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TOME DEUXIÈME.
HISTOIRE
DE LjI ville de BEAVVMS,
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1800.-1789.
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^YÈcwt-Comi, -<-Le XVII^ sif&de Marque una (période Douyalle dans Tbistoire de nos an- ciennes yilles. Le travail d'unité et de centra- ^lîsalion poursui?! par la royaniè depuis Hugiies-Capel » sauvé d'uiie ruine imminente par Tépèe de Jeaone^'Arc , défendu par la ligne , association de iout^« les forces nationales, est porté A sa pins haute expression par le génie dç Richelieu et le despotisme de Louis XIV. Toute existence politique qui se reconnaissait un pouvoir indépendant et propre , un pouvoir lut generisj est effiicée |Mir la progression constante de Tautorité centrale. Toute- foîa 9 le changement se fit sentir plutôt à l'égard des insti- iations d'origine populaire qui se trouvaient plus directe- ment pissées sous la main de la royauté , et qui s'étaient abritées derrière celle-ci , dans leur lutte contre les élé- rneos de la société féodale. La puissance temporelle des
IV. I
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2 HISTOIRE DB BEAUVAIS.
ëvêqaos à BeaBvais , simple fief de It royawti , et trop peu inquiétante pour celle-ci , se maintint presque aussi com- plète qu'au moyen-Age. Les évèques avaient perdu depuis longtemps les principaux droits de souveraineté , 4els que le droit de faire la guerre, celui de battre monnaie. Ils étaient toujours comtes de Beauvais , pairs de France , vidâmes de Gerberoy, et possédaient encore des privilèges importans qui leur donnaient une grande prépondérance dans les affaires locales , eommo la josiice , la police , etc.
Justice. — Nous avons étudié pendant la période du moyen"*Age , la lutte des évèques contre le droit de justice de la commune. Nous avons vu ce droit réduit presque à rien. Lorsque les rois établirent à Beauvais une juridiction régulière et permanente , t;e lut contre cette dernière que se tourna la résistance des évèques.
Dés i 552, Henri II avait tenté d'apporter quelqbe res- triction au droit de justice des évèques ; il établit à Seiilis un prèsidial uni au bailliage de ce lieu » et qui devait connattro en appel des sentences du bailli de l'évèchè* comté de Beauvais. Le cardinal de Ghatillon , alors évoque , présenta une requête au roi , lui représentant qu'en vertu de sa pairie , les appels de sa justice relevaient directement du parlement. Le roi céda à ses instances et déclara qu'en instituant à Sentis un prèsidial et un lieutenant- criminel , il n'avait entendu en rien innover à la juridictioD de l'évèque , en première instance ou en appeh, en ma- tières civiles y criminelles ou autret : il ordonna que les appels du comté rcssortiraient nûmcnt au parlement , et
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HlftTOIRB DB BBAITTAIS. 5
défendu m prèsidial de Sentis i' entreprendre sar h juri-> diction de Févèque. Les josticiables de celui-ci n'en per- BÎslèrent pas moins h poKer leors appels devant les officiers de SenlîSy el ces derniers à les recevoir ; mais en iSS5, le parlement leur fit défenses d'en connaître à Tavenir : le lieotenant^gènéral et les denx plus anciens conseillers du tbbge flirent même mandés à la barre du parlement pour etitendre les eonelusions foe le procureur-général jugerait â propos de prendre contre eux : TafiiBnre en resta le.
Enfin arrira Tédit de 4581 qui créait à Beauvais un bailliage et siège prèsidial. Celle inslîtution depuis long- tempe désirée rencontra dés l'abord depuissans obstacles. Le parlement , dans lequel l'èvêque , comme pair , avait une grande influence , refusa d^enregislrer l'édil de créa- tion : il fallut lui adresser des lettres de jussion ; Tenre- gistrement eut lieu , cl la cour adressa des remontrances au roi , sur l'atteinte qu'il portait aux droits de la pairie de Beauvais en lui ôtanl son ressort immédiat en la cour (i).
Le bailliage et prèsidial ne jouit pas longtemps de la plèoitadcde sa juridiction. M. René Policr, â peine nom- mé à révêché de Beauvais , obtint d'Henri IV, les Icllrcs- pa tentes de 4596* portant défense expresse au prèsidial, d'entreprendre sur les jusliciables de la pairie par préven- tion 9 en prorniére inslance , par appel ni aulrcment , etne lai laissant que la connaissance des cas royaux et des ma- tières bënéficiales. Le roi déclarait encore une fois que son
(1 ) Héflaoiro pour TéTéque de BeaaTai§ contre le prèsidial.
4 HISTOiaB DE REA^VAIg.
ÎQleniloji f OQ plutôt celle de aes prédéoesseiirs » n'avilit pas été, par l'érection des pFësidîaox , et notMameutde celai de Beaufais, d'inQover aa cessort de la |MHffie. En eonsèqucDce, il dérogeait, en iaat que .besoio , A l'èdit de 1581 . Une portion considérable de sa ; jorîdîetioB m Iroavaitainsi.eoleTéeauprésidial. •M. Potier, < 4U à cette
> occasion, un ancien mémoire, > trouve qae<s'es4ua 9 allenlat è l'hooneor de la pwie, qu'une ilîstraçtieaid^
> ressort qui empêche lepaufre d'être ruiné. » (i)
A partir de ce moment , la guerre commence entre l'évèque et les juges royaux qui ne veulent tenir aHcui compte des lettres de 1596, parce que selon eux, elles se basent sur des litres sans valeur. De 1597 À 1616, il ne se passe presque pas une année sans que les deux ad- versaires ne se trouvent en présence l'un de l'autre h la barre du parlement ou devant le conseil d'état , et toujours l'évêque triomphe à l'aide des lettres de 1596. Pour affai- blir encore davantage le ressort du présidial, il s'aviae m^e de contester à la ville le droit d'avoir une justice , parce que les appeb de cette justice ontélé conservés aux juges royaux. Pendant le reste du XVXI^ siècle , la que* relie fut moins vive ; elle cecommença en 1699 à propos de Ja police : plus loin nous en parlerons. Maisce fut sur- tout pendant l'èpiscopat de M. Potier de Gesvres ( de 1729 à 1772) que la lutte fut le plus vive. Particuliéremenl dans les derniers temps, surtout vers 1760, elle eut ua caractère remarquable d'acrimonie. Ecoutons ce que disait
(1) Mémoire pour le bailliage aa siège présiUial.
HKKOUUB DB BKàmrAtt. 9
d'èpMopaf qui m'éi été umrqfik è Beawraii parla |iBft* da qpMi(]iiM dioîU do roi : la oonotiasaRM da toa dlmea^ ba caaiaea daa ecolèaîaaliqiiaa» dea mMiii naaléa, des nobles, les matiëraa acdéaîaaiiqaaa» les appela eo crimiDel , la police des poids et meaares» rien n'a tu aaeré«r La aonUé t pow^ sanv d'une eipresrfon de Païqaidr , a'eal dibofdé an connaissaneo de toolea oiaUèraa, eniKNttbi» d'olBcien» (abelSona et sargens ; ila nB0ip4 josqu'aoK titras do la jnstioo da loi : ses oBden sTy sont int^odnita an prèjndica des ordon*^ f ponr conaoouner sa sobversion. » (i)
t Li^ bailfiaKe de Bean aia f t yaons-now dans on antra éaril • > avéé poqr leoef oir les appels de qoaire haiU iia0M, n'a pas daoi appela àjngei parsanaioe, soofent paann* Depoia dooae ana, il ne a'y eat plaidé ancooa canae de Magnj et pas da de Glennont. Les bubsien, las pfoanftora » les partiei , ka haots josUciiers , godst pireni pour déponiUer le présidial* Upe portion eonsi* dérable de son ressort loi a été enlevé par les lettres- patentea de 1596» qoe la pairie a indûmenC obtenues. Insensiblenient ha duchés » las pairies», tes marquisats , le roaaort diieal au pariement eonfriront la soHàce du ptèaidial ; il aai rempli de grandea terrea puaédées par dan maiaona illnslrea t 'û a'évanomra. On ne connaît
fXI Eiitttiirlt MOTeraiBeté ptr M. Baqvat.
En «80! 9 lu oakm» ém kiîilitge d« eomlè prenaieDl !«• lilrM d« iMstonint §ànirtd, cml , crioiiDel , etc. ; tToeal général ûttÊi, procm- ïïtot gémérêi OkiI , cMtraireflienl aux ofdouMocaa.
6 HISTOIRE DE BBAUVAIS.
> plas daos le baiHiige et dans la ville de Beairrais prin* 9 cipalemenl que les oiBcters des seigneurs : tout abonde
> en jnridictions. Chaque paroisse a son haut justicier : » chaque filiage , chaque hameau est difisé entre diffé- » rens seigneurs. > (i)
c Les évèquos de Beaqrais, disait-on ailleurs , sont en possession de prescrire contre les arrêts et les ordon- nances ; ils créent des charges , ils multiplient leurs officiers » ils les décorent de titres qui leur sont interdits. La justice , qui ne reconnoit point ceux à qui elle n'a pas imprimé le sceau du serment et de la réception » repousse en vain de son sanctuaire ces hommes étran- gers et profanes ; ils les font asseoir pour juger , ils les dispensent de toute incompatibilité. Ils inondent leurs terres et accablent leurs vassaux de sergens, de ta^ bellions , de commissaires de police , et par une vertu qui tient du prodige , ces sergens , ces tabellions , ces commissaires de police reçoivent leur mission, leur caractère, d'officiers qui n'en ont pas eux-mêmes, (s)»
En i 78i 9 une affaire dénuée de gravité remit aux prises le présidial et les juges du comté. Quelques artisans s'é- tant réunis pour augmenter le prix de leurs travaux, :un arrêté du présidial leur défendit toute association comme contraire au bon ordre. Aussitôt parait un jugement du
(1) Mémoire pour la bailliage de Bea«Taia tar rèrecUon en marf WM^» avec diairaelion de reaaerl , dea terrea d*flailiin et de Hontignj, en fa- tear do doc d*Eaiiaaae.
(S) Mémoire pour le bailliage.
HUTOIRB DB BBAUVAIS; 7
bailli de i'éyèqoe , en qoalitè de jage de police , qai , sans dire un nol de rarrèiè do prèndial , mMUieiil dooMne l^aie la eonrention des artisans. Le préaidial répond en ftisani publier l'ordonnance de ViHers-Collerels(de 4S89), qui défend à tons mattreset^^ompagnonB d'aria et métiers de faire aacon monopole par intelligence entr'eox» et d'établir par association encan tanx de leurs ooTrages. Les jnges dcr comté répliquent à leur tour par un arrêté do 10 décenhbre i78f ; il» se sootienneni être seuls eom- pétens et se prochimenl pompeusement t tes^ dispensateurs 9 naturels de la justice dans la rillè de Rsaufais ; à Tét^que » seul appartient la se^ineurie unÎTerselle ; le titre de
> seigneur est à lui seul aussi exclosiyement que celui de
> comte. (>) » L'arrêté est imprimé, rèpando à prolosion dans la ville , jeté le soir sous les portes des maisons. Cette dernière équipée motire une nouvelle réunioA du présîdîal. Après un réquisitoire longuement développé &q M. Legrand, avocat du roi , et dans lequel' les entreprises de Foffieier féodal, comme dit ce magistrat, -sont sévès rement appréciées , le présidial formule une proleslatîoti dont voici les dispositions fondamentales *: *
fc La juridiction royale a toujours existé comme juAice » principale et ordinaire dans BeauvaM. EHe y eiiAah » avant lé comté qui doit son oftfpàeHV ti^titp Jiron diéveniKo » héréditaire, au désordre et à là licence du X^ siècle ; elfe » y a été exercée sans îiAerruption pw le bàtRiage de SebNs » et par la prévôté d*Angy, récemment rètaiie au bailliage
(t) Arrêté da bailliage el comté-pairie signé LeKuyer.
ft RIBTOIRB DB BBAUTAIS.
3^ de fieaaYats, dans le ressort detqiiek était le Beailfabis ; » et la erèàlioa d'tin baEHiage et siège prèsidial à Beau- 1^ tais» en iSSi» n'est qa'one facilité aecordée par les I rois pour recer^iee de leur joriadictiôn » en transportanl
> dans Beadf ais le siège de ciet exercice entier qiaant au » BeaQTÉisis. »
c La conumine de Beaarais est royale ; elle ne relère » iamédialenient que du roi. Elle ^ été insiitiiée par 3» Louis-le-^os et eoDiraoïée par Louîs-le^Jeune , par
• sa eharle de Tan il 44. Celle du roi Jean de Tan i3S2,
• BMt celte comarane sous la protection et sauYegarde 9 spéciale du roi» lui attribuant pour gardien spécial le
> bailli de StaKs ou son lieutenant présent et futur* »
fl La justice de cette même commune , ou des maire et
> échetiBs , solenaellement confirmée par Tédit de réduc-
• lion deBeaufais en 1S94» et par M. le procureur gé*
> Déral de La Guesie» c<»nmissaire du roi en 159S » est t dans le ressort du bailtage de Beauvais qui est en pos-
> session d'en receroir et d'en juger les appels. »
« Le roi a dans sa directe et hante justice , à Beauvais ,
• les places» les remparts» murs» fossés» contrescarpes s et CartifisatâoBS» et t4Nit ce qui est dans sa main» les » églises etaatres domaines de main morte » existant dans » la moovaooe de nos rois «Tant le Xa siècle » époque de s f intuodaction deg fieb, >
« Le chapitre de la cathédrale de BeauTais a dans sa
> dirarte et linleÎDsIiee «De très grande partie doit fille
> el des tMdKxargi de Beaanû. L'abbaye de SlrSjmpbo-
> rieoypoiiMeaiiasieiidirecleelhaiite}iitticede»por- • lioiii IrM conddfctablea* Cei chapitre et abbaye «ont i daiii la Bioiifaoee iidiDédfale du roi » dans le resiort do » bailliage de BeMifos el daoi une indèpendanee totale » da comté-pairie attaché & Fé? tebé. v
< Mgr. f éfCqiie de Beairada n'est seigneur que d'une V partie de la fille de Beaiifais { sa seignearie et sa joa- » tiee B^f sont point onif enelles ni dans le droit ni dans t le fait« >
f La fille de Beaofais est nne fille royale, dèdarée telle dès le temps de Philippe-Aagoste , et successif e- ment par Lonis-le-Gros , Louis-le-Jeone et plosiaors de lears snecesseors ; dans laquelle existent différentes seq^neories indépendantes les unes des antres » et dans la moofance do roi. Aucane entreprise ou possession tie peut être opposée aux maximes ci-dessus, parce qu'elle sont de droit public, contre lequel il n'y a pas de prescription , qu'il nTy a pas de prescription contre le roi ni contre l'ordre de sa juridictiou, et parce que la négligence des olBciers royaux ne peut nuire au roi. »
t Les lettres-patentes du 29 afril I4S9, principal titre
> ont été surprises au goufemement anti^français , par • l'éféque Caocbon fendu A l'usurpateur anglais. Ces » lettresnefiircntenregistréesqu'aulauxpBriement resté
10 HISTOIRE DE BEAU VAIS.
> è Paris y le mtoie qui trailaii Cbaries YII de soi disait 3» dauphin ; par des enregistremens sqioès Citaient , qui » tenait pour Henri de Lancaslre , intitulé dans les actes » du temps , roi de France et d'Angleterre , tandis que le » vrai parlement français , depuis i418 , siégeait i Poitieis » où Charles VII alla se faire reconnattre roi de France ,
> au mois d'octobre 143S. >
a La formalité des entrées des évéques* les honneurs x> qui leur sont rendus comme prélats et pasteurs » et » dont leurs officiers rédigent seuls les procés-yerbaux , » ainsi qu'ils le jugent à propos , ne peuvent détruire des » faits, ni préjudicier aux droits de la juridiction royale » dans Beaùyais. > (i)
Telles étaient les considérations à l'aide desquelles les magistrats monarchiques du XVIII* siècle défendaient l'unité de loi et d'administration , contre les dernières tra- ditions de la société féodale ; elles étaient d'ailleurs coa- formes à la sieoce historique de ce siècle. L'affaire que nous Tenons de rappeler fut la dernière qui s'èleya entre le présidial et la justice du comté : on touchait & 1 789.
Pouce. — Nous avons vu que la police était inhérente A la justice du comté, et que les lettres de 4422, confir- mèrent à cet égard, l&droit dont les évoques jouis6a\|Dnt depuis longtemps. Nous avons vu encore que ce droit fut aussi litigieux que le droit de justice, au moyen-âge^
(1) Arrêté da 30 décembre 1781.
HISTOIRB DB BBAUYAIÉ. Il
' eotreles offleiers de FëTèqm et h commane. Pendant 1â période moderne , la inènie querelle se contmoa ayee les juges royaux. En 1619 le combat s'engage avec la pins grande vivacité , à propos des rtgfemens qui ont pour objet la police. L'ëvêque est maintenu dans le droit de l'exercer. En 1699 Tévêque devient lieutenant^nèral de police. Le roi venait, en vertu de son plein pouvoir, de créer, pour les vendre, des offices de lieutenans-généraux de police dans les villes qui étaient le siège de bailliages royaux. Aussitôt, Tévéque deBeauvais, c'était alors le cardinal dé Forbm-Janson , prévoyant de nowaeauxfroeèi et toulani m étouffer le germe ^ an dire d'un écrit composé à l'appui de ses présentions , mais plutôt dans la crainte que la vile n'achetét l'office récemment créé, et ne le fit exercer par le maire ou son lieutenant , présente une requête au roi , rappelle les titres qui l'ont maintenu dans la justice et la police unirerselle sur la ville de Beauvais , et supplie S. H. de lui accorder par augmentation les droits attribués aux officiers institués par l'édit de 1699.
Le baflliage intervient : il soutient que « le droit de 3» police générale qui s'exerce en exécution des édtts^ et » déclarations du roi, faisant partie de son domaine, » appartient à S. M. , et par conséquent , à ses officiers.» Il conclue à ce qu'on le maintienne & l'exercer. Le corps
•
de ville et le chapitre réclament aussi un droit de police ; mais l'évèque a le crédit de se faire adjugei^ la charge ; à l'aide d'un arrêt déclarant que, par l'érection d'un office de police , te roi n'a pas entendu porter atteinte au droit de l'èvéque d'exercer la police dans la ville , et
M msTonus db bbmya».
fi» cMe peltea continaera d'Mre fuie par aaa oificietf» Ea eoBséqueaca, il incorpore è la pairie les drmt» et les fonotioDs attribote aux offiœa da Uavianani-ginèral de poiiee» procarew du roi, grelBen et huissiers de.pdicet eidédareque bbailK da comté, oa son lienteBanl , è sa place awa atenee el Toix délibèratiTe dans les asseodUieSt 4e la Tille, iimédiateineaL après le maire. L'ivêque ayant donné à son bailli des provisions de Toffice de liaotenant de police , demande au corps de yiUe nne assemblée pour installer ses officiers dans leorft nonrelles fonctions. Le maire et chacun des pairs ou éche?ins , consultés successi- vement ^ refusent la réunion demandée^ L'é?èque leur répend par une sommation de procéder à la réception de son lieutenant de police^ et fixe la réunion an 5 janvier i700. Le bailli se présente ce jour là à Thétel-de-ville , accompagné d'un notaire, mais il ne trouve personne. Le maire et les échevins ne se bornent pas à refuser Tins- laUatiepi, ils dressent mie protestation formelle contre les lettres-patentes de i699 et contre leur enr^trement , Tévêque se pourvoit de nouveau devant le conseil d'élM qui enjoint au corps de ville de mettre le bailli en possession de ses droits» fonctions, rang, séance et voix délibérative apréa le maire« Foroe fat alors d*obéir*
En 4780, Tinstallation d'un nouveau lieutenant-général de police éleva de nouvelles difficultés. Le corps de ville veuhil plaider contre Tévéque ; il en fut dissuadé par M. Berthier de Sanvîgny» alors intendant de la généralité de Paris, Deux députés furent commis pour s'entendre avec Tévéque. ils déclarèrent consentir é rexécution des
arrtls relafifs à h police el k ee que k fientonant éà police eût Yoii dëlibèrative «près le HMire , et fol «ppelë anx assemblées ginènles et parfienKères. Dans ces derrières la préséance ponvaii douer liea à qoelqaes cooleslatioiis t rèrèque dèdara » pour ce cas iMaienenC , t'en rapporter k la bonne foi da maire.
Eb nSSf Vè9èqft0 phîdail an parieineiit ooftire le pmkr sidial èpropps df» lapoKce. Son bailli pçèlendaît afw soiv sa sonreOlance rhôtol et les artisfms de la mamilaeliirp royale de tapisserie. Le présidial soutenait an contraire qoe l'bâtel affarlenait «é r^î , et faisait partie des.fortifications •t dnd#BMitte«o]ial:ll!eotgaindecaQse, M le parleoNu* dèiandit am olBciars de TéTèfoe de s'immisoer dans cette partie da la police^ et de prendre à Ta? eoir dans leors actes la qnalité de )oge général des napubctuees^ Mais cet échec n'enlevait à révêqoe <pie les droits aKqnab il prétendait sar la flMnufactwe royale ; ponr le re ate» rien éb cbaogè» La rérokitkin arrivait au pas de conrse ; ék aottle Iraacba .éèfiaîtéreiiient la question pendante depuis deoE âiédes mtae Je roi de Jiwce et J'éréqoe «t comte deJBeaufaia.
Chàtellenie. — Le 23 août IGST, Térèque Aaguslin Potier acheta du marquis de jllouy» pour le prix de 1^, 000 livres, la cbâlelleuie avec tous les droits y atta-** cbés» é la charge qu'elle demeurerait réunie à rërèché- oomté. La chAtelleiHe était alors affermée 4,700 livres. A partir de ce moment, les évêques demeurèrent propriétaires des droits de minage, de rèage, et de la police des mesures grains qui appartenaient auparavant au cbl^elain.
14 • H15T01KB DE BEAU VAIS.
. Noos, n'avons rien de ooiiyeau à signaler ici relatÎTement auE autres droits . seigoeuri^in de Tévèque, aux flefs relevant de révèché» et aux autres seigneuries situées dans la ville, comoie le cl^apilre, ta commanderie de St- Pantalëon, |qs çellëgiales de St-<MicJb«l , de Notre-Dame- du-GbAtel, les abbayes de St-Lucien» de St-Symphorien, et de Sl-Quentin. Nous renvoyons à cet égard , à Tlntro- duction de notre i^ volmne. Disons seulement que le trésorier , qui tenait son temporel en fief de Kévêque , fut supprimé en 1673.
Comnmfi. -^ Mous n'employons «ci ce terme que par habitude^ eafr au XVII® siècle il n'y a plm dé eommunes, Bi de eoniniiHiiers , il n'y a que des vittas et desr bourgeois » il n'y a que des • sujets du roi de France. Lea officiers municipaux ne sont plus que des administratewrsJ C'est d'alors que date la science administrative , à peu près telle i|u'on la comprend aujourd'hui. Un publiciste cètebre du siècle dernier rappelle ainsi cette révolution : « Sous 9 Louis Xiy notre gouvernement s'est tout-à-faît arrangé 1» sur «B nouveau système qui est la volonté absolue des » ministres : l'on a abrogé tout ce qui pariâgeait celte » autorité, (i)»
Cependant , à cette époque comme toujours , les ins- titutions survécurent aux idées, aux mœurs politiques , comme formes extérieures , comme habitudes : la vie communale n'était plus qu'un souvenir , les semblans do
(1) CoDiidéraiions sor le GouterDemeat, par <l*ArgoiisoD .
HIBTOIftB DB BBAUVA»; !{{
Kbertë eomniiiiale persislaieiit eneore. Ainsi à BeMiraifl , rèieeiion des officiera muBÎeipeiK se pratiqia jusqa'ér kt fin da XYD^ sièele ; les dèpatès des corporalioDs étaient encore convoqués pour délibérer sor les questions d'b-* lérét général ; mais ces assemblées deyenaienl de plos en plus rares I et lear rôle se bornait à approuyer» à enre- gistrer, pour ainsi iKre » les f olontés dn pouToir. La masse même des habitans montrait la plus parfaite indiiérénee pour oes Veilles franchises locales autrefois défendnes avec tant d'ardeur et d'opiniâtreté. Nous verrons même au milieu dn XVII* siècle , un parti qui fut très populaire à Beeuvais » devancer par ses demandes et par de longs efforts la première atteinte portée par la royauté à l'an- cienne organisation municipale. En cela, du resté, on se- montrait , sans le savoir , conséquent avec la réalité* La valeur et l'importance des institutions communales étaient mortes en même temps que la puissance des individuaKlés féodales avec lesquelles elles se trouvaient en contact ao moyen-âge. Aujoiird'faui , on nême pouvoir soiiveraio » incontesté , s'élevait audessus de Tévêque et comte comme audessus du bourgeois. Les institutions communales ne pouvaient donc plus avoir de signification. Cependant on voit encore les rois confirmer, en ceignant la couronne, les privilèges des villes : ce que fit pour Beauvais Louis XIII en 16i0, Louis XIY en 4646^ mais à la condition de payer finance. Ces confirmations de droits qui n'étaient
I
plus que des mots, étaient donc pour la royauté un moyen de battre monnaie.
La puissance des communes s'étanl abaissée , nul motif
U BII9T0IRB BS BEAU VAIS*
q'existaii de nainteair n» qui cwaolériiait antrefeis le eoa-* moier; phw de «ermeoM qBieonqiie mM hebUèun m et un four U file de BeaQvnîa m deveamt boorgeois ; plw de eea droiU d'tmiei qu'il bMi payer en aerlant de la eom- Mue, 8000 peine de rerter eenlriboahle i mi taiitee , la laîHe n'était plus qa'wi impM do coi ; |da$ de ces dif liiiQ<« iMos àt cQuamaBiattf de fiefSbede Yiwèqg», d'hdiea du ciMpitre, la poesamm d'an fief de révAcbé, la qoaliléde eeaaitaire da chapilie , n'eioliiaît phis eelle de booif eois.
On sait quels pririldgea Loui^ XI accorda aux hebitana de Beaiiyab après le a^ge de 1472 » [NÎyilôges touM-foit peneoBela ; e'éiaîeiH TeiKenipiioD de taiHea » le droit d'i»- ^6rir des fiefs noMea san^ payer le droit de francs fiefs» ieKeniplion de ban et dVrtère-^ban. Nous verrons en par- lant dea impdis , ce que deTini an XVII* siècle l'exemption de iaillea : eelle de payer le droit de francs-fiefs fut con- finnèe par des arrêta en 1634 , 1641 , 16S5. L'exemption de rarrière-ban ne foi mainienue qu'à la condition de payer des taxes pour la conserf er : ce qui arrifa par exemple en 164S. Dans la suite du odème siècle , la formalité du ban ei de Tarriére-ban tombe en désuétude partout » à cause des ebangemeos jolrodiMis dans Torganisation des années.
