits, il arrose Thouarcé, Rablay, Beaulieii, Saint-Lam- bert-du-Lattay, Chaudefonds et se jette dans la Loire à l'entrée et à l'est de la petite A'ille de Ghalonnes-sur-Loire, et non pas dans les environs des Ponts-de-Gé. Sa longueur totale dépasse soixante-cinq kilomètres. Quoi- que très obstrué et manquant d'entretien, il est encore navigable d'oc- tobre à mai, sur une longueur de six mille cinq cents mètres. Au ix* siè- cle, le Layon formait la limite entre l'Anjou et le Poitou (C/iro^. Brioc. ap. D. Morice, I, 28), comme à la fin du xviii% il constitua de ce côté la frontière de la Vendée militaire.
2. Saint-Florent-le-Vieil, sur une éminence, dominant la rive gauche de la Loire, ancien chef-lieu de district, aujourd'hui chef-lieu de canton de l'arrondissement de Cholet (Maine-et-Loire). C'est à Saint-Florent qu'éclata la guerre de la Vendée, le 10 mars 1793. A quarante kilomètres nord de Cholet: douze, est d'Ancenis; quarante-deux, ouest des Ponts-de-Cé; vingt-quatre, nord-nord-ouest de Chemillé.
3. L'Evre, affluent de gauche de la Loire, naît sur la commune de Vézins (Maine-et-Loire) en deux ruisseaux, dont l'un sort des douves du château; ils se réunissent avant d'avoir quitté le territoire. Arrose le May, Jallais, Beaupréau, Montrevault, la Chapelle-Saint-Florent et se jette dans la Loire au Marillais. Sa longueur totale est de quatre-vingt-douze kilo- mètres.
4. Jallais, commune du canton de Beaupréau (Maine-et-Loire). A seize kilomètres nord de Cholet; vingt-deux kilomètres sud-sud-est de Saint" Fiorent-le- Vieil ; dix kilomètres ouest de Chemillé et dix kilomètres est de Beaupréau.
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par Beaupréau, elle reçoit les eaux delà Vrenne ^, dont les sources se trouvent dans les environs de Saint-Macaire ^. La rivière de la Divatte 3 et plusieurs autres encore, dont on trouve Fembouchure entre Saint-Florent et Nantes, sont très peu importantes, La Sèvre Nantaise 4, qui verse ses eaux dans la Loire à Nantes même, est la rivière la plus considérable de ce pays ; elle est encaissée dans un système de rochers plus ou moins élevés, qui offrent tour à tour les sites les plus agrestes et les plus agréables. Elle prend sa source entre Parthenay et la Châtaigneraie, au point de partage de l'Autise et du Thouet; une grande quantité de ruisseaux et de petites rivières la grossissent de leurs eaux. Elle commence à être navigable à Clisson, par le confluent de la Moine 5, qui prend naissance à quelques lieues de Cholet et traverse cette ville ; la Maine ^, qui se jette également dans la Sèvre Nantaise,
T. La Vrenne, ruisseau né sur la commune de Begrolles (Maine-et-Loire), et appelé d'abord ruisseau des Bichaudières, arrose la commune de Saint- Macaire-en-Mauges, se jette dans l'Evre à la limite des communes de la Chapelle-du-Genêt et de Villedieu-la-Blouère.
a. Saint-Macaire-en-M auges, commune du canton de Montfaucon (Maine- et-Loire). A douze kilomètres nord-nord-ouest de Cholet; dix kilomètres sud de Beaupréau; treize kilomètres est de Montfaucon.
3. La Divatte, affluent de gauche de la Loire, née dans la commune du Puiset-Doré (Maine-et-Loire), forme la limite entre les départements de Maine-et-Loire et de la Loire-Inférieure sur une grande partie de son cours, long de vingt et un kilomètres.
4- La Sèvre Nantaise, affluent de gauche de la Loire, dans laquelle elle se jette en face de Nantes. Sa direction est sud-est-nord-ouest, très tor- tueuse, mais sans grands détours. Elle coule presque toujours dans des vallées rocheuses profondément encaissées. Elle arrose notamment La Pommeraye-sur-Sèvre, Saint-Amand, Mallièvre, Saint-Laurent, Mortagne, Tiffauges, Boussay, Gétigné, Clisson, Vertou. Son cours est de cent trente- six kilomètres environ.
5. La Moine, rivière née dans la commune de Saint-Aubin-de-Beaubigné (Deux-Sèvres), pénètre en Maine-et-Loire sur Maulévrier, arrose le pied du coteau sur lequel est bâti Cholet, la Séguinière, la Romagne, Montfaucon, et se jette à Clisson dans la Sèvre. Elle a presque toujours un lit profon- dément encaissé, depuis Cholet jusqu'à son confluent.
6. La Maine, ou Maine de Vendée, ou Deux-Maine, formée en aval de
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près de Vertou, prend sa source entre Saint-Fulgent et les Herbiers. Les rivières qui traversent ou se perdent dans le lac de Grand-Lieu sont TOgnon i, qui prend sa source au village de Saint-Sulpice ^, près i'Herbergement 3, et passe par Saint-André 4, Vieillevigne, Montbert ^ et Villeneuve ^, où, formant un coude, elle va se jeter dans le lac, près Saint-Aignan "J; la Boulogne ^, qui prend sa source dans les environs du petit bourg du même nom, et passant par Saligny 9, les Lues ^o et Rocbeservière, se
Saint-Georges-de-Montaigu par la réunion de la Grande et de la Petite- Maine. Arrose Montaigu, passe aux pieds de Remouillé et d'Aigrefeuille et va se jeter dans la Sèvre Nantaise.
1. L'Ognon, ou TOignon, ou Lognon, né entre Saint-Sulpice-le-Verdon et riierbergement. Se jette dans le lac de Grand-Lieu par une embouchure ayant près de cinq cents mètres de largeur. Son cours s'étend sur plus de quarante kilomètres.
2. Saint-Sulpice-le-Verdon, commune du canton de Rochescrvière (Ven- dée). A neuf kilomètres sud-sud-est de Rocbeservière; quatre kilomètres sud-ouest de I'Herbergement; neuf kilomètres sud de Vieillevigne.
3. L'Herbergement, commune du canton de Rocbeservière. A huit kilo- mètres sud-sud-est de Vieillevigne et treize kilomètres sud-est de Rocbe- servière.
4. Saint-André-ïreize-Voies, commune du canton de Rocbeservière. A neuf kilomètres est de ce bourg; neuf kilomètres sud-ouest de Montaigu; cinq kilomètres sud de Vieillevigne.
5. Montbert, commune du canton d'Aigrefeuille. A huit kilomètres ouest-sud-ouest de ce bourg.
6. Villeneuve, château et hameau dépendant aujourd'hui de la commune des Sorinières, canton de Nantes. A onze kilomètres sud de cette ville; deux kilomètres et demi sud des Sorinières; cinq kilomètres est de Pont- Saint-Martin et des marais où commence l'estuaire de l'Ognon.
•j. Saint-Aignan, sur la rive nord-est du lac de Grand-Lieu. Commune du canton de Bouaye (Loire-Inférieure), à sept kilomètres sud-est de ce bourg : quatorze kilomètres sud-sud-ouest de Nantes.
8. La Boulogne prend sa source sur un plateau, à quatre kilomètres sud- sud-est des Essarts et à trois kilomètres de Saint-Martin-des-Noyers, dans le département de la Vendée. Elle court vers le nord-ouest, arrose le pied du coteau de Rocbeservière et se jette à l'extrémité sud du lac de Grand- Lieu, à cinq kilomètres environ au sud-ouest de l'embouchure de l'Ognon.
9. Saligny, commune du canton du Poiré-sur-Vie (Vendée), à dix kilo- mètres nord-est. L'agglomération se trouve à plus d'un kilomètre sur la rive gauche de la Boulogne.
10. Les Lues, commune du canton du Poiré-sur-Vie (Vendée), à neuf kilo- mètres nord.
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jette dans le lac près la ville de Saint-Philbert ^, après avoir reçu les eaux de la Logne 2, qui prend naissance dans les environs de Légé et passe par la vallée étroite de Saint-Jean et Saint-Etienne-de-Gorcoué ; enfin , le Tenu 3. Cette dernière prend sa source dans les environs de la Marne 4, petit bourg, et passant par Saint-Même ^ et Saint-Mars-de-Goutais, rejoint le lac à son extrémité du nord-ouest et porte ses eaux dans la rivière de l'Ache- neau ^, qui sort du lac sur ce point, pour se jeter dans la Loire à une lieue au-dessous du Pellerin. La rivière du Tenu, seule, porte d'assez grands bateaux à travers le marais fangeux de Saint-Mars-de-Goutais.
Le lac de Grand-Lieu, distant de quatre lieues de la Loire, et de dix, du point le plus rapproché de la mer, a environ quatorze lieues de circonférence ; il est situé dans une vaste et superbe plaine dont il sera parlé dans le cours de cet ouvrage.
Quant aux villes de cette partie du Poitou, excepté
1. Saint-Philbert-de-Grand-Lieu. Voir plus loin.
2. La Logne, prend sa source dans le voisinage de la Boulogne, à quatre kilomètres au nord des Lues et à six kilomètres au sud de Rocheservière. Après un cours d'en^nron trente kilomètres, elle se jette dans la Boulogne, à trois kilomètres de Saint-Philbert-de-Grand-Lieu.
3. Le Tenu prend sa source près de la lisière nord-ouest de la forêt de Touvois (Loire-Inférieure), à six kilomètres au nord-ouest de Légé. Il a un parcours de trente-quatre kilomètres. Les alluvions l'empêchent d'al- ler porter ses eaux jusqu'au lac de Grand-Lieu. Il déverse celles-ci dans l'Acheneau, un peu au-dessus de Port-Saint-Père.
4. La Marne, commune du canton de Machecoul, arrondissement de Nantes. A trente-cinq kilomètres sud-sud-ouest de cette ville et à six kilo- mètres est de Machecoul.
5. Saint-Même, commune du canton de Machecoul; à cinq kilomètres nord.
6. L'Acheneau, ou la Cheneau, sert de canal de communication entre le lac de Grand-Lieu et la Loire. Il sort du lac à la pointe nord-ouest, arrose Saint-Léger, Port-Saint-Père, et se perdait alors dans le bras gauche de la Loire à Buzay, à quatorze kilomètres en amont de Paimbœuf. Depuis la construction du canal maritime de la basse Loire, il débouche dans ce canal.
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Niort, aujourd'hui le chef-lieu du département des Deux- Sèvres, il n'en est pas une dont la population excède six à sept mille âmes ; le plus grand nombre même est d'une moindre importance encore, et ne diftere des petits bourgs que par le nom. Elles sont toutes fermées de murailles flanquées de tours et pourvues d'un vieux château. Il en est peu qui n'aient compté dans leur sein plusieurs collé- giales, abbayes ou autres maisons religieuses ; leurs ha- bitants se livrent à quelque commerce de détail, fabriquent des bonnets et des bas de laine, ainsi que divers autres objets à l'usage des habitants de la campagne. Mais le produit de cette petite industrie ne suflisant pas pour subvenir à leurs besoins, ils s'adonnent en même temps aux travaux de la terre.
Niort peut avoir une population de seize à dix-sept mille âmes ; elle fait au dehors quelque commerce en chamoi- serie et possède des manufactures d'étoff*es de laine et de coton. Fontenay et Melle ^ fabriquent des serges ; Gholet et Mortagne, des toiles. Le reste n'offre pas assez d'inté- rêt pour mériter une mention particulière.
Cependant, malgré le peu d'importance de ces villes, malgré le peu d'industrie que l'on y rencontre, le Poitou a ses richesses et, avant son embrasement, il était une des plus fertiles provinces de la France, c'est dire en même temps qu'il était une des plus peuplées. Le pays est cou- vert de bourgs, de villages, de hameaux, mais surtout de quantité d'habitations et de métairies isolées et éparses dans les champs. Tous les genres de denrées y abondent, parce que, indépendamment de la bonté de son sol, le peuple porte toute la masse de son industrie sur l'agri- culture ; aussi le seul commerce qui s'y faisait avant la
I. Melle, chef-lieu d'arrondissement du département des Deux-Sèvres.
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guerre et qui méritât véritablement ce nom, était celui des grains et des bestiaux ; il enrichissait les gens de la campagne sans contribuer à les civiliser.
Les habitants du Poitou sont généralement grands, ro- bustes et ingambes. Il serait difficile de se représenter avec quelle adresse ils franchissent les fossés et les levées de terre qui entourent leurs champs ; ce qui arrêterait tout court la marche d'une armée est à peine pour eux un léger obstacle.
Ceux du Bocage et du Loroux sont encore d'intrépides chasseurs. Un pays aussi fourré devait abonder en gibier, et si les habitants n'avaient pas pris soin d'en détruire une partie, ils en eussent été fort incommodés ; ils commen çaient donc à être braconniers par nécessité et le deve- naient bientôt par goût. Par ce métier, ils acquéraient non seulement infiniment d'adresse au maniement de l'arme à feu, mais encore une grande connaissance des localités, et cet esprit de ruse si essentiel à une guerre de défilés.
