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DES MERVEILLES
DE NATVRE, ET DES
PLVS NOBLES ARTIFICES.
f l BCE THE S-'N ECESSaAIRE, a tous ceux qui font profei^ion £ Eloquence,
Par René' François, Prédicateur du Roy.
C l H QJ inS M E E D IT l OK.
Reueuè'j corrigée, & augmentée par T Autheun
lA rR^O V E N,
Chez Iean Osmont, dans la Cour du Palais.
M. DC. XXV.
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À MONSEIGNEVR,
,,,MONSEIGNE VP. DE VERDVN,
>j,v/C HEVALiERj Conseiller dv Roy, en les Confeils d'Eilat ôc Priué ^ & premier Prefident au Parlement de Paris.
E petit ouurage vous ejî dm , O* vous doit eflre confa- cré pour plujîmrs raifons, ZJous ejîes la bouche SOr^ <& l'Oracle du Parlement , cjiii ejl Trincc des ^arle- ^■mens , &* le Parlement des frmces \ cette qualité vous ■ohl^ge à parler de tout ^^ m parler en Oracle, L\nuie mourra plu- ûajiienuie 0*derage y que Jamais elle vous puijle defrober est ^on- •fitur que vous ^mezjicquis , en vous acquittant fi dignement de cette -haute charge , es deux premiers ^arlemens du Royaume, ^os Roy s en ont cjfé grandement fatis faits , O* la France ejîonnie ^ ^rauit diai^e extrême. Ce petit liuret vous ramentèura ce que vous Ççauez., (jcar qui s' o fer oit vanter de vous rien apprendre de nouueau ) &• vous en rajfrefchira la mémoire. Ceux qui parlent en Oracles , ne doiuent iamais broncher en leurs paroles , &* onpreftwpofe quils doiuent tout fçauoir : '^ul péché en eux neji cenfévemcl , tous leurs mofts font recueillie comme vne pluye de Sdanne , cî?" de perles Orientales. Ce petit Ejjay fera bien-heureux s'il peut feruir de mémoire à vofire heureufe mémoire , (0 ce fera vn grand bon-heur a fon <tÂuteur , s^il vous peut en cecy faire quelque agréable ferme»
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Vautre raifonefî , quei'^yiuteur dHlîuret|ïvofireA7Kkr}^a'm' t(tir^(0 tout chargé de mille tcfmoignages de vojtre amour emers'^ luy. Cet hormeur l'oblige à rechercher tous les moyens pof^ibles de vous ren- dre feruice j ?nais de toute ïeflendu'é defon ame. Quelque chofe au il face il fera toufwurs ingrat, non point par finit e de bonne volonté^ mais par les excez^ de vojlre jtnguliere borné. Il vous offre icy toutes les Pierreries de Nature , toute la beauté des Fleurs , tous les Métaux du monde y le Cielj(0 la terreja nature ^ l^ art if ce, tout ce qui fe peut de beau c^ de bon^ mais tout cela neft rien au prix du cœur quil vou4 offre y car ceft la maifîrefp pièce de tout ce quil vous prefente^^ qui vautplm que tout le refie defon Hure. Ce fera vne pièce pour mettre en cette noble Librairie de vofire petit Taradfi de Confîans.
Ceux qui ne pouuoient ajfez^louer les Empereurs de Rome quand ils entroient en triomphe, après auoir domté les ennemis de leur patrie, ils iettoient à pleines poignées fur leurs tefîes des Rofes , ^ des Lys, &* des déluges de fleurs pour vn tefmoignage amoureux de leur reffomffance &* bien-veillance. Tendant que vous , comme vn Her- cule Gaulois, allez^domtant les monfîres delà France , O* que par la main virginale de la iujîice y c^ de fonefpée foudroyante vous tren- chez^les crimes , les iniufiices , les forfaits , &* efcrafezjous les mon- fîres divn pied vitiorieux , moy qui ne fçauro^ dire chofe aucune qui approche de vos grandes vertus , ie vous iette icy a pleines mains. Fleurs^ Terles, Diamans, &* Efloilles , ^ toutes les rarete^de na- ture (0 de ï art, pour tefmoigner la ioye de mon cœur vous voyant ainji rayonnant &* d'honneur &> de gloire,
ZJofîre nom tres-illuRre mis a la tefle de ce Hure, c^ encha^é au fontiJfice,fera co?nme vne fauuegardc Roy aile, pour ietterde la ter- reur dans le cœur de ceux qui voudroient luy mesfaire. Tfaphor^ amaffant mille petits oy ft aux , leur apprint ces paroles , ffaphon efl Dieu, puis leur donnant l'air &* la liberté ^ ces petits voleurs ^volans
E P 1 s T R E.