OFFiGiEas MumoPAUx. -^ Jusqu'en 1675 la composition du corps de ville présente peu de chaogemens : le nombre et les qualifications des ofliciers , leur mode de nomination, le serment , les conditions d'aptitude , la durée de Texcr- çicci etc., sont les mêmes qu'au XVI* siècle; rèlecticn
HttTOIM BB BBàUVAlS. t7
dttnnire» deft-pair»» etc. , se Cnnit UM^Nin f» les mutlres des métiers Totaol par corporatioD ; mais ees assemblées qui deTenaîent chaque jour moins suivies, moins nom- breuses, perdirent leur caractère primitif au commence- ment du XVn* siècle, par l'introduction d*une nouvelle espèce de Totans. f Depuis quelques années, dit Loysel, V on y a admis resoflkters , avt>cats , procureurs et autres > gens de justice , dont y a de présent grand nombre en la 3> Tîlie. » €e fat par um règlement de 1610 que le droit d'élection municipale fut donné à cette classe d'hommes qui ne forma d'abord qu'une Toiz. En 1636, lo corps de ville réforma la carte ou rôle des métiers et états qui JeVaient concourir à la nomination du maire, des pairs, etc., ré- partit en quatre Toix celle donnée en 4610 aux gens do robe , et fixa à 31 le nombre total des voix , en groupant de la manière suivante les métiers et états :
i. Les président, Ueotenans, canseillevsy «vocaC et procureur du roi an bailliage et siège présidial de Beauveis , lieutenant de robe courte, prévôt d'Angy, et procureurs du roi dans la juridiction desdits lieutenans de robe courte et prévôt d'Angy.
% Les président, lieutenans, élus, contrôleurs en l'élection de Beauvais , président, grenetier, contrôleur au grenier à sel, avocats et procureurs du roi en rélection et grenier à sel, le receveur des aides et des tailles.
3. Les juges et autres officiers gradués des justices patrimoniales et ordinaires en ladite ville et faubourgs.
4. Les avocats et les médecins.
IV. a
18 HISTOIRB DE BBAUVAIS.
5. Les commissaires , adjoints» procarears, greffiers et notaires » tant de cours d'église que séculiers.
C Les huissiers , sergens et archers.
7. Les drajMcrs, chaussetiers et marchands de draps teints.
8. Les merciers, épiciers t passementiers^ boutonniers, et scettiers.
9. Les apothicaires , ehirurgiens et inciseurs. iO. Les drapiers drapans et marchands de laine. 1 1 . Les laneurs et arsonneurs.
là. Les tondeurs^
13. Les tisserands.
14. Lessergiers.
15. Les peigneurs.
16. Les taTemiers, yinaigaiers et brasseon.
17. Les boulangers.
18. Les pâtissiers, charcuitiers, lardlers, graissiers, bouchers et poissonniers.
19. Les orfèvres^ étainiersj plombiers et fondeurs.
20. Les maçons, charpentiers et couvreurs.
Si. Les quincailliers, couteliers, armuriers, fourbis- seurs, éperonniers , chaudronniers , épingliers , aiguillo- tiers.
32. Les fëronniers , maréchaux , taillandiers , clouliers.
23. Les teinturiers , chapeliers, bonnetiers, peintres et YÎlriers.
mmoÊME im bxauvaib* 19
24» Les UDiieim, mbfftmn , gasUerd et pelletiers. 35; Les eordoDDters et eorroyeufs.
26. Les cordonniers en Tienr.
27. Les sellîers» bastiers» cordiers.
28. LesmeDuîsiers, toonelierset charroDs.
29. Lesbrodeors, tapissiers, joaîlliers, fripiers et taiN lears d'habits.
30. Les tourneurs et ranniers.
31. Les laboureurs, vignerons etairiers. (i}
La réception des maires était accompagnée des mêmes cérémonies qu'au moyen*âgc. Sous Tépiscopat de M. Au- gustin Potier , Tusage s'introduisit que Téveque conduisit le maire à la tribune où il prêtait serment ; cette formalité tombée ensuite en désuétude fut rétablie rers lé milieu du XYIIl^ siècle. L'éTêque , ou en son absence le doyen du chapitre prenait la droite du maire : le lieutenant-général au bailliage et présidial prenait la gauche. Lorsque le doyen était aussi absent , le lieutenant-général conduisait seul. Après leur prestation de serment , le maire et les pairs nouîellement élus étaient reconduits à leur demeure par les membres du corps de yille , par leur famille et leurs amis , et les gardaient à souper. Ces festins municipaux donnèrent lieu à un règlement somptnaire que nous trou- vons au registre des délibérations , sous la daté du 27 juillet 1658, et qui porte:
(I) Registre detdèlfréraliou.
c Sur ce qu'il MHrok éfêriMnotiltfè qati- le kiM et la dë- I pense des festins 911 te font p«r moMieure les maire et
> pairs lorsqu'ils sont nommés en leurs charges, aug- i mentent annuellement» en sorte que s'il n'y est pourvu, I cela pourroit aller à l'excès , a été délibéré que , à » Tavenir ; lorsque MBf . les mafires seront élus en lenrs t chargei^ pour la première fois, il leur sert loisible I de donner un souper et y convier tel nombre de per-* 9 sonnes qu'il leur plaîra , comme il s'est devant pratiqué ; » À l'effet de quoi, après qu'ils auront prèle serment, » et parlé en la place de commune, en la manière accou- » tumée , ils seront directement conduits dudit li^u en > leurs maisons» sans toutefois qu'ils puissent le lendemain 9 donner à dîner à messieurs du corps de la ville , cQmme » il a ci-devant été fait , et lorsque lesdits sieurs matrea A seront continués en leurs charges , ils pourront le joue p de la prestation de leur serment , convier & la oérèraonio 9 ceux qui y sont ordinairement appelés , et autres per- 9 sonnes que bon leur semblera ; mais ne pourront 9 donner k souper à autres qu'à ceux dudii corps de 39 ville ; à l'effet de quoi ils seront directement conduits X» de ladite pbce de la coiomune en l'hôtel commun , où 9 ils remercieront ceux qui auront assisté à ladite çéré- ^ monie, et y seront lesdits sieurs maires priés de faire le » soupier qu'ils pourront donner ledit jour audit corps de » ville très modeste, et à moindres frais que faire se
> pourra : comme aussi a été arrêté quQ lorsque messieurs » les pairs seront ébis la première fois en leurs charges , » soit qu'ils soient un , deux ou trois nouvellement 9 nommés , il ne leur sera pour eda toisible de donner
midii i0orpft4e fille fii'uB 0m1 refMi lans autre b«if«ei le lendoBaiD ; ell,'90,maixtBmc(mmm»4eiifibMo%àe «eux DoaiiellMientilii»;<et I#r9^'ib aeronl qtiatre o« plos^gNtti oombre d'oneipâoie tMWHoalioo , en «e , dob compris eem qui seront continaès , H leur sera eo ce cas loisiMede doDoer à lears frais conranins comme dessvs , deux repas audit corps de tille » et sans tracuo autre repas le lendemaiD, et seront aasn exhortés lesdtts sleors pairs de faire lesdits banquets , les plus modestes que fiiire se pourra, et au cas , lesdits sieurs maire et pairs foudroient excéder Tordre ci-dessus prescrit, le corps de yiHe n'assistera point aux festins qu'ils feront. »
Ed iGSSj le roi érigea en titre d'offices formés et héré- ditaires » remploi de procureur de la commune avec le litre de procureur du roi d^ la TiUe , et l'emploi de greffier de le noAirie. Le corps de TiRe acheta ayec les deniers eooMnDOS ces offices , et demeura ainsi en possession de son droit d'élection ; seulement, chaque nouveau titulaire gu*i| nommait , se faisait pourroir par le roi et prêtait serment entre ses mains. En 1676, le nombre des pairs fut réduit de moitié par ordre du roi, et le mattre des Torteresses supprimé : le corps de Tille continua d'en com- mettre un , mais sans gages. Q^mi à la mairie , il y fut pourvu à piu*tir de ce moment, tantôt par commission royale, tantôt par élection. Enfin, en 1692, la vénalité envahit toutes les fonctions municipales. En 1699, le bailli du comté-pairie , obtint comme juge de police , le premier rang après le maire. Enfin, il passa en règle que parmi les six échevins (le nom do pair était complé-
2S HISTOIRE DB BEÀlfVÀfS.
tement oublié) , il y en attrait tofijoars trais pris:^ttnni les officiers de justiee. Dans 1^ teoranl du 'X Vill* itède, les élections forent à diférsefs reprtsebi^tiifiUes et aboKes , comnie noas le verrons en traitiant de cetto^é^onpie.
Quant aux privilèges per809Diel$.des maires , auK wages municipaux, comme les prèsens de YÎlle^ les feux de la St^ Jean, nousnetrçuYonspasdechangemens depuis le moyen- ftge. Beauvais a aussi conseryé les mômes arn^irief «
AssEUBLÉEs. — Les exemples d'assemblées convoyées pour délibérer sur les besoins et les intérêts de la ville sont fréquens au XVII* et au XYIII* siècles ; ainsi , on eb voit en 1617 pour l'établissement des Minimes & Beauvais , en 1627 pour celui des Ursulines , en 1658 pour ^^s chan- gemens réclamés par un grand nombre d'habitans dans Torganisation municipale ; ^n 1707 pour la conversion du taillon en droits d'entrée, en 17S3 pour la reconstruction de Thôtel-de- ville ; en 1762 pour la cessation ou la pro- rogation du don gratuit et pour les mesures , mais ces assemblées n'ont rien de fixe dans leur composition. On y Toit appeler tantôt les oIBciers municipaux honoraires et les prtcipaux bourgeois et habitans^ au son de la cloche, tantôt des députés des différens états et corporations , et des communautés régulières et séculières de la ville et des faubourgs. Une seule assemblée, celle de 1658, fut composée des députés des compagnies privilégiées et des quartiers. Mais à aucune époque on n'y voit appeler les personnes qui n'étaient comprises dans aucun corps ou communauté : on les regardait comme non convocables. Le nombre des représentans à raison de la force rehtive
de^ corps» com|MgBies ou corporatioDs re^rtoealées « o'a rieo de déienniiiè. La BUnitoe d'opiner est sujelte aux mômes Tarialîoiis* Les voix se premeDi iaulôl par corps 4 Uoiôt par lèles. La mftme încerUtude 9e remarque daos les f^umoBs coBToqoées éam las {«eaiiers temps de la rèfohitioii*
Les Taoïf-CoR»;. -^ Ed retraçant le tableau. des insti^ titutions du moyen-âge à Beauvais ,. nous ayons parlé d'une espèce particulière d'assemblée qui se composait des hommes de 6ef de l'évèque , des députés du chapitre , et de ceux du corps de ville ; ce fat l'origine des Trois^Gorps» assemblée dans laquelle Tévê^ia au XYII^ siècle , siégea en place de ses fieffés , et qui prit alors une existence régulière et permanente ; ses attributions consistaient dans l'entretien et l'administration des. maisons de cha - rite et d'instruiition publique » comme l'Hôtel-Dîeu , le' Bureau des pauvres , le Collège » la surveillance et l'em- ploi des deniers levés pour la subsistance des pauvres , la création des grands établissemens publics » enfin loutes les questions qui intéressaient la salubrité de la ville. La voix de l'évèque était teule^puissante dans cette assemblée : le râle des deux autres corps , le chapitre et les officiers municipaux , ne consistait guère qu'à adopter l'avis qu'il avait fonnuié. (i)
(i) On Ut d«iu un mémoire présanié a« gjird»-dei-M«aax , en 1773^ conearnmit radminîflraUoo do collège :
« M. rèTèqoo ou ton repréieaUnt dûait : La chaire de efi Taeanle :
» Je Boimiie ua tel. Lef d^pntét dei deux corps répoodaioDi ordinaire- » ment : Noas le nommons. Le mémoire da chapitre qoi est an greffe » da parlémenl , énonce en termes exprès qoe les deax corps n*aTaient » d'antre faealté qae d'opiner du bonnet.
24 BlSTOiRB DE BSAfrVAlS.
Les registres des dèlibènilioos <]es Trois-Corps fiwfeti donner une idée des tramaan tes ptos «eportans de cette assemblée. Ainsi en 1669, èpo<(Qe de disette et de eherté, les Trois-<!!orps errèteat qae les ixHdaogers et les boachers forains seront reçBS dtns k Tille ^ et pourvoient par d'autres règlemens à la subsistance des pauvres. (Délibé-^ râlions des 26 avril, 25 mars , 24 mai). — En 1664, la manufiicture royale de tapis est ttabtie. L'entrepreneur ne monte des ateliers qu'après avoir pr&senté aux Trois- dorps les lettres qui autorisaient son entreprise, et après avoir obtenu le consentement de rassemblée. En 1666 et 4668 ta peste se répand en Flandres et en Picardie, jusqu'à Amiens; les Trois -Corps prescrivent et font prendre toutes les mesures nécessaires pour en préserver ]Çeanvais. £nl706, ils ordonnent l'entreprise des fontaines publiques de Mîauroy à Beanvais , et la poursuivent avec activité pendant plusieurs années , Avec les deniers levés sur les habitans, nobles, ecclésiastiques ou bourgeois; mais l'insuffisance des fonds fait abandonner le travail. En i7S2, ils décrètent rétablissement des pompes & feu , auquel contribuent le clergé et la viHe ainsi ju'^ a toujours été fait pour les secours pubKes. En 1776, pour arriver A l'exécution de la déclaration royale relative aux sépultures, ils s'occupent des moyens de transporter les cimetières hors de la ville. Ces exemples que nous avons choisis entre cent autres montrent suffisamment qu^e était la compé- tence de cette assemblée.
Attribdtxopis MimiaPALES. - Justice. — Le droit de justice du maire et des pairs ou échevins est le même
pendmt répoqae debl nom mon ôcciponM ip'A la fin Ai XVI* fiiècle. Kb eonnâueRt à f exdosioii de Unm aakrts^ des brigues et des eabtles f» «vit Ues dans lès filecfioiis nranieipales , des eolrages «l injores eonrers les membres du eorps de Wlle , des questions' de disetplkie et dés dilié* rends entre les eom^agnes priTilègièes(i)» des ^déiito militeires eomnris per les bourgeois montant h garde, {dans ees deux derniers cas , ils jugenl eonjcrfalemeBlavtw le fieutenant de eapitslne) ; tb ent toute juridiction sur les remparts et les fertificatioBS : enfin ils stalueait sur les menues affaires oomme If s rixes , les itffures entre parti«- coliers. Il y a de nombreux exemples de l'exercioede oette juridiction. Ainsi le 4 août 1658^ un bourgeois nommé Jacques Lemaire, conyafificu d^ayoir solfieité plusieurs personnes de nonmier pairs certains particuliers par M désignés » est condamné à comparoir en la chambre dtt secret de rhûtel-dé-Ttlle , pour y être blAmé et répri- mandé f et en huit firres parisis d'amende , appficables à la forteresse , avec défense de récidrrer à peine de punition exemplaire. On trouve d'antres jbgemens pareils rendue en t68S, i69i. Des condamnations en réparation d'hon- neur sont prononcées en 1643, i644, 1648, 4679, 4676, 1681, 1709, 1718 contre différens individus pour discours injurieux entersles officiers municipaux. On voit en 16S8 et autres années , des condamnations à Tamende , pour refus de service et indbcipiine de la part des bourgeois de la milice. En 1694, une information contre des parti-'
(i) Dn luxèi 4ù 165$ fit d^renae espresfe to bailli da comté de con- naitre dei délits commb ptr les eompagnies prinlégiétf.
96 H18T0UB D% BBAUVAiS*
culiers pûqr «ymt insulté et makraitè uo capilaioe .quartier qui ?oukit les faire aller à ud iBcendte ; une ai 6D 1796, à roeoaaioa d'une rixe sorvenne dans le cb de Si-Pierre f enire les ooaipaguies prÎTiKgièes ; des < damnations au carcan et au bannisaeineDt pour roi gabions sur les remparts en 16S7 ; des procédures cri nelles en 1641 oovtre un seigent qui afaU ouvert de les portes de la ville ; en 1670, contre des fraudeurs avaient bit entrer à main armée des marchandises pardes les remparts ; d'autres endore » à différentes époqu pour eSiraclion aui portes de ^ ville , dégradations murs f etc.
Malgré la possession constante de la ville , les oflic du comté prétendaient obstinément à la juridiction remparts et des fortifications. Ainsi» en 1657, un cada est trouvé dans les fossés prés de la porte de KHôi Dieu. Le lieutenant de maire se transporte sur les lie et y rencontre les comtistu, comme on disait alors ^ venaient de leur côté , pour faire la levée du corps ; il somme de laisser & la ville la connaissance de Kaffaire* bailli du comté loi répond par une sommation de faire le les écluses, pour qu'il puisse procéder A la recherche noyé , menaçant , en cas de refus , de briser les portes forteresses qui. appartiennent, 4î^'~îl> ^ Tévéque, et d la ville n'a que la garde des clés , en sa place , et en tei de guerre seulement. Le lieutenant ne s'effraie poini ces menaces, et procède seul à la levée du corps. Le b se transporte alors à la maison du mort et fait défense rinhumer jusqu'à nouvel ordre ; mais cette maison
iroufak dm» lé itnortdcr Ih JuilicedocliflipiiM. Nouveau conflit $ tes oAderg du ehopitre tMioteMeni contre reâtre- prise d» êbmlè : enfin , te' connaissance de l'aiFairç de^
meore à la ville seule.
> .
Les Ibiiélioaa de lieaftoiattt de maice «ftieBl élé ooo^ serrées pm YmM de 167& qp rédnsit ie nonAre de^ pairs c elièi céssiffénl lors de l'édit de 169l9 q^i inti^- duisit la vénalité dans les cocpa de viUe. Alors 1^ éche-? vins commirent le plas ancien d'entre eax pour les eiteroér^ EHea forent* rétablies au XVHI^svèele ; Tappel de la joatca de riiMei;da-vilia ae portait au bailliage et siège présidîàl.
Paaica^ «-• CopMi noos favons vu daos le précédent tolttQie« lay^lice de la ville appartenait: presque entière- ment à Tèvérfia, Gepeadant le corps de vîHe avait le droit ^ de rendre seid les ordonnances nécessaires .dans les cos de réjotûÉsanaes ppbti^s, ce qfà doBOait lieu parfois à des conflits ridîciiles avec lea offilHers du comté* Ainsi , en 1688, fera des feux de jieie .et des illnminfttions ordon- nées podr la naissance du due^'de Bourgogne , petit-fils de Looia XIY, lea bagmatltfs doileasboor de viHe forent arra- chéea» eft plaine me» par )é pcQcnreur fiscal de révéqne. En 1 781 1 à r dceafeioit dea Më$ qiii célébrèrent la naissance du dauphin, pieaiiafc 0a de.Xoiib XVI, les oflicîisrs du comté ayant publié concurremment avec les échevins un arrêté de policé, céa' derniers ftirent mainteiias par le conseil d'état, dans la possession de surveiller les r^ui^ aances publiques è reicluston de tous les autres.
S8 HI8TOUIB ns BBAVYâttU
àDimasTULTioif • — Les fodolioni ^iamÊÊx^timê des tehtfvios eoDwtaieai d«« la surfeUlonoe de la recette HI de la dipenBe de la viHe ; la rè|iartitioii dea isqiMitioKa animée que la taille , celle des logemens da geii de guecre ; Tentretien des chemins » des chaussées et des ponts ; nh arrdt dû parlement , de i69S , leur comifinM b drok' de paver el de dépaver saai demander ranlorlsatiqn de tè^ Yêque ; «nfia , ils a^ent ime part dans itadminlstratioir des h^auK et d« «oKège.
Etat iduTiOBi im la GtiiBioic&. ~ Le oqpitafaie de Be8Q?tts^ seai chef noKtaaré dé là viHe., dtait DoDJoaÉ*s à la nomination du roi. D'après Tusage locale le litre de gouverneur lui était interdit. En 1609 , le baron de Yillers- Hosdene , aIor<« capitaine de Beaufa» , /étant ûrti tulé goutemeiK, la ville , le chapitre et M. de BiiM0ârs , gtéod bailii» y formèrent oppotfitiôii. M, de Vfllars^osdeno ^ s*élant démis en 4613 , le roi donna sa charge à Micotae Dauvet , eomte Des Hareta , grand faMoanier de France » dans la femille dttquei elle se transmit par aunîfanee ja^ xfoîk la finda XVII» siècle, lia arrêt do eensaff, rendu en 1610, à propos des fortjBeations de la ritte, donna au comte Des Marets la ^aitieétion^égMVerneur. Plusieurs éehefÎBs forent eofoyés sar-tendWAip en déppMion au^ près de ce seîgnew, pour obtenu* de W ipi'il ne s'en pié^ Talftl paa« il répondit ainsi au eorpa de viNa :
M
c MeasiemWy j'ai tnitenda par la faouche de MM» Boi-*
> leau, Hainoques et Génrd » ea qui étoii de votre défîr ,
> touchant TanTèt que j'ai poursuivi pour vous aider à
raccommoder yotre lille ; 3$ Toas diront comme ils m*ont troDTë plus que disposé à tous j donner toole sorte de contentement : la qualité de gouverneur y ayant été insérée plutôt par mégarde que de guet-à- pens. Vous protestant ne Taroir jamais désirée ni affectée , ni voulant , ni prétendant autre qualité que celles dont il a pld an roi m'honorer , et auxquelles je désire vivre et mourir , pour son service et le vôtre, en ce que j'en aurai le moyen ; dont vous prendrez tous, s'il vous plaît , ferme assurance , étant véritablement , messieurs , votre voisin et le plus affectionné de tous vos amis. 5^^Desmarets. Du li août 1619. (i)
Le comte Des Marets étant mort en 4633, le corps de ville promit à son fils un présent de 4500 livres en argen- terie , s'il se contentait d'obtenir des lettres-patentes du roi , qm lut conférassent seulement la qualité de capitaine : ce qui fut accordé de part et d'autre.
Au commencement du XVIII^ siéde, la famille Des Marets étant éteinte, le maréchal de Boufllers obtînt du roi la charge héréditaire de gcuvemeur et capitaine de Beauvais.
Les fonctions de lieutenant du capitaine subsistèrent jusqu'en 1692, Alors furent institués des lieulenans de roi , en titres d'offices héridilaires et vénaux , avec pouvoir de convoquer et assembler les maire , échevins et babttans,
(1) Registre des délibérations.
90 HISTOIBB BB BKAUVAIS.
pour leur faire entendre les ordres nécessaires pour le service du roi. Le premier qui en fut revêtu à Beauvais fut Jacques Imbert , parisien , protégé de Bonterops , valet de chambre de Louis XIV. En 1766 , il fut déclaré qu'on ne pourvoirait à cet olBce qu'à vie, et que la finance s'éteindrait par mort. On y attacha des indemnités ou appointemens au taux de dix pour cent de la finance, avep défense de recevoir aucuns droits , pensions et gratifica- tions sur le produit des octrois.
Le nombre des compagnies privilégiées fut porté à quatre en 1614 ^ par la création de celle des canonniers (i). Un arrêt du conseil d'état, rendu Tannée d'avant, avait maintenu les coQipagnies privilégiées dans le droit de tirer chaque année un prix sans demander la permission de l'évèque. Au XVIIl® siècle, les compagnons arquebu- siers prirent le titre de chevaliers de Tarquebuse. Leur jardin se trouvait alors transporté hors la ville , près du franc-marché. Celui des canonniers était situé près de la porte de Bresles. La composition des compagnies de quar- tier ne subit point de changemens. En 1694, il fut créé des oflBces de capitaines, lieutenans, et de milice bour- geoise ; mais ils ne trouvèrent point d'acheteurs. Le corps de ville se maintint dans l'usage de nommer les officiers.
Sauf de bien rares exceptions , le service des compagnies privilégiées et de quartiers fut sans activité pendant le
(1) En 1628 , Beauvaii foarnit ploiieori piècei d*artillerie poor le liège de la Rochelle En 1683, trente pièces de caoon portant lea inacriptions dei corps de métiers qai les avaient fait faire, furent enlefées par ordre du roi et transportées k Paris.
HISTOIRE DB BBAUTÀIS. M
Xyn* et le XTin* sléele. Elles n'étaient plus qn*iine es- pèce de décoration obligée des fêtes publiques. Leur rOle se bornait à figurer aux entrées ^es souverains, des princes, des évêques, aux feux de la Saint^ean, aux processions , où elles escortaient les châsses des saints. Le rang qu'elles devaient occuper dans^ ces cérémonies donnait parfois lieu à de Tires contestations. En i6S7, à rentrée de mademoiselle d'Orléans, les compagnies pri- vilégiées, ifit le registre des délibérations de la ville, B* émurent en grande contestation, au grand scandale - public , pour leur préséance , et ne voulurent point obser* Ter l'ordre prescrit par le maire et les pairs. Les capi- taines furent mandés à TbOtel commun , pour être biftmés et recevoir l'injonction de garder à Favenir les usages observés jusqu'alors. En 4726, des rivalités du même' genre firent nattre un débat bien plus scandaleux : c'était à l'occasion de la procession de l'Assaut , célébrée chaque année le 27 juin en mémoire du grand siège de 1472. Les compagnies se trouvaient réunies à Sl-Pierre, pouraccom* pagner les chÂsses ; chacune d'elles prétendit marcher la première à la procession ; il s'ensuivit une lutte corps à corps au milieu du chœur. Cette scène étrange provoqua des poursuites extraordinaires du corps de ville.
L'ordonnance militaire de 4750 défendit aux milices bourgeoises de s'assembler sans la permission du comman- dant de place ou lieutenant du roi ; lorsqu'elles étaient sous les armes, elles devaient reconnaître l'autorité de cet officier et de son état-major.
3il HISTOIU DR BBÀD^VAIS.
On 8«it qa' an moyen-Âge ,, Beauvais ne recevait poîol de garoMOD ^ ce privilège lui toi confirmé en 1594* , mais lorsque lea anciens usages de localités acbeTëcent de tomber ud à un devant Tègalitè de devoir, TexempUon de garnison disparut conune tant d'autres. Malgré les termes formels de Fédit de rédaction, le régiment de Brésé fat envoyé en garnison à Beauvais le 20 novembre 1654. La viHe en obtint décharge au bout d'un mois moyennant finance. Depuis cette époque, il ne s'écoula presque pas d'année que des troupes ne vinssent prendre leurs quar- tiers d'hiver è Beauvais. Nous verrons dans le cours de cette histoire é quels désordres elles s'y livrèrent quel- quefob. En 1678, Beauvais. se racheta de garnison ; mais ce n'était encore \k qu'une exemption passagère ; aussi quelques années après, on y envoya loger des troupes de la nufison du roi; pendant la première moitié du XYlll* siècle , hr viUo reçut différens régiraens de cavalerie et d'infanterie.. En 1750, les gardes du corps commencèrent à y résider. Cet usage* persista jusqu'à la révolution.
BisRS DE LA coionnui.— La ville est toujours pauvre et obérée ; toutes les propriétés consistent !<> dans l'hôtel commun , S^ dans les deniers patrimoniaux , 5® dans les droits sur la vente du sel et dans les octrois. Les deniers patrimoniaux » les droits sur le sel et les octrois étaient , avec les levées extraordinaires et les emprunts que la royauté lui permettait quelquefois de faire , sa seule res- source pour payer ses charges annuelles et ses dettes.