Le Poitou et la Bretagne sont enfin les provinces qui ont le plus conservé l'aspect de l'ancien régime féodal; c'est là que l'on trouve encore à chaque pas de ces châ- teaux bâtis dans les xii« et xiii^ siècles, flanqués de tours et entourés de fossés ; et ils n'y sont pas, comme partout ailleurs, livrés aux ravages du temps, ou éclipsés par des bâtiments modernes où tout est sacrifié au faste. Les seigneurs de ces provinces avaient su résister aux dan- gereux appâts que leur avait offerts un Richelieu, et préfé- rer une vie tranquille et indépendante au brillant fracas de la cour. Leurs descendants conservèrent ce bon esprit et ne dédaignèrent pas, jusqu'à nos jours, d'habiter les demeures gothiques de leurs ancêtres. Ils provo- quaient moins à l'admiration, mais ils étaient plus con-
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sidérés ; ils jouissaient d'un crédit plus réel et avaient une influence plus immédiate sur leurs vassaux, que ces grands de la cour qui ne faisaient plus dans leurs terres que des apparitions, et qui n'y apparaissaient que pour étaler un luxe et une dissolution également scanda- leux. Mais, avec ces donjons, ils héritèrent aussi de l'esprit de domination de leurs ancêtres, de leurs préju- gés, de leur orgueil, et, livrés constamment à une vie simple et laborieuse, l'énergie de leurs âmes ne put s'affaiblir par la mollesse, ni leur fierté s'humilier par aucune espèce de corruption.
Mais n'anticipons pas sur les événements, et terminons cette esquisse géographique par la description de la ville de Poitiers. Le théâtre de la guerre ne s'étendit pas jus- que-là, mais cette ville, ayant été la capitale du Poitou, je dois en faire mention. Le simple exposé de sa topographie et de sa situation politique avant la Révolution fera re- connaître qu'elle ne pouvait être pour la province ni le foyer de la civilisation, ni celui des lumières. Cette des- cription offrira, en quelque sorte, le tableau résumé de tout le pays et me conduira naturellement aux conclu- sions que je veux en tirer.
Poitiers est situé sur une hauteur au confluent des ri- vières le Glain et la Boivre ; le territoire qui l'environne est excellent. A voir du dehors la vaste enceinte de cette ville, à voir ses nombreux clochers s'élever dans les airs, on la croirait riche et d'une population d'au moins trois cent mille âmes. On est bientôt détrompé. Ses rues sont malpropres, étroites, mal bâties, et, hors les églises et quelques antiquités en ruines, on n'y remarque aucun édifice; fréquemment on rencontre des lacunes immenses en terres labourables, ou cultivées en jardins. La plupart des artisans sont gantiers, peigniers ou coutelliers. Avant
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la guerre, on y fabriquait des bonnets de laine pour les colonies de IWmérique ; c'est le seul commerce un peu considérable qui s'y faisait. Quant à sa population, elle n'excède pas trente mille âmes ; elle était pourtant le siège d'un gouverneur particulier, d'un lieutenant de roi, évê- ché, présidial, maréchaussée, bailliage et élection ; elle avait une intendance, une juridiction consulaire, une maî- trise particulière des eaux et forêts, une généralité, un bureau de finances, un hôtel des monnaies et une uni- versité. On y comptait vingt-deux paroisses, cinq collé- giales, quatre abbayes, deux séminaires, neuf couvents d'hommes, douze de filles et trois hôpitaux. Ce simple exposé suffit pour faire connaître que cette capitale était presque encore de nos jours ce qu'elle a dû être dans ces siècles barbares où, le commerce étant entièrement in- connu, on ne rencontrait dans les villes que des nobles, des prêtres et des esclaves ; qu'elle ne pouvait être consé- quemment ni le foyer des lumières, ni celui de la civilisa- tion, pour la province.
Dans les contrées où le commerce, les sciences et les arts avaient fait naître une classe d'hommes qui, par leurs richesses et leurs lumières, contre-balançaient l'autorité des grands et réprimaient parfois leur insolence, le peuple trouvait entre lui et ses oppresseurs un point de rappro- chement qui, en élevant son âme et en développant son esprit, lui faisait acquérir insensiblement une sorte de philosophie pratique, suffisante pour le tenir en garde contre une imposture trop grossière, mais cette classe intermédiaire n'existant pas dans le Poitou, ou n'y ayant pas du moins assez de consistance, la stupidité, l'ignorance de ses habitants devaient être au comble et leur crédulité, leur superstition, en raison de leur ignorance. L'artisan, au fond de son atelier, se renfermait dans le cercle étroit
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d'une industrie grossière et bornée. Le laboureur, plus isolé encore, ne portait jamais ses regards au delà de son champ, ni ses espérances au delà de la récolte pro- chaine.
CHAPITRE SECOND
Cependant, ces habitants des déparlements de l'Ouest, malgré leur ignorance, ne furent point sourds aux cris de la Liberté, et, partageant l'allégresse générale dans les premiers moments de la Révolution, souriant à l'avenir qu'un nouvel ordre de choses semblait leur promettre, ils obéissaient aux lois et s'acquittaient avec une exactitude, alors remarquable, des impositions auxquelles ils étaient taxés. Ils applaudissaient même à la chute de leurs sei- gneurs, et ils eussent été sans doute plus insensibles encore à l'abolitionde la royauté, si on ne leur avait fait entendre que, d'institution divine, elle faisait partie intégrante de leur religion. La Religion était l'objet unique de leur in- quiétude, et c'est en son nom seul qu'on pouvait espérer de les soulever contre un nouvel ordre de choses, dont ils n'avaient encore éprouvé que les bienfaits.
En vain, les nobles eussent-ils arboré la bannière royale, elle lut demeurée déserte, ou on l'aurait vue tout au plus entourée de quelques-uns de ceux qui, rampant à leur suite, se nourrissaient de l'abus de leur existence.
Qu'on examine, en effet, les brillants résultats qu'ont obtenus leurs entreprises, chaque fois qu'il n'était question que de leur cause ou de celle du roi, chaque fois qu'ils n'avaient pas pour auxiliaires les prêtres, pour prétexte
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la Religion. On pourrait, ce me semble, hasarder la pro- position : que sans la loi concernant la Constitution Civile du clergé, la France aurait pu être agitée de quelques troubles, mais qu'elle n'eût pas vu alors de guerre civile. « Rendez-nous nos bons prêtres et nous vous abandon- nons le roi ^ Nous vous livrons nos seigneurs », disaient les Vendéens, lorsque, très souvent las de combattre et rassasiés de carnage, ils regrettaient leurs travaux cham- pêtres et soupiraient après leurs paisibles chaumières. Ce fait était alors connu de toute l'armée et il n'est pas un soldat qui ne les ait entendus s'exprimer ainsi. Mais, pour trouver l'origine de cette pieuse effervescence, les causes de sa progression morale, il est nécessaire de jeter un coup d'œil rapide sur la situation générale de la France vers 1789, et d'examiner ensuite, dans leur ordre chrono- logique, les principaux événements qui peuvent y avoir rapport; c'est ce que j'essaierai de faire avec le plus de brièveté possible.
D'abord, la loi relative à la suppression des communau- tés religieuses amena dans les villes et plus encore dans les campagnes un très grand nombre de moines. Les plus âgés, qui avaient joui dans ces monastères de quelque autorité, dans le monde, de quelque considération, regret- taient l'une et l'autre, et l'habitude leur avait même rendu cher ce que pouvait avoir eu de plus pénible la règle
1. « Je jure sur mon honneur que, malgré que je désirasse sincèrement et vraiment le gouvernement monarchique réduit à ses vrais principes et à sa juste autorité, je n'avais aucun projet particulier, et j'aurais vécu en citoyen paisible sous quelque gouvernement que ce fût, pourvu qu'il ait assuré ma tranquillité et le libre exercice, au moins toléré, du culte religieux que j'ai toujours professé. » (Réponse de d'Elbée, généralissime des armées vendéennes, à la commission militaire de Noirmoutier, re- cueillie par Piet, secrétaire de cette commission. Cf. Piet, Recherches sur Noirmoutier ; Cavoleau : Statistique du département de la Vendée, a» édi- tion.)
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SOUS laquelle ils avaient vécu. A ces regrets se réunit encore l'incertitude de leur sort. En effet, quelle assurance pouvait-on leur donner, au milieu d'une révolution aussi orageuse, sur le paiement fidèle de la pension alimentaire qui leur était promise et sans laquelle, pourtant, ils se voyaient en proie à la plus profonde misère. C'étaient là, sans doute, de grands sujets d'inquiétude et de méconten- tement ; mais il fallut dissimuler ; une conduite retenue et circonspecte était bien plus propre à leur gagner la con- fiance de ceux qu'ils se proposaient d'égarer, que de vai- nes clameurs qui n'auraient eu rapport qu'à leur intérêt personnel.
Ils s'étaient donc prescrit une sorte de formule prophé- tique où, tout en faisant paraître la plus entière résigna- tion, ils tâchaient de répandre insensiblement l'alarme parmi les consciences les plus timorées. « Plaise à Dieu, (( disaient-ils, que ces nouveautés, ces réformes, tournent « à l'avantage de la nation, et nous ferons volontiers le « sacrifice de notre existence ; mais comment ne point « présager et craindre qu'en commençant ainsi par dissé- <( miner les soutiens de la Religion, on n'entreprenne in- « cessamment de l'anéantir elle-même? Ne voit-on pas « déjàl'hérésie lever sa têtealtière au scinde l'iVssemblée « nationale ? La tribune n'est-elle pas occupée sans cesse « par des ministres protestants ou calvinistes? La salle (( retentit de leurs sophismes ou plutôt de leurs blas- « phèmes, et qui a pu les appeler dans ce sanctuaire des « lois, si ce n'est des enfants de Satan ? Ah ! bientôt, <( bientôt, ils vous chasseront de ces temples érigés ou (( embellis par vos soins, ainsi qu'ils nous ont chassés « de nos saintes retraites, fondées par la piété de vos an- ce cêtres; ils chasseront, persécuteront vos pasteurs, afin « que, semblables à un troupeau errant et abandonné,
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« VOUS tombiez plus facilement dans leurs perfides em- « bûches. ))
Ces déclamations monastiques, souvent et partout répé- tées, firent impression sur le peuple; il devint inquiet; mais on ne remarqua pourtant aucune ferveur, et quoi- qu'elles ne produisirent pas un grand ferment, elles peuvent être regardées néanmoins comme le premier germe cor- rupteur de l'esprit public. On aurait vu s'écrouler sans éclats cette multitude d'établissements religieux, si on avait voulu s'en tenir à la simple spoliation de leurs ri- chesses; mais on passa outre. Des sectateurs de Jansénius nous donnèrent une Constitution Civile du clergé, et le serment qu'on exigea des prêtres pour s'y conformer devint le signal, comme le prétexte, de leur rébellion i.
x^ussitôt, les évoques désertent leurs diocèses; les cu- rés, leurs presbytères; les bénéficiers, leurs chapitres. On crie au sacrilège, la coalition se forme, le peuple inquiet s'agite, on s'en empare; enfin, une Bulle du pape vient à l'appui de cette perfide manœuvre, frappe d'anathème le prêtre constitutionnel, le déclare apostat et schismatique 2. Cet essai de résistance à la loi, dans ce nouvel ordre de
1. « En 1790, l'Assemblée nationale obligea les prêtres catholiques à un serment, qui a fait plus de mal à la France que les échafauds de Robes- pierre et les armées de l'Europe coalisées contre elle. Quelques-uns ne virent dans les objections que l'on opposait à la Constitution civile du clergé que des subtilités scolastiques qui ne pouvaient les dispenser de la soumission qu'ils devaient à l'autorité légitime. Le plus grand nombre vit, dans cette Constitution même, le renversement d'un dogme fonda- mental de la religion catholique, et pour ne pas se prêter à un acte qui répugnait à leur conscience, ils préférèrent l'exil et la prison. » (Cavoleau, Statistique du département de la Vendée, p. 8ij.)
Jean-Alexandre Cavoleau, né à Légé, dans le pays de Retz, le 3 avril 1^54; élu vicaire général de l'évêque constitutionnel de la Vendée, se dé- prêtrisa et se maria. Secrétaire général de la préfecture de la Vendée, en 1800, employé dans les finances sous la Restauration, mort à Fontenay-le- Gomte le i" avril iSSg.
2. i3 avril 1791.