^ tar tout tVmucrs,rej4fAnt Itur l^çon^sfj^anijrmt^i^^pjit^ji^^^ ' de leur maijîre^ lefaiptnt tenir comme vn Dieti^Toni^'petic^fÈp^ fays que tay façonnez, de ma main , ont tou6 apprins voflre nom ^ ^f-r^. le porteront par toute la France ^ (0 conuieront tous les beaux efprjt40 , A' admirer vos mérites. Ils diront que voui efles ï<fracle deUlujiice^l^ "le ?^re de l' Eloquence ^O" que4ous c€s foudfés iElocfuîhce difbarrM ^ ne tonnent quà vos pieds y le ¥roteBeur des be^tux ffj>rits , vn exemple député, la terreur des mefchans, &* mille chôfes f€f?isblahles.' ^mffcfa/^ ils dire tout ce que vous méritez^ , &*. tout le bien 'quête vouideprt , e^ pui^iezj vous fleurir a iamais du beau verd d'vn honneur éternel , c^ puijfe le Ciel verfer de toutes parts fur vous &* fur les voftres y les rofées de mille benediaions celejies ^ O* vous combler de tout vray. hon-heur c^ de grâces, four moy , ce me fera trop dlhonneur ^ de gloire ,f vous daignez^me continuer lafaueur de me tenir, pour ce ijue véritablement te vous fuis, cefl à dire,
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Voftre tres-obligé, Se tres-huxiible ieruiteur, ; ;;i
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|tS'fiK^A N "T St tâm mes amis me preflent , de donA ^^f^^nct'M'fiïhiit 'p a&^'Cj^t -râuois cucilly pour mbyfeLî*! -j qiic fè ^ic'pMs^pIiis'irixir "dédire fans meuftrir leur amitié. le -^ôus 'donW vri-. premier Eflay , & faits corhmC lès îo^alliers ; qui monV trent vue petite boette de Pierreries , pour cfueiller Tappctit :, éc affriander les perfeiYnës'a eh^éthetcfier^en- cor de plus belles , ôc adonc ils detcouurent toutes les rar^ctez les plus rares. Si vous agréez ce petit trauail , de le prenez de la bonne ùy^à'i-n-^-ie vous promets de vous y adioufier tout le relie : c'eft pourquoy ie m'adrefTe à vous qui eftes'IudicfieUx-, 8>t àuézla telle bien faite, car ie ne veux auoir rien à démefler auec vn tas de petits efprits fretillans , qui ne fçauent ce qu'ils veulent , ils treuuent à redire à tout , ne font rien qui vaille , ôc ne lifent les liures , que comme les Cantarides qui ne fe pofenc fur les Rofes que pour les empoifonner. C'eft faueur de ne leur agréer j &z c eft quafi vn péché mor- tel de leur plaire. Elprits Antipodes & renuerfez, voire tlprits Antropophages, qui ne viuent que de chair hu-
E R I s X R ,1.