Les deniers patrimoniaux étaient ceux qui devaient ,
BnrOliB D% BBAUVAIB. 33
sans aoeoBO aSèctaiion spéciale , senrir à l'acqait de tootet les efcarges de la eomiDunaolè : ils eonsisUieni l'.dans quelque» redeyanoes de peu d' itnporlanee , comme le fermage de I* office de grefier de h mairie , le loyer de deoi eelliers de f bMel-de-yille , de deux lies sîtaées dans la rivière près le Moulin-Allardt et des fossés des aires près St-André » cdGq quelques rentes foncières » et quel- ques antres sur rb(ytel-de-yille de Paris , le tout s'éTevant à 440 ou 450 liyres par an ; S"* dans le produit du droit de chaussée. Ce produit présente de grandes varia- tions au XYII* siècle. De 1637 & 1658 il est de 600 livres , en 1647 de 864 livres» en 1655 de 348 livres seulement. Eo 1670 , il atteint 960 livres. Un arrêt du 85 mars 1687 ordomia le doublement de ce droit , et dédara qu'il serait payé par toutes personnes , exemptes ou non exemptes , pririlègiées » ecclésiastiques ou gentilshofflmes , à Texcep- Itou seulement de THôieUDieu, du Bureau des pauvres el des religieoses de St-FraD^ois. Par suite de cette mesure , le droit de chaussée s'éleva eo 169S à 8,405 Hvres. Ce- pendant les chanoines refusèrent coostamment de s'y sou- metlre , et un accord qu'ils passèrent avec la viHe en 1 790 consacra leur exemption. En 1 795, le droit de chaussée Ibt de nouveau doublé pour faciliter au corps de ville l'acqui- sition des offices municipaux récemment créés* En 1746, le conseil d'état maintint les maire, pairs, fari>itans et communauté de Beauvais dans la perception de ce droit qui devait être levé sur tontes les marchandises apportées en voilure ou sur une bête de somme , selon le tarif sui- vant: 1<» par chariot, un sol trois deniers tournois, S"* par charette un sol , 5** par cheval ou autre bête de
IV.
84 HISTOIRE DE BEIUVAIS;
somme » trois deniers. Les troapes da rot et les messagers étaient seois déclares exempts de ce droit. Méanmoinsles privilèges précédemment établis continoérem de subsister. Le droit de chaussée fijt encore une foisdooblé pour 30 dns en 171(3 , poor subvenir 1» la rèédification de rhôteMe-ville.
Le droit perçu par la ville sur la vente du sel était de 10 sous par chaque minot. En 1672, il se trouvait affermé pour 400 liv. ; son produit était consacré & renlrelien des fortifications. Quant aux octrois, ceux antérieurs à 1656, avaient la môme destination ; et ceux créés depuis cette époque servaient au paiement des dettes de la ville.
Les oeirois dont la ville jouissait en 1636 n'étaient autres que ceux établis par Charles VII deux siècles au- paravant , -et continués depuis lors sans interruption. Es 1636, les Espagnols envahirent la Picardie; Beauvais me- nacée de siège entreprit de nouvelles fortifications , et lev8 parmi ses babitans deux régimefis qu'elle équipa et sold è ses frais. Pour faire face à ces dépenses , la ville contracl us emprunt de 60,000 liv. pour le remboursement duqu< elle obtint en 1637 de nouveaux octrois ; tout le mond devait y être «oumis , privilégiés ou non privilégiés , nobb ou non nobles ; mais le clergé sut s'en faire exempter* I 1663, le roi doubla ces octrois, en réunit îane moitié son domaine , et laissa l'autre à la ville.
Les officiers municipaux pour réaliser l'emprunt qu' vaienl nécessité les événemens de 1636, s'étaient adrei à des particuliers et à des communautés ; mais n*ay trouvé personne qui Youlut accepter la ville pour dëbitrî* ils avaient été forcés de s'obliger en leur propre et pt
HlâTOlHB DB BBAUVAIS. SU
nom. Poar les rassurer contre les poursoites des créanciers, il fut fait les 90 et 21 juillet 1648 une assemblée générale qui décida que les membres dn corps, de ville, alors en charge, s'obKgeraîent personnellement et solidairement au paîemeBi des rentes et arrérages dûs aux prêteurs , mais seulement pendant la durée de leurs fonctions ; et que leurs saccesseors passeraient de semblables promesses et ne poQrraient même être élus qu'à celte condition.
Cependant la dette s'augmentait de jour en jour : plu- sieurs familles s'y trouvaient engagées. En 1669 ; les héri- tiers de Nicolas de Regnonval, de Pierre Dampi^rre, d'Yves Darie , anciens maires , ceux de Cardin Yacquerîe , de Nicolas Gallopin, de Pierre Héraade, de Louis de lïully et de Nicolas Fournier, anciens pairs , fatigués des pouniuites des créanciers , présentèrent requête au conseil d'état , tendante à ce que le corps de ville fut contraint de procéder à la liquidation de toutes les dettes de la com-* mune. Cette opération fut ordonnée ; elle dura deui ans : en 1672» on reconnut que les dettes de la conunune, avec les arrérages et intérêts , montaient à 21 1 ,000 livres ; les revenus étaient de 12,969 livres, provenant, lo des de- niers patrimoniaux qui s'élevaient à 1,044 livres ; 29 des droits sur le sel ( 400 liv. } , et du produit des anciens octrois ( 3,400 liv. )» et de ceux de 1657 (8,125 liv.). De ces 12,969 liv. il fallait encore retrancher 7,532 liv. pour les charges annuelles et ordinaires ; il restait donc 5,437 livres.
Pour couvrir ce déficit on établit de nouveaux octrois , qai furent affermés 30,300 liv. : le clergé y fut assujéli.
36 BISTOIRB DE BBAUVAIS.
mais en se faisant payer par la ville , par fonkie d'inden»- niiè f UD9 somme annuelle de 500 litres. Cet èlat de choses ne tarda point. à porter ses fratts» En 1680 » dans une requête adressée au conseil d'état, le maire et Jes pain représentèrent que les droits établis sur les marehaBdises apportées à Beauvais par les forains, et sur les étoffes, avaient complètement ruiné le commerce et les manufao- tures. Une assemblée des maîtres des métiers fîit convo* quée : tous n'eurent qu'une voix, la suppression des derniers oairois. Cet avis ftil accueilli par le conseil , et pour indemniser le roi de la part qu'il prenait dans ces droits, ceux qu'il partageait avec la ville lui furent attribués en entier. Il ne resta plus & la commune que les octrois dont elle jouissait ayant i656. Les guerres désastreuses qui signalèrent les dernières années du règne de Louis XIV, l'épuisement des finances , le besoin de réaliser le prix des offices municipaux , en mettant les villes à même de les aeipérir, un emprunt nouveau de 80,000 livres contracté par Beauvais en 1710, pour fournir au roi les donsgra- tuAê qu'il hii demandait ; tout cela fut cause que les octrois qui se levaient soit au profil du roi , soit pour la ville , lurent soumis, en 1711 et en 1719, à des doublemens qui fwrent continués avec quelques modifications jusqu'aux der* niéres années de la monarchie. Le dernier acte de prolon- gation que nous trouvons est du 21 septembre 1784.
A partir de 1063, les baux des octrois , qui auparavant étaient passés dans les municipalités , se firent pardevant les élections* Les villes faisaient adjuger la part qui leur revenait dans le produit , et le fermier général des aidiçs
HISTOIRB Dff BBA€VA1S. 57
pouTail s'en rendre adjudicataire à Venehère. D'après dey arrêts de 1780 et i757, si le bail ne lai restait pai^, c'étaient néanmoins ses oonunis qui èiaiem elMi^ de la perception an profit de Tadjàdiealaire » moyennanl m% deniers poor lirre des produits , josqo'à concorrenee du prix2<lu bail , et on son sur les produits exoédans.
Eo 1669, Louis XTV ordonna qœ les r«09Tenn des deniers ^ooamuis 0t d'octrois coaipteràiMt defani les^ cbaiEibreâ des comptes» L'édit de juin 171B créa Amm toutes les yilles deux conseillers trésoriers» reeeTeorsdss deniers communs et d'octrois » et deux conseillers-contrô- leors-férificatears. Les fiUes ayaient là (acuité de ieTer ces offioes et de les réunir à leurs nmmcîpalités » naifr Beanrais, bote éo fonds, se troufa hors d'étal de les acquérir. ïn 17S1 , la Tille iniormée qu'nn perticnlier oflDraii de les acheter , et désirant se conserver les taxa- tiens qu'ito étranger perceTnst sur ses refemis, paya 90,000 Imw pour rénnir cesi efloes à sa noonncipalitè. Le thre eo demeura étaîni et supprimé, et les droits, taxations , privHéges et exemptions qai j étaient attachée , forent réunis ei incorporés ndifisibieflBent et comme pa* lrimoiae« an eorpa de ville qui commit des employés à lé reeetle des deniers communs et d'octrois»
L'édU de 1764 reiatif ft l'organisation monicipale dis- tJttgMil entre la comptabiiilé des rerenns patrimoniasK et celle des demers d'.octroL Les comptes des re? enua pa- trimoniaux devaient Aire rendus annuellement, et après avoir été vérifiés dai» une assemUée^ de notables , être
58 HISTOIBÉ DE B2AUV1IS*
portés devaûl le baîlliagd pour être d^s , arrêtés et jagés*. Çfivt des octrois , après fèrification fembleble , deyaient passer au bureau des fioaDces, et de là aux chambres des comptes» mais seulement de trois en trois ans. Il résuka de cette distinction qu'en attribuant à des juges difiérens les diyerses parties de la comptabilité communale , il de- venait difficile de connaitre les doubles emplois (i). L'édit de 4764 ayant été abrogé par celui de i771 , les comptes des rerenos patrimoniaux rnreni portés devaol rintendani de la généralité , et ceux des deniers d'octroi deyanl la chand>re des comptes.
CiUftOBS BT nâPBRSBS lOGALBS. *^I7ous trouTOfis dans ràrrèt duocDseSdaSl déoembieil672, rendu pourfa liqui- dation des dettes delà. YiHe , l'état des dépenses oïdinaires deBeauTais : elles se montent alors & envÎBon 7,500 lir. ; celles des fortificatioBa » tourelles^i corps de garde » portes , pont^levis» barritoes^ édbset, etc., y figcùreot en pre- mière ligne pow a,600 liv« ; les autres d^peues siMH les frais d'administration , quelques cens et surcens dûs à l'èvèque, les gratifiiGatîoDB dea eon^MigBiea prÎTilègiées , |e t^rs des réparations du oallége, les prèsens^ ville, les gages des officiers munuipaux tA des divets emplofés de la Tille, l'indemnité amiuelle.de 300 fiv^ die au dergè pour sa soumission^aux octrois , etc. En 1692 , les dé- penses ordinaires de la ville étaient de 6,000 lifres.^ L'état des dépenses était arrêté d'abord par Tintendant ,>et sounais à l'approbaUon définitive du conseil d'état*
{1) Dupitt, Histoire •dniniitritiTe des wnmvBei.
UISTOIU DB BBAUVAI8. SO
Imi^Ats , Taille , Taillon. — * Dans les premières Muées éa XVII* siècle , tas bourgeois de- BeaoTais eommencè- reot è payer aa roi «ne somme aimaelle de 6»000 livres , pour tVfe mamieiius dans leur exempiion de (aille. Un ai^èi da conseil du 25 lévrier 1658» confirmé par des ieUres-fnteDles » déclara que les habitons jouiraieni de cétio eftempUoD , oa continoaiit de payer comme par le pMsè 6,000 Mr. de subv eniioD annuelle.
Celte subvenlion B'èlaîi' destinée qu*à racheter de la taille : §ns9i Wssa-t-'eUe subsister le tadlkm qui avait été rétiMî w ifiSS malgré Tédit de réduction , non plus sous son premier nom , mais ;Hir /brvM Ja jM&stiUmc^ , potir tenir etiim de la gendarmerie. Cet împM d*abord peu con*- sidénble» devint aussi onéreui que la taille mômCy soit à causé de .sa répartition inégale qui entretenait des se- meeees de hawie, de division et de procès entre les bibitans » et les faisait déserter en grand nombre pour se rçilfer avee leurs bjens dans les villes franches , soit pour le tort qu'il faisait au commerce (i)* H y eut des anoèei en 1675 et 1676, par exemple > où le taillon fut payé jusqu'à trois fois. En 1708, le corps de vilTe cédhnf enfin au cri public , se mit en devoir d'en demander la conver- sion en droits d^oclrois qui se lèveraient au profit du roi. Le maire Loisel et M. Hotte, pair, passèrent près de six mois ft Tersaiiles en solHcitatiooif auprès de la cour. Ils avaient è combattre les plus vives oppositions de la part des officiers de l'élection et des commensaux du roî qui
(i) Bef «èle des naire «t pain a« osMeil.
tê HttTOIU X>B BftAVVAIS.
étaient esempti du UbUod, nuiit-toiimii aux octntis. Ils finirent néanmoins par remporter, arec l'appui de M» de Momay^ abbé de St*<Qaenlm^ et le crèdh do cardinal de Forbin-Janson ei da maréebai de BoofBers. Le 13 noara 1708, on arrèi du cooseil ordonna la eonmutation du taillOft en droits d'entrée qui seraient pernod ad profit da roi par augmentation de ceux déjà enstaot^ Le S a?ril , Tabbé de Mornay arrlu à BeauTaia «ree Tarrêl si longtampe attendu, que portait on sergent de la ville accompagné de qoatre pairs, MM. Motte, de Notly, l)riot et André Mi(^hel. Le 24, les bourgeois apprenant Tarrivéè de M. de Forbin-Janson ^ se thtrent sous le^ armes pour te reeetotr et lé remercier des peines quil avait prisés en fttedr de la ville. Lel«^mai„ Tarrét Ait publié è Beaotftis > et le inème jour , une grand' messe du St^Esprit ftii eélébrée à St-Etlenne , paroisse de Th^telHle-Ville , p«r l'abbé de Mornay , en présence des officiers mnnicipaâtf , dk bailliage et présidial , et des juges du «omié^padié. La cérémonie fut acccMnpagnée de décharges de mousquéterie et' d'ar^ tilieriè exécutées par la milice boo^eoise.
LoasuiiT DB usNs DB «UBBRB* -« Cette charge était une des plus lourdes. Lors du passage des troupes dans les villes où il n'y avait point de caaernesjii on les logeait che;E les habitans qui devaient leur fournir le feu» le linge et le sel. Quelquefois cet imp^t » au lieu d'ôtr^ ffsyé en nature , l'était en argent ; les habitans en payant une somme d'ar- gent demeuraient quittes de logement.
Les ecclésiastiqoes étaient exempts du logement des troupes : on ne trouve qu'une exception à ce privilège »
HISTOIBK DB BBADTAIS. 4A
cefaldansuDcatexIraordioaire, Ion det èvteetMOi de 1636. Une lettre 4e OBebei èlendU an clecgè roUigalioD commune* En 1650 ^ le» membre do pr6ti4iàla]eiitTedQ> se (aire exempteri le coq» de yille iotenmil ao oonoeil d'éiât qui déclara 411e lea oflieiars da prèfidlai coDtti- baeraient aux logediODS» am Anaa de Iqgwnanâ el ipx^ élapes des troapes. Un aatre arrêt de i66S débouta le grenier à ad d'im» prétention aernUaUe^
t . ' '
PoHa GBiTjDiTa^-r C'étaient dee impôts ^ne. les roia' frappaient sur lea filles pour une ou piœiears années, en les autorisant à créer des oetrois nouyeaux ou à augmen- ter les anciens : ce qtie fit Louis XIV en 1710 ; Louis XV en 1788k Par un édH du mois d'aoûi de cette année,
•
Louis. XV ordoote ^a'il serait payé à titre de don gratuit > pendant ti% années cooiécutives , par tontes les vill^, bourgs y etc. , les sommes portées sur un état de fixation annexé à Tédit. Un arrêt du conseil du mois de mai 1759, accepta les offires laites par les maire, écherins et babitaas de Beauraîs, de pajér au roi, en quatre tèimes, de trois en trois mois chaque , la somme de 60,000 Kr. , par forme d'abonnement, pour tenir lieu de don gratuit. Pour fitci** liter le paiement , le corps de yille fut autorisé ft empran- ^ ter les 60,000 Ut* , à constitution de rentes au dernier tingt, ayec hypothèque sur les biens et les reyenus de la ' commune.
UiuGB. •-* Msona quelques mots de Timpét du sang« La leyèe de la miGce était forcée et se faisait par le tirage ^u sort. Les roturiers de 16 à 40 ans y étaient appelés ; mats
4fi HISTOIRE DB BEAUVAIS.
il y eifdà de nombreases classes de pritUégièes. t Le S5 » ftvmr 1703, « dil unaneien manuscrit , » partirent de » Bemirais 110 soldats de reeroes de milice, que le roi » . avait demandés aux commanaulës de la Tille-. L'on eut » bien de la peine A les trouver et aobeler : on paya jus* »' fu'à 200 liv. pourqne^quesnans. « (i)
Pour avoir le tableau, complel des impéte tarés par ia royauté , il faudrait ajouter à ceux que nous avons énu- mérés, lesjîdes, la gabelle (s), les octrois, les sommes Ittvëes par forme d'emprunt on de secours (3), les contrit butions frappées au passage des rois par la ville (4)> les taxes destinées à l'entretien des prisonniers de guerre , dpnt il y eut parfois un grand nombre à Beauvais (S) , te droit de joyeux avènement, sorte de dpn forcé , au moyen duquel les souverains en ceignant la oourdUne coiifirroaient
(41) CoDtÎBiiatîoii da Joarnal de Jean ttollet.
(S) Ifuieari arrêU de la coar d«a aléea dCfendireni de délivrer du •el , à la gabelle , audeMoas d*ao <|aari de mÎBOi , el obligèreni de «e pourvoir cbes les coDectears particdireri oïl regrëtiera p<mr avoir ou se nartager noe qoaaiUA moindre. Le naire et les paira Comèrcni opp^ tition àces arrèU en 4632. En 1667, la cour des aides permit anx babi- UBf de l'aasocier deax pour partager un qodri de ttiinot.
(3) En JniHet 1659 , Lents XIV deaianda à la ville «a 4e«e«rs volon- taire d*argent pour son voyage de Guyenne.
(4) En 1663 , en 1670 , la ville Uti imposée ponir les frais de l'entrée deLonisXlY. A celle dernière entrée , bien quHl »*y ooi-par osdr» même du roi , que peu de cérémonies, la dépense payée par la ville fut de S, 300 livres. "-
(5) En 1&43 , on logea k Beauvais des prisonniers espagnols faiu h la bauille de Rocroy. Il y en avait encore en 1647, 1653. En 1658, plu- sîeiiri oflWera anglais y furent gardés. En 1708, le roi envoya & Beau- vais 200 bommes pris h la bataille de TEffing en Fjandrea. Ces prisonniers éiirîent ordinairement enfermés dans les tonrs. En 1746, 700 bollandais furent envoyés â Bean.Taif , avec ordre du roi de lea loger dans les maisons de la ville.
HffiTOIRB DE BBAUVIIS. 45
les prÎTilëges an tilles, h êapitattoD^ le vioglième; enfin , ces mille combinaisons du génie fiscal des danK derniers siècles dont la nomenclature serait aussi longue que fastidieuse.
Corps nés métiers. — On ne eonstdèraît comme corps de métiers, comme communautés , que les professions dont les fois particulières , les statuts » étaient autorisés par des lettres-patentes enregistrées au parlement. Nous afons fait remarquer dans l'époque précédente que les statuts des métiers , lors de leur rédaction , étaient com^ muniqués à TéTèque et au corps de ritle : c'est ce qui eut tieu en 1661 pour les drapiers» en 1679 pour les épiciers- merciers, etc. ; en 1711 pour les cordonniers en vieux, en 1731 pour les menuisiers. On sait que les étèques avaient le droit , le jour de leur entrée solennelle dans Beauvais , de délivrer des lettrés de mattrise , dans un des corps de métiers de la ville : H. de Sëint-Aignan voulut en 1714 user de cette faculté en faveur d'un perruquier; mais le pariement déclara cesr lettres sane.efet»
Nous n'avons aucuoe particularité à signaler penijbnt cette période relativement aux corps des métiers de Beau- vais ; ils étaient comme ceux de toutes les autres parties de la France ^ régis par le système des maîtrises et ju- randes, dans Jequel le droit de travailler était déclaré un droit royal, que le prince pouvait vendre « et que le sujet devait aclieter. Ce système, sauf une courte iolerruption , se prolongea psqu'i l'époque de la révolution.
Officiers royaux. — Beauvais était fe chef-lieu d'un
44 HISTOIRE DB BBAUVAlâ.
btiUôige et siège pr6sidial, d'ane diaubre prèTÔiale, d'uite électioii » d'un grenier à sel.
Nous ayons dit qu*Henri III institua le bailliage e( siège prèsidial de Beau vais en 1581, Le ressort de cette joridiction coinfireDait outre BeauTais^ 137 villes, bourgs et villiiges » savoir 66 distraits du bailliage de Senlis^ 40 du bailliage d'Amiens, et 31 de celui de Laon« L'èdit de création disait que les appels des bailliages de Clermont , de Montdidier , de Cbaumont , de Magny- en-Vexin , pour la partie qui avoisine Beauvats , ei ceux de toutes les justices dans les cinq lieues autour de la ville seraient portés au nouveau siège , ainsi que les appels des juridictions exercées dans la ville , les faubourgs et la banlieue ; et ceux du vidamè de Gerberoy, encore qu'il soifc tenu en pairieé Nous avons vu comment ce ressort fut amoindri par les lettres-patentes et les arrêts que l'évèque o^intdu roi et du parlement. En 1749, la prévôté d'Angy fut réunie au bailliage et prèsidial deBeauvais,
Les oiBciersdor bailliage et siège prèsidial eempreniienl outre le grand bailli, un président, lieutenant-général civil et criminel , un lieutenant particulier assesseur civil et criminel, neuf conseillers, un avocat et un procureur du roi , un greffier en chef et deux commis. Il y avant en outre un receveur des consignations , un commissaire aux saisies réelles , cinq huissiers , neuf procureurs, L'édtt de 1771 y attacha une chancellerie pour la conserv|ition des hypothèques ; elle se composait d'un garde des sceaux ordinairement pris parmi tes conseillers , du conservateur des hypothèques, d'un scelleur et d'un greffier avec quatre huissiers.
aiSTOIRt DB BBAinrAIS. 41$
La ditfge de grand baillli d'èpëe de Beaovttg créée par Henri III dans la Cunille de Boirfllerft, pasaa qilelqiies années avant la réfolukion, dans la mmson de Grillen ; ïe cooaie de GrilkHi fol installé comme grand bailli de Beau- vais le 15 jantier 1789. Celle cérémonie présente quelque parlieolarilés enrîenses.
Le comle de Grillon se rendil de réfèché où il était descendu à rhôlel-de-ville » accompagné d'une dépulalioli du présidial el d'un grand nombre de genlilsbommes , et reyélu de rhabît de cérémonie de grand bailli d'épée » aTec le manteau de soie noire , la loque à plumes et l'épée au côté. Introduit dans la salle d'audience » il se plaça sur un fauteuil disposé dans Tenceinle du parquet » avec un tapis aux armes du roi. M* Hillon de Montherlant , avocat au parlement et au bailliage , debout et découvert ( M. de Grillon assis ) , requit la lecture et renregislrement des lettres de provision et de Tarrèt de réception de M. de Grillon au parlement. Ensuite M^ Millon et le comte de Grillon s'élant couverts » sur Tin vi talion du lieutenant par- ticulier, qui présidait , Tavocal fit un compliment au grand bailli et au bailliage ; le greiBer ayant lu les lettres et Tarrêt , les gens du roi se levèrent « et M. L^grand, avocat du roi 9 prononça un discours relatif à la solennité , adressa au comle, au nom du bailliage, des remerdmens pour le don qu'il lui avait fait du portrait en pied du roi , et conclut à ce qu'il n'empêchait pour le roi renregislrement des lettres et de rarrèt. Le lieutenant particulier recueillit les voix, fil un compliment au récipiendaire, et finit par donner acte de la lecture requise , ordonnant que Tenre-
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gislremenlmrail iiea; puis qniitani socsiège, il dit au grand bailli : < MoDaieur, yeuillez prendre au fauieail do nège'» » le rang el la séance qui vous appartieoneot en Terta de
> l'office de grand bailli d'èpée, dans lequel j'ai rhoonenr
> de TOUS installa. » M. de CriHon répondit par un compliment pour la compagnie ; ei les causes ayant été appelées 9 H' Goujon, avocat, plaida et fil entrer dims son discours un éloge du grand bailli. Le plaidoyer terminé, le lieutenant particulier se leva ainsi que M. de Grillon et les conseillers, fecueillit les opinions, en fil part au grand bailli , et prononça ces mots : c M. le » bâilIi dit que la cause est continuée à huitaine. > L' au- dience fut alors levée et le grand bailli reconduit à Tévêché dans le mémo ordre qu'il en était venu.
La chambre prévôtale se composait du lieutenant de la maréchaussée, d'un exempt, d'un assesseur^ d'un pro- cureur du roi et d'un greffier. Elle jugeait avec le présn"
dial les cas prévôtaux.
L'élection était la deuxième de la généralité- de Paris ;
son ressort dans le dernier état comprenait 1S3 villes, bourgs et villages. Les officiers étaient un président , un lieutenant , six élus^ un procureur du roi^ un greffier; deux receveurs des tailles étaient attachés à ce siège , auprès duquel exerçaient deux huissiers et trois procu- reurs. L'élection supprimée par un édit de mai 1788 Tut rétablie par une déclaration royale du mois de septembre de la même année , et enfin abolie définitivement par la révolution.
Le grenier â sel ne commença à Taire un corps séparé
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H1«grOUB OK BBAUTÀIsS. 47
de rèleetioDqQ€B 1675. Il était composé d'oo préisident, d'un greoetier, d*oD cootrôienr » d'an procurear du roi, d*iui grelfier, d'un recefeor et d'on huissier.
JosTiCE CONSULAIRE, — Lo (Shaucelier Lhospital après avoir insCilué à Paris en ISôS, une justice consulaire » s*empressa d'en former dans toutes les yilles importantes. Un édil de juin 1564, rendu sur les instances des habitans de Beauvais eux-mêmes , établit dans celle yille un juge él quatre consuls des marchands c pour le bien public et 1 abhréTiation de tous procès et diSérens entre marchands • qui doivent négocier ensemble, de bonne foi , sans être > astreints aux subtilités des lois et ordonnances. > Le maire et les pairs devaient former une liste de cinquante bourgeois notables et élire parmi eux le juge et les quatre consuls.
Le cardinal de Chotillon » évèque de Beauvais , s'opposa è rearegistrement de Tèdit de 1564» mais le parlement passa outre. Depuis dix ans » Beauvais avait joui paisible- ment de sa juridiction consakire » lorsqu'en 1575» l'é- vêque Nicolas Fumée présente aaconseiï d'état une requête dans laquelle faisant valoir sa qualité de seigneur temporel de la ville » il se plaint c de ce qu'aucuûs marchands et » particuliers avaient obtenu» sans qu'il eut été oui» » d'élire un juge et quatre consuls» afin de connoiire »«du faii de marchandise, ce qu'ils laisoieiit au grand » préjudice tant de lui » évêque » ^que de ses sujets. » 11 est renvoyé au parlement et fait assigner les juge-consuls à fin de suppression de leur juridiction.