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choses, est regardé comme un triomphe par ces classes de la société, qui avaient en tous temps fondé leur puissance sur les préjugés, les erreurs et la crédulité ; elles se met- tent en devoir de le soutenir et on voit alors, dans toute la France, un spectacle bien singulier. Les gens du bel air, de l'un et l'autre sexe, qui, un instant auparavant, auraient rougi si on avait pu leur supposer la moindre faiblesse religieuse, qui avaient fait ouvertement profession d'a- théisme, qui depuis leur adolescence n'avaient plus appro- ché d'aucune église, nobles, gens de robe, financiers, tout ce qui avait tenu à l'ancien régime par quelque emploi, couraient, se pressaient à présent, pour entendre la sainte messe du prêtre non assermenté; et le bourgeois, ser- vile imitateur des grands, et l'artisan, et le paysan, l'un par crainte, l'autre par scrupule, suivirent bientôt cet exemple. A la ville, à la campagne, là manie se propage, et le christianisme, dans ses plus beaux jours, ne vit point de fidèles priant, ou en apparence ou de bonne foi, avec plus de ferveur et de componction ^.
I. « Les évêques et les révolutionnaires s'ag-itèrent et intriguèrent, les uns pour faire prêter le serment, les autres pour empêcher qu'on ne le prêtât... Les évêques se rapprochèrent de leurs curés ; les dévots et les dévotes se mirent en mouvement. Toutes les conversations ne roulèrent plus que sur le serment du clergé. On eût dit que le destin de la France et le sort de tous les Français dépendaient de sa prestation ou de sa non- prestation. Les hommes les plus libres dans leurs opinions religieuses, les femmes les plus décriées par leurs mœurs, devinrent tout à coup de sévères théologiens, d'ardents missionnaires de la pureté et de l'intégrité de la foi romaine. » (Marquis de Ferrières, Mémoires, édition Berville et Barrière, II, p. 199, 200.)
« Je sais qu'à l'époque où la coalition des évêques trouva des soutiens dans la Vendée, il s'opéra une révolution soudaine dans les mœurs d'une grande partie de la noblesse ; on flatta, on plaignit les paysans ; on leur donna l'exemple de la piété; on ne vit plus que des saints dans le pays, et, je l'avouerai, de tous les miracles que j'ai vus dans ces malheureuses contrées, la conversion subite de tant de gens qui, naguère, me semblaient ou indifférents ou mécréants, qui prétendaient que la Religion n'était faite que pour le peuple, en faveur de la domination ; cette conversion,
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Ainsi donc, les temples des prêtres constitutionnels demeurèrent déserts, et souvent on s'abstint d'y officier faute d'assistants. On voulut alors remédier au scandale de cet abandon; pour cela, les autorités constituées de quelques commmunes ou départements se rendirent avec assiduité aux offices des conformistes et elles engagèrent les partisans les plus zélés de la Révolution, et surtout la garde nationale, d'en faire autant. On alla même jusqu'à stipendier des auditeurs ; mais ces moyens ne produisirent d'autre effet que de faire donner les dénominations d'é- glises patriotes à celles desservies par les curés asser- mentés et d'églises aristocrates à celles occupées par les prêtres réfractaires. Bientôt les mots et les choses s( confondent, suivant l'usage, et la bannière de l'église que' l'on fréquente désigne désormais le parti politique auquel on s'est rangé. L'homme qui, dans son cœur, était vérita-
dis-je, a été pour moi le phénomène le plus étonnant. Les nobles, à l'aide des prêtres, auraient pu inspirer beaucoup de confiance aux habitants des campagnes qui, naturellement bons et simples lorsqu'il ne s'agissait pas de leur intérêt particulier, oubliaient iacilement, au nom de Dieu, le mal qu'on leur avait fait... Déjà il existait dans le Poitou une coalition dans laquelle presque tous les gentilshommes du pays étaient entrés. La fuite du roi et son arrestation déconcertèrent les projets qu'on avait formés. Il s'établissait des intelligences entre le clergé et la noblesse, il se faisait des réunions secrètes, on agitait des questions d'Etat qui devaient se décider par une force que l'on a depuis appelée le doigt de Dieu; mais la manie de l'émigration, ou plutôt des ordres supérieurs, ainsi que nous l'apprend M. le marquis d'Ecquevilly (Histoire des campagnes de l'armée de Condé, I, p. 21 et s.), vinrent rompre les conférences. » (Savary, Guerres des Ven- déens et des Chouans contre La République française...., par un officier supé- rieur des armées de la République habitant dans la Vendée avant les troubles. I, p. 34 à 36.)
Le marquis de Ferrières ne semble pas, ici, faire preuve de sa perspica- cité ordinaire en ce qui concerne les effets de la Constitution Civile du clergé. Car, au moins en ce qui concerne la Vendée, il est désormais établi que c'est bien cette question religieuse dont l'importance est niée par Fer- rières, qui fut la cause véritable de la guerre civile. Savary a oublié que l'Association poitevine n'existait plus depuis longtemps, lorsqu'éclata le soulèvement de mars 1793.
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blement patriote et qui, abstraction faite des principes qu'il pouvait peut-être ne point connaître, avait les plus fortes raisons pour l'être, cet homme se hâte de renoncer à son opinion, parce que, dans sa simplicité, il pense que son salut lui prescrit de suivre le prêtre qui, jusqu'ici, avait mérité sa confiance : c'est la brebis accoutumée à la voix de son ancien berger.... Un autre est aperçu dans le bercail.... N'en doutons pas, c'est le pasteur infidèle.... Fuyons !.... et le loup revêtu de la toison entraîne le trou- peau timide et docile, et le conduit à sa fin.
Ce qui semble prouver évidemment que c'est le chan- gement des hommes, et non celui des choses, qui alarmait le peuple dans cette circonstance, c'est que partout où les anciens curés ont pris la résolution unanime de prêter le serment et de demeurer paisiblement dans leurs cures, il ne s'est pas même élevé le plus léger nuage, quelles qu'aient été d'ailleurs la grossièreté et Tignorance des habitants. Je dirai donc ici, en passant, que, si la France désolée n'a pas bu jusqu'à la lie le calice amer de ses calamités, elle le doit en grande partie à la soumission prompte des prêtres et curés de divers départements.
Je citerai même à cet égard, avec intérêt, le diocèse de Viviers, aujourd'hui département de l'Ardèche. Là l'évê- que 1 déclara, le premier, qu'avant tout il était citoyen, et par l'influence de ses vertus, plus que par ses discours, son clergé s'empressa de l'imiter. Cependant ce pays agreste présentait autant de ressources que la Vendée et les Deux-Sèvres pour y établir le foyer d'une rébellion.
I. Charles de la Font de Savine, né à Embrun, le 17 février 1742, sacré évêque de Viviers le 26 juillet 1778, il abjura son titre le i" décembre 1793. Il revendiqua, en 1797, ses droits épiscopaux, mais il commit de telles excentricités qu'on dut l'enfermer pendant quelque temps à Gha- renton. Il mourut à Embrun en 1814. On lui a reproché d'avoir autorisé le divorce, le mariage des prêtres, etc.
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C'est un système de montagnes et de rochers élevés dont les sommets, disposés en terrasses, enveloppés de maçonneries sèches, forment autant de citadelles. Ce sont des gorges étroites et tortueuses, des chemins difficiles ; ce sont des habitants robustes, infatigables et suscepti- bles du plus grand enthousiasme. Quel point d'appui, d'ailleurs, que cet encaissement profond du Rhône, à l'est; Lyon en combustion, au nord ^ ; la Vendée, au couchant ; au sud, le camp de Jalès 2, enfin Marseille et Toulon four- millant de traîtres et de malveillants! Si on peut ajouter à cela que les plus grands efi*orts ont été faits pour lier les troubles des départements de l'Ouest à ceux excités dans le Midi, et que rien n'a été négligé pour suborner les prêtres montagnards, on comprendra, du moins, que la plus austère philosophie ne saurait s'empêcher d'ap- plaudir à leur conduite et de leur décerner la palme que méritera toujours l'homme qui, en servant son pays, épargnera l'efi'asion du sang humain. Cependant, obser- vera-t-on, plusieurs départements ont été exempts des fureurs du fanatisme, qui désolèrent les provinces de l'Ouest, quoique d'ailleurs les anciens évêqueset curés, se refusant au serment, aient généralement abandonné leurs fonctions dans leurs diocèses ou dans leurs paroisses. Ces évêques, ces curés, étaient-ils donc, dans ces départe- ments, animés d'un autre esprit ? Non, sans doute ; par- tout leurs perfides efforts furent les mêmes, et si, partout, ils n'en obtinrent pas les mêmes succès, il faut en cher- cher les causes dans la nature des localités qui servirent] de théâtre à leurs sourdes menées.
Ici, un pays ouvert et de nombreuses communications!
1. Le siège de Lyon commença au mois d'août 1^93.
2. Juillet 1592.
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facilitaient la plus exacte surveillance ; là, des troupes cantonnées dans les campagnes, ou bien de fortes garni- sons dans les places, en imposaient aux plus audacieux ; ailleurs, les mœurs des habitants, adoucies par l'influence de l'esprit de commerce, répugnaient à tout ce qui au- rait pu tarir le fruit de leur industrie. C'est donc en vain que ces prêtres auraient tenté de les armer de tor- ches et de poignards ; aussi, distillant un poison plus sub- til, ils s'attachèrent à représenter au peuple la Liberté comme un fantôme eff*rayant, et, flattant l'égoïsme, alar- mant l'avarice, ils attaquèrent l'esprit public et parvin- rent à le détruire.
A mesure pourtant que l'intérêt, l'esprit de vengeance, le chimérique espoir du retour de l'ancien ordre de cho- ses, les exhortations, les menaces des anciens prélats, et quelquefois le scrupule, firent déserter les paroisses aux prêtres dont il vient d'être parlé, on se hâta de les rem- placer ; mais les circonstances ne permirent pas alors d'apporter grande sévérité dans l'examen des concurrents et on dut prendre presque indistinctement tous ceux qui voulurent bien se présenter. Le patriotisme, sur lequel il était si facile de se méprendre, et auquel on attacha sou- vent des idées si bizarres, tenait lieu aux nouveaux venus de toutes les vertus, et ils croyaient en donner une preuve suffisante, en prêtant le serment auquel leurs prédéces- seurs venaient de se refuser. On vit donc s'emparer des presbytères abandonnés, ou des moines qu'un dépit, l'irré- flexion de la jeunesse et souvent la contrainte plutôt qu'une pieuse vocation, avaient jetés dans les monastères et qui, se consumant depuis longtemps en regrets, passè- rent tout à coup de cette gêne violente à la licence la plus effrénée, ou bien de ces ecclésiastiques qui, n'ayant pas su sauver assez les apparences d'une conduite trop
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déréglée, s'étaient vus jusque-là écartés des emplois de rÉglise, et végétaient dans une crapuleuse indigence, ou bien enfin de ces misérables aventuriers qui, pour se soustraire au mépris de leurs compatriotes, passèrent de l'étranger dans les départements frontières, où ils étalè- rent des principes d'autant plus outrés, qu'ils n'étaient chez eux que l'effet d'une spéculation mercenaire. L'amour de la patrie ne put les diriger et souvent même ils n'é- taient que les malheureux instruments de nos ennemis.
De tels hommes étaient bien peu propres à remplir leurs fonctions avec cet esprit de paix et de conciliation, qu'il eût été si nécessaire d'apporter dans les communes, pour calmer les ferments déjà sur le point d'éclater. Gom- ment auraient-ils pu gagner la confiance de leurs parois- siens, eux qui avaient si peu de droits à leur estime ? Aussi ne s'en mirent-ils point en peine, et, livrés à tous les genres de dérèglements, ils offrirent tous les jours de nouvelles scènes de scandale. Mais ce qui acheva de les discréditer est l'empressement que mirent plusieurs d'entre eux à renoncer au célibat que le vulgaire regar- dait encore comme un point fondamental de la Religion. Une loi ne suffisait point pour le faire revenir de cette er- reur, et, à défaut d'instruction, il eût fallu au moins que des hommes ayant des droits à la considération publique cherchassent par gradation à le familiariser avec ces nouveautés, en y mettant d'ailleurs autant de bienséance que de circonspection. Le contraire arriva ; à peine ces prêtres furent-ils installés dans leurs cures que, sans aucune pudeur, ils s'unirent à des femmes perdues et sou- vent produisirent des enfants que précédemment ils avaient obtenus d'un commerce clandestin.
L'aristocratie, toujours active et vigilante, ne manquait pas de recueillir soigneusement tous ces faits et, les exa-
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gérant par mille circonstances, elle les opposait adroite- ment à la conduite des insermentés, dont l'aflectation à la piété et à l'austérité la plus exemplaire était actuellement d'autant plus grande, qu'ils sentaient que leur existence dépendait entièrement désormais, et du respect et de la vénération qu'ils savaient inspirer à la multitude, toujours aveugle, toujours facile à tromper sur les moindres appa- rences.