mainc \ ôc qui font comme ces poiflbm de mer qui vont toufiours contre le fil d'eauidouce. ^ & to^fiour&à rebours des autres. Ils diront fjueaie. ne. dis pas toutii aufli n'eft-ce pas mon defTeih ^ ââce'drerbir.jfii^q inurè- le. Pour inftruire vn homme.qui doit bieniiparlep , c'eft affez qu'il Içache les chofes principales ,!&r les plus no- bles j les choiis plus menues ôc,ro;:uriere&; demeurent en la boutique. Ils diront que les termjds feiit cbangezi, comme au tait de la Vénerie , & da vol des Oyfeaux, cela ie vous l'aduoue tout rondement. Mais qu'y fe- riez-vous ? toutes les fois qu'on change de. grand Vej- neur, on change quafi de façon de- parier , & tous les ans c'eft toufiours à refaire. C'eft aftaireà remarquer ce quifera de bon^ & ladioufteraux autres Editions. Mais qu'ils difent ce qu'ils voudront i:&:paf:dEipit.quils;fa^ cent mieux , ie leur en fçauray le meilleur gre du mon- de, & à vous dire tout franchement, c'eft vne partie de mon deflein , de donner vn coup d'efperon à quelque bel eiprit,. & quiain plus de loiftr que moy /afin quil donne à la France cet ôuurage* accomply. C'eft vnê piecedutoutneceflaireà l'Eloquence Franco i fe •,- autre- ment les plus habiles fojtic des fautes infupportables. peu de. gens parlent -des Artifices y &-des chofes qui ne font de leur meftier, fans faire de vilains barbarifmcs. Quand Alexandre parle des couleurs , les petits appren- tis broyant les couleurs , s'efclattent de rire , & ne s'en font que gauffer. Quand cet Orateur parle de la guerre deuant ce grand Capitaine y la terreur des Romains , il fe fait iettcr du haut abas de fa chaire , difant que c'eft yngraïidjfor>i ^^1 ofc parler d'vne chofe quïlne fçait
.E -S r s^' T K E. /pas lajTtméfme. Combien- perdez- vous qu'il y aicdafE- jieuFs qni rient au-fcrmoh ', quand ils oycnt dire aux ieunegr.I]redjcatcurs '^jquie Je lang de bouc mollit le Dia- mant ;:&/qujb de hiartrau &c l'enclume le caiîeront i>lu- ftoft que iamaïs'elbrecher la. dureté opiniaftre.dumei- me Diamant. Il y a mille choies ou penfant faire mer- ueille de bien dire, certes on ne dit choie qui vaille -^ & les gens dumeftier s'en moquent tout leur faoul. C'eft bien pis, quand faute de içauoirle propre mot de quel- que chofe , ils vont tournoyant tout autour du pot , & par vne perifrafe languiiTante , ou vne grande traînée de paroles.^ ils font pitic à l'auditeur quireconnoit ai- fez qu'ils font au. bout du monde , ôc au bout de leur François. Mais pis encores , quand, effrontément ils fe veulent meiler jdc faire jes habiles homip es., & les eiprits vniuerfels qui parlent dé tout:, &:fouuent prenant l'vn pour l'autre, appreilent à rire à toute ralliftance. Pour éuiter ces défauts ,àeiVo.us porte icy.vn bon nombre des plus nobles Artifices , & le moyen d'en parlerians broncher i de plus i auure le chemin aux ieunes efprits, comme à des ieunes auettes qui ie iettent fur mille 6c mille fleurs pour eii humer refpritc^..& en tirer la man- ne. le ne dedrc.pas.pouctant qu'ilB"ix)ieiiti{i indiicrerv qu'à deiléin de mônftrer leur (çaiioir. il^ facent para-de de leur habileté, faiianf a prapos fans propos de peti- tes defcriptioxts > pour faire y.O'iiL iqnih. en toiit ouy par- ler , defgainant tour d'vn^ coup touj; ce qu'ils fçauent dVn meftier. C'eft chofe fort puériles' àc d'vn eipriC) follet, qui n'eft pas encor meur. Vne Kofè qui eft fur Teipine & en fgn lieu juaturel ., c'eft àla veiitilaprin*