Les consuls se pourvoient au conseil. Dans le cours de
48 mSTOlM W BBAUXAIS.
riDflUmoe , ravocat de TèrAque déclara < qu*H ne Toolnii » «Bipôcher leiLercice de h jatiékiioé eonsulaîre ; mais
> qn'il avoit ^ulement pouriiiifî le rendement aor ieelle » pour éviter qu'elle entreprit sur la justice ordinaire du*
> dit évêque. i Le 20 septembre 1580, arrêt qui ordomie que les habitans de Beauvais jouiront de leur juridiction consulaire. Opposition de TéTèque ; il désavoue son avocat, demande à être remis dans le même état que devant 9 afin de renouveler sa demande en suppression , et que dans le cas où la justice consulaire serait maintenue, le roi déclarât qu'il profiterait des émolûmens du grefie de cette justice* Le roi avait, en mars 1580, réuni à son domaine tous les greffes des justices consulaires , et les avait érigés en offices et adjugés, moyennant finance. La demande de Tévêque est consacrée. Un arrêt du 25 sep- tembre 1581 remet leé parties en Tétat où elles étaient Sfaot fe 20 septembre li^ ; maintient néanmoins rérèc- tion des canaols, mais à condîtioo que l'évêque ait les ^molAmens du greffe pour (elle part et portion quil avait la justice de la viUe ; et ordome que les marchands et babitans le mettront en possesaion dans les six mois. Un «aeond arrêt condamna les consola à restituer à l'évêque 4» qui défait' lui revenir dans les émolûmens du greffe, depuis sa fNise de possession de févê^ jusqu'à Tédit de mars 1580. Depuis cette époque jusqu'à la révolution, le commerce de Beauvais paya à Tévêclié une indemnité annaeile de 200 livres pour le greffe.
Institutions religibuscs bt civaBS. - Eglisb8 coll£- GULES. — Dans une assemblée des babitans de la paroisse
HISTOIRE DB BEAU VAIS. 49
de SuEiieif ne , tenue le 21 décembre 1740, le curé ex- posa rîmpossibilité dans laquelle il se IrouTait de subTenir aux besoins spirituels et temporels de la paroisse , tant qu'il ne serait assisté que d*un yicaire ; il déclara que la fabrique y épuisée par les réparations qu'elle avait été obligée de faire depuis plusieurs années et dont elle était encore redevable 9 ne pouvait entretenir d'autres prêtres, et que le seul moyen de secourir la paroisse était de sup- primer le chapitre pour avoir en place des habitués. Une requête présentée à cette fin à Févêque fut accueillie , et par un décret du 27 octobre 1 742 , confirmé par des lettres-patentes du mois de novembre suivant , la suppres- sion du chapitre de St-Etienne ou St-Vast fut ordonnée » ainsi que l'union de ses revenus à la paroisse.
Le chapitre de Si-Nicolas fut supprimé par un décret du l^"* septembre 1785 qui ordonna l'union de ses biens au chapitre et à la mense capilulaire de la cathédrale , érigea dans cette église quatre nouveaux titres de canonicals et semi-prébendes égaux en droits, honneurs et revenus aux quatre existant , avec affectation spéciale et exclusive de deux des quatre canonicals ainsi nouvellement érigés, aux prêtres du chœur de la cathédrale à la préscnlation et nomination du chapitre en corps; et des deux autres, ainsi que des quatre préexistant , aux anciens curés du diocèse, qui y auraient exercé le ministère tant en la qua- lité de curés qu'en celle de vicaires ou d'habitués pendant an moins quinze années. Ce décret fut confirmé par des lettres-patentes du mois de décembre de la même année. Par suite de ces changemcns , le nombre des églises collé- IV. 4
SO HISTOIBB DE BBAUVAIS.
giales de BeauTais n'était plus en dernier lieuqae de quatre^ St-Hichel, St-Barthèlemy , Sl-Laureot et Notre-Dame • du-Châtel.
Paroisses. — La paroisse de St-Gilles ayant été suppri- mëe par un arrêt du parlement du 12 février 1657, et répartie entre celles de St-Etienno et de St-Quentin » le nombre^ des paroisses de Beauvais se trouva réduit à douze » savoir : St-Pierre ou Notre-Dame de la Basse- Œuvre, Si-Etienne» St-Sauveur, St-Martin, St- André, Sle-Madeleine, St-Laurent, Ste-Marguerite et St-Thomas , pour la ville ; St-Quentin, St-Jacques et St-Jean, pour les faubourgs.
Arbates. — II y a peu de changcmens à noter à ce sujet depuis le noyen-âge. On trouve encore aux portes (le la ville, St-Lucien , abbaye d'hommes de Tordre de St-Benoit, où la réforme fut introduite en 1663; St-Syro- phorien , autre abbaye de bénédictins non réformés» dont la mense monacale fut réunie au séminaire au commen- cement du XVllI'' siècle ; St-Quentin , maison de cha- noines réguliers de St- Augustin où la réforme fut établie en 4656 ; Tabbaye de Pentemont , filles de Tordre de Citeaux , fut transférée en juin 1647 dans la ville , en l'ancien hôtel de la chfttellenie, et en avril 1671, à Paris, au faubourg St-Germain.
CouvENS. — L'ordre de St-Dominique et celui de St- François, ces deux grandes atles de la phalange monas- tique au moyen*ûge , fondèrent t Beauvais , dans le XIIl^
HISTOIRE DB BEAUYAIS. 51
siècle, les coavens des jacobins et des cordeliers(i). Les religieax et les religieuses de TUdlel-Dieu (ordre de SU Augustin ) , y existaient en congrégation dès cette èpoqoe. Au XV^ siècle , s'y établirent les sœurs de St-François ; enBn » au XVII® ^ deux nouveaux courens d'hommes et un de femmes, les capucins, \ei minimes et les ursulines.
■Cmh
(1) Les jacobins, oordeliers. elc. tinreot plusieors foisi Beaoftisdes chapitres généraux el proTÎDciaax de leur ordre. Ces soieDDÎtés étaient ■ccompagoées de messes, de sermons, de processions et de thèses, etc. En 1005, il y eut chapitre général , el en 1635, chapitre provincial des cordeliers. En 1606, chapitre général, et en 1640, chapitre provincial des jacohins. En avril 1686 , antre chapitre général des cordeliers avec des cérémonies extraordinaires. Il v avait environ deux cents de ces religieux présens. Ils firent des processions à St-Pierre avec le St-Sacrement, et le chapitre les recoodnisit jnsqn^à Téglise da couvent ; il y avait no re« posoir à rhôlel-de- ville. En 1695, les jacobins tinrent aussi nn chapitre général , mais avec moins.de pompe. Le XVIil« siècle en offre aassi pla- sienrs exemples. On vit plas d*une fois dans les thèses ou dispales théo- logiques que soutenaient les religieux à Toccasion de leur chapitre , se manifester cette liherté de pensée et de parole qui caractérisa en tout temps les ordres mineurs. Ainsi, nous lisons dans un ancien manuscrit à propos du chapitre des cordeliers , en 1687, le passage suivant :
o Grand bruit an sujet du Père"*', cordelier, qui prescha sur la puis- » sance du pape et sur le péché de St-Pierre qn*il traita de bagatelle
V ( à St-Pierre où ces pères preschoient au matin) Le chapitre éioit » irrité : on voulut les interdiVe, mais le Père Courtaut fit une espèce » de rétractation pour ledit père... On soutenoit aussi Ions les jours des » actes dédiés à Tévesque, au chapitre, au doyen, au présidial, à Télec- » tion, au maire et au corps de ville, à Tabbesse de St*-Paul et au sieur » Antoine Paomart , syndic de leur couvent ; et ce, dans la nef de leur » église, dans la chaire du prédicateur. » (Continuation du Journal de Jean Mollet.)
On trouve aussi dans le journal mannscrit de Tépiscopat de M. de Gesvres : « Le IV^ dimanche après Pâques , 3 mai l74i , les cordeliers » tinrent leur chapitre provincial. Il dura huit jours ; il y avoit sermon » le matin , et l'après-dinée thèses de théologie. Le salut ensuite et la » bénédiction du St-Sncrement. H s'est trouvé dans ces thèses dédiées » aux différons corps de Beau vais et abbayes voisines , quelques propo- » sttions mauvaises. Dès qu'ils en eurent donné des exemplaires dans le
V publie , il y eut un murmure général , et les grands vicaires ayant » envoyé chercher les supérieurs majeurs de ces religieux pour leur de- » mander rétractation et explication publique , ils y acquiescèrent sur- » le-champ. Elle fut répandue dans la ville et fut le contre-poison des » propositions peu mesurées de ces thèses cordelières , et servit en même « temps de réponse h la dénonciation des curés. »
88 BISTOIRB DB BEAUVAfS.
Capucins. — Ed1603, H. de Joyeuse, capucin» connu sous le nom de père Ange, ayant prêché à St-Pierre, èmul tellement le peuple , que les Trois-Corps lui permi- rent d'établir à Beauvais un couvent de son ordre. En novembre de la même année, le clergé , les communautés , les habitans se rendirent processionneilement à une maisos située près des remparts, dans le voisinage de Téglise 8t-Gifles , et où quelques capucins avaient déjà été logés': on y planta la croix en grande cérémonie. L'incommodité de ce local qui était bas , étroit , mal distribué , le voisi- nage du jardin des arquebus^iers où avaient lieu de nom- breuses réunions de miliciens qui s'exerçaient au tir, firent songer à trouver un autre emplacement. Les ca- pucins acquirent hors des murs de la ville un enclos appartenant à Thôtel-Dieu où l'on fit toutes les construc- tions nécessaires ; ils s'y établirent en 1607. L'église fut consacrée sous Tinvocation de Sle-Angadrôme , la pre- mière pierre du matlre autel ayant été posée en 1604, sous l'invocation de cette sainte.
.Minimes. ^- Pendant la vacance de l'évèché en 161 7, un religieux minime nommé René Leclerc , natif de Beauvais, étant venu prêcher le carême dans celle ville, résolut d*y établir un couvent de minimes. Il obtint l'auto- risation du chapitre et demanda celle du corps de ville qui ordonna qu'une assemblée générale des habitans notables serait convoquée à l'hôtel-de-ville , pour donner son opinion. Cette assemblée eut lieu le 22 mars.
Les opposans s'y trouvaient en grand nombre : ils di- saient que révôché étant vacant , il ne fallait rien innover
HISTOIRR DUr BBAUVAI3* 53
|KmdaDi ce temps ; qu'il fallait prèalableaient prendre l'avis noD senlemeBt des cures « m&is aussi des ordres religiett;^ déjà établis dans la Tille ; qu'il valait mieux poursuivre U réforme oommencée aux jacobins, que d'introduire de. Doureaux religieux qui pourraient causer la mine des an* ciens ; que la ville et le pays étaient pauvres et ne pour- raient doter les minimes sans imposer de grandes charges aux familles ; enfin , qu'on ne justifiait pas du consente* ment du roi , et qu'il était préférable d'attendre que les minimes eussent obtenu des lettres-patentes et que l'é- vAque nommé eut pris possession du diocèse* La majorité se décida cependant en faveur des religieux , disant qu'ils seraient d'une grande utilité au pays et à la viHe , par leurs confessions » prédications » visitations de malades « etc. « et que loin d'être à charge au peuple » ils apporteraient un grand soulagement aux curés du diocèse. L'évéque Au- gustin Potier donna son consentement le 2i8 janvier 1618. Les prenuers minimes réunis à Beauvais célébrèrent pen- dant quelque temps le service divin dans la chapelle de St-Pantaléon ; ils se retirèrent ensuite dans la paroisse St-Gilles où leur couvent demeura jusqu'à Fépoque de la révolution (i).
Urscuubs. -^ Ces religieuses désirant avoir une maison de leur ordre à Beauvais obtinrent en 1626 par le crédit de la duchesse d'Orléans , femme de Gaston , frère do Louis XIU, des lettres-patentes qui leur permirent de
(I) Les bèiiiMM ooeopés p«r tes mmimcs aa cohi de la roe Selletta fureol coDTeriia en théâtre, lort de la rétolotion.
64 HISTOIRE DE BEAUVAIS.
s'établir dans celte ville , pourvu qu elles eossenl le èon* sentement de l'èvêque et des habitans ; ces patentes furent adressées au corps de ville avec deux lettres de cachet, l'une de Gaston , duc d'Orléans , et l'autre de la duchesse sa femme > donnant à entendre qu'ils avaient fort à cœur l'admission des ursulines ; le maire et les pairs envoyèrent sur-le-champ auprès des princes une dèputation pour savoir avec plus de certitude si c'était bien leur intention que ces religieuses fussent mises à Beauvais ; la duchesse répondit que c'était elle qui avait demandé les lettres- patentes , et qu'en cas de consentement de la part des habi- tans, elle manifesterait en toute occasion son affection pour la ville» Les députés étant de retour, une assemblée générale fut convoquée le 11 mars 1627. L'autorisation de l'èvêque était déjà donnée ; il en fut fait lecture , ainsi que des pièces citées plus haut , et d'une lettre de M. Des Marets , capitaine de la ville, qui pressait vivement les habitans.de donner leur consentement.
Lorsqu'on en vint à consulter l'assemblée, il y eut un grand conflit d'opinions, dit Louvet. Les partisans de la nouvelle institution soutenaient qu'elle serait de la plus grande utilité pour la ville qui était remplie d'un grand nombre de Glles pauvres à qui les ursulines donneraient l'inslruction religieuse gratuite ; qu'il valait mieux avoir ce couvent à Beauvais , pour y mettre les enfans de la ville , que d'envoyer ces derniers à Amiens, Pontoise, Paris, etc. ; que c'était d'ailleurs le désir de la duchesse d'Orléans , et qu'il fallait bien prendre garde de la contra- rier parce qu'elle pourrait s'en souvenir dans les affaires d'ii;»po: lance.
HISTOIRB D£ BBAUVAIS. tf3
Oû répondait à ces considëratioDs que les lellres- ]Niteiiiesdoiil il avait ëlë fait lecture ne mandaîeQt pas aux maire et pairs de bire une assemblée d'babilaos ; qu'elles étaient seulement adressées au parlement et au bailli de BeauTais » et que le corps de ville devait attendre leurs ordres ; que l'assemblée actuelle faite prématurément , était pleine de brigues ; que rétablissement des ursujines n'était ni nécessaire « ni utile; qu'on ayait déjà les reli- gieuses de St-François qui tenaient des écoles de filles ; ^'il y avait assez de convens à Beauvais pour ces der* niéres ; que s'il y en avait parmi elles qui n'avaient pas les moyens de se faire admettre dans ces maisons» à couse de la fmblique pénalité de l'entrée d'ieeUeê , il ne fallait pas espérer mieux pour l'avenir des ursulines , qui ne rece- yraient que les riches et repousseraient les pauvres comme le démontrait la pratique ordinaire des abbayes voisines ; qu'il fallait d'autant plus prendre garde à un tel établisse- ment que depuis quelques années on avait institué un couvent de minimes » et que dans un rayon de six ou sept lieues autour de Beauvais , il y avait dix-sept abbayes , cinquante-trois prieurés , vingt-six chapitres » non compris les coounaoderies » léproseries , hôpitaux » cures ^ cha- pelles , etc. y de manière que l'église avaii accaparé les onze douzièmes du revenu des terres dans le Beauvaisis ; on ajoutait que personne ne se présentait pour faire la fon- dation du nouveau couvent , et qu'il ne fallait pas avoir égard à ce qu'on objectait que les filles qui y entreraient le doteraient (i) ; que la simonie était bien à craindre dans
(1) Toas les coo'ilet on& déeUré iUiciiw.iBl «iiMOBiafaes lot cooieolioiif faites entre les comniDUDaolés religieMes ei les familles, <Uiis le but de
M HISTOIRE DE BEADVA18.
la ville de Beauvais puisque personne ne s'y opposait » et qu'elle était tolérée par les trompettes de Féglise qui se taisaient et restaient muettes au lieu de la signaler; qu'ayant gagné depuis longtemps les abbayes du Beauraisis et tenant comme assiégée la ville dans laquelle elle n'avait encore pu pénétrer qu'en cachette » maintenant que les ursulines seraient reçues , elle y entrerait publiquement sous le prétexte de la dévotion » malgré les défenses cano* niques , au vu et au su des gens de bien ; on concluait donc qu'il était bien plus utile de refuser l'admission des reli^ gieuses : qu'il n'y avait déjà que trop de couvens en France , et qu'il valait mieux entretenir les anciens que d'en créer de nouveaux. (^Q^U^ qu^ pût être la valeur de ces objec* lions f la majorité fut encore cette fois favorable au nou* veau couvent. Cette résolution ne pouvait être douteuse ; il suffit de savoir comment s'exprimaient les lettres-pa- tentes : c Défendons à toutes personnes de quelque qualité » et condition qu'elles soient de donner aucun empêche- I chement à ladite fondation et arrentement dudit couvent I et construction des lieux qui y sont nécessaires sous » quelque prétexte et occasion que ce soit. ^ Cependant l'admission des ursulines ne fut décidée qu'avec une ré- serve importante , savoir, qu'elles ne pourraient acquérir aucun héritage dans un rayon de cinq lieues autour de Beauvais.
Les premières ursulines furent appelées d'Amiens ; elles
procurer de l'argeot aox premières. Ce ne fut qu*h partir de la déclara' tioo de 1693 que les éiabliisemens religieux postérieurs à 1600, ou ceux qui pour être plus audeM ft*eo étaient pas plus riches , furent aotoriaét à receroîr des pensions ou donations.
UI8T01RB DB BEAU VAIS. 57
se logèrent d'abord h l'hôtel de TEpervier, dans la grande rue Sl-Harlîn , puis dans la paroisse St-Elienne. En 1683 elles présentèrent une requête à la yille pour être auto- risées à posséder des héritages dans l'espace de terrain qui leur avait été interdit jusqu'alors en vertu de la délibé* ration de 1627 , mais leur demande fut rejetée. La décla- ration de 1694 changea cet état de choses: ce fut en effet peu de temps après , qu'elles acquirent un local situé rue des Jacobins ; elles s'y établirent en 1698, après l'avoir fait rebâtir (i).
Sœurs du Tibrs-Orbrb db St-Fraitçois. — - Nous avons dit que leur établissement k Beauvais datait de 1480. En 1627, elles embrassèrent la réforme et la clôture ; le corps de Tille voulut les en empêcher , et les assigna au par- lement ; les religieuses obtinrent alors des lettres-patentes , et le corps de ville s'opposa À l'enregistrement. La cour ordonna qu'on prendrait l'avis de l'évèque qui répondit : € qu'encore que iesdites religieuses flssent beaucoup de » profit ft la visite des malades» il ne pouvait néàn-- » moins qu'il ne lou&t leur intention de vivre en clô- I ture. t Le parlement consentit alors à l'enregistrement des lettres*patentes , mais à la condition que les sœurs remissent & la ville le local qu'elles occupaient depuis 4480. De nouveaux ordres du roi enjoignirent de les laisser jouir purement et simplement des précédentes lettres , déclarant que sa majesté avait donné et donnait aux religieuses la maison qu'elles habitaient » appelée le
(1) Ce sont les bâtimens occupés ou jourd*hui par le collège.
;
58 HISTOIRE DB BBAUVAI8.
Bégoioage. Le corps de ville fait encore opposition , prè- iendanl qu'une partie seulement de la demeure des reli*- gieuses était comprise dans le Béguinage ; le procès con- tinue : la cour ordonne la visite des lieux. Enfin , une transaction met fia à ces débats , et en 1650 la réforme est complètement introduite chez les religieuses ; depuis ce moment elles restèrent soumises à la clôture.
Hospices , Hôtel-Dieu. — Il y avait à THôtel-Dieu deux communautés, l'une de religieux , Fautre de religieuses, réunies sous un seul supérieur pris parmi les religieux , et qui avait le titre de maître. Ce chef était élu par les deux communautés et présenté à Tacceptation de Tévèque , qui lui conférait la puissance d'administrer au spirituel ; après cette confirmation, le maître prenait soin du temporel conjointement avec la communauté à laquelle il rendait un compte annuel des revenus et des dépenses. Les privilèges de l'HôteUDieu, attaqués en diverses occasions, notam- ment par les évoques qui voulaient s'attribuer le gouver- nement de la maison, furent maintenus par le parlement, et le grand conseil.
L'ordonnance de 1561 avait prescrit que tous les hôpi- taux du royaume seraient régis et leurs revenus adminis- trés par des gens de bien resséants et $olvabUs , que dé- signeraient les corps de ville ; en conséquence , un arrêt de 1565 déclara que le maire et les pairs de Beauvais nommeraient les directeurs de VHôtel-Dieu. Quelque temps après le chapitre fut appelé à prendre part à l'admi- nistration ; mais il s'en fit décharger presque aussitôt et
aiSTOlRE DE BBAUVAIS. Sd
elle fut remise au maire et aux pairs. En 1 566 » il y eut encore un changement : le parlement ordonna que l'admî- nislration appartiendrait provisoirement aux religieux çt aux religieuses et que leurs préposés seraient comptables devant l'évèque» le chapitre et Je corps de ville. En 1570^, ce réglemqnt fut déclaré définitif : l'administration resta donc à la communauté sous la surveillance des Trois- Corps.
Au XVII' siècle il n'y avait plus à l'Hôtel-Dien que des religieuses. Laconmiuoaulé des religieux s'était éteinte : on prenait alors pour administrateor un religieux étranger qui avait le titre de maître du spirituel et du temporel. Ces maîtres, au dire du cardinal de Forbin-Janson , évéque de Beauvais , an lieu de se considérer comme de simples admi* nistrateurs comptables et révocables, se regardèrent commQ des titulaires perpétuels de bénéfice , pouvant disposer des revenus de l'hospice comme de leur propriété. Pour remé- dier à cet abus , le cardinal deForbin-Janson prit le 26 aoû| 4684, un arrêté qui séparait les deux administrations tem<- porelle et spirituelle et réglait celle dernière. Les religieuses devaient élire, en présence d'un mandataire de l'évèque, uq religieux ou un prêtre séculier, qui administrerait au spi-t rituel riI6tel-Dieu sous le titre de recteur, et ne poprrait s'immiscer en rien dans le temporel. Le roi pourvut à ce dernier objet sur la demande de M. de Forbin-Janson ; i( confirma par ses lettres-patentes du mois de septenibr^ 1684, l'arrêté, récemment pris, et ordonna qu'il; serait nommé pour le temporel, quatre notables, savoir deux ecclésiastiques choisis i'un par Tévêque, l'autre parle
60 HISTOIRE DE BEAUVAIS.
chapitre , et deux bourgeois désignés par le corps de ville : le temporel se trouvai! ainsi soumis aux Trois-Gorps. Les religieuses de l'Uôtel-Dieu formèrent opposition à Tenre- gistremeut de ces lettres, demandant à être maintenues dans leurs privilèges ; mais par arrêt du 21 mars 1689 le parlement passa outre ; et dès-lors les lettres-patentes de 1684 firent loi.
Saint-Lazare. — Il n'y avait point de religieux et de religieuses dans cet hôpital » comme le prétend Louvet ; mais seulement des personnes des deux sexes qui pre* naient le titre de frèrei et de bobut^ et se vouaient au ser-- vice des lépreux. Cette confrérie élisait un maître qui était ordinairement un religieux ou un chanoine. Elle fut supprimée en 1472 » et alors commença un procès qui dura près de cent ans entre le grand aumônier de France » les éyêques de Beauvais et les maire et pairs , chacun pré- tendant à l'administration de Saint-Lazare. Pendant toute la durée de cette procédure, il fut pourvu à cette admi- nistration tantôt pour les évêques, tantôt par le roi» lors- que le siège épiscopal était vacant. Quelque temps après l'ordonnance de 1361 le parlement donna aux maire et pairs la nomination des administrateurs de Saint-Lazare > qui devaient être comptables aux Trois-Corps. Par un accord de 1585, entre Tévéque et le corps de ville , il fut conclu que le premier nommerait un administrateur spiri- tuel et le second un temporel. En 1599 , à l'occasion de nouvelles lettres-patentes sur la réforme des hôpitaux, le grand aumônier à qui cette réforme était confiée, nomma des commissaires pour recevoir les comptes des adminis-
niSTOIBB DR BBAUVÀIS; 61
trateurs de Saint-Lazare. Mais TéTèque René PoUer se croyant lésé » obtint en 1602, d'autre» lettres par lesquelles le roi déclarait qu'il n' avait pas entendu prëjudicier aux droits de Tèvêque de BeauTais, ni contrevenir aux régie* mens concernant les hôpitaux et maladreriesde son diocèse.
Malgré celte déclaration , le grand aumônier persista à commettre des administrateurs à St-Lazare. Il s'ensuivit un procès au parlement, et les parties plaidaient encore lorsque les jésuites du collège de Clermont à Paris, ob- tinrent du roi le don de la maladrerie de St-Lazare pour la joindre à leur collège ; mais n'ayant pu faire enregistrer au parlement les lettres d'union , ils cédèrent au corps de ville de Beauvais en 1623 la propriété et la jouissance de la ferme de St-Lazare , avec les enclos, les bois, les prés, les vignes qui en dépendaient. L'évèque voyant dans ce dernier contrat une atteinte aux droits qu'il revendiquait , se disposait à continuer le procès lorsqu'une transaction l'apaisa. Le chapitre intervint à son tour, et par arrêt du 22 mars 1628 il fut ordonné que la maladrerie de Sainte Lazare serait administrée par les Trois-Gorps. Lorsque le bureau des pauvres fut établi, on y réunit les revenus de Saint-Lazare et les deux maisons n'eurent qu'une même administration.
Confrérie des Enfans de la Trinité. — Elle fut établie dans l'église de St-SauYCur le 1®' ayrii 4553 ^ en faveur des orphelins pauvres des deux sexes ; leur nombre n'avait pas été limité d'abord , mais il fut dans la suite rédoit à 24', savoir 12 garçons et 12 filles. En 1G45 , la confrérie
69 HISTOIRE DB BEAU VAIS;
acheta de l'Hôtel-^Dieu » pour la sonirôe de 6,000 livres, une grande maison appelée THôtel de Si-Jusl , située sur une partie de l'emplacement du bureau des pauvres actuel. En 1638/ elle fut réunie au bureau, avec les b&timens qu'elle occupait. Cette confrérie possédait alors 2,000 livres de revenu.
Confrérie du St-Nom de Jésus. — Elle fut instituée en 4630 par l'évêque Augustin Potier. C'était une association de femmes et de filles qui s'engageaient à prendre soin des pauvres malades de la ville qui n'étaient pas encore admis à rUôtel-Dieu ou qui venaient d'en sortir. Elle ne se com- posait d'abord que d*une mère de charité , d'une tréso- riére et d'une garde-meuble , mais ces trois personnes ne suflisant pas , on en mit ensuite dans toutes les paroisses de la ville. L'ëvèque était le seul supérieur de cette con- frérie ; les curés ne pouvaient prendre que le titre et la qualité de directeurs.
Barettes. — On appelait ainsi une petite communauté de femmes qui se consacraient k l'instruction des filles pauvres. Nous reviendrons sur les Barettes , en parlant du bureau des pauvres.