Enfin, lorsque la plupart de ces nouveaux curés, autant par leurs turpitudes que par l'instigation de leurs antago- nistes, parvinrent à s'attirer la haine des communes, au point de ne pouvoir paraître en public sans être cons- pués, ils cherchèrent et trouvèrent un appui dans les so- ciétés populaires, où, s'emparantdes tribunes, ils n'eurent pas de peine à faire passer leurs débordements pour autant de prouesses civiques.... « Sûreté! Vengeance aux prêtres constitutionnels ! » s'écria-t-on alors ; et les auto- rités constituées, toujours influencées par ces sociétés, se hâtèrent de mettre sous l'égide de la force armée ces nou- veaux fonctionnaires ecclésiastiques. Dans tout le royaume , la garde nationale fut presque exclusivement employée à la défense des presbytères. Mais ces soldats de la Liberté, destinés à être les soutiens impassibles de la Loi qui pro- tège, éprouvant eux-mêmes le ressentiment de divers ou- trages reçus de l'aristocratie, devinrent facilement des instruments de vengeance. De là ces persécutions par- tielles et arbitraires, dont les prêtres insermentés ne fu- rent pas les seules victimes, et qui ofFrirent si souvent des scènes à la fois sanglantes et ridicules ; mais la persécu- tion, dans cette circonstance, eut le résultat qu'elle obtint dans tous les temps. Les persécutés devinrent plus chers à la multitude. Ce n'est désormais que sous un travestisse- ment qu'ils osent s'offrir aux regards des fidèles ; leur vie
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est menacée dans les temples, où la loi leur permet d'offi- cier, et ils se voient contraints, pour exercer le culte, de chercher, dans les villes, les réduits les plus obscurs, dans les campagnes, les forêts et les solitudes. Ce n'est qu'à l'oreille que l'on s'indique ces lieux de rassemble- ments, et cet air de mystère et les dangers que l'on semble encourir, en échauffant l'imagination, accroissent, avec le nombre et la ferveur de leurs prosélytes, et leur in- fluence et leur audace.
Dans le Midi, plusieurs d'entre eux osèrent déjà s'éri- ger en thaumaturges, mais le fanatisme protestant, con- tre-balançant dans ces provinces celui des catholiques, leurs jongleries ne purent prendre de consistance. Ils furent plus heureux dans les départements de l'Ouest, où rien ne s'opposant à leurs ténébreuses menées, les pro- diges les plus grossiers étaient toujours ceux qui obtin- rent le plus de faveur et s'accréditèrent davantage.
Tout ce qu'on lit de ridicule, de dégoûtant et d'absurde, dans les anciennes légendes et martyrologes, fut alors reproduit sur la scène. Ici, au milieu de la nuit, une voix lugubre et menaçante s'est fait entendre; là, un buisson ardent fixe les regards de la crédulité et indique le lieu où doivent s'assembler les fidèles ; ailleurs, par un pres- tige plus grossier encore, l'image d'un saint, d'une Vierge, trouvée dans le creux d'un arbre, pleure, se désole du malheur des temps; et, la renommée s'emparant des nou- velles, les charge de mille circonstances et remplit bien- tôt le pays d'une sainte terreur. La foule abusée accourt et, parce qu'elle croit tout, elle s'imagine tout apercevoir. Des processions nocturnes couvrent les chemins ; on s'en- flamme, on s'exalte les uns les autres; la haine se change en fureur, la superstition en fanatisme !
Cependant les autorités constituées qui, alors encore,
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étaient composées d'hommes aimant sincèrement leur patrie, s'alarment avec raison de cette effervescence et, connaissant l'empire que peut exercer l'entliousiasme d'un seul sur une multitude grossière et ignorante, sachant qu'il suffit d'une centaine d'énergumènes fanatisés autour d'un imposteur, pour rendre facile la séduction d'un peu- ple entier, elles font agir la force armée, qui, parfois, joi- gnant l'attroupement, le dissipe ; mais le sang coule, la rage est à son comble et le germe de la guerre civile se développe.
Telle était, sous le rapport religieux, la situation de la France, telles étaient les dispositions des esprits, l'année subséquente, à l'époque de la loi concernant la Constitu- tion Civile du clergé, qui elle-même ne servit que de pré- texte aux castes privilégiées, pour tirer vengeance des décrets rendus dans la nuit du 4 août.... Et ce choc de deux partis, au fond si méprisables et pourtant si dangereux, et leurs succès alternatifs, suivant qu'ils étaient favorisés des lieux et des circonstances, et cette multitude de factions auxiliaires, tantôt leur servant d'appui, tantôt s'en ap- puyant elles-mêmes, et ces agitateurs, partout apostés pour observer et augmenter les mécontents, et cette marche coïncidente de l'aristocratie et de la démagogie, chaque fois qu'il s'agissait d'arriver au trouble et à un résultat désorganisateur, et la conduite ridiculement tortueuse et maladroitement perfide de la Cour, et mille autres cir- constances encore, présageaient à ce vaste empire l'avenir le plus funeste, le plus cruel; c'était un volcan qui gron- dait souterrainement dans toute son étendue. Les dépar- tements du Nord, ceux de l'Est, n'en ressentirent que des secousses ; le Midi fut témoin de quelques éruptions, mais c'est dans les départements de l'Ouest qu'en était le foyer principal. C'est là que son explosion dut vomir, avec le
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feu et la flamme, un torrent de calamités; c'est dans ces départements que je vais actuellement me circonscrire.
Les premiers mouvements insurrectionnels, les premiers attroupements armés, se manifestèrent dans celui du Mor- bihan. On trouve dans ce pays la même stupidité dans les habitants des campagnes, le même genre de vie, le même système d'agriculture que dans le Poitou. Les prê- tres y étaient aussi fanatiques, les gentilshommes aussi pleins d'orgueil, aussi jaloux de leur domination et consé- quemment de leurs prérogatives. Une protestation contre la Constitution Civile du clergé, que l'on dit avoir été rédigée par un nommé Monnier, officier municipal de Vannes, circula alors, et les commissaires chargés de la promulguer n'oublièrent rien pour exaspérer les esprits au dernier degré. L'ancien évêque, M. Amelot S qui d'abord s'était soumis à la loi avec quelques-uns de ses vicaires, gagné, effrayé par les insinuations de l'évêque de Nantes et les menaces de quelques autres prélats siégeant à l'Assemblée nationale, eut la faiblesse de signifier sa rétractation, et cette démarche devint le premier signal de la révolte.
Le 7 février 1791, les habitants d'un grand nombre de communes se réunirent au Bondon ^, situé à un quart de lieue de Vannes, armés de fusils de chasse, de faux et de fourches ; mais, soit qu'il ne se trouvât point à leur tête un homme assez audacieux pour faire tenter de suite un
I. Sébastien-Michel Amelot de Chaillou, né à Angers le 5 septembre l'j^i, sacré évêque de Vannes le 25 avril 1775. Ayant refusé de prêter le serment, il fut appelé à la barre de l'Assemblée constituante, qui le con- signa dans son logement. Après la session, il se réfugia en Suisse, puis à Londres. Il refusa de se soumettre au Concordat et de signer la démission réclamée par le Pape de tous les évêques de France. Il démissionna seu- lement en i8i5. Mort à Paris le 2 avril 1829.
a. Le Bondon, village, commune de Vannes.
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coup de main, soit qu'ils espérassent obtenir par la négo- ciation l'objet de leur demande, ils se contentèrent, ce jour-là, d'envoyer à la Municipalité et au Département quelques députations tumultueuses, qui se retirèrent après avoir laissé sur les bureaux leurs pétitions, ajoutant que si Tonne se hâtait d'y faire droit, ils sauraient y contrain- dre par la force.
Les autorités constituées se mirent aussitôt en mesure de repousser l'agression dont elles étaient menacées, et firent venir à cet effet plusieurs détachements de troupes et quelques pièces de canon de la ville de Lorient. Bien leur en prit, car les révoltés tinrent parole et, le i3 du même mois, ils se mirent en route en plus grand nombre encore, sous prétexte de venir venger la Religion outragée et secourir leur évêque qu'ils prétendaient être en danger. On délibéra à Vannes sur le parti à prendre et il fut unani- mement résolu de les prévenir. Beysser ^ alors major des
I. Jean-Michel Beysser, né à Ribeauvillers, en Alsace, dragon au régi- ment de Lorraine, i'69-i;;78, chirurgien-major et capitaine au 2^ régiment suisse de Neufchâtel, à TIsle-de-France, 1781-1^88. Rentré en France, il crée, à Lorient, un escadron de dragons nationaux avec lequel, en ijgi, il éloigne de Vannes les insurgés bretons; chevalier de Saint-Louis en 1792; adjudant général à l'armée des Côtes, chef de brigade du 2r régiment de chasseurs à cheval, il dirige la résistance des Républicains contre les Chouans, entre Rennes, Nantes et les Sables-d'Olonne, depuis le mois de mars 1793. Il se signale au Port-Saint-Père, à Machecoul, à Noirmoutier. Les circonstances lui donnent le commandement de la défense de Nantes contre les Vendéens, 29 juin 1793. Sa liaison avec le député Coustard et les Girondins fait qu'il est entraîné dans la ruine de ses amis et destitué comme coupable de révolte et de haute trahison. Ayant exprimé ses « re- grets » à la barre de la Convention, il est renvoyé à Nantes comme géné- ral de brigade. Commandant des troupes qui couvraient cette ville du côté de la Vendée, sur la rive gauche de la Loire, il livra une quantité de com- bats à Charette et à ses lieutenants (juillet-août 1793). Dénoncé par Carrier pour n'avoir pas voulu découvrir les députés fédéralistes, ses an- ciens amis, cachés en Bretagne. Il semble qu'il ait été mortifié de la place prise par les généraux et l'armée de Mayence. En tout cas, il ne soutint pas Kléber, comme il en avait l'ordre, et laissa les Vendéens battre celui-ci à Torfou. Lui-même, le 21 septembre, il est battu à Montaigu et passe un
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dragons nationaux de Lorient, s'élance à la tête de ce corps sur cet attroupement fanatique; il est suivi, soutenu de quelques autres détachements, on se joint dans les en- virons du Bondon et tout cède aux défenseurs de la Li- berté. Un grand nombre de ces misérables sont amenés à Vannes et jetés dans les prisons.
S'il fut douloureux d'avoir versé, dans cette journée, le sang français, au moins en tira-ton cet avantage, que les paysans effrayés ne troublèrent plus la tranquillité géné- rale de ce département; tous les efforts de l'aristocratie n'y obtinrent plus dans la suite que des attentats parti- culiers exercés çà et là sur des prêtres assermentés. Pen- dant que ceci se passait dans le Morbihan, il ne s'exerçait encore dans le Poitou que des assassinats, et les séides qui furent armés pour les commettre avaient ordre de choi- sir leurs victimes préférablement parmi les fonctionnaires publics, que l'on croyait être le plus attachés au nouvel ordre de choses. On voulut ainsi, par gradation, habituer au meurtre et au sang ces malheureux habitants et les mettre insensiblement dans l'alternative de l'échafaud ou de la guerre.
Quoique les nobles ne parussent pas encore d'une ma- nière évidente à la tête de toutes ces menées, ils n'y fu- rent pas moins identifiés. Le plus entreprenant d'entre eux était alors un nommé La Rouerie S gentilhomme
instant pour mort. Accusé de trahison par le comité révolutionnaire de Nantes, il fut traduit au tribunal révolutionnaire de Paris, fut con- damné à mort et exécuté le i3 avril 1794, en même temps que Gobel, Ar- thur Dillon, Chaumette, la veuve d'Hébert et Lucile Desmoulins.
I. Armand-Charles Tuffin, marquis de La Rouerie, né à Fougères, le i3 avril i^Si, sous-lieutenant aux gardes-françaises à dix-iiuit ans. Après une existence accidentée, il s'en alla servir en Amérique; dès 1777, rentré en France avec le titre de brigadier des armées des États-Unis; enfermé à la Bastille pour sa participation à l'agitation de la Bretagne qui revendi- quait ses libertés; remis en liberté, il fut mêlé aux discussions qui se pro-
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breton. Son audace égalait son activité, et, comme il avait fait la guerre en Amérique avec distinction, on était porté à lui croire de grands talents militaires. G "est lui qui conçut le projet de lier aux troubles du Midi la guerre intestine qui se préparait dans le Poitou, mais la mort le surprit dans ce dessein, et on a assuré que le plan de cette conspiration, rédigé de sa main, a été trouvé depuis dans le jardin du château qu'il occupait i.
La Rouerie, ajoute-t-on, vit avec un extrême déplaisir ces insurrections partielles ; il eût voulu qu'on pût les contenir jusqu'à ce que, tout étant préparé sur les diffé- rents points qui devaient servir de foyer à une insurrec- tion générale, il en résultât un ensemble qui assurât un succès décisif. Mais les passions, une fois mises en mouve- ment, cessent de se régler sur les mesures froidement cal- culées par la polititique et, devançant sans cesse les bornes que l'on voudrait leur prescrire, elles entraînent presque toujours loin de son but celui qui prétendait la diriger.