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ceffe des fleurs , Se qui attire par fes douceurs les a- mours de tout le monde ^ hors de là , c'eft fort peu de chofe 3 & ce peu fleftrit , ôc put tout auflî toll. De beaux mots bien propres & bien afTis lans afFedation, croyez-moy qu'ils ont la meilleure grâce du monde, ce font des P^ofes ^ des Perles ^ des Eftoilles : mais (i cela eft aiFe6léj fi tire par force , û hors de faifon , mon Dieu que cela a mauuaife grâce , il ne fe peut dire comme cela blefTe les aureilles bien faites. Tous les grands Orateurs ont prins vne peine incroyable pour (çauoir cette fcience qui les a rendus aimables aux gens dumeftier , & admirables à tout le monde. On les a veus dans les fimples boutiques, les tablettes au poing, prendre leurs leçons, &diiputerauec les compagnons à deflein de leur ouurir la bouche , ôcles faire parler , là ils remarquoient les mots, les maximes^ les ouurages, les prouerbes, mille & mille fecrets , delà ils tiroicnt des comparaifons fi naïfues , fi bien prifes , fi riches, que Tauditeur d'aife ne pouuoit fe tenir de rire, & par ce fous- ris tefmoigner fon contentement. De là venoit qu'on difoit d Vn quiauoit miraculeuiement parlé du chant du Roflignol , qu'il fembloit qu'il eut elle Pvoifignol luy- mefmc sic l'autre qu'il fembloit vn homme qui iamais n»auoit hume' autre air que celuy des armées , tant par- loit-il dignement des combats > ainfi du relie. Or mon grand amy, iay prins celle peine là pour vousdeliurer de la peine i i'ay vogué fur mer pour apprendre le pi- lotage, i'ay tourné la rou'é pour efpier les fecrets de raf- finage des Pierreries , i'ay vifité les boutiques, & dilpu- té auec de fort bons maiftres pour apprendre quelque
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E r I s T R E. chofe que vous puiflîez .ipprcndrc aprcs moy.
le vous prie dVnc grâce ^ c'cll que vous pardonniez les fautes furucnues à l'imprcllion ^ ie neftoispasfurle lieu pour examiner les efpreuues j 6c chafticr le compa- gnon i le compofiteur a quelquefois lafché vn mot pour vn autre, l'ordre n'y efl: pas tel que vous defîreriez bien, ôcmoy auiïi. L'indice fupplecra à l'vn , & voftre bonté à l'autre. Au refte , il n'y a pas tant de fautes ny fi grofleSj qu'elles foient plus que péchez véniels. Quand ils fcroient mortel: j voftre bien-veillance les rendra véniels & par- donnables. le vous en prie. Se me faire l'honneur de me tenir pour voftre feruiteun
TABLE DES CHAPITRES.
<»/4 ZJemrie, Chap. r.
Liéure charmé. Chap. z,
La Fauconnerie. Chap. 3.
Les Oy féaux, Chap, 4. LcThœnix. Chap. 5. Le Tan. Chap, 6, Le Moucheron. Chap. y. Le Rol^ignol, Chap, 8.
foli 2-7 54 54
70
73 75 78
Table d es Chapitre s.'