Bureau des pauvres. — Le premier projet de celle institation remonte à 4629. Par une résolution du 6 avril de cette année, les Trois-Corps arrêtèrent que, pour mettre un terme aux désordres causés par la mendicité , il serait créé , sous leur surveillance et leur direction , un bureau des pauvres , et qu'ils nommeraient des per -
H18T0IRB DB BEAUVÀI^. 69
sonnes qui seraient chargées de recefoir les deniers pro- Tenant de la maladrerie de St-Lazare , et ceux produits par les quêtes , les aumônes» les legs» etc. » à la charge de leur en rendre compte.
Jusqu'en 4653» l'organisation de.cet établissement ne iut pas ce qu'on la Yit depuis. Les pauvres étaient secourus à domicile ; il n'y avait point encore de maison commune pour recevoir les plus nécessiteux et pour renfermer les mendians. De grands abus résultaient d'un pareil état de choses : on était souvent forcé de céder à l'importuniié de prétendus pauvres ce qu'on était quelquefois contraint de refuser aux justes réclamations de véritables indigens. En i647» l'évèque Augustin Potier fit cesser les aumônes publiques qu'il avait toujours faites dans son hôtel à tous venans » deux fois par semaine » et pour que ses charités fussent distribuées avec plus de discernement et mieux ré-* parties » il en remit le soin aux curés de la ville et des fau« bourgs » chacun dans leur paroisse.
En 1650» la paroisse de St-E tienne » de concert avec son curé » mit fin à la mendicité qui s'exerçait k l'église les dimanches et les fêtes» en faisant donner aux pauvres de la paroisse ce qui suffisait à leur subsistance pour ces jours lÂ. il en fut ainsi pendant deux années consécutives. L'année 165S» par son excessive stérilité » causa un ac- croissement de disette. La guerre civile bouleversait alors une grande partie de la France ; le commerce de Beauyais était dans une stagnation complète : la ville se trouvait très embarassée pour faire subsister ses pauvres dont le
64 IIISTOIRB DE BEAUVAI^.
nombre était extraordioaireinent augmenté. Les Trois- Corps tinrent plusieurs assemblées auxquelles on appela les curés ; enfin , après de longues discussions, et malgré de graves objections , on proposa la création d*un asile commun pour les pauvres ; mais Texéculion de ce projet fut encore ajournée. On confia le premier essai à deux curés pris dans les paroisses qui comptaient le plus de pauvres ; et la charité individuelle fut pendant six mois la source unique à laquelle ils puisèrent. Les uns contri- buaient en argent, les autres se chargeaient volontai- rement d'un ou de plusieurs pauvres. On fit en même temps défense de faire l'aumône dans les rues , aux portes des maisons ou dans les églises. Au mois de janvier 4655, on eut enfin un véritable hospice ; on avait loué & cet effet une maison située dans la rue du Moulin-à-l'Huile : on y installa les pauvres : les curés annoncèrent aux prônes qu'à l'avenir on eut à s'abstenir de donner aux mendians , et que les nécessiteux de chaque paroisse devaient s'a- dresser au Bureau. Pour mieux reconnaître les vrais pauvres , la ville fut divisée avec les faubourgs en quatre quartiers dans lesquels on devait s'enquérir de l'étal de tous ceux qui se présenteraient , et l'on résolut de n'ad- mettre dans le Bureau pour y être entretenus , que les orphelins , les vieillards et les mendians de profession ; quant aux autres , on leur désigna dans la ville deux mai- sons auxquelles ils devaient se présenter deux fois par semainepour y prendre une quantité réglée de pain. Enfin, on établit un fonds de secours pour assister les malades sortant de l'Hôlel-Dicu , jusqu'à ce qu'ils fussent en état de travailler.
HttTPUIB DB BBAUVAIS. 68
La BècesMlè d'établir le Burem dans ub local qui fàt sa propridlé , etdau m quartier piaa tab » le Gl tran^orteç en i6ë3 à Teadroii qu'il occupe ai^ourd'luii. 0& acheta d'abord ime grande maison de la valevr de 5»000 livres , daM laçpMlle les paurres fereal logés iauDédiatemenl. Un OQvroir qoi en dépendait fit converti en chapelle et con- servé celte destination jusqu'en 1668, époque où fat eonstsnîte la cbapelje actuelle. En 1657 , le Bureau fat augmenté de deox maisons adjacentes , l'une achetée par H. Choart de Buzênval , évéque , l'autre donnée par Pierr» Ganterel , bourgeois. Le 31 décembre de la même année., 1^ TitM»*Ck>rps y réunirent dei'Hi^lel de Sl-Jast oeonpé par les enfiiBs d^. la Trinité» L'existence du Bvean ainsi assurée , il restait & lui donner , pour ainsi dire , un caraelére authentique : en août 16SBt des lettres- patentes soUi<Sitées fnr la vfUe confirmèrent cette instîr tution, son union avec laeonfré^ie.dos enbns de b Trinité, et celle de ses revenus avec les revenus de St-Lazare. Eiles lui accordèrent aussi différens privilèges, comme la remise du droit d'amortissement qui pourrait être dû pour les dons et legs faits & Tbospice, le franc-salé (i), l'exemption des octrois, etc.; enfin, des ateliers d'appren-; tissage de divers étals étaient formés dans rinlérieur de la maison. De notables améliomtions furent dans la suite introduites : ainsi , en 1699, on établit des réfectoires pour les garçons et les filles. En 1 700 tous les pensionnaires eurent chacun leur lit particulier. Le Bureau venait de re*
{i) Ce droit coniistaîl éani une dÎRtribattoD grataUe de sel faite fn le grenier. G*èUiit ane exemption de la fabeHe.
IV. 5
66 HI8T0IRB OB BRAUVÀIS.
ceroir A cette époqoe une addition importaiile : on afaff cherché longtemps les moyens d'avoir des écoles de daa*» rite ponr les entans de familles paa?res ; les filles en possé- daient déjà plusieurs, mais les garçons en manquaient tota- lement. On en établit pour eux en 1696» et par une ordon- nance des Trois-Gorps , du 10 juillet de cette année » ces écoles furent réunies ou Bureau. CnchaDoine,M®HeBri Au- bert y qui , pendant toute sa vie , se déi>ouiiia en favéor des pauvres , du revenu de son oanonicat , ne s'en réservant qu'une portion très modique pour subsister, et qui avait donné au Bureau la plus grande partie de son patrimoine, consacra la valeur d'un bien-fond » son unique et der- nière propriété y é la création des* écoles de charité qui furent mises sous la suirveillance des administrateurs ee- clésiastiqnes du Bureau. D'autres libéralités portaient en 1732 le revenu de ces écoles à pinède 4400 liv^s; il servait à l'entretien de trois ou quatre maîtres.
Cet établissement n'était que pour les enfans de ta ville. II y avait pour ceux du Bureau un maître et une matlresse; durant les premiers temps on s'était contenté, à cause de la faiblesse des revenus de la maison (i), de choisir parmi les pauvres un homme et une femme d'un ége avancé , et qu'on jugeait le plus capables d'enseigner et de survefller les enfans. Dans la suite on mtroduisit à cet égard quelque amélioration. H« Lefèvre d'Orme&son , doyen de l'église
(i.) Le Bpreio dei paaTres poiséd«il après h jonctioo me St-^uara et les eofâDs de It Trîoilé , emTtfOfi 8,000 llf rei d» lenle».
WfiTQIRS DB BBAUVAIS. 07
de BeaaTais ; afait longtemps dirigé el soutenu , en grande partie à ses fraie» une petite eofnmoaautè de filles appe- lées Baretles, et qui se censaoraient & T instruction des filles pauvres. Ilenplaçadeoxcoffloiefnattresses au BurecHi. ▲près la nert de M. d'Ormesson^ la eomoiunauté des Bareltes s'ëlant dispersée Aute de ressources, ou fut obligé de chercher ailleurs. Les libéralités de plusieurs personnes charitables pni|daisirent bientôt un (muI pl|]^ que suffisant pour entretenir une mattreiae d'école ; quant an maitre dea gsi^ons on Tentretint sur les rerenna de la maison.
Bien qu en établisaant le Bureau des pauvre» on n'eût pas en l'èntention de se charger des femnes de mauvaise Wf cependant sur les reanontrances des curés et des offi^ eiers.de police, on avait consenti à prendre quelqiies unes de celles qui causaient le plus de scandale.: o^ les enfer- Diait dans des loges jusqu'à ce qu'elles donnassent des marques de repentir et de conversion ; mais comme aussitôt rttndoesi la liberté elles retombaient dans leurs premiera dèréglemens » les administrateurs voulurent leur procurer un aaiie oA oo put les retenir dans la pénitence. On ne tarda pas à trouver des pa'sonnes qui fournirent les fonds nécessaires pour cet étabUsaemaat» et» par un arrêté du iO février 4701 » les Trois-Gorps en approuvèrent le projet. Ils ordonnèrent que toute femme ou fille pénitente appar- tenant au diocèse « et qui se présenterait , serait reçue et logée dana une maison attenante à l'hôpital; et qu'en attendant qu'on put acquérir cette maison on mettrait les pénitentes dans le bâtiment appelé le Grenier St-Lazare et
9B HIftTOIlB OB BBAtnrAI8«
apparlenaol au Bureau (i). Entrées dans cette maifOD en féyrier 4701 , les pénitentes y demeurèrent dii-^huit ans sous la direction d'une sœur de la communauté des Ba- rettes ; elles en sortirent à la fin de i7i8» parce qae la Tille avait obtenu le Grenier Saint-Laiare pour y easeroer le régiment du roi envoyé à Beauvais.
Cet événement dispersa les pémtentes qui étaieni alors en assez grand nombre. Les personnes qui «vaient coneoum à leur établissement n'avaient consenti au cbao($saieiit de destination du Grenier Saint-Lazare, que sous la condition qu'aussitôt que la ville serait débarrassée de la garnison , les choses seraient remises sur l'ancien pied : ce fut ce qui arriva en 47SO. Hais sans parler des pertes cobsUéra- bles que le bureau avait éprouvées par suite des désordres financiers qui régnaient alors , une rente de 900 liv. qui formait le revenu le plus certain de la maison des pènî* tentes 9 avait été remboursée en billets de là banque de Law, billets qui subirent comme on le sait une énorme dépréciation. Il s'écoula donc plusieurs années avant qu'on pût réunir les pénitentes. En i 7S8 , un des administra- teurs du bureau offrit de faire construire dans l'hosipice, à ses frais et à ceux de plusieurs autres personnes , un (îea propre à loger douze pénitentes au moins. Cette préposi- tion fut acceptée : les admioistrateurs de l'hospice furent
(i) C«Ue BimMn •pf^h^ tu mojeii-âg« Fe Cellier-Sl-Ladre appartenait alors à la maladr^ric de Sl-Laiare . et passa eo nême tempe qu« l«e re - Tenus de oelle^ ao Bvfeau dflB pan? ree. Lursqae le cellier oa grenier St-Ladre on St-Lazare fat transformé en caserne , la me où il éiait ai tué changea son nom de me du GrcBier-St->Luaré en eelni de lue de Tla- fanterie qn'elle porte encore anjourd'hai.
HISTOIRE DK BBAUVAIS. 68
déclarés les arbitres de la réception oa da renroi de ces filles ; et ils choisireot parmi eox on ecclésiastique , au- quel ils adjoigoireut use femme de mœurs honnêtes , pour diriger les pénitentes. Tels furent les aecroissemens suc- cessifs que reçut le Bureau des pauvres. Disons ici quel- ques mois de son gouTeraement spirituel.
Pendant très longtemps le seryice religieux y fut bi( par quelques chanoines de la cathédrale , par de jeunes ecclésiastiques envoyés du séminaire » ou bien par le curé de St-Laurent. En 1715 une personne constitua une renie de 450 livres pour avoir un prêtre résidant au Bureau ; et en 1717 M. de Saint-Aignan érigea la chapelle en succur- sale de Saint-Laurent , et le prêtre qui y était attaché fut nommé vicaire en chef , pour exercer les fonctions curiales à Texception des mariages , baptêmes et enlerremens qui furent réservés au curé de la paroisse.
L'administration du Bureau par les Trois-Corps » k règle de n'admettre les pauvres qu'après une enquête » les secours donnés aux malades sortant de THôtel-Dieu , les distributions d^argent ou de pain , par semaine ou par mois 9 aux indigens delà ville et des CsMibourgs , Tordre adopté pour reconnaître les véritables pauvres , continuè- rent à s'observer pendant le XYIII^ siècle ; seulement au lieu de la division en quatre quartiers , on en établit cinq , dans chacun desquels un administrateur était chargé de fiiire les visites et prendre les informations nécessaires , et de distribuer les aunk^nes réglées par les Trois-Corps. Les paroisses lurent réparties de la manière suivante entre ces cinq quartiers :
70 HISTOIRE DE BEAUVAfS.
i^i* quartier : La Basse-OEavre , Sainte-Hai^^rite, SainUQuenlin. — 2* quartier : Si-Etienne, St-]ean. — 3^ quartier : Saint-Sauveur^ Saint- And ré. — 4* quartier : St-Laurent, St-Martin. — 5* quartier : Ste-Madeleioe, St-Thomas, St-Jacques.
Les revenus du Bureau des pauvres provenaient princi- palement comme on a pu le voir» 1"* de l'union des biens de la confrérie des enfans de la Trinité et de la maladrerie de St-Lazare ; 2^ de la libéralité des particuliers et de quelques évèques, notamment de MM. Augustin Potier et Choart de BuzenvaU Vers 4720, par suite du système de Law, le Bureau ne possédait presque plus rien. Les fortunes particulières se trouvant frappées par le même coup, les aumônes diminuèrent considérablement.
Au milieu de cette détresse parut la déclaration du roi de 17S5 , qui, pour arriver à TextioctioD de ia mendicité, ordonna d'enfermer tous les iodigens daes les hôpitaux : Je roi avait promis de payer pour leur subsistance , mais les trésoriers de France se contentèrent de donner de faibles à-comptes. Aussi ce fut surtout à partir de cette époque que le Bureau des pauvres contracta des dettes; cependant, grftce À la charité publique, il sortit avec le temps de cette position embarassée.
Collège. — En 1K4S, un chauoioe de Saint-Pierre, Nicolas Pastour, natif de Beauvais, voyant que les écoles établies autrefois au couvent des Jacobins ne se tenaient plus depuis longtemps , jeta les fondemens du collège da
JUKTOlftK BB BBAtlVAia« 71
Beanvais. Il donna et céda < à la rêpoUiqae Uni eGclèftias- tiqae que civile de la ville et cité de Beaavais , un lieu contenant plusieors corps de maisons » chambres « librai« rie 9 Baltes, classes, oratoire, coor, jardin, me des Cbincber8(i); leqnet lieu a été érigé en collège par M. le cardinal Ch&tiilon qui a donné permission de ré« genter et instruire, ... aussi d'èdiâer une cbapelle ; el ne retient le donateur que l'usufruit et gouvernement pour lui et ses successeurs principaux ; et s'il veut , il pourra sa vie durant pourvoir dudit état de principal , de leHe personne que bon lui semblera , lequel principal pourra commettre tels règens que bon lui plaira... ledit lieu le donateur ne veut et n'entend être en un autre usage que de coRége à perpétuité... 6 la charge que les enfans qui viendront des parens dudit donateur, seront instruits audit collège gratis et préKrés aux règens s'ils sont idoines et sufSsans , et semblablement les enfiins de chœur gagés en Notre*Darae-du«Chàlel y seront ins- tmîts gratis, à la charge de dire leur sept psaumes le premier dimanche de chaque mois après Matines , an lieu où il sera inhumé à Beauvais. » (s)
Par son testament en date du 27 septembre de la même année , Nicolas Pftstour lègue le collège aux clergé et d^ tayene de Beauvais, priant le chapitre d'avoir la surveiU lance de cet établissement ; il en donne Tusufruit au prin-
(1) Roa des CMnchên , on des Foqrrevrt , anjourdlioi rue SainU-^ ■argneriie.
(i) Leavely lome !«'.
7S flfISTOIRS DK BBAUVA».
cipal , et déclare qu'il ne yeui ni n'entand afoir d'aalret héritiers que le collège.
Lei donations du bon chanoine Pasiour étaient trop peu de chose pour assurer au collège une existence floris- sante; cet ètuMisseaient Tégètait péniblement lorsque l'ordonnance d'Orléans , en 4560, décida que lerevenn d'une prébende dans chaque église cathédrale ou collé- giale serait affecté à l'entretien d'un précepteur gratuit. Mais celte disposition était encore inexécutée lorsque le maire et les pairs « voyant l'insuffisance des moyens réunis jusqu'alors , parvinrent à force de démarches et de procé- dures & faire prononcer l'union au collège de la prébende préceptoriale. Ils obtinrent d'abord, en 4563, des lettres- patentes è cet effet y et assignèrent les chapitres de Beau- vab pardeyant le lieutenant-général du bailliage de Senlis, pour avoir à exécuter l'ordonnance d'Orléans. Ce magis- tral ordonna, par une sentence du 50 janvier 4564, que les revenus d'une prébende de la cathédrale et des collé- giales seraient payés au collège. L'affaire ayant été portée en appel , le parlement déclara , par une sentence dq S août de la même année» que l'évêque, le chapitre, et les maire et pairs nommeraient un précepteur, à qui il siérait donné 900 liv. par an sur les revenus de révéché, jiisqu'à ce qu'il fut pourvu à son entretien par un canonicat de la cathédrale. Les collégiales furent dispensées de fow- nir un canonicat. EnGn, en 4567, l'union de la prébende eut déGoilivement lieu. Un arrêt du parlement du 48 sep- tembre de la même année , porta établissement d'un prin- cipal , qui serait nommé par l'évêque , le chapitre , et les
lOBfraitK m bbautais. 75
maire et pairs , e'est-à'^ire par les Trois-Corps. Les libé- ralités de quelques bonrgeoîs , de plusieurs étêques» du chapitre et du corps de Tille , ajoutèrent successivement à cette première dotation. Les bftlimens s'agrandirent par l'adjonction de quelques maisons Toisines, pour Tachât desquelles les Trois-Corps fournirent les fonds. En 1614» 'M^ Jean Tristan , prêtre » donna un fermage en blé pour la fondation d'une messe au collège. Une chapelle fut èie- Tèe ; mais sa construction ne fut terminée qu'en 1667. En 1626 « Pierre de Paris , avait légué une somme d'en* viron 6,000 liv. pour la fondation d'une chaire de philo- sophie ; mais elle avait été en grande partie divertie par les maire et pairs qui l'avaient employée h payer des dettes de la ville. Plusieurs bourses» généralement de peu d'im- portance, furent fondées pendant le courant du même siècle. et du suivant • (t)
Disons maintenant quelques mots de l'état intérieur du collège. Ou y comptait, année commune, de 2S0 h 300
(1) Ymei les priocipalei de ces bourses. — Une , fondée «■ 1873, ptr M. de Le Roqoe , eo fareor d*oo de set paréos ou d'oa eofeoi de Ger- beroy. Elle èUH à la DomioalioD de l^évèque, ei fixée à 45 lÎTres. Une nnire de iO lirres , fondée par le président Lonrain , en CsTenr d*nn enfant de BeaoTaîi , qui serait désigné en prenant l'aTis du principal. Ou être de 100 li?res chacune , fondées , l'une par le chapitre de U cathédrale, pour la famille Auxconsteaux ; une autre pour un étudiant de Beanosont , et deux pour des éiudians de Pont-Sie-Maxence. Une de 78 lÎTres , fondéo par un sieur Picard , à la nomination du curé et des marguîllters de la paroisse de la Basse-OEnTre,ponr no enfantde la famille du fondateur. Une de 140 lif res , à la nomination dn curé et des mar- gnillicrs de Mariasel, penr nn étudiant de cette paroisse. Une de SUOlif res, fondée par l'abbé Cottn , principal , à la nomination dn principal en charge. EnSn, cinq autres petites» dent trois de 15 linet chaque , et deux de 8 litref chaque.
74 HISTOIRE OB BSAUVAI8.
élèves , qui payaieDl à leurs règens ou professeurs , xm indeniDitè anouelle , tariabie suivant les classes : elie ëlait de 24 livres eu philosophie , de 21 en rhétorique , de 18 en seconde » de 15 en troisième , de 12 en quatrième , de "9 en cinquième et de 8 en sixième. Le pensionnat était tenu par le principal qui prenait de chaque pensionnaire , 50 liv. par an (i). Chaque élève , pensionnaire ou autre, était redevable é son régent et au principal d'une bougie}, Je jour de la Chandeleur, et d'un gobelet de cristal le jour de laSt-Jean. Alarentréedes classes, le jour de la Saint- Remy ( 1^^ octobre) , tout élève ancien ou nouveau (à l'ex- ception des philosophes), payait en outre une redevance de 50 sous au principal.
Les premiers régens établis avaient été ceux de rhéto- rique, de seconde, de troisième et de quatrième ; on ins- titua ensuite ceux de cinquième , de philosophie et de sixième. Les régens de cinquième et de sixième , dont les chaires n'étaient pas comprises dans les fondations pri- mitives, payaient une pension annuelle de 200 livres au principal , qui était tenu de les entretenir. II restait uo revenu d'environ 145 liv. , de la fondation faite par Pierre de Paris , pour l'institution d'une chaire de philosophie. Avec ces 145 liv. le principal devait entretenir le titulaire de cette chaire depuis le l^'^ octobre jusqu'au 24 juin; pour le reste de l'année , le régent de philosophie était
(1) Le principtl élall tevo, k Vêidt de cette coDtnbotîon , de toamir ani penfionnaires le logement , le feu , la ehaadelle , le tel , ot de leur faire cuire leur viande, qo'ili achetaient comae il leur plaÎHÎt. (Joumai manuterit de Vépiteopai de M. de G$svrei.)
HI8T0IAB Ot BBAfnrAI8« 7S
lenu de payer an principal une pengion de 200 Ht. , à moins qu'il n'aimât mieni vivre , pendant ce temps , & son propre compte.
Les refenos da collège » administrés par le principal , sons la surveillance des Trois-Gorps, se composaient, non compris le produit des bourses , i^ Jq revenu d'une pré-^ bende ( Ce revenu s'acquittait ordinairement pour deui tiers en argent, et pour l'autre tiers en blé ) ; S9 des peu* sions payées par les régens de philosophie, de cinquième et de sixième ; 5^ des redevances de la Chandeleur, de la Saiiît^lean et de la Saint-Remy : avec ces trois sortes de revenu le principal pourvoyait è l'entretien des sept règens et au sien ; 4^ de la contribution annuelle des pension* naires ; ( Le produit de cette contribution était réservé & Fentretien de ces derniers de la manière que nous avons indiquée); 5*» enfin, d'un fermage annuel de 72 mines de Mé qui servait à acquitter chaque jour de l'année la messe dite dans la chapelle du collège.
Le principal était comptable de sa gestion & l'assemblée desTrois-Corps. Comme lesdépenses ordinaires dépassaient annuellement le revenu d'environ 1,500 livres, le déficit était couvert par les Trois-Gorps qui en payaient chacun un tiers. A cette assemblée , où les deux voix ecclésiastiques prévalaient toujours sur la voix municipale , appartenaient aussi la nomination et la destitution du principal et des régens. C'est à son administration arbitraire» sans discipline et sans activité , que le collège de Beauvais était redevable de son indigence. Les évèques et le chapitre qui étaient
76 HISTOIU DB BBAUVAIS.
1res riches, a?aient en quelque sorte Toulucetle indigence, en ne faisant rien ou presque rien pour Tempècher. La ville qui élait pauvre ne pouvait y remédier. Exerçant une part illusoire dans l'administration , elle se bornait comme nous l'avons dit , â supporter dans les dépenses une somme égaleàcelle que payaient l'évéque et le chapitre. Les Trois- Gorps consacraient h peine une assemblée par anaux affaires du collège. Cette assemblée qui se tenait ordinairement le 16 aoûtf à Tévêché » se passait souvent à discuter de vaines prérogatives. Ainsi » dit un ancien mémoire, Tévéquepré* tendait avoir seul la nomination du secrétaire. Cette pré- tention f et l'opposition du chapitre et de la ville , qui peut^ être ne furent jamais opposans qu'en cette matière , a fait longtemps la matière de leurs délibérations. Le collège élait régi pendant le cours d'une année en vertu d'une délibé- ration d'un quart-d'heure. D'ailleurs, point de surveillance sur la police intérieure de la maison ; rien pour encourager les études et stimuler le zèle des élèves ; point de distri- butions de prix , sinon très rarement.
En i740, l'abbé Delarue, principal, exposa aux Trois- Corps que les revenus étaient d'une insuffisance absolue ; rassemblée augmenta la contribution annuelle des pen- sionnaires , leur redevance du jour de la Saint-Bemy, la pension payée au principal par les régens , et convertit en prestations d'argent les dons de la Chandeleur et de la Saint- Jean; mais ce règlement n'était qu'un palliatif im- puissant. Le mal provenait de l'administration même , qui était vicieuse dans son principe , et que l'expérience du passé avait démontrée être irrèformable. Le collège de
msTOiu HE UÂUTÀis. 77
Beaayais yègétait encore dans «on èM de p«nmlè ei d'abandon , lorsqae Tèdit de feYtiar 1763, que complété* rent ensuite plusieurs arrêts et règlemeos , ouvrit pour lui une ère de prospérité oiaHieareiipeiDeDt trop courte. Due des vues le plus formeUemeat exprimées de Tédk était de secourir les collégea bdigeos do royaume » eu même temps que de les soumettre à on mode nouveauet uoiibmie d*admiDisCration« Le collège de Beautais, qui de toos ceux de la France 9 était peut-être le plus paufre» devait res- sentir, des premiers , les effets de cette loi bientaisaote. L'admioistnAion des Trois-Corps était remplacée par celle d'un Bureau composé de deux mafpstrals (te lieutenant^ général au bailhge et le procureur du roi ), de deux éche- Tins 9 de deux notables bourgeois et d'un secrétaire. Le Bureau devait tenir au moins deux assemblées par mois dans une salle du collège ; à lui seul appartenait ia nonu- nation ou la destitution du principal et des régens ^ mais il ne pouvait, dans ce dernier caa, prendre de résolution qu'après avoir entendu lee partiee. Un des admioistrateiirs était nommé par le Bureau pour veïler à la police intérieure du collège , et pour, sur son rapport , être statué comme il appartiendrait» Tons les trois mois le Bureau était tenu d^envoyer au pariement des expéditions de ses dèlîbèra* tiens. Dans une réunion mensuelle, les professeurs ou régens rendaient compte an principal de ravaneement des élèves. Un d'entr'eux devait être désigné, chaque année, pour prononcer un discours à la rentrée des classes , chose jusqu'alors sans exemple. Des distributions de prix étaient ordonnées ; des mesures étaient prises pour la conserva- tion des registres et des titres de la maison^ etc. ;. tels fu-
78 aicrroiRB DB beau vais*
nnt les polatg prÎBoipfti» de l'èdit de 1765 et des atrAts qui l'aocompttgDèreDt. (i)
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L'exècQtîoD des nouveaux règlemenB se fit avec célé- rité : redit était à peine promulgué, que le Bureau d'adini* nistration se trouvait composé-. A son entrée en fonctions « dit un anicieo Mémoire , r tous les bAtimens étaient, en décadence; une cheminée menaçait ruine et incendie* La chapelle était étayée. Un tableau de Coypel s'y dé- gradait; •••• Les classes ne méritaient pas le nom de classes : c'éVûent des emplacemens affreux, propres tout au plus à contenir de vils animaux ; les chambres des professeurs étaient inhabitables ; les ooovertures des totts dans le plus mauvais état ; point de livres à l'usage commun; point de prix» ou pour miUe livres peut-être en trente-quatre anoées , quoique M. Févèque et le chapitre aient toudié dans cet espace de temps plus de neuf miUions jda diocèse; aucuns revenus, pour ainsi dire; point de surveillance avec celle du principal; plaintes multipliées des professeurs , et c!est ainsi quo Tancienne administration a laissé le collège (2). >
Bientôt, cepeDdant, le collège avait pris une face nouvelle; il semblait renaître : à l'horreur de la misère succéda un ordre florissant. Le Bureau., malgré des sol- licitations contraires^ obtint du roi, par l'intermédiaire da
(1) L'é4ii (i« ^765 ordonot qqe le collège «axtit an portier. AD|Mir«- TtDt , lei foDciioDt en étaient remplies par dei élèToi méniei.