Cependant, ainsi que je l'ai dit plus haut, les autorités constituées des départements dont il s'agit, étant encore dans ce temps composées d'hommes fermement attachés au bien de la chose publique, elles Scî coalisèrent à leur tour et résolurent de faire tous leurs efforts pour arrêter ces troubles, en saisissant les instigateurs qui avaient su
duisirent à propos des élections des députés aux États Généraux. Organi- sateur de V Association bretonne, dont il fut l'âme jusqu'à sa mort. Trahi et berné par son ami le médecin Latouche-Cheftel, traqué de toutes parts. Mort de fatig-ue et de chagrin en apprenant la mort de Louis XVI, le 3o janvier ijQ'i, au château de la Guyomarais, près Lamballe.
I. La Touche-Cheftel, à la nouvelle de la mort de La Rouerie, persuada à des Isles, trésorier de l'Association bretonne, de retirer du château de la Guyomarais les papiers du mort et de les enterrer dans un carré du jardin de son château de la Fosse-Hingant, près de Cancale. Le tout fut enfoui avec le trésor de la conspiration, l'argent et les objets précieux de la famille des Isles, sous les yeux de Cheftel qui, le 3 mars 1798, les fit dé- terrer par les autorités compétentes. (Cf. Arch. Nat., W., 274» pièce 86.)
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les fomenter. Grand nombre de personnes furent incar- cérées, et déjà les tribunaux allaient informer, lorsque la Cour et beaucoup de membres du Corps constituant, re- doutant les lumières qui devaient jaillir de l'instruction de cette procédure, surprirent un décret portant amnistie générale sur le passé. Les chefs de factions furent donc relâchés, mais ne se corrigèrent point; seulement cet évé- nement leur apprit qu'avant d'aller plus loin, il était indispensablement nécessaire de porter aux fonctions publiques, dans les élections suivantes, des gens qui fus- sent entièrement à leur dévotion. C'est à quoi l'on s'appli- qua, et les prêtres furent encore chargés, dans cette cir- constance, de diriger les opinions. A peine les mécontents étaient-ils un peu rassurés sur ce point, que de nouveaux troubles éclatèrent; mais ce fut, cette fois, dans les dépar- tements de la Vendée et des Deux-Sèvres qu'ils prirent le caractère le plus alarmant i. Alors, l'Assemblée natio- nale, se reprochant son indulgence et voulant enfin con- naître dans les plus grands détails, et les causes perfides de ces mouvements continuels et les remèdes que l'on pourrait y apporter, invita le Roi, par un décret rendu le i6 juillet 1791, à nommer deux commissaires pour se transporter dans ces départements et rendre compte de tout ce qu'ils y auraient découvert ; ces commissaires furent MM. Gallois 2 et Gensonné 3.
1. 14 septembre 1791 (Cf. Procès-verbal de l'Assemblée nationale, 14 sep- tembre 1791, n» 766, p. 23).
2. Jean-Antoine Gauvin-Gallois, né à Aix-en-Provence, le 17 janvier i;;6i. Élève et ami de Cabanis ; partisan du coup d'État de brumaire, il fut nommé membre du Tribunat le 4 nivôse an VIII, préfet du Doubs le I" ventôse an VIII, membre de la Légion d'honneur le 25 prairial an XII. Adhéra à la déchéance de l'Empereur le 9 avril 1814 et se retira dès lors de la politique. Il était membre associé de l'Institut depuis le 5 ventôse an IV. Mort à Paris le 6 juillet 1828.
3. Armand Gensonné, né à Bordeaux, le 10 août lySS. Avocat à Bordeaux. Membre du tribunal de Cassation dès la création de ce corps, en 1791. Dé-
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Le rapport qu'ils adressèrent, le 9 octobre suivant, à l'Assemblée législative, qui venait de succéder à la Cons- tituante, est tellement intéressant, et par les détails qu'il contient, et par son empreinte de véracité, que j'ai cru devoir lui consacrer en entier le chapitre suivant, il vien- dra à l'appui de plusieurs faitsque j'ai avancés précédem- ment, et donnera plus de développement à l'ensemble de mes idées.
CHAPITRE TROISIEME
Rapport de MM. Gallois et Gensonné, commissaires civils envoyés dans les départements de la Vendée et des Deux- Sèvres, en vertu des décrets de l'Assemblée nationale des 16 juillet et 8 août iygi;fait à l'Assemblée législative le g octobre suivant i.
Messieurs, l'Assemblée nationale a décrété, le 16 juil- let dernier, sur le rapport de son comité des Recherches, que des commissaires civils seraient envoyés dans le dé- partement de la Vendée, pour y prendre tous les éclaircis- sements qu'ils pourraient se procurer sur les causes des derniers troubles de ce pays, et concourir, avec les corps
puté de la Gironde à l'Assemblée législative et à la Convention. Dans le procès du roi, il vota pour l'appel au peuple, puis pour la mort. Président de la Convention le 7 mars 13:93. Condamné à mort avec ses amis de la Gironde et exécuté le 3i octobre 1793.
I. Le texte de ce rapport a été imprimé par ordre de l'Assemblée, sous le titre même copié par Kléber, et forme une plaquette in-8 de 23 pages. Ce texte est exactement celui qui constitue ce chapitre m, à l'exception de la lettre de l'abbé de Beauregard, dont il est question plus loin, mais que Kléber a jugée, sans doute, inutile à reproduire.
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administratifs, au rétablissement de la tranquillité pu- blique ï.
Le 23 juillet, nous avons été chargés de cette mission et nous sommes partis deux jours après pour nous rendre à Fontenay-le-Gomte, chef-lieu de ce département.
Après avoir conféré pendant quelques jours avec les administrateurs du Directoire, sur la situation des choses et la disposition des esprits ; après avoir arrêté avec les trois corps administratifs quelques mesures préliminaires pour le maintien de l'ordre public, nous nous sommes dé- terminés à nous transporter dans les différents districts qui composent ce département, afin d'examiner ce qu'il y avait de vrai ou de faux, de réel ou d'exagéré dans les plaintes qui nous étaient déjà parvenues ; afin de cons- tater en un mot, avec le plus d'exactitude possible, la situation de ce département.
Nous l'avons parcouru dans toute son étendue, tantôt pour y prendre tous les renseignements qui nous étaient nécessaires, tantôt pour y maintenir la paix, prévenir les troubles publics ou empêcher les violences dont quelques citoyens se croyaient menacés. Nous avons entendu, dans plusieurs directoires de districts, toutes les municipalités dont chacun d'eux est composé. Nous avons écouté avec la plus grande attention tous les citoyens qui avaient, soit des faits à nous communiquer, soit des vues à nous proposer ; nous avons recueilli avec soin, et en les compa- rant, tous les détails qui sont parvenus à notre connais- sance. Mais, comme nos informations ont été plus nom- breuses que variées, comme partout les faits, les plaintes, les observations ont été semblables, nous allons vous présenter, sous un point de vue général et d'une manière
I. Cf. Procès-verbal de V Assemblée nationale, i6 juillet 1791, n» 709, p. ag.
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abrégée, mais exacte, le résultat de cette foule de faits particuliers.
Nous croyons inutile de mettre sous vos yeux les détails que nous nous étions procurés, concernant des troubles antérieurs; ils ne nous ont pas paru avoir une influence bien directe sur la situation actuelle de ce département. D'ailleurs la loi de l'amnistie, ayant arrêté les progrès des dilférentes procédures auxquelles ces troubles avaient donné lieu, nous ne pourrions vous présenter sur ces troubles que des conjectures vagues et des résultats incer- tains.
L'époque de la prestation du serment ecclésiastique a été, pour le département de la Vendée, la première épo- que de ces troubles. Jusqu'alors le peuple y avait joui de la plus grande tranquillité. Eloigné du centre commun de toutes les actions et de toutes les résistances, disposé par son caractère naturel à l'amour de la paix, au sentiment de l'ordre, au respect de la loi, il recueillait les bienfaits de la Révolution sans en éprouver les orages.
Dans les campagnes, la difficulté des communications, la simplicité d'une vie purement agricole, les leçons de l'enfance et des emblèmes religieux destinés à fixer sans cesse ses regards, ont ouvert son âme à une foule d'im- pressions superstitieuses que, dans l'état actuel des choses, nulle espèce de lumière ne peut ni détruire ni modérer.
Sa religion, c'est-à-dire la Religion telle qu'il la conçoit, est devenue pour lui la plus forte et, pour ainsi dire, l'uni- que habitude morale de sa vie. L'objet le plus essentiel qu'elle lui présente est le culte des images, et le ministre de ce culte, celui que les habitants des campagnes regar- dent comme le dispensateur des grâces célestes ; qui peut, par la ferveur de sa prière, adoucir l'intempérie des sai- sons et qui dispose du bonheur d'une vie future, abien-
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tôt réuni en sa faveur les plus douces comme les plus vives affections de leur âme.
La constance du peuple de ce département dans l'espèce de ses affections religieuses, et la confiance illimitée dont y jouissent les prêtres auxquels il est habitué, sont un des principaux éléments des troubles qui l'ont agité et qui peuvent l'agiter encore. Il est aisé de concevoir avec quelle activité des prêtres, ou égarés, ou factieux, ont pu mettre à profit ces dispositions du peuple à leur égard. On n'a rieu négligé pour échauffer le zèle, alarmer les cons- ciences, fortifier les caractères faibles, soutenir les carac- tères décidés. On a donné aux autres des espérances de bonheur et de salut; on a essayé sur presque tous, avec succès, l'influence de la séduction et de la crainte.
Plusieurs d'entre ces ecclésiastiques sont de bonne foi; ils paraissent fortement pénétrés, et des idées qu'ils ré- pandent et des sentiments qu'ils inspirent ; d'autres sont accusés de couvrir du voile de la Religion des intérêts plus chers à leur cœur ; ceux-ci ont une activité politique qui s'accroît ou se modère selon les circonstances.
Une coalition puissante s'est formée entre l'ancien évêque de Luçon et une partie de l'ancien clergé de son diocèse. On a arrêté un plan d'opposition à l'exécu- tion des décrets, qui devait se réaliser dans toutes les paroisses ; des mandements, des écrits incendiaires, en- voyés de Paris, ont été adressés à tous les curés pour les fortifier dans leur résolution ou les engager dans une confédération qu'on supposait générale. Une lettre circulaire de M. Beaur égard ^, grand vicaire de M. de
I. André-Georges Brumauld de Beauregard, né à Poitiers le i'} mars 1745. chanoine de Notre-Dame de Poitiers, puis chanoine de Luçon en 1762, théologal du chapitre de la cathédrale de ce diocèse en 1772, enfin vicaire général en 1788. On l'appelait « le saint homme » ; sa charité était si grande,
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Mercy i, ci -devant évoque de Luçon, déposée au greffe du tribunal de Fontenay, et que cet ecclésiastique a reconnue lors de son interrogatoire, fixera votre opinion d'une manière exacte et sur le secret de cette coalition, et sur la marche très habilement combinée de ceux qui l'ont formée 2.
Ces manœuvres ont été puissamment secondées par des missionnaires établis dans le bourg de Saint-Laurent ^, district de Montaigu. C'est même à l'activité de leur zèle et à leurs sourdes menées, à leurs infatigables et secrè- tes prédications, que nous devons principalement attri-
qu'il se dépouillait même des choses les plus indispensables. L'évêque de Luçon, Mgr de Mercy, ayant été nommé député aux États Généraux, ce fut l'abbé de Beauregard qui assuma la direction du diocèse ; poursuivi, en mai 1791, à propos de la lettre dont il est question, on réussit à le faire évader. Il se cacha à Poitiers, puis à Paris. Arrêté à Poitiers où il était revenu, il fut condamné à mort par le tribunal révolutionnaire de Paris, comme « l'un des conspirateurs les plus audacieux et les plus fanatiques », dit l'acte d'accusation, le 9 thermidor an II (27 juillet 1:794), et fit partie de la dernière charrette.
1. Marie-Charles-Isidore de Mercy, né le 3 février 1786, à Maubec, en Dauphiné, évéque de Luçon en i;}76, député aux États Généraux de 1789. Ayant refusé le serment, il se réfugia en Allemagne, puis en Angleterre, d'où il demeura en communication avec son diocèse. Il fut un des premiers à accepter le Concordat de 1802, et fut nommé archevêque de Bourges. Mort en 181 1.
2. Cette lettre, datée de Luçon le 3i mai i^gr, est insérée dans son entier à cette place, dans le rapport imprimé des commissaires civils, où elle occupe les pages 5 à 8 inclusivement. Malgré sa grande importance, je n'ai pas cru devoir la rétablir dans cette publication, puisque Kléber l'avait supprimée et qu'elle n'a pas trait à la campagne de cet officier général en Vendée. — Contre l'opinion des rapporteurs, on pourra consulter Dom Chamard : Les origines et les responsabilités de l'insurrection vendéenne, p. i8i.
3. Saint-Laurent-sur-Sèrre, sur les confins des départements des Deux- Sèvres, de la Vendée et de Maine-et-Loire, commune du canton de Mor- tagne-sur-Sèvre (Vendée), autrefois district de Montaigu, actuellement arrondissement de la Roche-sur-Yon. Siège des congrégations des mis- sionnaires du Saint-Esprit ou Pères de l'Immaculée-Conception et des Filles de la Sagesse, fondées par le bienheureux Grignion de Montfort. Dans le pays, on avait surnommé les missionnaires Mulotins, du nom du P. Mulot, leur premier supérieur.