L^zAheiUe, Chap. 9. . 81
Le Miel, Chap. 10. 88
^IJ ^rondelle, chap, lu 89
^La Marim. chap. iz, 94
iJEau. chap.i^» 117
^LesToijjons. chap.iJ^I 110 Rémora, chap.i^. •'..'. «r^*-^^- H^
Tcmpefle. chap. 16,' '• ' ''^ ' ' ij'l
La Guerre, chap. ijl t^f
Tirage des (iyirmes. chap, 18, -'-i ',- • - •- 'i-'^'Vï54 VjtArtillerie. chap.ii), ^ ... .^.^^i .^^n^îl^Ai^'^Y^.^f^y
DuelàCheml. chap.io, .''>• 1^8
Z^e/ Tierreries. chap. 21. ^ 174
L'Orfémerie. chap.zi, . ioi
LaCoupeUe. Chap. 23. 2ici-
Z. e <^€p4rf ^e fOr . Chap. 1 4^ 213
VOr hattu, filé. chap. 1^. Il 6
Del'Efmail.chap. 16, • 22r
L' Or battu en fueille. chap. ijl 218
Dei'Or en gêner al chap. 1%. 251
Les Métaux, chap. 1^, 22 c
Les Fleurs, chap. 10, v 25 x
Fleurs i^ Fruits, chap. lu 272
Amhre-gris. chap. 32. 27 (5
'jardinage, chap. ^, ^ 2go
i^c C/f ro«. f ^rfp. 3 j , 295
^j^jv Je ^W. c/?rfp. 3 6. 295
LeVin.chap.ij. ^ 299
L'Imprimerie, chap. 38, 3 02
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TUtteTei?]ture. chat). 39. |
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|
V Imagerie- chap. 40. |
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1^7 |
|
|
^r.odaie. chaf. 41. |
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33^ |
|
|
Les (tAymoiries, chap. 41^ |
Î55 |
||
|
Le Tapicr. chap. 43. |
576 |
||
|
L^%Jirrî. chap. 44. |
380 |
||
|
La Teinture, chap. 45^ |
« ' ■'■[■■• |
384: |
|
|
La Médecine, chap. ^C. |
393 |
||
|
ty4rchiteBure. chap. 47. |
407 |
||
|
^erfpeBiue. chap. 48. |
J |
446 |
|
|
La Menuiserie, chap, 49, |
453 |
||
|
Mathématiques, chap. 50. |
456 |
||
|
Stile du Talais. chap. 5 r. |
4^T |
||
|
Enrichijjemens d'Eloquence, ck |
i/7.52. |
490 |
|
|
LaMuftque. chap.^^. |
J09 |
||
|
LaZJoix. chap. ^4, |
1 ( |
■.T. r ^s:)^^" ■ |
5^3' |
|
L'Homme, chap. 55. |
53^ |
||
|
Le Cheual. chap. 56. |
: |
555 |
|
|
ZJersdeSoye. chap.^j. |
575 |
||
|
Le Ciel. chap. 5 8. |
575 |
||
|
Le feu ^ ï(^ir, chap. 59. |
585 |
||
|
La^ofé^, chap. Go, |
,' |
595 |
|
|
ViArc en Ciel. chap. 61, |
597 |
||
|
r> ,y |
ADVER- |
V / ...
ADVERTISSEMENT
AV LECTEVR DE LA
VENERIE.
E VOUS donne icy pour premier EJfay, celuy de la ZJemrie , ie ne vohô dis pcis tout , cela n appartient au au ZJalet des chiens , aux Louuetiers , &* aux Chaf- feurs qui font du mefîier de fçauoir tout^ mais pour bien parler ie vota en donne aJfeZi Si ie vois que cecy vous agrée , ie vous donneray encor ce que vous fçauriez^ fouhaitter *> Jt vous ne vous amufez^ quà piquoter , ^ rcgratigner fur les défauts, ie ne vous en diray pcvs diauantage- <^u rejle vous verrez^ par expérience que vous auez^ fait mille fautes pariant de la ChaJJe, faute de ce peu d^adrcfje , ^ que par ce peu d^aide vous vous releuerez^ de défaut , & vous parlerez^ comme il faut , quand il faudra parler , voire des hefles puantes. La Nohlejfe hardie in- uente tous les iours des mots nouueaux , s*ils hantent la Cour prenezjlés , ^ feruez^-vous-en , autrement ne le faites pas fans beaucoup de chox , &* de iugement , car chafque Trouince a fes façons de dire , qui ne font bonnes queu leur terroir > mais
A
à la Cour on s\n moque , &*font cenfez^^nors larhares ] gref- fiers , &* delà vieille Chajfe des Taladins de Gaule. Ceux que ie vous donne font tous de mife , &* de bonne guerre j la table vous mettra tous les termes par ordre di^Alphabet , afin que vous les puij^iez^ treuuer tout à vojlre aife. zAdieu mon cher Amy^ ~ - ' -
L A V E N E R I E, E T
' LA CHASSE DES BESTES
P V A N T E s.