(9) Hémoira peur le Bvreao d*adiiiiiiiitration , en 17^3.
BI8T0IRB DB BBAUVAIS. 79
garde-des-seeaax , Boe somme de râgt mille E? res. A Taide de ce doo , bb b&timetit beau et solide s'éleva sar on plan général, dans une longBOur de cent quarante pieds , sous la surreHIaBce des admioisinileurs. Des classes spacieuses et décentes, des chambres eoBunodes pour les professeurs, une salie de bibliothèque iforent coBstraitea* Lb cheminée fut rétablie , la chapeUe réparée , le tableau de Coypel restauré par un artiste habile , aui frais des ad« ministrateurs ; les anciens bAtimens couverts ; une biblio* théqlie pourvue des livres les phis nécessaires ; de petites bourses fondées pour trois pauvres écoliers; un revéiBa annuel de cinquante écus, restant d^ vingt raille livres accordées par le roi ; une augmentation de prés de cent écus sur le fermage assigné au service de. la chapelle » el. que l'ancienne administration avait laissé pendant mi siècle et demi sur le même pied , tandis qu'elle avait triplé et quadruplé les siens propres ; une inspectioB contioueile ; des prix distribués pendant dix années consécutives, de» propres deniers des aâmiflistratenrs, sanscompter quelques distributions faites pendant le cours de l'apnée. Ce furent là les principaux résultats de l'édit de 1763, et de l'ad^ tninistration qu'il avait instituée (1).
Cependant le Bureau avait un adversaire puissant et in- fatigable dans la personne de Tévèque, que l'édit de 1763 avait dépossédé de tout0 part dans les affaires du collège* Les résultats heureux de l'administration nouvelle ne pu- rent trouver grftce devant le prélat, qui avait à coeur l'ex-
ié*i
(i) Mémoire poaf le Bnrtam d'ateisiilraHoB , ee 1773.
su HISTOUB PB BBÀUVAIS.
ctasion dont il arait été VobfaL Dès les premierg temps qui soirtreot la promulgation de T^t , M. de Gesvres soumit au parlement un m6iioire qui demandait le réta- Uisseoaent de Tancien ordre de. ohoaâl comme suSisant et conforme aux intentions des fo&diEiteqr»^ Le parlement ordonna la communication du mémoire au Bureau d'admi- nistntion, partie intéressée , ainsi qd'au corps de ville et au chapitre , qui avaient partagé avec Tévèque la surveil- lance du collège. Chacune des trois assaaiblées adressa ses représentations.:LeBareali comparaît l'état ancien du collège à la face nouvelle que cet établissement arait prise sous sa direction ; le corps de ville faisait une peinture énei^ue des vices de l'administration des Traîs-Corps« et insistait avec fnrc^ pour Texécution de Fédit. Le chapitre ^ chose remarquable^ déclarait qu'il tenait « Fancienne » administration pour abrogée» en applaudissant à tous » égards à la nouvelle ; il estime qu'autant il est avanta- » geux de laisser subsister la ntnivelle administration déji
> établie , autant peut-être seroît-*il dangereux de conser- » ver ou de rappeler Tancienrie. » En cela» disait-il» « il » croit entrer dans les viles du roi et de ses parlemens ;
> il croit penser en bon et loyal sujet du roi et de f étal ,• » et en vrai patriote, d 1! déclarait a n'avoir jamais entendu » que ce pût être un privilège à réclamer pour Beauvais » que d'être etcepté de la loi commune. Quel fatal privi- » lège seroit-ce , ajouiait-ii » que dMnfliger à jamais une » note d'opprobre et de mépris à la magistrature et ft la
> notable bourgeoisie d'une ville. Les magistrats de Beau- » • vais sont autant éclairés et les notables bourgeois au- j tant instruits qu'ailleurs M. l'èvê^e de Beauvais
HliTOttff :DB ( fi BAUTAIS. ' 81
» redMleraiUil de» magistrats qui seront tonjoars aàiinés » du même zèle que lui pour le bien public» qui n'«ppor- n leront pas moins d*altenlioD pour l'inslruction des eu^ ». faos, que H. févêque «n particulier pour les jeunes n clercs. dà diocèse qui se destinent à l'état ecclèsias<« f iiqcife. w (i) Ainsi deux corps qui formaient les deux tiers de ranciedne administration» attestaient qu'elle était vi- cieuse et même dangereui^e. M. de Gestres» malgré toutes ses déma robes , échoua dans son projet; mais son socces- searfut ptoslieupeux. M. de l#a Rochefoucauld» deYenu éfèque de Beauvais» en septembre 1772, obtint» dès le mois de juin 1773» des lettres-patentes par lesquelles le roi déctarait qu'en preseinyant par Fédit de février 1 763 , c les r^les qui ini avaient paru le* plus propres à assurer une bonne administration dan» les collèges du royaume» son intention avilit été d'en confier la r^gie et le gouvernement 9Ut personnes les plus intéressées au soutien de ces éta- blissement; et qu'il avait . aussi réservé tous les droits qui poùvafeni appartenir aux fondateurs ; mais qu'ayant jugé par |e oompte qui lui avait été rendu de l'état ancien du collège de Beauvàis » que l'administration qui y avait liés avant l'èdit de février 1763, était suffisante pour remplir les vueç qu'il s'était proposées » et même plus conforme aui inteiitibns particulières des fondateurs dudit collège , il atait cru'devoif 'lai rétablir» farprot^àfon^i et jusqu'à ce qu'il' eiûilTait connaître -définitivement ses intentions sur cet établissement. Eb eonséquenoe» lé roi ordonnait qu»
f
(i) Mtaioire da ehapiln : da 10 octobre. 176^.
. IV.
M HiSTOIBfi DB BBAUViJ9.
le collège serait régi et admiobtrè comme il i'Mato aTftiit redit de 1763. >(i)
: Les termes mêmes dans lesquels s'expriment .ces lettres* patentes démontrent que Tévêque les avait surprises au roi , en représentant ses prédécesseurs comme les foodaT deurs et les dotateurs du collège de Beauvais ; assertioa contraire à la yérité , car le collège n'arait d'autre foode- teur que le chanoine Pastour : et d'après le testament de ce dernier, les habi tans de Beauvais, ecclésiastiques et lalquea indistinctement» étaient propriétaires communs de Téta^ blissement ; quant à la dotation, elle résultait uniquemeai de l'ordonnance d'Orléans qui avait prononcé l'union d'une prébende préceptoriale : les legs et les dotations fatis en^ suite n'étaient que des accessoires ; le seul dotateur, c'était donc la nation représentée par les états généraux d'Or- léans. Si le cardinal de Ghattllon , pour lors évèque de Beauvais» avait sanctionné la disposition du chanoine Pas- tour, et opéré la distraction de la prébende , ce n'était là qu'une formalité surabondante» dont il ne pouvait résulter ta fondation ni dotation.
Des trois corps qui formaient l'administration ancienne , un seul se refusa à ce qu'elle fût rétablie ; ce fut l'hôtel- de^viUe. Le chapitre» qui dix ans auparavant s|était pro- noncé si nettement en faveur du Bureau, céda cette fois; U y eot néanmoins des dissidences individuelles ; plusieura chanoines déclarèrent qu'ils ne consentiraient jamais A
(1) LeUref-paUDtei da 6 juin 1775.
HttTOIRB DB BBADVAIS. 85
raneteone administration qo'anlant qu'elle serait réformée. Malgré le refus de rh6tel*dQ-ville , les deux autres corps be laissèrent pas de se former» de prendre en main radminis» IratioD» et d'en exclure le Bureau sans notification/ par la seule voie de l'autorité , par des menaces contre le secré^ taire y et en violant la loi de l'enregistrement des lettres- patentes au bailliage : celui-ci protesta ainsi que le Bureau auprès du garde-des-sceaux-; mais leur voix ne fut pas écoutée : le corps de ville » pour ne pas prolonger une lutte mutile, se rapprocha des deux autres, et la même influeoee qui.avait obtenu les lettres profisoiresdeiTTS, les rendit déSnitives. Aussi , jusqu'à l'époque de là révolution » le collège se trouva replacé soos la surveillance des Trois^ Corps.
SteniÀiiiB. «^ Il fut établi en i648, dans la rue Sainte* Marguerite , pour les enfans de la vSIe et du diocèse. Les élèves, dont le nombre montait à quarante environ, y étaient entneteous gratuitement aux frais de l'évoque, pen* dant le cours de leurs études qui duraient trois ou quatre uns ; ils étaient gouvernés par on supérieur, auquel étaient adjoints deux professeurs et un procureur. La trésorerie de la cathédrale fut réunie au séminaire en iG73 , du cou- seoiement de son titulaire.
MoBims , Coutumes. *-^ Les moniirs et les coutumes du XVII^ el du'XYIII^ siècles ont peu de chose de pittoresque et de caraclérisque. Elles* étaient le^ mêmes à Beauvais que dans les autres parties de la France : la société revê- tait chaque jdur déphis a» filus le caractère d'uniformité
84 HISTOIBB DE BBAUVAIS.
qu'elle présente de nos jours* Qoelques usages du moyen- âge se maintenaient encore par la-force de Tbabitude , sur- tout dans les classes populaires ; nous croyons inutile d'-en retracer le tableau qui n'offrirait rien qu-on ne comiaisse déjà.
• • •
TaBLRAU PHYSIQUE DE LA lYTLLE 9 ElfCEIHtEv FOBUnCA*
TiONS* *— Pendant les deux siècles dont nous nous occu- pons, l'enceinte de la ville demeura circonscrite parles Tieilles murailles que Philippe-Auguste avait ordonné de bâtir, et qui n'avaient été tenninèes que Vers 1355.; mais elles avaieni déjà subi de. nombreuses, reconstruclioos , notamment dans la partie septentrionale, après le siège de 4473, au XVI« siècle, de 1540 à 1560, et pendant les troubles de la ligue. Ces remparts couverts d'arbres et entourés de fossés profonds , formaient une promeuade d'où, la vue dominait les enrirons* Inutiles â la défense de Beauvais depuis l'invention de l'artSUerie , leur entretien constituait une des charges les plus onéreuses de la ville. De nos jours il ne resté plus debout que dauai vestiges de ces forUfiçatiopa : 1* la grosse tour située à la poterne Sainte-Marguerite» et qui servit plusieurs fois pendant les guerres de Louis Xlil et de Louis XiV à k*fiûfermer des prisonniers espagnols ; 3<>latourdifce.Tour-Boileau, qu'on Toit à peu de distance de la porte Saint-Jean , au milieu de la rivièfe , en face de l'angle formé par le boulevard. Selon toute apparence cette, tour doit son nom à un maire de Beauvais de la fin du xy®. siècle w
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• . La (division de la ^ville.pir quaclkl!S| ,:ls nontbre eA la (lé*
HUTOIftB DU BBAirVAIS. 8if
DQinioatioD défi ponts «t des monlins ; remplafiement des marchés , des boucheries » sont, à pea de différence piés les mèoies qu'au moyen^Age. (i)
En 1 70^ . on entreprit des fontaines publiques de Miau- roy à Beauvais ; les travaux furent poursuivis avec activité pendant qaelquesannées ; alors riosuffisance des fonds les
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fit abandonner. En 1 745 ^ on commença sur la grando place une fontaine ; mais on y renonça presqu*aussitôt, Nous en reparlerons k cette époque.
Cimetières. -7 II existait dans Tenceinte de Beauvais six cimetières 9 ceux de St-Etienne, de St-Laurent » de Str Sauveur, de la Madeleine , de St-Hartin et de Ste-Mar- guérite. Pepdapt une partie du XYIIl* siècle » on en compta un septième, celui de la Basse-Œuvre. Il y en avait quatre hors de la ville ^ ceux de St-^Jacques , de St-Jean, de Sl-Quenlin et de TEôteUDieu. Tous ces cimetières, à Tctxcçption ^ celui dé la Basse-ÛEuvrç , étaient aussi anciens que les étaUissemens dont ils dépendaient.
( 1 ) Voir l'Histoire de BetuTaii , par M. DefâfoDUiiM, t. S, p. 74 •l taÎTaniet.
Dans lei derniers tempe , fa tille fat diTÎsée •■ anq qnartien pour radminisiraiioo de la police. Le premier eompreoeil lei paroisaea de U Ba«fe-(£oTreeide Sle-ilars<iarUe<^ Le iceond Si-Martin el Sl-Laureni. Le Iroisièoie Si-SaîiTeor. Le qaairtème St-Eiienne. Le cinquième Sl-Andrè, Sw^Madelaine et Bl-Tkomat.
En i7S3, le marché à la folaille» qui l'était tenu josqo'alort dane tonte la longueur de rhdiel-de-fille et dans les rues adjacentes à la place, fut transféré I la place Saint-Michel, pour laisser libres l'entrée et la sortie des audiences du baillage, qui se tenaient dans une dépendance de l'hôtel-de-fille. Le marché an poisson , dont l'emplacemaat s*appelaifc le Vétail, fni aussi transféré sur la place de rEcorcherie-8l«Sa«f e«f » auprès du coara d*ean, afin de dégager la ront« de GaUia.
88 UISTOIHE DB BBJkVVAIS.
Ld cimetière de SUEtienne » qui a laissé son oom A son ancien emplacement , transformé aujourd'hui en une promenade plantée d'arbres» était le plus spacieux de tous. Contigu à Féglise qui le divisait en deux parties à peu prés égales, il servait plus spécialement dans sa partie méridionale aux morts de la paroisse ; la partie septen- trionale recevait ceux de la Basse-Œuvre , lorsquelle n'avait pas de lieu de sépulture.
Le cimetière de Saint-Laurent était sitoé au midi de l'église de ce nom, entre la grande rue Saint-Laurent et celle de la porte de THôtel-Dieu , d'un côté , et ta rue de la porte de Bresles de l'autre (i). Il n'avait en étendue que le dixième du cimetière de Saint- Etienne : outre les morts de fa paroisse » il recevait ceux du bureau des pauvres.
Le cimetière de Saint-Sauveur, k peu près de la même étendue que le précédent, avait la forme d'un carré long: sa situatloii n'était pas heureuse : établi dans un quartier populeux, resserré entre l'église et des habitations étroites et pressées, il n'avait d'ouverture que du côté de la rue des Jacobins.
Le cimetière de la Madeleine occupait en espace environ le tiers du cimetière Saint^Laurent, et par conséquent le
(I) On mH que réglito 8i-L«vreot se troofaîl sur IVmplaremeol ■eiii«l de la rovlit de CalaU, et ^oe wUe roule pueait, «n se deiowrMot» devant TaDcie» Hdtél<*l>iiM. '
HI8D0IBB DB BBAUVAIS» 89
trentième de eelui de St-Etiemie (i). Il était dommè par l'église de la Madeleine dopl. le séparait une rue étroite.
Le cimeliëre de St-Hartin , ayant en étendue à peu prés le quaraoleHOÎiiquiéine de. celui de St-Elienne ^ était un des plus dangereux de la ville i il ne s^puvrait que par une porte qui donnait immédiatement dans l'église St-Sfartin, et était entouré d'un mur très élei é qui repoussait vers l'église tovUs les exhalaisons»
Le cimetière ^é Ste-Marguerite , contigu à l'église du même nomV sur la rue conduisant de l'abreuvoir an Pont- au-Chat , n'était que d'un quatre-vingt-dixième du cime* tière deSt-Etienne.
Le cimetière de la Basse-Œuvre ne datait que de 1 791.. M. de BeauvilKers de St^Aignan , alors évêque de Beaa*- vais 9 donna au curé et aux mai^uilliers de cette paroisse» un terrain compris entre l'èvèchè , une grande maison voi- sine appelée l'Hôtel-de-Torcy, et l'église de Notre-Dame- dû-Chdtel » pour servir de sépulture aux fidèles de la Basse-Œuvre. Ce cimetière fut interdit en i766 comme préjudiciable à la salobrilè pubfique : à partir de ee- mo- ment, les morts de la paroisse furent portés à St-Etienne comme avant 1 721 .
Les cimetières dé Si- Jean , de St-Jaeques et de Si- Quentin étaient eontigos é leurs ^lises respectives. Celui
(1) La place St-Etienne ayant conforté lea lîmilea do raoeien cime- tière , vous avont pris œlai^i pour poini «le conparaifoa.
88 HISTOifiS ' DE MÂWÀl».
dé l'HOiel-Dieu se Irôu^iHt auprès é'm clos de vignes, appértebant à cet bôpilal » au oord de la villes à droite de la route d'Amiens.
I..
' Deux paroisses de la Tjlle n'avaient pas de cimetières: c'étaient St-Ândré et St-Thomas ; elles enterraient dans rinlérieur même de leurs églises.
Enfin, chacune des églises de la yille servait aussi de lieu de s^ullure : la cathédrale aux évèques et aux cha- noines, à moins qu'ils n'eussent exprimé une intention contraire ; les collégiales aux membres de leurs chapitres, les églises paroissiales à leurs curés, celiçs des couvens et des monastères de la ville et des faubourgs , aux reFi- gieui de la cpmpiyo^utè ; et toutes, ces élises en général et même les simples chapelles , à leurs ipocfaleurs , 4ona- ieutS) bieobiteurs, etc.
»
Le danger de tant de foyers permaaens de corruption, $eiaés.de distance en distance , au milieu d'un grand centre de population , avait depuis longtemps éveillé l'altentioo dç tous, les hommes éclairés ; et la force, si puissante de riiabitude et des préjugés , même les plus malfaisans , avait seule pu maintenir les lieux de sépulture dans Beauvaîs , où des brouillards continuels venant s'engouffrer dans l'espèce d'entonnoir formé autour de la ville par unochatne circulaire de montagnes, repoussaient dans l'intérieur des habitations les exhalaisons putrides, dégagées par ces cimetières resserrés au milieu des églises et des maisons , recevant l'eau des toits , et dont l'espace , généralement
HI8T0UB DB BBAUVAIS. &t^
pour (08 besoios de leur paroisse » nèce^lait la rëoavèrlare des fosses ayant le temps nécessaire pour la dissolution des corps.
La déclaration du roi, du 10 mars 1776, dont le bot était de Tair^ cesser ou du moins de diminuer le danger résultant du séjour des cimetières dans les villes , conte- nait dçuv parlies : la première défendant d'inhumer dans les égUses : cette défense était absolue (i). La seconde exhortant seulement à transporter hors de rcnceinte des habitations, auiuntque ks circonstances lepermetiraient, les cimetières qui pouvaient nuire à la salubrité de l'air. Comme on le voit , la loi était loin d'êlre impëraLive à cet égard ; elle supposait même qu'on pourrait conserver des cimetières dans Tintèrieur des villes , puisqu'elle Ordonnait en même temps d*agrandirceux cfù iraient insirfkans; (si)
Par suite de la déclaration do roi , les Trois*Gorps forent chargés, k Beauvais, de toutes les recherches relatives aux cimetières. En attendant nne solution définitive , les deux paroisses de Saint-André et de Saint-Thomas , qui n'avaient plus de lieu de sépulture , depuis que les inhuma- tions dans les églises étaient interdites , furent autorisées k porter leurs morts k St-Elieone. La nécessité absolue de pourvoir au remplacement de presque tous les cimetières^ puisqu'un seul, celui de St-Etienne ^ était d'une étendue
i*iitei
(!) 11 n'y aTaU d*exeeptfoa qae poar les archevê^iaes, éfSqiiM ^.enrte , pairooa , haoti-Juailden et foodaieurt;
(2) DédaraiioB do 10 «mis 1776 , article 7.
90 BISTOIRB DB BBAUVÀIS*
suffisante , amena naturettement l'idée d'an cimetière com- mun* Après plusieurs projets saccessirement abandon-< nès(i), deux fixèrent principalement l'attention; l'un tendant à faire un c imetière commun à la maladrerie Saint- Lazare , en établissant , à cause de la distance , un dépôt dans l'intérieur de la ville , le plus k l'extrémité qu'il se pourrait; l'autre , comprenant deux cimetières , le premier près du faubourg Saint- Jacques , joignant la ravine de Pontoise, et devant servir à la partie méridionale de la ville ; le second , sur l'emplacement d'un clos de vignes » appartenant à l'Hôtel-Dieu, et situé auprès du cimetière de cet hospice : il devait être affecté aux sépultures de la partie septentrionale.
Le ooacoars de l'évèquey du chapitre et de l'bôtel-de- viJIe., .dm» ces recherches» était conforme au vœu de la déclaration du roi ; mais les Trois-Gorps n'ayant pu s'en- tendre » maigre l'imminence d'une rèroîole qui occupait tous les esprits et donnait lieu à des écrite sérieux (s) » plusieurs années s'écoulèrent avant l'adoption du plan
(i) On jelt d*abord lei yeox lar an terrain liloé rne dn Bdut-du-Mar, et âppârteoint aux Co^deliers. Mah«n y rencontrait l'eau a troii pieds de prefbodeur. D'ailleuri ce terrain , quoiqa'à l'exirémilè de la fille» n*élait pas hors Ten ceinte. On proposa enioice le cloi da Boreao des PanTres, bore de la porte de Bresles. Biais cette porte, profonde , tor- taease , et suirie d'un pont étroit et long , rendait df£Qcile Taccès du cloi. Enfin on songea h Si-Laiare , au terrain joignant U ravine de Pontoiia, au dos contigo an cimetière de rUôtel-Dieu , etc.
(2) Les deux plus remarquables d*eotre cet écriU sont : L'Âvii d'«» Citoyen, publié en 1778, sans nom d'auteur , par M. de RegnonTal de floclty ; le ùri iu fimUi*, de la même année, écrit où peroe un aen- timeot d'opposition, et qui, par conséquent, jse pooTant paraître k BeauTais , où toutes les publications étaient soumises au Tisa du Juge de police du comté-pairie , fut imprltté è Amieai.
mSTOIRB DS BBAUVAIS. 01
définitif. Pendant ce temps , révèqae rèsoWait provisoi- rement les diflBcnllés les plus urgentes , par des mesures où se manirestail Tintention soutenue de transférer succes- sivement les cimetières hors de l'enceinte des habitations» autant que les circonstances le permettraient. En 1777, il interdit à la paroisse de St-André l'usage du cimetière de St-Etienne , et lui ordonna de porter ses morts dans celui de l'Bôtel-Dieu. St*Andrè obtint ensuite l'autorisa- tion d'inhumer dans la cour d'entrée du couvent des Jaco- bins ; mais ce terrain lui fut interdit à partir du l^'' avril i77d; et comme iHui avait été enjoint de se pourvoir d'un terrain hors des murs » St-Andrè acquit, des adminis^ trateurs du bureau des pauvres , un clos situé au-delà de la poterne, et y établit son cimetière. Le bureau des pauvres se fit concéder par Tèvêque un terrain vague et voisin du clos qu'il possédait à peu de distance de la porte de Bresles. Les cimetières de St- Laurent, de Si-Martin» de Ste-Marguerite , furent aussi interdits à piurtir du 1®^ avril 1779. On donna pour Keu de sépulture provisoire» à ces trois paroisses, le cimetière de l'Hôtel-Dieu, ensuite celui nouvellement établi pour le bureau. Le cimetière de la Madeleine fut interdit le ISmai 1785; elle reçut l'ordre d'enterrer dans la cour d'entrée du couvent des lacobins, qui avait servi précédemment à St-André. En cet état de choses il ne restait donc plus que deoi des anciens cimetières, ceux de St-Sauveur et de St-Etienne. Dans ce dernier, on avait interdit la partie qui se trouvait au nord de l'église , et qui servait à la Basse-Œuvre :.il avait ètè enjoint à celle-ci ^ le 21 avril précèdent» défaire ses inhumations dans le surplus du cimetière.
M HISTOIRE DE BBAUYAIS»
Cependant ie parlement rendit le 21 août 1785, un arrêt ordonnant que le corps municipal, les carés» les marguîliiers et les principaux habilans de chaque paroisse, seraient convoqués devant le lieutenant-général , à Teffet de convenir d*un ou de plusieurs terrains, hors la ville, pour servir de cimetières* Ce moyen semblait devoir con- duire en peu de temps au but désiré ; car, au dire d'un ancien écrit c il faut regarder comme nul le sentiment ver-
> salile et factice de ces assemblées tumultueuses , cod- » voijuées au son d'une cloche qui étourdit également
> tous les paroissiens , mais n'appelle effectivement que
> ceux du suffrage desquels on s'est d'avance assuré* » (i) L'assemblée eut lieu le 19 juin 1786 ; mais les opérations ordonnées par le parlement furent retardées par une oppo- sition du curé, des marguilliers et des principaux habitans de St-Etienne , qui t'envisageaient que du point de vue des intérêts et des droits de leur iabrique , une question dé salubrité publique et de police générale pour laquelle ilfallait des médecins et des magistrats* Le parlement ^ par un autre arrêt du24 janvier 1787, ayant ordonné l'exécu- tion du précédent, les assemblées furent recommencées, et l'on y convint de deux terrains, l'un. attenant au cime- tière de THôtel-Dieu , l'autre situé à l'extrémité du franc- marché, derrière le couvent des Capucins , poursenrir de cimetières communs. Le parlement approuva ce choix , par son arrêt du 1 7 mars 1 788 ; les officiers municipaux « les curés et les marguilliers furent chargés de faire l'acqui- «ition des deux terrains* Ces arrêts n'ayant pas reçu
(1) Le Cri dm Pvbtie,
BISTOIRB DE BBAUViQ. 95
d'exècation, et Tèvèque ayant interdit , poarle l^^jan- Tier 1789, les cimetières de St-Etienne, de St-SaoTear, et celui affecté à la Madeleine , dans la cour d'entrée du coûtent des Jacobins , le parlement , sur la demande du prélat , ordonna l'établissement pro?isoire d'un cimetière commun dans un terrain Tague situé auprès du clos de Tignes de FHôtel-Dieu » à droite de la route d'Amiens. Ce ne fut qu'au mois de mars 1791/ après la suppression des ordres religieux , que la municipalité de Beànrais fit Tacqubition de Tenclos des Capucins, et y établit un cime- tière pour toute la ville.
Rues i>b Bbautàis. — Les rues de la tille araient été l'objet de nombreuses améliorations pendant le XVI* siècle; cependant comme le droit de pater était une des attribu- tions municipales, et que la tille était pauvre, beaucoup de ces rues n'avaient pas encore vu disparaître, sous un pavage depuis longtemps désiré , ces boues noires et ki* fectes, aussi pernicieuses è la santé qu'incommodes à la cir- culation. Les grandes rues des faubourgs ne furent pavées qu'après 1650. Dans la viUe , la rue des Annettes le Ait en 1 674 : on l'élargit en même temps de six. pieds. £n 1 732 seulement on pava depuis Notre-Dame-du-Cbâtel jusqu'à Ste-Harguerite.