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buer la disposition d'une très grande partie du peuple dans la presque totalité du département de la Vendée et dans le district de Ghatillon, département des Deux-Sè- vres. Il importe essentiellement de fixer l'attention de l'Assemblée nationale sur la conduite de ces mission- naires et l'esprit de leur institution.
Cet établissement fut fondé, il y a environ soixante ans, par une société de prêtres séculiers , vivant d'aumônes et destinés, en qualité de missionnaires, à la prédication. Ces missionnaires, qui ont acquis la confiance du peuple en lui distribuant avec art des chapelets, des médailles et des indulgences , et en plaçant sur les chemins de toute cette partie de la France des calvaires de toutes les formes ; ces missionnaires sont devenus, depuis, assez nombreux pour former de nouveaux établissements dans d'autres parties du royaume.
On les trouve dans les ci-devant provinces de Poitou, d'Anjou, de Bretagne, voués avec la même activité au suc- cès et en quelque sorte à l'éternelle durée de cette espèce de pratiques religieuses, devenue, par leurs soins assidus, l'unique religion du peuple. Le bourg de Saint-Laurent est leur chef-lieu; ils y ont bâti récemment une vaste et belle maison conventuelle et y ont acquis, dit-on, d'autres pro- priétés territoriales.
Cette congrégation est liée par la nature et l'esprit de son institution à un établissement de sœurs grises, fondé dans le même lieu et connu sous le nom des Filles de la Sagesse. Consacrées, dans ce département et dans plusieurs autres, au service des pauvres, et particulièrement des hô- pitaux, elles sont pour ces missionnaires un moyen très actif de correspondance générale dans le royaume. La maison de Saint-Laurent est devenue le lieu de leur re- traite, lorsque la ferveur intolérante de leur zèle ou d'autres
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circonstances ont forcé les administrations des hôpitaux qu'elles desservaient à se passer de leur secours.
Pour déterminer votre opinion sur la conduite de ces prêtres ardents et sur la morale religieuse qu'ils pro- fessent, il suffira, Messieurs, de vous présenter un abrégé sommaire des maximes contenues dans différents manus- crits saisis chez eux par les gardes nationales d'Angers et de Gholet.
Ces manuscrits, rédigés en forme d'instruction pour le peuple des campagnes, établissent, en thèse, qu'on ne peut s'adresser aux prêtres constitutionnels, qualifiés d'intrus, pour l'administration des sacrements; que tous ceux qui y participent même par leur seule présence sont coupables de péché mortel et qu'il n'y a que l'ignorance et le défaut d'esprit qui puissent les excuser ;
Que ceux qui auront l'audace de se faire marier par les intrus ne seront pas mariés et qu'ils attireront la malédic- tion divine sur eux et sur leurs enfants ;
Que les choses s'arrangeront de manière que la validité des mariages faits par les anciens curés ne sera point con- testée; mais, qu'en attendant, il faut se résoudre à tout;
Que si les enfants ne passent point pour légitimes, ils le seront néanmoins ; qu'au contraire, les enfants de ceux qui auront été mariés devant les intrus seront réellement bâtards, parce que Dieu n'aura point ratifié leur union et qu'il vaut mieux qu'un mariage soit nul devant les hommes que s'il était nul devant Dieu ;
Qu'il ne faut point s'adresser aux nouveaux curés pour les enterrements, et que si l'ancien curé ne peut les faire sans exposer sa vie et sa liberté, il faut que les parents ou amis du défunt les fassent eux-mêmes secrètement.
On y observe que l'ancien curé aura soin de tenir un registre exact pour y enregistrer ces différents actes ; qu'à
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la vérité, il est possible que les tribunaux civils n'y aient aucun égard, mais que c'est un avantage précieux dont il faudra cependant se passer, parce qu'il vaut mieux en être privé, que d'apostasier en s' adressant à un intrus.
Enfin, Ton y exhorte tous les fidèles à n'avoir aucune communication avec l'intrus, aucune part à son instruc- tion. On y déclare que les oflîciers municipaux qui l'ins- talleront seront apostats comme lui, et qu'à l'instant même, les sacristains, chantres et sonneurs de cloches doivent abdiquer leurs emplois.
Telle est, Messieurs, la doctrine absurde et séditieuse que renferment ces manuscrits et dont la voix publique accuse les missionnaires de Saint-Laurent de s'être rendus les plus ardents propagateurs i.
Ils furent dénoncés dans le temps au comité des Re- cherches de l'Assemblée nationale, et le silence qu'on a gardé à leur égard n'a fait qu'ajouter à l'activité de leurs efforts et augmenter leur funeste influence.
Nous avons cru indispensable de mettre sous vos yeux l'analyse abrégée des principes contenus dans ces écrits, telle qu'elle est exposée dans un arrêté du département de Mayenne-et- Loire du 5 juin 1791 2, parce qu'il suffit de les comparer avec la lettre circulaire du grand vicaire du ci- devant évêque de Luçon , pour se convaincre qu'ils tien- nent à un système d'opposition générale contre les décrets sur l'organisation civile du clergé; et l'état actuel de la majorité des paroisses de ce département ne présente que
1. On trouvera les parties principales du texte même des Missionnaires du Saint-Esprit, dans C. Port : La Vendée angevine, I, 384-388, et dans Chassin, La Préparation de la guerre de Vendée^ I, 191-198.
2. Extrait du Registre des arrêtés du Directoire du département de Mayenne-et-Loire, séant à Angers, in-4° de 10 pages, à Angers, chez Marne, imprimeur du Département. (Note des commissaire s. J
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le développement de ce système et les principes de cette doctrine mis presque partout en action.
Le remplacement trop tardif des curés a beaucoup con- tribué au succès de cette coalition. Ce retard a été néces- sité d'abord par le refus de M. Servant ^, qui, après avoir été nommé à l'évêché du département et avoir accepté cette place, a déclaré, le lo avril, qu'il retirait son accepta- tion. M. Rodrigue, évêque actuel du département ^, que sa modération et sa fermeté soutiennent presque seules sur un siège environné d'orages et d'inquiétudes, M. Rodrigue n'a pu être nommé que dans les premiers jours du mois de mai. A cette époque, les actes de résistance avaient été calculés et déterminés sur un plan uniforme et l'opposition était ouverte et en pleine activité ; les grands vicaires et les curés s'étaient rapprochés et se tenaient fortement unis par le même lien. Les jalousies, les rivalités, les querelles de l'ancienne hiérarchie ecclésiastique avaient eu le temps de disparaître et tous leurs intérêts étaient venus se réunir dans un intérêt commun. Le remplacement n'a pu s'efl'ec- tuer qu'en partie. La très grande majorité des anciens fonctionnaires publics ecclésiastiques existe encore dans les paroisses, revêtue de ses anciennes fonctions. Les der- nières nominations n'ont eu presque aucun succès et les sujets nouvellement élus, effrayés par la perspective des contradictions et des désagréments sans nombre que leur
1. Jean Servant était supérieur de l'Oratoire de Saumur, lorsqu'il fut élu évêque constitutionnel de la Vendée, le 28 février 1^91. Il accepta sous réserve que Mgr de Mercy ne serait pas maintenu sur le siège, en prê- tant le serment. Il partit pour Paris afin de se faire sacrer, puis, au dernier moment, il donna sa démission, le i5 avril 1791.
2. François-Ambroise Rodrigue, curé du Fougère, élu évêque constitu- tionnel de la Vendée, le 2 mai 1791 ; élu administrateur du département, au mois de septembre suivant; abdique la prêtrise et son titre d'évêque, le 22 novembre 1793. Juge au tribunal civil de Montaigu, sous le Con- sulat, mort retraité, à Nantes, le 8 décembre i8i3.
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nomination leur prépare, n'y répondent que par des refus.
Cette division des prêtres en assermentés et non asser- mentés a établi une véritable scission dans le peuple de leurs paroisses. Les familles y sont divisées. On a vu et on voit chaque jour des femmes se séparer de leurs maris, des enfants abandonner leur père. L'état des citoyens n'est, le plus souvent, constaté que sur des feuilles volantes, et le particulier qui les reçoit, n'étant revêtu d'aucun ca- ractère public, ne peut donner à ce genre de preuves une authenticité légale.
Les municipalités se sont désorganisées, et un grand nombre d'entre elles, pour ne pas concourir au déplace- ment des curés non assermentés i.
Un grand nombre de citoyens a renoncé au service delà garde nationale, et celui qui reste ne pourrait être em- ployé sans danger, dans tous les mouvements qui auraient pour principe ou pour objet des actes concernant la Reli- gion ; parce que le peuple verrait alors dans les gardes
1. c .... En voilà deux que je viens de recevoir; vous sentez combien il est nécessaire de déjouer cette nouvelle intrigue. En fait, les municipa- lités sont en trop grand nombre et certainement l'on ne peut trop se hâter d'en réformer une partie, d'autant qu'il est des endroits où il est impossible de trouver des sujets capables et de remplacer ceux qui sont en exercice » (Lettre du marquis de Beauveau, procureur général syndic du district de Cholet, au Directoire du département de Maine-et-Loire, 23 avril 1791, citée par G. Port : La Vendée angevine, \, 162).
« .... Tous ne le feront pas dans la même forme (démissionner), mais tous le feront sous peu. Si Ton ne trouve quelque moyen d'arrêter cette contagion, il n'y aura plus de municipalité » (Lettre de Chouteau, prési- dent et seul membre non démissionnaire du Directoire du district de Cho- let, 3 mai 1791, citée par M. G. Port, ibid.).
« .... Les deux tiers des municipalités se refusent à l'installation des nou- veaux curés et ne sont plus en activité. Les travaux de la contribution foncière sont arrêtés et bientôt l'administration se trouvera dans un état de stagnation complète » (Discours prononcé par l'un des membres du Directoire du département de Maine-et Loire, dans la séance du 21 mai 1791. Arch. de Maine-et-Loire, L. Département, G»" 70).
On voit par ces extraits qu'il en était ainsi dans toute la région, même en dehors du territoire visité par Gallois et Gensonné.
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nationales, non les instruments impassibles de la loi, mais les agents d'un parti contraire au sien.
Dans plusieurs parties du département, un administra- teur, un juge, un membre du corps électoral, sont vus avec aversion par le peuple, parce qu'ils concourent à l'exécu- tion de la loi relative aux fonctionnaires ecclésiastiques.
Cette disposition des esprits est d'autant plus déplo- rable, que les moyens d'instruction deviennent chaque jour plus difficiles. Le peuple, qui confond les lois géné- rales de l'État avec les règlements particuliers pour l'organisation civile du clergé, en fuit la lecture et en rend la publication inutile.
Les mécontents, les hommes qui n'aiment pas le nou- veau régime et ceux qui, dans le nouveau régime, n'ai- ment pas les lois relatives au clergé, entretiennent avec soin cette aversion du peuple, fortifient, par tous les moyens qui sont en leur pouvoir, le crédit des prêtres non assermentés, et affaiblissent le crédit des autres.
L'indigent n'obtient des secours, l'artisan ne peut espé- rer l'emploi de ses talents et de son industrie, qu'autant qu'il s'engage à ne pas aller à la messe du prêtre asser- menté ; et c'est par le concours 'de confiance dans les anciens prêtres, d'une part, et de menaces et de séduction de l'autre, qu'en ce moment les églises desservies par les prêtres assermentés sont désertes et qu'on court en foule dans celles où, par défaut de sujets, les remplacements n'ont pu encore s'effectuer.
Rien n'est plus commun que de voir, dans des paroisses de cinq à six cents personnes, dix ou douze seulement aller à la messe du prêtre assermenté. La proportion est la même dans tous les lieux du département. Les jours de dimanche et de fête, on voit des villages et des bourgs tout entiers dont les habitants désertent leurs foyers pour
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aller, à une et quelquefois deux lieues, entendre la messe d'un prêtre non assermenté. Ces déplacements habituels nous ont paru la cause la plus puissante de la fermenta- tion, tantôt sourde, tantôt ouverte, qui existe dans la pres- que totalité des paroisses desservies par les prêtres asser- mentés. On conçoit aisément qu'une multitude d'individus qui se croient obligés, par leur conscience, d'aller au loin chercher les secours spirituels qui leur conviennent, doi- vent voir avec aversion, lorsqu'ils rentrent chez eux excédés de fatigue, les cinq ou six personnes qui trouvent à leur portée le prêtre de leur choix. Ils considèrent avec envie et traitent avec dureté, souvent même avec violence, des hommes qui leur paraissent avoir un privilège exclu- sif en matière de religion. La comparaison qu'ils font entre la facilité, qu'ils avaient autrefois, de trouver à côté d'eux des prêtres qui avaient leur confiance, et l'embarras, et la fatigue, et la perte de temps qu'occasionnent ces courses répétées, diminue beaucoup leur attachement pour la Constitution, à qui ils attribuent tous ces désagré- ments de leur situation nouvelle.