Chapitre L
'E s T vn plaifir innocent que le plaifir de la ChafTe / èc pleut à Dieu que ce fut le plus grand péché des Princes ôc des grands Sei- gneurs j, comme bien fouuent c'elt leur plus agréable plaifir. Pendant qu'ils courent vn Liéure de grande roideur, & que montez iurvn clieual qui vole, ils volent après vn Cerf ^ qui s'cnuole tant que iambes le peuuent porter ^ il femble que tous les maux du monde leur demeurent derrière leurs e{paules. Nul mal ne court aflez vifte pour les attrapper , tout leur pèche conlifte à tuer vn Liéure ^ &delelperer vn pauure Cerf^ qui haletant efl: acculé & rend les abbois fur le bord dVne belle fontaine. Les voila montez à l'aduantacre, habillez d'vne Hongreline d'efcarlatte & bien fourrée^ la plume flottant fur le petit chappeau retrouffé & boutonné d'or pour cflre à-deliure , la trompe qui leur defcend fous le bras , en bon appétit de donner de l'exercice au premier Cerf que le bon-heur leur pre-
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2. LàVeneRIE.
lenceraj difpolls au rcflc(^ contcns coût ce qui fe peut. A la veritc c'cll: vnc volupté de Roys ^ & de Princes, mais volupté autant agréable qu'innocente. Ce font des contes de dire que Perlé fut le premier qui fit la con- c|ucfl:e des Cheureux_,Call:or celuy qui monta à cheual le premier pour courir le Cerf, PoUux celuy qui par les Limiers cogneut la trace des belles courantes , & par les dents des Chiens maillez & iaquez,& armez de col- liers pleins de grandes pointes eftrangla les Loups , ôc . les belles puantes , Meleagre , les Efpieux pour affron- ter le Sangliers Hyppolite,les toiles, ôc les panSj &les rctz ; Orion, les meutes ^ & les leffes , & le moyen de broffer par les fo relis efpaiffes, & parles taillis •> Ce font dy-ie des contes , car laChalfe naquit quand le monde fut monde , ôc Caïn fut à vray dire le premier Chaf- feur quimalfacra &c les hommes ^ô^ les belles ; Efaiifut excellent en ce mellier , Ôc ne doutez nullement que ces premiers hommes ne fullent beaux Chaffeurs de toutes fortes de belles , quoy qu'ils neulTent pasencor tantdmuentions,& de ballons à feu pourmalfacrerle gibbier^ôc en faire carnage. Mais auiourd'huy que ce peut-il voir de plus charmant que le déduit de la Chaffe, îoit enueloppant de retz vne pa^uire belle bien ellon- née , foit fanglantant fa quelle à dent de Léuriers , qui enfoncent toute leur machoiiere dans leur proye qui leur a coullé tant de pas ; Celluy-cy n'aime que aculer le Sanglier auec le vautret , celuy-là prend plaifir d'c- ftrangler les Ours auec des Dogues ôc des Mallins fu- rieux ^ l'autre enfume le Teffon dansfacauerne&le fait mourir de fumée i celluy-cy fait traînée j ôc meurt dé
ChapitreI. 3
rire voyant les Loups^&les Renards enleuez & pendus àvn cloUj lors que les galands fe penfoient acharner fur lavoirie^ ôc n'y a rien de pareil que de voir vn Renard honteux^ ôcprins tout vit, luy qui n'eft fourré que de fineffeôc dépure malice. Que vous dirons-nous de ce- luy qui court monts & vaux luiuant vn ieune Cerf, qui bondiifant par les collines à bonds légers j fe defrobe aux yeux des Chalfeurs , qui à longs cris trenchans de leur trompe le vont pourluiuant à toute bride ? Diriez vous pas que le Chien couchant a de la raifon & du iu- gement , tant if eu admirable à tromper les pauures Perdrix 6c bien feruir fon maiilre? En quatre coups de nez ilvouséuantevne plaine, ôc accort à flairer, guidé de la fidélité de fon flair tire droit à fon gibbier , Ôc luy prefentant le front rarrefl:e , les pauures Perdreaux tousefperdus fe ferrent, fe mottent , ôc le croyent per- dus y le chien fe plante là ferme , roidiflîant la queue donne le figne à fon maiftre , s'allongeant vers eux , ôc quafi les monfl:rant au Chaffeur , il les amufe là iufques à ce que luy ôc eux foient couuerts de la tirace , ôc adonc le galand tretille d aife voyant comme il a fine- ment trompé ces pauures beftelettes , qui fe font laiffées innocemment enuelopper dans le filet meurtrier. Allez chercher des plaifirs plus purs en la nature que voir des ieunes Gentilshommes après auoir couru le Cerf, en fin J ont prins Ôc defpoiiillc , puis font la curée à leurs Chiens jfetreuuani fort las, tous fe vont ietterfur l'her- be mollette V à l'ombre dVn arbre touffu , fur le bord d'vne fontaine bien claire, là cfl:endus de leur Ions; fur laplatte, & contant chacun fa peine , & fa valeur fur le
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4 - LA' VENERIE.