«
Les mes de Beauvaia BVèietU même , pvant le XVII* siècle , les dénominations qu'elles poi!te;it encore aujoBr- d'hui pour la plupart. Ces dénoioinations étaient tirées ^es monumens qui y éUMnt construits , des iostitotieos qui y avaient été fondée*, des professions fui; s'y es^fiaient.
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84 HI^OIRB DB BEAUVAI8.
des enseignes suspendues aux maisons des marchands , quelquefois aussi du nom des plus anciens propriétaires. La ville possédait sous le rapport du pittoresque , ce qu'elle a gagné depuis sous celui de la salubrité. Vue des remparts ou des hauteurs environnantes , elle offrait au coup-d'ceil une multitude d'aiguilles , d'arcades , de flèches , de pans de mur» de pignons aigus.
La nuit» les rues étaient plongées dans la plus profonde obscurité. En 1765 seulement, on commença k les éclairer pendant les nuits d'hiver. Le premier appareil dont on se servit consistait en lanternes triangulaires , garnies en tôle d'Un edlé et en verre des deux autres : dans chacune d'elles brûlait une chandelle. Ce ne fut que pendant la révolution qu'on adopta an mode d'éclairage plus convenable.
Nous ne terminerons pas ce chapitre sans dire quelques roots des accidens physiques dont Beauvais Ait le théâtre pendant ces deux siècles. La police étant mieux faite , on ne voyait plus de ces incendies généraux , qui au moyen- Age dévorèrent à plusieurs reprises la ville entière. Aussi , ne peut^on citer à cet égard que des accidens partiels. Nous lisons dans un ancien manuscrit : < Le Vendredi* y> Saint, 10 avril 1705, le feu ayant pris environ deux
> heures du matin, chez Duchemin , presseur, rue Saint- 3> Jean, et H. le curé Michel ayant défendu de sonner » les cloches , H. le maire Tristan commanda aux tam- » bours de battre pour commander d'aller au feu ; mais s l'on lut oMigè de sonner les cloches, et sans la grande
> diligenee que l'on y apporta > tout le quartier des arqu»*
HI8T0I&B DB BBAinrAIS. 9S
1 basiers eut été brûlé. » (i) Il n'exbtail point encore alors de secours publics organisés pour les cas d'incendie. Nous voyons ailleurs que le feu prit le 3 avril 1752, dans la rue- du Purgatoire, et que deux maisons furent brûlée^* Le. 18 juillet de la même année , un incendie se déclara sur la grande place et dura cinq heures : trois n>aisons de marchands furent entièrement consumées. On les rebâtit l'année suivante. Ce fut en 1753 que les Trois-Corps éta- blirent à Beanvais des pompes à feu.
*
Les inondations furent plus fréquentes. Le 7 janvier i628 le Thérain déborda et roula ses flots dans la ville. Le 4 février 1635, on eut 4 déplorer un accident semblable; mais ce ne fut rien auprès de l'inondation du S2 février 1658, dont les babitans de Beanvais conservèrent long- temps le souvenir. Ce jour-lé la violence des eaux fit erouler des maisons entières au faubourg Saint-Quentin. Les remparts depuis la porte Lhnaçoo jusqu'à celle de Bresles furent grandement endommagés. La rivière Jfer- iançon^ disent les archives de la ville « extrdordinairement grossie par les eaux du Thérain, fit irruption par le rue de laFrette, et se divisa en deux bras, dont l'un couvrit toute la rue St-Jean , pendant que l'autre traversant le marché avec la rapidité d'un fleuVe, descendit par la rue de TEcu jusqu'à la porte de Paris qui devint inaccessible mémo aux chevaux. Dans ce quartier, comme dans celui de St-Gilles et de St-André , on allait en bateau par les rues. La ville ^ selon l'expression des témoins oculaires.
t » ■ mtmÊmmmt^-mtmmm^mmmm^mmétâ
(1) Gralîiwdtai do Iduniât Ae leaa Hétlei;
M HISTOIRB-DB B£AUTÀIS.
semblait inenacèô d^uh naufrage universel. Les eaai com- mençaient k se retirer, lorsque dans la nuit du 24 au S( février, une forte pluie fil redouter de nouveaux dangers. Elle cessa heureusement avec le jour« et tout le peuple de Beauvais commença avec ardeur les travaux nécessaires pour Técoalement des eanx.
Le 35 février 1692. un nouveau débord«p)cot emporta les ponts et les mouli^sdes portes de St^Jean et de Paris. Le 18 septembre de la même année , on ressentit des secousses de tremblement de terre.
Le 24 septembre 1729, dans raprès*midi, s'éleva un orage . qui dura jusqu'au lendemain. Une nuée creva aux environs de la ville. Les rivières et les ravins dé Villers- 3t-Lucien se changèrent en lorrens qui entraînèrent plu* sieurs maisons et les murs des abbayes de St-Lucien et de Sl-Qpenlio. Devant la première , Teau montait à une hau- teur de cinq pieds. Le faubourg St^Quentin fut inondé jusqu'à; la porte Limation. Un grand nombre d'animaox périrent.
«
Le 22 janvier 1 751 , jour de St-Vincent , après un hiver long et rigoureux, il survint un grand dégel. La ville fut en partie inondée : il y eut beaucoup de ravages iii Beau- vais et à plus de dix lieues à la ronde.
Lés anciens manuscrits citent .aussi plusieurs autres années mémorables pour la sèclieressé , la rfgueur du froid ou Tabondanee des pluies-. < Le 2 juin 1681 , -tes^anoines » de St-Michel firent porter par quatre càpoems H quatre
HISTOIRE M, fifiAUVAISt 97
» autres , et accompagnèrent Ste-Angadrème à Tabbaye de St-PauU escortés des compagnies privilégiées qui Font gardée, pouravoîrde la pluie. Le 3 juin, pro- cession des Jacobins à St-Michel avec leurs deux châsses des onze mille vierges. Le 4 juin, procession des reli- gieux de St-Lucien  St-Quentin. En ce temps presque plus d'eau pour les bestiaux. En 1682, toujours pluie. En i683, depuis la Sle-Calhcrine jusqu'au Carême , grande gelée continuelle^ et les blés, vignes et autres arbres gelés. En 4684, grande sécheresse. Beaucoup de processions , peu de blé et de vin. Le l®>''mai 1685, toutes les vignes gelées sans ressource. En mai 1694, grande famine et mortalilé. » (i) L'hiver de 1709 fut terrible dans toute la France, a L'année 1751 fut désas- treuse pour les commerçans et surtout pour les fa- 9 brîcans par la grande sécheresse. Les rivières étaient basses au point que les moulins ne pouvaient tour- » nen * ( ) En 17a5 stérilité et disette. En 1785 , sé- cheresse extraordinaire. En 1788, le 15 juillet, grôle qui ruina sept paroisses aux environs de Beauvais.
Pendant ces deux siècles , Beauvais eut aussi  souffrir plusieurs épidémies cruelles ; la disposition même des lieux favorisait leur développement. L'humidité de la ville, l'air circulant avec peine dans ses rues étroites et boueuses, dans ses maisons basses et sans lumière, les miasmes
(1) GoBlinnalioo do Joarnal de Jean Mollet. (2} i«anial mannfcrit. IV.
08 HISTOIRE DB BEAUVAIS*
qu'exhalaient les cimetières, les eaux stagnantes au pied des remparts activaient les germes de mort. De 1619 à 1637 , la peste y régna presque continuellement. En 1693, un autre fléau que les mémoires du temps appellent la maladie de pourpre , (il de grands ravages. En 1750, la \ille fut décimée par la suette, A cause de leur importance, nous parlerons à leur époque de cc^ diverses épidémies.
CHAPITRE SECOUîD.
Dix-8B?niiis siiCLS. -—Troubles de la miooriié de Loaii XTII. — États- Gèoéraox. — Siège de Clermoat. — M. Aaguslin Potier, ètèque. -^ Epidémie. — Désordres commis par les gens de gaerre. — Emeute. -« BeaoTaismeDBcé par les Espagnols. — Dernières années de H. A. Potier. -~ Gharlea II , roi d'Angleterre , Tient fc BeauTaia. — M. de BazenVal, évdqae. —Troubles de la fronde. -—Violences commises par la gar- nison. — Beaofais inquiété de nouteaa par les Espagnole. — Passage de Mademoiselle d'Orléans et de Uazarin. — Passage de la reine d'An- gleterre — Affaire des Zélés. — Louis XIV k Beauvais. -— Entrevue de la reine d'Angleterre, avec Montittur, frère da roi. —-Second Toyage de Louis XIV. — Troubles causés par la garnison. — Chan- gemens dans l'organisation municipale.— M. de Forbin-Janson, éTéqoe. -—Troisième Tojage de Louis XIV. — Vénalité des officea muaicîpaui.
lENDANT les dix premières années de ce siècle, ^^Beauvâis jouil d'une tranquiliilè profonde ; les ^çrandes luîtes de la ligue somblaienl avoir usé Ifènergie du peuple : relire de l'arène politique il se livrait tout entier aux relations d'amilié et de con- corde, et aux travaux de l'industrie , Glle d'une paix répa- ratrice. Au mois de mai 4610, Henri IV meurt sous le poignard d'un moine. Les habitans de Beauvais prêtent aussitôt serment de fidélité à la reine -régente Marie de
353887ÎJ
iOO HISTOIRE DE BEAUVAIS.
Médicis , serment qu'ils gardèrent lorsque par suite de petites brouilleries de cour » le prince de Condé re!e?a l*élendard de la guerre féodale. Le prince et ses partisans signèrent la paix à la condition que les Etats-Gènèraux se- raient convoqués. Les trois ordres du bailliage de Beauvais •rassemblèrent en conséquence, en juillet 1614, pour députer à cette assemblée , où le tiers-état ne fut repré- senté que par des officiers de justice et de finances. En 1615, le prince de Condé recommence la guerre; il se retire au mois de juillet dans le château de Clermont, et ' le garnit de soldats sous le commandement du marquis d'Haraucourt. Beauvais reprend les armes. Le 23 octobre, le maréchal d'Ancre se présente devant Clermont à la tète d'un corps de troupes , dans les rangs desquelles marchent ses compagnies privilégiées de la milice de Beauvais. La plûce se rend après cinq jours de siège*
Le 4 octobre 1616 , Tévèque, M. René Potier, mourut à Beauvais, dans la force de Tâge. il était depuis quelques jours à peine de retour dans son diocèse , où il avait très peu résidé. Presque toute sa vie s'était passée au milieu des affaires les plus importantes de l'Etat et de l'église, dans lesquelles il avait fait preuve de grands talens et de celte gravité de caractère qui semblait un patrimoine de sa famille, (i)
(1) Go Toît dang les leltret do cardinal d'Ovsat que Bené Potier sVtait acqois beaucoup d'ealime eo Italie oA il avait fait un voyage.
lors de Tavènemenl de René Potier au »iège de Beauvais , le revena de révèchè , fort dimioué par suite des troubles de la ligue , n*était que de 19,000 liv., et se trouvait chargé de trois pensions, dont une envers le maréchal de Boquelaure. L'évêque se trouvant k la cour d'Henri IT » refusa de racheter cette peuMoo , un jour que le maréchal la loi proposait h vil prix , pendant qu*U était en train de la perdre au Jeu.
BISTOIRB DE BEAUVÂI3. 101
Loisel, dans le beau portrait qu'il a trace de ce prélat appelle c un autre Didyme français > à cause de rinfirmitë de sa vue récompensée par un savoir qui le rendait admirable à tous ceux qui Tentendoient parler tant des plus profonds secrets dei notre Toi et créance], suivant la doctrine de tous les pères grecs et latins , que de l'histoire ecclésiastique , discipline de l'église et affaires d'Etat, et généralement de tout ce qui se pouvoit pré- senter; et ce, avec une telle promptitude, force]d'éIa- qoence et vivacité d'esprit , que s'il eût employé son talent aux prédications plus qu'aux remontrances faites au roi et messieurs du conseil, aux états, assemblées gé- nérales du clergé et particulières de son diocèse , il eût mérité le nom de Chrysostôme. > A son lit de mort , exprima au Corps de ville de Bcauvais, et aux membres du présidial , le regret d'avoir défendu avec trop de vivacité les droits temporels de son évèché ; il se ré- concilia avec tous ceux qu'il croyait avait offensés , c avec > une telle contrition , dit Loisel , que cela profita plus à » son église que n'auroient fait cent sermons... L'on pen- » soit plutôt ouïr un esprit divin qu'un homme mortel. » Il dicta lui*nréme son testament (i). Il manifesta le souhait qu'avant de mourir on le portât devant le parvis de la ca- thédrale, sur une simple paillasse, pour témoigner au peuple la douleur qu'il éprouvait de n'avoir p3s résidé davantage» Comme il devait être enseveli & Paris, son convoi
(1) Etienne de Nully nous apprend que les fondations ci les legs an cha(iUre faits dans ce leiiameoi s'éYanoaireol , parce que le prélat était •■«peci de Jansénisme.
102 HISTOIRE DE BEAUVAIS.
fut jusqu'au faubourg Saint- Jacques , où les religieux de St-Syinphorien» comme grands cures, prirent le corps pour l'accompagner sur leurs terres. Il eut pour succes- seur son neveu Augustin Potier, choix qu'appelait le yasa de tout le clergé et du peuple.
Un fléau qui , depuis longues années, n'avait pas menacé Beauvais, la peste, reparut en 16i9, apportée sans doute par des marchands venus de Paris, d'Amiens, de Rouen, où la contagion régnait alors. Elle fit des apparitions con- tinuelles jusqu'en 1657. En 1623 le mal redoubla de vio- lence ; la vieille maladrerie de St-Lazare suffisait à peine pour contenir les malheureux pestiférés que lui amenaient chaque jour de longues files de voitures et de bateaux des- dont le Thérain. L'évêque et le chapitre acquirent alors à Bretagne , un terrain pour servir de sépulture aux vic- times. Le lieu était à peine béni que l'évêque et les cha- noines se plaignirent de profanations et d'impiétés qui y avaient été commises. Un monitoire fut lancé pour avoir révélation des coupables , et le vicaire de l'église St-Jean se refusant à la publication de cet acte , un procès fut com- mencé contre lui. En 1625, les ravages de la peste furent tels qu'une foule d'habitans de Beauvais se retirèrent à Gerberoy.
L'épouvantable épidémie que nous venons de rappeler n'était pas le seul fléau de cette époque de désolation. Le po'jvoir central avait perdu pendant les troubles civils de la régence , presque tout le terrain qu'il avait gagné sous Henri lY. Il tombait par lambeaux entre les mains d'un
HISTOIRE DE BEAUVAIS. 103
monarque sans énergie, en attendant que le génie puissant de Richelieu lui rendu son ensemble et sa force. La fin des luttes intérieures, en laissant dans Foisiveté tous ceux qui faisaient métier des armes , avait livré les campagnes aux gens de guerre , Térilables routière du dix-septième siècle, vivant de pillage et de meurtre , et protégés dans leurs brigandfi^es par leurs chefs mêmes. Les environs de Beauvais furent désolés par ces troupes indisciplinées , comme le prouve la proclamation suivante, dictée par la pensée d'assurer la répression de leurs exeès :
« De par le roi : à tons nos lieutenans, généraux, gou- » vemeurs de nos provinces , etc , savoir faisons que sur les plaintes et doléances qui nous ont été présentement faites par les maire et pairs de la ville et commune do notre ville de Beauvais, et les habitans des villages et lieux circonvoisins de deux lieues à Tentour de ladite Tille, pour les grandes violences, vexations, pilleries et inhumanités qui se commettentjournellementèsdits lieux circonvoisins par aucuns gens de guerre y étant , lesquels habitans, pour les occasions susdites, sont contraints avec grande extrémité de pauvreté, de se réfugier en ladite ville de Beauvais , laissant et abandonnant leurs maisoas et labeurs ; à cette cause désirant gratifier et favoriser lesdits maire et pairs d'icelle ville et villages circonvoisins , en les relevant desdites vexations et vio* lences qu'ils souffrent par le moyen desdits gens de guerre qui logent fort proche de ladite ville, ••• défen- dons très expressément qu'es environs de ladite ville de j» Beauvais , même de deux lieues à la ronde, tous n'ayez
104 HISTOIRE 1)E BfiAUVAlS.
» eo aucune façon que ce soit, h loger ni souffrir loger
> aucun de nos p;ens de guerre, lanl de cheval que de » pied, de quelque qualité et condition qu'ils soient, ni D prendre, piller, enlever, fourrager aucuns , blés, vins, » chair, meubles, deniers, bestiaux et autre chose, et 9 en cas d'infraction , permettons auxdits maire et pairs
> de courir sus au tocsin ; et comme des gentilshommes •• sous prétexte de préserver les habitons du logement 9 desdits gens de guerre, en allant au-devant d'eux, se 9 font par force ou menaces d'y amener gens d'armes , 9 administrer vivres , grains , chevaux , armes , deniers
> qu'ils appliquent h leur commodité et proGt, au grand 9 dommage desdits habitans ; défendons auxdits gentils }> hommes d'user de telles voies , sous peine d'être décla* 9 rés Ignobles , rebelles et dèsobéissans , et punis comme 9 tels. Du 20 janvier 16â5» 9
En 4629, la peste sévit avec une nouvelle force, par- ticulièrement au faubourg St-Jacques. En 1655 , elle se répandit encore d'Amiens jusqu'aux alentours de Beauvaîs» et décima Villers-Sl-Lucicn.
Cette même année 4655, le conseil d'Etal rétablit à Beauvais l'impôt du sceau de la draperie qui , un demi- siècle auparavant , avait été le signal d'une émeute violente. Une assemblée de notables bourgeois et marchands fut convoquée, le 22 mai, à l'hôlel-de-ville ; elle résolut de faire opposition , au conseil, à la perception de l'impôt. En même temps , le maire et les pairs , témoins de l'irri- tation qu'avait soulevée ce nouveau projet d'exaction si
fllSTOlBB DE BEAUVAIS. |<K(
menaçant pour une industrie qui donnait du travail à presque toute la population pauvre de Beanvais , veillèrent au maintien de Tordre. Les capitaines des compagnies pri- vilégiées furent avertis de se réunira l'hôtelHle^ville avec leurs hommes en armes, au premier signal, ei les capi- taines des compagnies bourgeoises de faire la garde dans leurs quartiers. L'arrivée des commis chargés de percevoir l'impôt, augmenta l'agitation, t Aujourd'hui, dit le registre 9 des délibérations de la ville, à la date du 29 mai, ont » été vus et entendus quelques artisans de cette ville ,
> considérant les actions de ceux qui sont venus pour
> rétablissement du sol pour livre ; même que aucung
> ont tenu quelques propos insolens. > L'émeute éclata dans la soirée du 31 mai. Un grand nombre d'artisans, tant femmes que garçons, s'attroupèrent aa marché, devant l'hôtel des Corbeaux , où étaient logés les commis, cassant les vitres à coup de pierres et de cailloux et /awanl grand bruit (■). Les commis quittèrent la ville, protégés par une escorte que leur donnèrent le maire et les pairs, et établirent leurs bureaux à Tiilard. Le corps de ville défendit les rassemblemens, et adressa des remontranceit au roi à propos de l'impôt. Quelques mois après, il fut question d'en rétablir la perception. Les mêmes symp- tômes de troubles se manifestèrent de nouveau. Les 3 et 4 septembre , le corps de ville décida qu'il serait promp- tement c fait un ban et proclamation au son du tambour, h portant injonction et commandement & tous et chacun
(I) R«gi§lr« des dèlihératiou.
106 HISTOIRE DE BBÀIIVAIS.
» des artisans et gens de mèlJer de laine de se retirer f présentement et sans bruit en leurs maisons , boutiques , » ouvroirSy sous peine de la vie..* Et s'il yient encore I quelque émotion , on alertera tout ce qui sera possible
> pour Tempécher et foire retirer le peuple , même par la
> force si besoin est. (i) Après beaucoup d'instances et de démarches, les maire et pairs obtinrent la révocation de l'impôt.
Dans les derniers jours de juillet 1636» pendant'que les impériaux envahissent la Bourgogne , une armée espagnole traverse la Somme, sous le commandement de Jean de Werlb. L'alarme se répand à Beau vais ; la milice bour- geoise est aussitôt sur pied; on fabrique des poudres; on construit des tranchées, des courtines ; la population en- tière travaille aux fortiâcations, et marche aux corvées tambours baltans, enseignes déployées ; les moulins de la route de Glermont sont brûlés; on fait sauter les ponts sur le Thérain ; les paysans des environs sont reçus dans la ville ; on leur donne des armes ; leurs chevaux et leurs voilures sont frappés de réquisition ; tout étranger qui n'a le moyen de contribuer aux charges communes est ex- pqlsé ; des guets sont placés dans les clochers des églises; les gentils hommes de la province sont appelés dans la ville (d). Le 8 août, en yertu d'un ordre du roi qui près* crit la levée d'un corps de troupes à Beauvais , une assem-
(1) Regitlre dei dëlibéraiioDf .
(2) Registre des délibérations. — loTcnlaire dei arcfaÎTei .
HiSTOIRB DB BBAUVAIS. 107
blée de notables coDYoqaës par le maire et les pairs, prend l'arrêté suivant :
f Pour le service du roi et le secours de ladite ville
» contre l'ennemi entré en France , il sera promptement
» fait une levée de deux mille bommes d'infanterie , qui
> seront distribués en vingt compagnies, chacune de cent
> bommes , qui seront commandées par M. Des Marests, B capitaine , H • de Frocourt ( i ) ou le lieutenant de mondit » sieur le capitaine , et messieurs les maire et pairs de
> ladite ville conjointement.
I Les' capitaines et membres desdites compagnies se- » ront choisis et nommes par nosdits sieurs les maire et » pairs et lieutenant de M. le capitaine.
t Lesdites compagnies seront distribuées en deux fois » dix y et celles de chacune dixaine qualifiées de première ,
> seconde, troisième compagnie, et ainsi par ordre jus- 9 qu'à la dixième.
» .Lesdits capitaines et membres seront tenus prêter le 9 serment de fidélité au roi et à la ville, entre les mains
> desdits sieurs maire et pairs et lieutenant de M. te ca-
> pitaine.
> L'ordre et le mot sera donné par lesdits sieurs maire >* et pairs et lieutenant de M. le capitaine , par chacun jour » et a toutes occasions , aux chefs desdites compagnies.
(t) OfBcîer venu à Be«aT«Î8 par ordre da roi.
108 HISTOIRE DB BBAUVAIS.
t Lesdits capitaines seront appelés et comparaîtront aux assemblées qui se feront audit hôlel-de-ville par lesdils sieurs les maire et pairs et lieutenant de mondit sieur le capitaine , pour les affaires concernant la milice, discipline militaire , et y donneront leurs avis.
» Il sera payé et distribué par chacun jour» à chacun soldat effectif, quatre sols tournois avec un pain fort de vingt*quatre onces, moyennant quoi ils n'exigeront aucune autre chose de leurs hôtes sinon le couvert.
» Il sera loisible auxdits sieurs maire et pairs et lieu- tenant de M. le capitaine^ de licencier lesdiles compa- gnies ou aucune d'icelles , quand ils délibéreront n'être nécessaire ou possible de les entretenir plus longtemps.
> Les plaintes qui se feront contre lesdits soldats, se- ront jugées par lesdits sieurs maire et pairs et lieutenant de M. le capitaine ; seront pris les avis desdîts sieurs capitaines.
» El seront lesdits sieurs capitaines, membres et offi- ciers desdites compagnies, contentés et satisfaits suivant le mémoire particulier qui en a été fait au secret de ladite ville, i (i)
(1) RegÎBire des délibératîont.
Yuici la copie du mémoire parlicnUer qai règle la lolde de cbaqne com- pagnie.
Aa capitaine y tonlef les cinq semaines 1501.
Au lieutenant , idem, 00
A renseigne , idem. 45
Aux deux sergenSy chacun on pain par jour et . . • 10 s.
Aux lroi« caporaux , un pain par jour et 8
Aux six aospoMades, un pain par jour et 6
A chaque soldat, un pain par jour et. ...... 4
Chaquc'capitaine reçut en outre 200 I. pour la lerèe de sa compagnie.
HISTOIRB DE BEAUVAIS. 100
Ces troupes sont années de moosqaels et de piques aux frais de la ville , et cantouDèes à Sl-Queutiu , St- Lacieu, St-Symphorieu» Bresles. Les officiers sont tous des gentils hommes des environs. Les dix premières com- pagnies sont mises sous le commandement de M. de Gau- dechard de BachivillerSy et les dix autres sous les ordres de M. de Mornay de Montchevreuil.
Cependant le danger augmente : le 1S août la petite ville de Corbie tombe au pouvoir des Espagnols. L'en* nemi est presque aux portes de Beauvais ; Jean de Werth ravage St-Just, La Neuville-le-Roy, Bulles» Tricot. On fait des prières publiques et des processions; M. de la Yillelte vient lever par ordre du roi cent cavaliers aux frais des bailliages de Beauvais et de Chaumont ; M. de^ Boufflers envoie à Beauvais quatre compagnies de carabins, sous le commandement de M. de la Chapelle ; les habitans les plus aisés sont tenus d'avancer les sommes auxquelles ils sont taxés ; on fait des perquisitions de grains , et le dénombrement de la population ; la garde des remparts est confiée aux bourgeois , celle de Tévêché aux ecclésias- tiques ; la cavalerie et l'infanterie veillent au dehors sur les grands chemins. Les ecclésiastiques se refusent d'abord , en vertu de leurs privilèges , de loger les gens de guerre; mais un ordre du roi les y contraint. Les travaux de dé- fense se poursuivent avec activité sous la direction de H. de Fontenay-Hareuil , ingénieur. On élève un fort au Mont-Capron, un autre & St-Martin-le-Nœud.
Un gentilhomme du Beauvaisis , le marquis de Bonni-
110 HISTOIRE DE BEAUVAlS.
vel, élail passé & l'ennemi ; le roi flt arrêter sa feoime et ses enfans qui restèrent prisonniers à Beaovais : des sol- dats de la ville s'emparèrent aussi » dans une course aux environs, de Jacques Gaudefroy, curèdcLiancourt, et de Jean Leduc, qui conduisaient à Crevecœur un trompette espagnol, (i)
Le corps d'infanterie levé à Bcauvais ne fut pas seule- ment occupe à la défense de la ville ; il fut envoyé au siège de Corbie. Les dix compagnies commandées par M. de Gaudechard de Bachivillers, avaient reçu le nom de régi- ment de Beauvais , et les dix de M. de Monlchevreuil , celui de régiment de Monlchevreuil ; mais la diflicullè do remplir les cadres, et surtout de payer les soldats, avait déterminé le corps de ville à réduire reflcclif de chaque compagnie à soixante hommes. Bientôt, par ordre du roi , le régiment de Monlchevreuil fut licencié , et ses soldats incorporés dans le régiment de Beauvais ; celui-ci rcsla sous le commandement de M. de Gaudechard , et cul une part active au siège de Corbie et à la reprise de celte place qui eut lieu le 14 novembre* Le résultat de cet évènemeLt fut de refouler l'ennemi par delà les frontières. Une fois le territoire affranchi de l'invasion espagnole, Beauvais déposa les armes , et le régiment que la ville avail fourni fut licencié , en vertu de la lettre suivante adressée par le roi à son commandant :
ff Monsieur de Bachivillers , ayant sceu qu'en Testât « auquel est à présent le régiment de Beauvais que vous « commandez, il n'y a pas lieu de s'en promellre aucun
(1) Cet prîsoDnicrf forent remis en liberté pea de temps après.