C'est à cette cause générale, plus active peut-être en ce moment que la provocation des prêtres non assermentés, que nous croyons devoir attribuer, surtout, l'état de dis- corde intérieure où nous avons trouvé la plus grande par- tie des paroisses du département desservies par des prê- tres assermentés.
Plusieurs d'entre elles nous ont présenté, ainsi qu'aux corps administratifs, des pétitions tendant à être autorisées à louer des édifices particuliers pour l'usage de leur culte religieux i, mais, comme ces pétitions que nous savions
I. « .... Pour mettre fin à toutes ces gênes, à toutes ces contraintes, à toutes ces tyrannies, si contraires aux droits de l'homme, ainsi qu'à cette liberté si vantée, et plus propres à aliéner qu'à rapprocher les esprits et
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être provoquées avec le plus d'activité par les personnes qui ne les signaient pas, nous paraissaient tenir à un sys- tème plus général et plus secret, nous n'avons pas cru devoir statuer sur une séparation religieuse que nous croyions à cette époque, et vu la situation du département, renfermer tous les caractères d'une scission civile entre les citoyens. Nous avons pensé et dit publiquement que c'était à vous, Messieurs, à déterminer d'une manière pré- cise et par quel concours d'influences morales, de lois et de moyens d'exécution, l'exercice de la liberté des opi- nions religieuses doit, sur cet objet et dans les circons- tances actuelles, s'allier au maintien de la tranquillité publique.
On sera surpris, sans doute, que les prêtres non asser- mentés qui demeurent dans leurs anciennes paroisses ne profitent pas de la liberté que leur donne la loi d'aller dire la messe dans l'église desservie par le nouveau curé, et ne s'empressent pas, en usant de cette faculté, d'épargner à leurs anciens paroissiens, à des hommes qui leur sont res- tés attachés, la perte de temps et l'embarras de ces courses nombreuses et forcées. Pour expliquer cette conduite en apparence si extraordinaire, il importe de se rappeler
les cœurs, faites exécuter, Messieurs, le décret qui a sanctionné l'arrêté du Département de Paris et en a fait une loi générale et bienfaisante pour tout l'empire. Permettez-nous d'acheter ou de bâtir un temple, nous ne demandons rien au Trésor public, nous ne réclamerons de votre part, en notre faveur, que la protection accordée par la Loi à tout culte et tout individu, et. en attendant, qu'il soit libre aux fidèles d'entendre et aux prêtres non assermentés de dire la messe où bon leur semblera, et aux malades surtout d'avoir tel confesseur qu'il leur plaira.... » (Rabin, curé non conformiste de Notre-Dame de Cholet. Lettre au Directoire du dépar- tement de Maine-et-Loire, 6 juin 1791. Citée par C. Port, loc. cit.^ H, 2o5,3o6). L'original, qui existe aux Archives départementales de Maine-et-Loire, est daté du 6 mai, mais le contexte de la lettre démontre jusqu'à l'évidence que cette dernière date est erronée, ainsi que le fait remarquer très jus- tement M. Port.
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qu'une des choses qui ont été le plus recommandées aux prêtres non assermentés, par les hommes habiles qui ont dirigé cette grande entreprise de religion, est de s'abste- nir de toute communication avec les prêtres qu'ils appel- lent intrus et usurpateurs, de peur que le peuple, qui n'est frappé que des signes sensibles, ne s'habituât enfin à ne voir aucune différence entre des prêtres qui feraient, dans la même église, le service du même culte.
Malheureusement, cette division religieuse a produit une séparation politique entre les citoyens ; et cette sépa- ration se fortifie encore par la dénomination attribuée à chacun des deux partis. Le très petit nombre de personnes qui vont dans l'église des prêtres assermentés s'appellent et sont SLi^ipelées patriotes ; ceux qui vont dans l'église des prêtres non assermentés sont appelés et s'appellent aris- tocrates. Ainsi, pour ces pauvres habitants des campa- gnes, l'amour ou la haine de la patrie consiste aujour- d'hui, non point à obéir aux lois, à respecter les autorités légitimes, mais à aller ou à ne pas aller à la messe du prêtre assermenté. La séduction, l'ignorance et le préjugé ont jeté à cet égard de si profondes racines, que nous avons eu beaucoup de peine à leur faire entendre que la Constitution politique de l'Etat n'était point la Constitu- tion Civile du clergé ; que la loi ne tyrannisait point les consciences, que chacun était le maître d'aller à la messe qui lui convenait davantage et vers le prêtre qui avait le plus sa confiance ; qu'ils étaient tous égaux aux yeux de la loi et qu'elle ne leur imposait, à cet égard, d'autre obliga- tion que de vivre en paix et de supporter mutuellement la différence de leurs opinions religieuses. Nous n'avons rien oublié pour effacer de l'esprit et faire disparaître des discours du peuple des campagnes, cette absurde dénomi- nation ; et, nous nous en sommes occupés avec d'autant
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plus d'activité qu'il nous était aisé de calculer, à cette époque, toutes les conséquences d'une telle démarcation dans un département, où ces prétendus aristocrates for- ment plus des deux tiers de la population.
Tel est, Messieurs, le résultat des faits qui sont parvenus à notre connaissance dans le département de la Vendée et des réflexions auxquelles ces faits ont donné lieu.
Nous avons pris sur cet objet toutes les mesures qui étaient en notre pouvoir, soit pour maintenir la tranquil- lité générale, soit pour prévenir ou pour réprimer les attentats contre l'ordre public. Organes de la loi, nous avons fait entendre partout son langage. En même temps que nous établissions des moyens d'ordre et de sûreté, nous nous occupions à expliquer ou éclaircir devant les corps administratifs, les tribunaux ou les particuliers, les difficultés qui naissent soit de l'inintelligence des décrets, soit de leur mode d'exécution. Nous avons invité les corps administratifs et les tribunaux à redoubler de vigilance et de zèle dans l'exécution des lois qui protègent la sûreté des personnes et la propriété des biens, à user en un mot, avec la fermeté qui est un de leurs premiers devoirs, de l'autorité que la loi leur a conférée.
Nous avons distribué une partie de la force publique, qui était à notre réquisition, dans les lieux où l'on nous annonçait des périls plus graves ou plus imminents. Nous nous sommes transportés dans tous ces lieux aux premières annonces de troubles. Nous avons constaté l'état des choses avec plus de calme et de réflexion ; et, après avoir soit par des paroles de paix et de consolation, soit par la ferme et juste expression de la loi, calmé ce désordre momentané des volontés particulières, nous avons cru que la seule présence de la force publique pouvait suffire en ce moment, pour prévenir tout attentat contre la liberté
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individuelle et la tranquillité publique. C'est à vous, Messieurs, et à vous seulement, qu'il appartient de pren- dre des mesures véritablement efficaces sur un objet qui, par les rapports où on l'a mis avec la Constitution de l'État, exerce en ce moment sur cette Constitution une influence beaucoup plus grande que ne pourraient le faire croire les premières et plus simples notions de la raison séparée de l'expérience des faits.
Dans toutes nos opérations relatives à la distribution de la force publique, nous avons été secondés de la ma- nière la plus active par un officier général bien connu par son patriotisme et ses lumières. A peine instruit de notre arrivée dans le département, M. Dumouriez i est venu s'associer à nos travaux et concourir avec nous au maintien de la paix publique. Nous allions être totale- ment dépourvus de troupes de ligne, dans un moment où nous avions lieu de croire qu'elles nous étaient plus que jamais nécessaires.
C'est au zèle, c'est à l'activité de M. Dumouriez, que nous avons dû, sur-le-champ, un secours qui, vu le retard de l'organisation de la gendarmerie nationale, était, en quelque sorte, l'unique garant de la tranquillité du pays.
Nous venions. Messieurs, de terminer notre mission dans le département de la Vendée, lorsque le décret de l'Assemblée nationale du 8 août, qui, sur la demande des administrateurs du département des Deux-Sèvres, nous autorisait à nous transporter dans le district de Chatil-
I. Le général Dumouriez a commandé, en Vendée, en 1791 et jusqu'au i5 février 1792. Il a contribué beaucoup à organiser les premiers bataillons de volontaires du département. Il contribua puissamment aussi, par d'a- droites dispositions, à empêcher le mécontentement des populations ca- tholiques d'éclater d'une façon générale dès 1791.
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Ion ^ nous est parvenu ainsi qu'au Directoire de ce dépar- tement.
On nous avait annoncé, à notre arrivée à Fontenay- le-Gomte, que ce district était dans le même état de troubles religieux que le département de la Vendée. Quelques jours avant la réception de notre décret de commission, plusieurs citoyens, électeurs et fonctionnaires publics de ce district, vinrent faire au Directoire des Deux-Sèvres une dénonciation par écrit, sur les troubles qu'ils disaient exister dans différentes paroisses ; ils annoncèrent qu'une insurrection était prête d'éclater. Le moyen qui leur pa- raissait le plus sûr et le plus prompt et qu'ils proposèrent avec le plus d'énergie, était de faire sortir du district, dans trois jours, tous les curés non assermentés et rem- placés, et tous les vicaires non assermentés. Le Direc- toire, après avoir longtemps répugné à adopter une me- sure qui lui paraissait contraire au principe de l'exacte justice, crut enfin que le caractère public des dénoncia- teurs suflisait pour constater, et la réalité du mal et la pressante nécessité du remède, Un arrêté fut pris en con- séquence, le 5 septembre, et le Directoire, en ordonnant à tous ces ecclésiastiques de sortir du district dans trois jours, les invita à se rendre dans le même délai à Niort, chef-lieu du département, leur assurant qu^ils y trouve- raient toute sûreté et protection pour leurs personnes.
L'arrêté était déjà imprimé et allait être mis à exécution, lorsque le Directoire reçut une expédition du décret de commission qu'il avait sollicité : à l'instant il prit un nou- vel arrêté par lequel il suspendait l'exécution du premier, et abandonnait à notre prudence le soin de le confirmer, modifier ou supprimer.
I. Cf. Procès-verbaux de l'Assemblée nationale, 8 août 1791.
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Deux administrateurs du Directoire furent, par le même arrêté, nommés commissaires pour nous faire part de tout ce qui s'était passé, se transporter à Ghatillon et y prendre, de concert avec nous, toutes les mesures que nous croi- rions nécessaires,
Arrivés à Ghatillon, nous fîmes rassembler les cinquante- six municipalités dont ce district est composé ; elles furent successivement appelées dans la salle du Direc- toire. Nous consultâmes chacune d'elles sur l'état de sa paroisse. Toutes ces municipalités énonçaient le même vœu ; celles dont les curés avaient été remplacés nous demandaient le retour de ces prêtres ; celles dont les cu- rés non assermentés étaient encore en fonctions nous demandaient de les conserver. Il est encore un autre point sur lequel tous ces habitants des campagnes se réunis- saient, c'est la liberté des opinions religieuses qu'on leur avait, disaient-ils, accordée, dont ils désiraient jouir. Le même jour et les jours suivants, les campagnes voi- sines nous envoyèrent de nombreuses députations de leurs habitants pour nous réitérer la même prière. Nous ne sollicitons d'autres grâces, nous disaient-ils unanime- ment, que d'avoir des prêtres en qui nous ayons confiance. Plusieurs d'entre eux attachaient même un si grand prix à cette faveur, qu'ils nous assuraient qu'ils paieraient volontiers, pour l'obtenir, le double de leurs impositions.
La très grande majorité des fonctionnaires publics ecclésiastiques de ce district n'a pas prêté serment, et tandis que leurs églises suffisent à peine à l'affluence des citoyens, les églises des prêtres assermentés sont presque désertes. A cet égard, l'état de ce district nous a paru le même que celui du département de la Vendée. Là, comme ailleurs, nous avons trouvé la dénomination de patriote et d'aristocrate, complètement établie parmi le peuple
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et dans le même sens, et peut être d'une manière plus générale. La disposition des esprits en faveur des prêtres non assermentés nous a paru plus prononcée que dans le département de la Vendée. L'attachement qu'on a pour eux, la coniîaiice qu'on leur a vouée, ont tous les carac- tères du sentiment le plus vif et le plus profond. Dans quelques-unes de ces paroisses, des prêtres assermentés ou des citoyens attachés à ces prêtres avaient été expo- sés à des menaces ou à des insultes, et quoique là, comme ailleurs, ces violences nous aient quelquefois paru exagé- rées, nous nous sommes assurés, et le simple exposé de la disposition des esprits suffît pour s'en convaincre, que la plupart des plaintes étaient fondées sur des faits bien constants.
En môme temps que nous recommandions aux juges et aux administrateurs la plus grande vigilance sur cet objet, nous ne négligions rien de ce qui pouvait inspirer au peuple des idées et des sentiments plus conformes au respect de la loi et aux droits de la liberté individuelle.