tapis dVne moufle bien verte ô^ bien freCclie , ils vous mandent de la chrefme toute couuerte de fraizes Tau- uages y lecoûent vn prunier pour faire tomber les pru- nes les plus meures y eftouflent leur loif ôc leur chaleur danslaglaced Vnefontaine criftallinej là plus contens que le Roy , reprennent leurs efprits , &: fur le foir s'en retournent au petit pas , foupent dvn appétit incroya- ble y & n ont autre ambition que de treuuer le lende- main vn autre Cerf qui ne loit de refus.
Pour en parler donc en façon que vous puifliez ac- quérir de l'honneur y ie vous diray en premier lieu y que les Chiens blancs y ditsBaux^ furnommez Greffiers/ont de race de Barbarie.. Le premier en France y s'appella SoLÎillard. .
Ces Chiens font dédiez pour les Roys^ car ils fc>nt beaux ChaiTeurs , requerans y forcenans & de hautnez: qui ne laiffent pour chaleurs qui foient à Chafler, fans le rompre à la foule des Piqueurs , iiy au bruit & cry des hommes , & gardent mieux le change: que tous 'au- tres, &iont de meilleure créance. . ■. p :^'J .;
DVne laiébée ou liâiee ^ de la lyce couuerte' & em- plie dVn de ces Baux y la moitié n'eft pas bonne. Les naiffanstout dvne pièce fonules meilleurs ^ c'eftàdire^ tout blancs A les marquetez de roUgcLes marquerez de noir^ou degrisfalene valent rienj les tout noirs font bôs»
Les Chiens fauues ou rouges font de grand coeur> d'entreprinfe y de haut nez y ga^dans bien Le. cHange y ilâ n'endurent pas la chaleur, & la foule; comme- les' blancSi mais font plus ardans ; s'il aduientqu vne befte forpaife aux champsj ils ne la cuident abandonner > Leâ bons ont
Chapitre I. 5
le poil vif/tirant au rouge ^ vne tache blanche au front, ôc au col : ils ne font cas que du Cerf ^ ils dédaignent les LieureSj &c.
Les Chiens gris fçauent faire tout meftier , ôc cou- rent toutes belles , ôc font bons pour fimples Gentils- hommes. Les meilleurs font gris fur l'efchine quatroiiil- lez derouge^lesiambesdemefme poil^ comme la iam- be du Liéure. Les excellens ont à l'elchine vn gris noi- raftre , les iambes cannelées ôc ondées de rouge , ôc de noir. (Les trop gris argentez ne valent gueres.)Ils crai- gnent le chaudj & la foule, &pourell:re de grand cœur ils fe mettent hors d'haleine au cry des hommes, ils n'ai- ment la belle qui rufe ôc tournoyé , mais f 1 elle tire païs, ils courent trefbien : lont opiniallres ôc de mauuaile créance: ils font fiiiets à prendre le change : car ils font de trop grands cernes,ils aiment d oiiir la trompe de leur maiftre, ôc ne fe fient aux Chiens leurs compagnons s'ils les treuuent menteurs, ce qu'ils cognoilfent à leur voix. Au partir du defcouple il les faut piquer froidement, car ils font ardans ôc outrepalfentla voye de la befte,laquelle fi elle ell mal-menée, iamais ils ne l'abandonnent.