HISTOIRE DE BEAU VAIS. Hf
5) service , j'ay estime à propos de le licentier, voos faisant » cette lettre poar vous dire qu'aussitost que vous Kaurez reçue, vous donniez ordre que les chefs et oflTiciers d'iccjuy se retirent, logeans par les hostelieries sans bnllre la campagne, et que les soldats prennent party dans les autres régimens qui subsistent , sans permettre que vos dits officiers en puissent amener aucun quand à eux, soubs quelque prétexte que ce soit ; voulant bien au surplus vous témoigner et à eux , qu'ayant satisfaction du service qu'ils m'ont rendu , je seray bien ayse de vous deppartir des effects de ma bienveillance aux occa- sions qui s'en offriront pour vostre advantage. Et la présente n'estant pour autre sujet, je prie Dieu qu'il vous ayt, Monsieur de Bachivillers , en sa sainte garde. Escrit à Chantilly, le 21® jour de novembre i656« Signé Louis. »
Une autre lettre du roi , du 4 janvier 1637, incopora les soldats du régiment de Beauvais dans celui de NanteuiL
Dès que le danger fut éloigné , la ville , â qui les der- nières levées avaient imposé de grandes dépenses, exigea de H. de Gaudecbard la restitution des armes qu'elle avait fournies à son régiment et à celui de Montchevreuil . Sur son refus , elle l'assigna au Conseil , où il demanda , comme s'agîssant d'un fait purement militaire , le renvoi de la cause au tribunal des maréchaux de France, ce et où il » plairait au conseil en retenir la connaissance... être 3> renvoyé quitte et absous de la demande de rendre les » armes qui ont été baillées aux capitaines de son régi-
il8 HISTOIRE DE BEAUVAIS.
ment... et pour les armes du régiment du sieur de MoDtchevreuil , dont la plupart seroieol demeurées dans les huttes et dérobées par les soldais , n'ayant pu les faire conduire, sinon quelque parti , qu*il offre rendre, en le payant de ses appointemens de lui et de ses capi- taines, subsistance des soldais, etc.
» Il se reconnaîtra , disait M. de Gaudechard , que les- dits demandeurs agissent en cette cause, et sont portés d'une extrême ingratitude et méconnaissance des bons offices qu'il leur a rendus. •• et bien que tout office ne ne doit être dommageable à ceux qui Font fait , néan- moins si la prétention desdils demandeurs avoit lieu, il se trouveroil que ledit défendeur, pour l'assistance qu'il a rendue à ladite yille de Beauvais, il en recevroit un bien grand et notable préjudice en le voulant rendre responsable de quantité d'armes perdues, dont il n'a jamais été chargé civilement , ni naturellement , ni par obligation
> Par le traité fut convenu et accordé entr'autres choses de donner âOO livres à chaque capitaine avec les armes pour leurs cent hommes effectifs... et à l'égard des capitaines fut accordé qu'il leur seroit baillé 50 écus pour montre réglée à 36 jours, desquelles montres quoique le régiment dudit défendeur ait subsisté... prés de quatre mois ou environ , ledit défendeur et autres capitaines n'ont reçu qu'une montre et demie» 7) qui est environ 75 écus à chacun , et néanmoins ledit I défendeur et autres capitaines n'ont pas délaissé de
UiaXOME Ofi fiEAUVAlS« 113
payer lears soldats» taire sabstster le(Kl règimenl / n'y ayant capitaÎDe qa'U n*ail dépensé plus de cinq à stt cents ëcasda sien... Et ne sauroîenl lesdits demandeurs faire apparoir d'aucan traite et <d>ligation de rendre et res^ titoer lesdites armes.. • comme n'étant josle, pour les difficultés qu'il y a à la conservation des^armes ^ • .. parce que la plupart des soldats qui mearent de maladie ou qui sont tués» les perdent et leur sont prises » ... même le feu s'étant mis deiix jours dans les buttes dudtt régi- menl où il y eut quantité d'armes perdues et brûlées ;... et à l'égard dudit dtfeodeur, l'on ne iui a point baillé d'armes pour sa compagnie , ks ayaot fournies à ses dépens... Aussi lesdîls demandeurs sont mal fondés à demander les armes du régiment de BeauYais audit sieur
9 défendeur, ni celles de ses capitaines ; ils sont encore moins recevables A demander celles du régiment de HonlcheyreuiU d'autant qu'elles ne lui ont été baillées
3> ni à ses capitaines à condition d'en tenir compte , ains pour les bailler h des soldats qui s'en sont servi dorant le siège de Corbie , el celles qui sont restées , en fort petit nombre... ledit sieur défendeur leur a offert, comme il offre encore de leur rendre ,^en lui payant ses appointemens et subsistance pour deux mois , et frais de la conduite desdites armes., ne s'en pouvant exempter» non plus que les antres villes ont fait, ne pouvant y avoir exception pour ceux de ladite ville de Beauvais, lesquels doivent d'autant plutôt être condamnés au paie-
y> ment desdttes montres et subsistances que toutes les' autres villes du royaume , parco que ce régiment a été
7> mis sur pied pour la seule conservation de Iwr ville qui IV. 8
•n
114 HUXOIBB BB BBIUVAIS.
était 60 danger, et la dépense bite par les autres tilles a été pour la défense commune de toutes celles de la France , n'étant pas pressées de prés par les ennemis comme ceux de Beau? ais qui ont été à la veille d'être assiégés ; el les services rendus par ledit régiment au siège de Gorbie, doivent être mis en considération pour ne pas tourmenter ledit défendeur et les capitaines à rendre quelques restes d'armes que les capitaines ont bien de la peine & pouvoir conserver... Le conseil aura encore égard à TinciviKté de la demande desdiis de- mandeurs , qu'ils font audit défendeur seul et non aux autres capitaines^ combien qu'ils savent qu'ils n'ont jamais voulu que ledit sieur défendeur ait pris qualité de mestre-de-camp dans leur Tille , ne l'ayant pris que comme premier capitaine , lequel par ce moyen ne seroit et ne peut être responsable des annes baillées aux autres capitaines. > (r)
Le maire et les pairs répondaient que les armes des deux régimens ayant élé fournies par la ville, et & ses frais» étaient sa propriété » et que les deux corps ayant élé réunis sous un même chef , celui-ci devait répondre de la perte de ces armes ; quant au reproche de n'avoir payé les ap- pointemens des officiers et la subsistance des troupes » ils disaient que ces troupes n'ayant été levées par la ville que pour sa défense» elle n'avait été tenue de les entretenir qu'autant qu'elles avaient servi à la garder ; ce qu'elle avait f lit , au dire même du défendeur^ qui reconnaissait avoir
(I) lK9tnMt0 ur9ûnt d*ûvêrtis$tm9nt , {HHir M. de Gandecbard.
BI8T0IRB DB BBAOVAIS 115
reçu une montre et demie ; maïs que du momeot où ces troupes avaieut été envoyées au siège de Corbie , leurs dépensesne regardaient piasquele roi seul. Plusieurs capi- taines du régiment de Beauraisinterrinrenl au conseil avec M. deGaudechard, pour se faire déclarer non responsables des armes fournies à leur corps et se faire payer rinlégralité de leurs appointemens. Mais par un arrêt du 28 avril 1657» le conseil mit les parties hors de cour et de procès.
L'èvèque Augustin Potier qui gouvernait encore le diocèse de Beauvais, avait pris, comme son prédécesseur» une grande part aux affaires d'état. En 1643» après la mort de Louis XIII y Anne d'xVutridie » dont il avait été Taumônier » et qui avait demandé pour lui le chapeau de cardinal » le destinait à entrer au conseil des ministres. Mais' le parlement» en dispensant la reine de Tobligation' que^lui imposait le testament du feu roi de consulter le conseil de régence » avait donné & Hazarin la souveraine puissance. L'évêque de Beauvais s'étant attiré la disgrâce du cardinal*ministre » reçut l'ordre de se retirer dans son diocèse et de ne plus reparaître à la cour. Il ne revint jamais de ce coup » dit Etienne de Nully dans ses Mémoires. A partir de ce moment » il ne vécut plus que pour les fonc- tions de l'épiscopat et les œuvres de charité.
Le 3 mars 1650, la reine d'Angleterre» veuve de Charles 1*'» arriva h Beauvais avec son fils» qui régna depuis sous le nom de Charles II » et à qui Ton donnait alors en France le titre de roi d'Angleterre. Le maire » Pierre Borel » à la tète du corps de ville » escorté par les
tM mdTOlBR OB BEAI) Va».
compagnies privilégiées ei de qaarUers, enseignes déployées et tambours baUajis, fut à leur renconiret au faubourg St-Jacques. Après avoir été harangués par M® Toussaiot Leullier, avocat de la commune » les illustres voyageurs se rendirent à la cathédrale , où le chapitre offrit é la reine seule un morceau de li| vraie croix à baiser. Les chanoines allèrent ensuite saluer le prince en manteaux , à cause de l'hérésie qu'il professait {i). Le corps de ville porta les présens d'usage au prince et à sa mère » qui séjournèrent h Beauvais jusqu'au 15 mars (a)« Us logèrent pendant ce temps dans des maisons canoniales.
Le 19 juin de la même année, M. Augustin Potier^ évèque t mourut au château de Bresles ; il avait fait dans son leslamenl de grandes libéralités au Bureau des Pauvres et avait légué sa bibliothèque à l'évêché. il fut enterré le 24 au soir, à la cathédrale, sans pompe, comme il l'avait prescrit. Avant de mourir, il s'était démis de son évêchè en faveur de son neveu , M. Choart de Buzenval , qui 6t son entrée solennelle à Beau vais le 15 février 1651 (3).
(1) Uémoirei d'Elîeone de Nullj.
(â) Le corps de ville olTrii à CliarleB II $oixant$-doux0 bouteillet de ffin ei vingt-quatre botlet de bougiet , et è la reine mère , viogi-qttttro bottes Beioblablei et .çutirante-huit boitu de eonfituret ( Registre des déltbérmtions,)
(3) Pendant qae le clergé passait processionnellement h la porte de rD6iel-Dieo « Tévéqne , qui vrêii soufTerl du froid , étant pieds-nus avec de simples sandales de satin, entra dans le corp8-de-garde de U porte pour se rëcbaQfTer au feu qu'on y aTaii préparé Les étèques ètaietii en possession , de temps immémorial , d'accorder la liberté aux, personnes détenues pour dettes dans les prisons de ré?êehè. Ceux qoit'y trouvaient alors présenlèrent à M. de buzenval, le jour mémo de^s>on entrée , une demande de mise en liberté. L'évèque les fit délivrer de prison. Ils étaient •■ nombre de trente environ. Parmi eux se ireuvneoi plueieare collecteurs des tailles (Ifémotres de l'éviehé, par Jean Leearon )
MISTOIRB DB BBAUVAI8. 117
La France était alors en proie à de nouveaux troubles. G*ëtait la Fronde ^ réaction de tous les vieux iniérêts féodaux, nobiliaires, provinciaux et parlementaires contre le pouvoir unitaire <}ue Richelieu avait légué à la mmorité de Louis XIV. Les habitans de Beauvais se laissèrent aussi prendre, comme tant d'autres, aux exiravagances poli- tiques de celle époque. Les enfans de la ville eux-mêmes, partagés en bandes de Maxarinê et de Frondeurs , se livraient sur les remparts des combats à coups de pierres* Ce Alt dans une de ces renconlres qu'un jeune écolier du collège de Beauvais , né à la Ferté«Miloo , reçut au front une blessure dont il conserva toute sa vie la marque. Il s'appelait Jean Racine. Du reste, Tenceinte de Beauvais ne fut alors le théfttre d'aocun événement important. Les assemblées faites en avril 1651 , pour la nomination des députés à ces états-généraux qui devaient se tenir à Tours et qui n'eurent jamais lieu, se passèrent sans aucune par- ticularité remarquable. Ce qui inquiétait lo plus les bour* geois , c'étaient les excès presque toujours impunis de ces soldats voleurs et pillards qui chaque jour passaient en grand nombre par la ville ; celle même année 1651 , trois cavaliers ayant été mis en prison pour quelques méfaits, leurs camarades enlevèrent par représailles un élu et deux bourgepis. Le baillage Gt le procès aux auleurs de celle agression effrontée. Le 28 février 1652, le duc d'Aumonl entra dans Beauvais avec un corps de troupes , pendant quo l'armée du duc d'Elbœuf passait le pont de Hermès : en même temps M. d'Orgevai occupa l'abbaye de Sl-Lucien avec douze cents chevaux el quelque infanterie. Le 1 8 juillet de la même année , douze jours après le combat célèbre
118 RI6TOIBB DB BBAUVAI8.
da fauboQi^ SNAotoine , dans leqael les frondears pari* sieos tirèrent sur' Tarmée royale , Talarme se répandit à Beaovais : les bourgeois prirent les armes ; ces préparaliis de défensej^demeurèrent heureusement sans objet. Les troubles de la Fronde, qui avaient eu peu de gravité dans la ville 9 l'avaient néanmoins réduite h un èl^t misérable , en frappant d'inertie l'industrie et le commerce de ses ha* bilans : aussi ces derniers saluèrent-ils avec empressement le retour de la paix. Cependant l'ordre intérieur fut encore plus d'une fois troublé par les hôtes turbulens que lui amenaient presque chaque jour les nombreux corps de troupes qu'elle était forcée de loger. Le 8 avril 1656, une violente collision écbta entre les babitans et la garnison. Un soldat ayant été condamné à mort par le présidial , ses camarades , conduits par leurs officiers » l'épée nue à la main 9 tentèrent de le délivrer » comme on le conduisait aa supplice. La milice communale prit les armes et arracha de vive force, de leurs mains, le coupable» qui subit sa peine au marché.
Au mois de juillet 1637, on vit affluer vers Beauvais les babitans des campagnes voisines de Noyon et de Mont- didier, fuyant avec leurs bagages et chassant devant eux leurs troupeaux. Le bruit d'une prochaine invasion d'Es- pagnols était la[(cause de cette terreur. Bientôt en eiTeC l'ennemi vint (aire des courses jusqu'aux portes de la ville. Les compagnies privilégiées et de quartier se tinrent prèles à marcher au premier ordre ; les murailles furent réparées et garnies de postes. L'ennemi ne reparut plus.
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Le 17 août suivant, l'une des héroïnes de la fronde ,
BUTOIU M BBADYâ». ilA
Mademoi$eBe d^Orléam , fit m» eiilrte à Beanvës , à «ept heures da soir, venant de Gompiégne. Des batteries d'ar- tillerie piacëes sar les remparts» à la porte de Bresles et è celle de THôtel-Dieii» aanoacèreot son arriTée par des sakes répétées. La princesse était attendue k la porte de THôteUDien par le corps de vSIe et la milioe. Elle fut haranguée par M* lean Macaire, arocat de la commune , et le maire , François Durand , lui présenta les clés de la rille dans un plat d'argent. Elle était accompagnée de pln« sieurs dames de la cour et d'un détachement de mous- quetaires. Ce cortège hrillant se rendit à l'hôtel épiscopal que M. de Buzenval avait fait préparer pour le recevoir. Mademoiselle d'Orléans y fut encore haranguée et reçut les présens du corps de ville (i). Les canons des remparts retentirent de nouveau et les mousquetaires déchargèrent leurs armes en signe de réjouissance. Le lendemain 1 8 août, MademoKetle JTOrléans quitta Beauvais. Dans la soirée , une autre princesse » Mademoiselle de Guise ^ descendit à l'hôtel des Corbeaux » au marché , où elle reçut aussi la visite et les présens du corps de ville.
Le cardinal Mazarin fut accueilli avec les mêmes honneurs lorsqu'il traversa Beauvais, le 5 septembre 1658, revenant de Calais, après la réduction de Dunkerque et de Graveline (2). Le S9 octobre i660, la reine d'Angle-
(1) GeB prèsens constfttiMit en ieu» pihe$ de iêrçê fine , du Pin , dê9 hougiei ei pluiiêurt «p4e«i de eonflturet rmm* ( Bêçiêêrê dê$ délibé^
(â) Maianft «rriTi par le faubourg Gaîllon, dans no pelil eirosie^. a^ec M. Le Tellier el le due de SaÎDl-Sîmon. Le maire ei lea pain , h la
ISO HISTOiRft BE BBAfVAU»
terre fit me entrée solenneHe dans^ la yftte , avee le prin- cesse Heortelte » sa fille. Elle repartit le 2 novembre » après aroir recommandé ao maire et aux pairs les soldats koHand^is alors prisonniers à rèvêcbé.
Nous avons passé rapidement en revue tous ces faits isolés, pour arriver à un des épisodes les plus dignes 4'intérét de l'histoire de Beaovaia. JNous voulons parier de ce procès resté dans la mémoire des derniers hommes du dix-septième siède sous le nom à* Affaire des Zélé$; procès couvert aujourd'hui de l'oubli le |das profond, et qui doit oèanmeÎDs nous arrêter quelque temps , car pendant piu^ sieurs tannées il divisa Beau vais en deux camps, et souleva les haines les plus vives ^ les discussions les plus animées.
Beaovais par sa proximité de la Picardie qui était alors province frontière contre les Espagnols , se trouvait ofitu* reUeiQeQt sur le passage des troupes qu'on dirigeait contre l'ennemi. Ces troupes faisaient balle dans la ville» etpen- dant leur séjour elles étaient logées chez les habitans. Depuis 1652 jusqu'en 1655, les logemens de gens de guerre furent extrêmement frëqueos et ajoutèrent cruel-
tête des compagnies prmiégièes et de qnarliers, lui présentèrent les rlèf tf« la tfllfl , iMii eomme marqm d« soa^erainrtè , mai» poor lui rair» honneur. Après avoir ëlè harangué, le cardinal descendit à révèché où il reçut les pré^ens de Tille ao bruit du canon et des fanrares des trom- pettes. Les corps religieux, séculiers et réguliers vinrent lui témoigner wor SQvmisaioo. Le maire et les pairs porièreiit aussi les présent d*utage an duc de Saint-Simon, i M. Le Tellier et à son fils qui étaient logea dans les maisons canoniales. Le même joar, un autre Kcigneor, Henri d'Orléans y duc de Longueville, et gouverneur de la Normandie, vint rejoindre le cardinal à Boauvais. On le reçut aussi avec betocoop de •pompe.
lemeot six charges qn pesaîeDi d^ sii^ le pay», et que 90D 6Ut de délreesc rendait intolérables. S'il faot en croire les phinles qaà s'élevèrent alors avec un caractère reauff- qoaUe d unanimité, les maiffe et pairs de Beauvais se ren- dirent à celte oceasion , eebpables des pins graves malver- salions : ilaeKemptèrenl de l'oblîgftlion du logement, leurs famiUes, leurs amis, leurs locataires mêmes, au détriment de la partie la plus nombreuse et la plus pauvre de la po- pulation , sur qui retomba tout le fardeau. Ils commirent des injustices non moins erianles dans la répartition des impositions ; enfin ils levèrent plus de 300,000 livres sans qu'il fut possible de les décider à rendre compte de l'emploi qu'ils en avaient fait. Quelques-uns des bourgeois qui avaient le plus souffert de ces vexations se firent les inter- prèles de leurs concitoyens (i). Dirigés par deux personnes
(1) Yoiei leon noms : Pierre Gérard , conseiller en la préTÔlé d'Angj; Nicola» Adrien , avocat an parlement ; Nicolas Carnel , Claude Delacroix , Blaire Mesaier, Denis Martin, Jean Foumier» GiaiKle Piéf Oi , Jaaa Gallopio, Pierre Gavois, aoeiens consola.
Leooor Tîofoeii Pierre Guétard, Jacfvoi Le Cat, Looi* Gérard , François Faguet , procoreors.
Guilianiiie Dampierra, Plarre Broeard, ascinii élaa.
Nicolas Pelot , exempt de la maréchaussée.
Claude Loisel , Adrien Delacroix , Nicolas et Prançoia Waten , Lveien Motte • François Ricard , Christophe Carcireux , Pierre et Robert Bourèe, Robert Fonrnier, Jean, Pierre, Nicola« et Michel Henry , Claude Gon- douia , Laqraat Tbonat , Pierre Koé) , iaan Brocard . Pierre Le Ciere » Nicolas Maillard , François Broussin , Jacques Marceau , François Foj , Sjmpborien Thomet, François et Jean bemercier, Jean Châtelain, Glande Serpe, Jacques Alix, Charles Godin , Pierre Auberoii, Robert Lamaury, François Debrîe, Louis Bouietille , Frédéric Lenain, marchands.
Pierre Looret, Nicolaa La Cet, praticiens.
Claude Dopré , Nicolas Froidvent , chirurgiens.
Anoe Loisel , ▼aura de Loeien Mothe , ancien écheTÎn ; Jeanne Lncai , Teu?e de Pierre Delacroix; Marie Lambert, veuve de Pierre Anxcons- teaux; et Anne Autcofstaaux, tenve de Nfcolai Carré.
La plupart de ces personnes appartenaient aux paroisses de Sl-Elienne et de 5t- Sauveur.
m HttTOiaB DB BBAOTA»,
qui fareot rame de celte affiûre , Pierre Gérard, eooseilier en la prévôté d'Aogy , et Nicolas Adrien » a?ocat , ib se pourvurent au conseil d'état » en I6S6 » pour obtenir à la fois la réparalion de leurs griefs et la réforme des abus qui s'étaient glissés dans l'administration des affaires de la ville ; le parti des maire et pairs jeta ironiquement à ces hommes le noms de Zélés Réformateur». Ce nom passa dans l'usage ; on ne les appela plus que les Zélés^
Les moyens de réforme qu'ils proposaient étaient :
i^ Que le nombre des pairs fât réduit à six.
29 Qu'ils fussent renouvelés régulièrement tous Tes trois ans y par la voie de l'élection, sans pouvoir être continués en charge , sous quelque prétexte que ce fût.
5^ Que les trois ofiiciers connus sous le nom de gen$ de conseil, savoir, le lieutenant de maire, Favocat et le procureur de la commune , fussent renouvelés de même tous les trois ans.
4^" Que les assemblées générales se fissent en une forme nouvelle ; qu'au lieu d'un appel au son de la cloche , tel qu'il se pratiquait de tout temps et auquel un petit nombre de personnes seulement s'empressait de répondre, la com- mune s'assemblftl par députés des compagnies de la milice. C'était à leurs yeu\ le procédé le plus propre à garantir l'universalité de la représentation , puisque tous les habi* tans étaient astreints au service de la milice.
5<» Que chaque année il fût nommé , dans l'assemblée ainsi composée , douze notables , en présence et selon Tavis desquels , le maire et les pairs délibéreraient sur les
HSTOIRB DB BBAUVAIS. 123
proeès à ioteater ou à soutenir aa nom de la ville , et sur les autres affairés d'importance » les réglemens de loge- meos de gens de guerre » la contribution à ces logemens» doDl les douse notables ne seraient pas plus exempts que les autres babitans.
Nous allons analyser avec le plus de rapidité possible» les points principaux de la longue discussion à laquelle doooa lieu ce plan de réforme ; nous les dégagerons de ce déluge de pampblets , de mémoires , de iSsictums , de re- quêtes, dont les Zélés et les maire et pairs inondèrent à la fois et fieanvab et Paris,
c La réduction du nombre des écbevins , disaient les Zélés, est utile et môme nécessaire ; elle est fondée sur la raison et sur l'usage adopté pour la plupart des villes : ce nombre qui est de douze à Beauvais est excessif» ridicule , onéreux au peuple , à part même les abus qui ont donné naissance au procès, Paris» ville cent fois plus considérable» n'a que quatre écbevins ; il en est de même dans une foule d'autres cités d'une plus grande importance que Beauvais. L'ordonnance de 1629 veut que les corps-de-ville soient partout ramenés » autant que possible , à la forme de celui de Paris.
> Quant aux trois officiers appelés gens de conseil, ils ne peuvent justifier d'aucun titre particulier en faveur de leur institution. Les lettres-patentes» de Louis XI» du mois d'octobre 1477, sont la plus ancienne pièce qui cons- tate leur existence » et elles disent formellement qu'ils doi-
iU HISTOIRE DB B£ÀUVÀ1S»
vent être changés toas les ans. Loisel atteste que leurs fonctions sont annales : les demandeurs n^exigent pais tant ; ils désirent seulement qu'ils soient renouvelés tous les trois ans ; leur requête s'appuie k cei égard sur la considération du bien public et sur les anciens titres ; les officiers ac- tuellement en charge se sont fait nommer par leurs cabales et par celles de leurs parens ; ils ont (ait entrer phisîenrs de ces derniers dans le corps*de-vHle , sans doute pour être mieux défendus contre les réclamations des habiCans. Un autre motif non moins puissant pour s*élerer contre la perpétuité de leurs fonctions, c'est la façon arbitraire et yiolenle avec laquelle il se sont comportés ; dés leur en- trée en charge, ils se sont empressés de faire réduire leurs cotes et celles de leurs proches dans les assiettes des tailles, et ont même fait prendre ces cotes en rqet, s'exemptant ainsi d'une obligation commune.
> Les titres de rhAteMo-yilte constatent l'annalité de leurs fonctions , notamment un statut du K septembre ISG9» qui porte que tous les ans ces officiers remettront leurs états ; beaucoup d'autres actes contiennent des nomina-- tions à ces charges, sous cette dernière conditâon, et celle de renouveler tous les ans leur serment en cas de continuation. L'èdilde réduction, en 1594, prouve qu'ils sont temporaires. Gomment d'ailleurs seraient-ils perpé- tuels , puisque les maire et pairs ne le sont pas ? En suppo- sant qu'on puisse les continuer plusieurs années comme ces derniers , cela ne devrait-il pas dépendre aussi de la volonté des habitans ? Enfin , il est de principe que nul ne peut être à la fois aux gages de l'évêque ou du chapitre
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HIITOIRB DB BBADVAI8. 1S5
et A cea& de la commiiiie ; or, le liealeoaDt de maire actuel est procureor fiscal du chapitre. > (i)
Le corps-de-yille criait à la violation des franchises communales, c Le nombre de douze pairs > disait-il, est le plus ancien privilège de Beauvais ; il a été confirmé à une époque récente , par Tédit de création du prësidial et par Tèdit de réduction. Ce nombre n*a rien d'onéreux pour la communauté , puisqu'il n'y a ni gages , ni privilèges » ni exemptions attachés au titre de pair ; il est nécessaire , A cause du grand nombre des affaires de la ville , surtout en temps de guerre ; la principale ressource de Beauvais est dans le commerce et l'industrie : peu d'habitans seraieoi en état de vivre sans travailler; si le nombre des èchevins était réduit, ils seraient forcés de quitter les affaires publiques ou de renoncer A feurs professions. Il y aurait, de plus, è craindre, que plusieurs n'en tiras- sent avantage au préjudice du roi et de la commune. Ce changement ne pourrait d'ailleurs se faire que