Nous devons vous dire, Messieurs, que ces mêmes hommes qu'on nous avait peints comme des furieux, sourds à toute espèce de raison, nous ont quittés l'âme remplie de paix et de bonheur, lorsque nous leur avons fait en- tendre qu'il était dans les principes de la Constitution nouvelle de respecter la liberté de conscience. Ils étaient pénétrés de repentir et d'affliction pour les fautes que quelques-uns d'entre eux avaient pu commettre. Ils nous ont promis avec attendrissement de suivre les conseils que nous leur donnions, de vivre en paix, malgré la diiïe- rence des opinions religieuses, et de respecter le fonction- naire public établi par la Loi. On les entendait, en s'en allant, se féliciter de nous avoir vus, se répéter les uns aux autres tout ce que nous leur avions dit et se fortifier
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mutuellement dans leurs résolutions de paix et de bonne intelligence. Le jour même, on vint nous annoncer que plusieurs de ces habitants des campagnes, de retour chez eux, avaient affiché des placards par lesquels ils décla- raient que chacun d'eux s'engageait à dénoncer et à faire arrêter la première personne qui nuirait à une autre, et surtout au prêtre assermenté.
Nous devons vous faire remarquer que dans ce même district, troublé depuis longtemps par la diflerence des opinions religieuses, les impositions arriérées de 1789 et 1790, montant à plus de sept cent mille francs, ont été presque entièrement payées ; nous en avons acquis la preuve au Directoire du district.
Après avoir observé avec soin l'état des esprits et la situation des choses, nous pensâmes que l'arrêté du Direc- toire ne devait pas être mis à exécution et les commis- saires du Département, ainsi que les administrateurs du Directoire de Ghatillon, furent du même avis.
Mettant à l'écart tous les motifs de détermination que nous pouvions tirer des choses et des personnes, nous avions examiné si la mesure adoptée par le Directoire était d'abord juste de sa nature, ensuite si elle serait effi- cace dans l'exécution.
Nous crûmes que des prêtres, qui ont été remplacés, ne peuvent pas être considérés comme étant en état de ré- volte contre la loi parce qu'ils continuent à demeurer dans le lieu de leurs anciennes fonctions, surtout lorsque, parmi ces prêtres, il en est qui, de notoriété publique, se bornent à vivre en hommes charitables et paisibles, loin de toute dissension publique et privée. Nous crûmes que, aux yeux de la Loi, on ne peut être en état de révolte, qu'en s'y mettant soi-même, par des faits précis, certains et constatés ; nous crûmes enfin que les actes de provoca-
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tions contre les lois relatives au clergé et contre les lois du royaume devaient, ainsi que tous les autres délits, être punis par les formes légales.
Examinant ensuite l'efficacité de cette mesure, nous vîmes que, si les fidèles n'ont point de confiance dans les prêtres assermentés, ce n'est pas un moyen de leur en ins- pirer davantage que d'éloigner, de cette manière, les prêtres de leur choix. Nous vîmes que, dans des districts où la très grande majorité des prêtres non assermentés conti- nue l'exercice de leurs fonctions, d'après la permission de la Loi, jusqu'à l'époque du remplacement, ce ne serait certainement pas, dans un tel système de répression, diminuer le mal que d'éloigner un si petit nombre d'indi- vidus, lorsqu'on est obligé d'en laisser dans les mêmes lieux un très grand nombre, dont les opinions sont les mêmes.
Voilà, Messieurs, quelques-unes des idées qui ont di- rigé notre conduite dans cette circonstance, indépendam- ment de toutes les raisons de localités qui seules auraient pu nous obliger à suivre cette marche. Telle était en effet la disposition des esprits, que l'exécution de cet arrêté fût infailliblement devenue, dans ce lieu, le signal d'une guerre civile.
Le Directoire du département des Deux-Sèvres, ins- truit d'abord par ses commissaires, ensuite par nous, de tout ce que nous avions fait à cet égard, a bien voulu nous offrir l'expression de sa reconnaissance par un ar- rêté du 19 du mois dernier.
Nous ajouterons, quant à cette mesure d'éloignement des prêtres non assermentés, qui ont été remplacés, qu'elle nous a été constamment proposée par la presque unanimité des citoyens du département de la Vendée, qui sont attachés aux prêtres assermentés, citoyens qui
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forment eux-mêmes, comme vous l'avez déjà vu, la plus petite partie des habitants. En vous transmettant ce vœu, nous ne faisons que nous acquitter d'un dépôt qui nous a été confié.
Nous ne vous laisserons pas ignorer non plus que quelques-uns des prêtres assermentés que nous avons vus ont été d'un avis contraire. L'un d'eux, M. Tallerye, curé de la Ghapelle-Saint-Laurent, district de Ghatillon, dans une lettre qu'il nous a adressée le 12 septembre, en nous in- diquant les mêmes causes des troubles et en nous parlant des désagréments auxquels il est chaque jour exposé, nous observe que le seul moyen de remédier à tous ces maux est (ce sont ses expressions) de ménager V opinion du peuple, dont il faut guérir les préjugés açec le remède de la lenteur et de la prudence. Car, ajoute -t-il, il faut prévenir toute guerre à V occasion de la Religion dont les plaies saignent encore.... il est à craindre que les mesu- res rigoureuses, nécessaires dans les circonstances contre les perturbateurs du repos public, ne paraissent plutôt une persécution qu un châtiment infligé par la Loi. Quelle prudence ne faudra-t-il pas employer pour calmer ces es- prits agités ! L'instruction seule détruit les erreurs et conduit à la vérité i.
I. Le texte imprimé du rapport de Gallois et Gensonné porte : « Quelle prudence ne faut-il pas employer? La douceur, l'instruction sont les armes de la vérité. » Ces deux phrases font partie de la citation empruntée à Tallerye. C'est la seule différence existant entre le rapport lui-même et le chapitre ci-dessus qui lui est entièrement emprunté, ainsi que je lai déjà dit.
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CHAPITRE QUATRIÈME
C'est pourtant à la fin du xviii*' siècle, auquel notre or- gueil donne le titre pompeux de siècle de la philosophie ; c'est une nation qui se croit, qui est, en effet, l'une des plus policées du monde connu ; c'est la France, enfin, qui fournit les scènes affligeantes de ces tableaux ridicules et cruels.... O peuples de la terre ! quel est, quel a tou- jours été votre sort! Ne vous lasserez-vous jamais de votre attitude humiliante ? Géderez-vous sans cesse, avec un respect délirant, ou à l'appât grossier que vous présen- tera le fourbe, ou au joug avilissant que vous offrira le despote ? Éternellement dupes ou des mots, ou des cho- ses, toutes les lumières réunies des sciences et des arts ne pourront-elles enfin vous arracher de votre stupidité ?. . . . Non, tant que ces lumières, semblables à ces cristaux précieux, qui décorent les salons de nos vastes cités, n'auront pour objet que d'éclairer les loisirs des grands ; tant qu'elles seront exclusivement entre les mains de quelques adeptes, qui, parmi les castes qui nous oppri- ment, forment pour ainsi dire une autre caste qui nous attire, tant que leur foyer ne sera pas mieux disposé et de manière que leurs rayons bienfaisants puissent parvenir jusqu'à nous, et dissiper nos erreurs, ainsi que l'aurore dissipe les ombres de la nuit, n'en espérez rien, dirigez ailleurs vos reproches, et sachez pardonner à nos égare- ments. Ainsi, ce me semble, pourraient parler ces tristes victimes de l'ignorance et du fanatisme. Aussi, est-ce bien moins leurs forfaits que leurs malheurs que je me pro- pose d'écrire.
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A peine les deux commissaires dont j'ai fait mention eurent-ils abandonné les départements de la Vendée et des Deux-Sèvres, que les infatigables artisans de leur in- fortune, renouant leurs trames perfides, se hâtèrent de renverser les espérances de paix, dont on s'était un ins- tant flatté.
LIVRE SECOND
FRAGMENT DE LA GUERRE DE VENDEE OU JOURNAL DU GENERAL KLÉBER, DEPUIS l'aRRIVÉE DE l'ARMÉE DE MAYENCE A TOURS jusqu'au PASSAGE DE LA LOIRE PAR LES REBELLES.
AVANT-PROPOS
I. — Raisons qui ont déterminé le général Kléber à tenir un journal de ses campagnes. — Un mot du siège de Mayence. Epoque à laquelle ce journal a été commencé.
Les rapports boursouflés et dégoûtants de mensonges que je voyais faire sans cesse des différentes actions de guerre, tant de notre part que de celle de l'ennemi, m'ont déterminé à tenir des journaux exacts de tous les faits dont je serais témoin, de tous les événements auxquels j'aurais pris quelque part, depuis qu'élevé au grade de général, j'étais destiné à jouer un rôle dans la lutte sanglante de la Liberté et du Despotisme.
Mayence était le premier début de ma carrière mili- taire. Au nombre des assiégés, je commandais, en qualité d'adjudant général, les camps et forts extérieurs de cette place. J'y vécus pendant quatre mois sous une voûte de feu ; je conduisais ou assistais à toutes les sorties ; je résis-
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tais à toutes les attaques. D'Oyré ^ et Dubayet ^ ont tenu des journaux de ce siège mémorable ; ils les publieront un jour. Au sortir de cette forteresse, rendue aux ennemis par une capitulation honorable, après quatre mois de blo- cus et trente-deux jours de tranchée ouverte, je fus arrêté à Saarlibre, avec Aubert-Dubayet, mon ami. C'en était fait de nous, si le sort des représentants du peuple, Reubell ^
1. D'Oyré, né à Sedan, le ^"^ mai 1^34, élève de l'école du génie de Mé- zières en i;36, colonel le 8 février i"92, maréchal de camp provisoire le 9 octobre 1792, titulaire le 6 décembre 1792, retraité le 3i mars 1796. Il commandait en chef à Mayence pendant tout le siège et dirigea jusqu'au bout la défense.
2. Jean-Baptiste-Annibal Aubert du Bayet, né à la Louisiane, le 29 août 1759, engagé très jeune dans le régiment de Bourbonnais, sous-lieutenant en 1780, prit part à la guerre de l'Indépendance américaine. Rentré en France, il embrasse les idées de 1789 et crée, à Grenoble, la première société populaire ayant existé en France. Député de l'Isère à l'Assembl. c législative de 1791, il parla contre les émigrés. Le 17 avril 1792, il conseille l'alliance avec l'Angleterre et la Suisse contre l'Autriche. Il présida l'Assemblée pendant le mois de juillet 1792. Après le 10 août, il vota systé- matiquement contre la minorité de l'Assemblée. A la fin de la législature, il reprit du service. Il commandait à Worms, comme chef de brigade, quand il reçut l'ordre de se rendre à Mayence. Général de brigade le a avril 1793. En annonçant à d'Oyré qu'il lui envoyait Dubayet, Gustine ajoutait : « G'est un officier nerveux qui, par sa fermeté et par son activité, aura bientôt mis les choses sur un bon pied. » Il eut le commandement des troupes de la garnison de Mayence et de Kastel. Il montra pendant le siège un courage, une bravoure qui n'eurent d'égales que sa bonté de cœur et sa belle humeur constante. Décrété d'accusation avec les autres généraux, après la capitulation de la place, il fut mis en liberté sur la réclamation de Thuriot et de Merlin, de Thionville, qui se portèrent ses garants. Admis à la barre de la Convention, le 7 août 1793, il se défendit avec feu, et l'Assemblée décréta que l'armée de Mayence avait bien mérité de la patrie. Il eut le commandement de cette armée envoyée en Vendée. Destitué, puis incarcéré à l'Abbaye comme suspect, il fut sauvé par la révolution du 9 thermidor. Après quelques mois de repos à Grenoble, il rejoignit Kléber en Allemagne. Nommé général en chef de l'armée des Côtes de Cherbourg, le 16 pluviôse an III (4 février 1795); ministre de la guerre après le i3 vendémiaire, il se brouilla avec Carnot et donna sa démission. Ambassadeur à Constantinople le 19 pluviôse an IV (7 février 1796), mort à son poste le 22 frimaire an VI (17 décembre 1797).
3. Jean-François Reubell, né à Colmar (Haut-Rhin), le 8 octobre 1747, avocat au Conseil souverain d'Alsace, député aux États Généraux le 2 avril 1789: député du Haut-Rhin à la Convention le 3 septembre 179a.
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et Merlin, de Thionville S n'avait été, pour ainsi dire, lié au nôtre ; mais ils nous devancèrent à Paris, où on allait nous conduire, et obtinrent de la Convention ce décret, sans doute bien mérité, mais rendu avec autant de précipitation que notre arrestation avait été injuste et inconsidérée : Que Varmée de Maj^ence avait bien mérité de la patrie.
Merlin crut alors verser un baume sur ma plaie, en me faisant expédier, par le ministre Bouchotte 2, la com- mission de général de brigade ; c'était dans ce temps-là, comme on sait, un brevet pour marcher à l'échafaud, ou,
Enfermé dans