Les Chiens noirs, qu'on dit de S. Hubert (car en mé- moire de ce fainâ: qui fut Veneur, les Abbez en tien- nent race ) font puinans de corfage , de haut nez , chaf- fans de forlonge, défirent les belles puantes , c'ell à dire. Renards, Sangliers, ôcc. les autres vont trop ville -pour eux, & n'ont le cœur de les fuiure.
Les fignes d Vn bon Chien, i. la telle longue ôc non camufe. 1, les nafeaux gros ôc ouuerts , pour élire de haut nez. 3. les aureîUes larges^ 4. les reins courbezje iar-
6 LA V E N E R I E.
ret droit, ôvi bien hcrpcpour la villefle. 5. le rable gros &lcs hanches^ la cuifle trouilee^la queue groffe auprès des reins ;, pour la force. 6. le poil du ventre rude , car il ne craint l'eau. 7. laiambe.groik ;, le pied iec en forme d Vn P^cnard, car le pied gros ne vaut rien.vc ^'jjîjo ■ jiiyi 8. Challrcr ou fener vnelyce , ccii à dire ^ lûy ofteriei racines^ l^'v^v^, c'eil à dire ychaftrer. :::i: z \ r/y-uci zb ::>!
9. le ne vis iamais faire bonne fin à Chiens noufrisàli boucherici c'eft à dire , ilsnecliafïent rien qui vaille.
10. Carnage, m. c'ell vn terme de Vénerie , qui veut dire la chair qu'on donne au Chien après auoir bien couru &z chafTé la belle. Faire donc Carnage , & donner le deuoir :, ôc donner à manger au Chien de fa venaiion, c'ell la mefme chofe en Vénerie , quand on donne de la chair aux Chiens. De là vient Carnage , c'eft tuerie^» meurtre , & beaucoup de gens maffacrez aind qu'à la Chafle on fait carnage de belles. Iamais ne faut don- ner carnage au Chien , qu'il ne foit efcorché , afin qu'il ne cognoiffe la belle auec fon poil. Chien Elchif ^ qui ell ardent à manger , Canis vorax.
11. Le chenin doit élire large ^ la cour large & orien- técj car les Chiens prennent plaifir à s'efbatre 6c vuider^. il y faut vne fontaine ^ & vn grand tymbre de pierre^ où fe reçoiue l'eau j, où boiront les Chiens. : try.L:. u.;,^, -.
12. Le Valet des Chiens ^ le matin auec la trompe doft fonner quatre ou cinq mots le grefle > pour refioiiir les Chiens ^ puis les mener dehors pour leuJ: enfeigfier a. croire ; que s'il y a vn Chien mal complexionne qui coure fus les brebis ^ &c.il le faut coupler auec vn bé- lier, ôcle fefler en le menaçant 5 tout de mefnaes fi paf-
~ fant
C H A P I T R E I. 7
fânt par les Garennes , ils branlent aux Connils.
ij. Pour les façonner il les faut laiiTer couplez & har- dez en garde au compagnon^ puis te retirant les forhuer auec la trompe ou bouche j s'ils font defia accoufiu- mez y il les faut dcicoupler , finon coupler les ieunes auec les vieux , qui oyant le forhu courent au Valet , de y trainent leur compagnon j qui luy donne quelque friandife , puis l'autre en fait autant à l'autre bout, de- uant qu'il aye acheue de manger. En les dreffant il faut garder de les faire effiler , car ils ne font affeurez fur leurs membres qu'ils n ayent deux ans.
14. Une faut donner curce de Biche aux Chiens ;, car ils s'enfouuiennent Se quittent le Cerf ^ ou c'ell qu'au- trement ils le démeilent d'auec la Biche. Si on les ac- couftume à la toile y où le Cerf ne fait que l jurnoyer, eftant après dehors y fi le Cerf ayant tournoyé ^ dreife,. c'eftàdire, il tire païs , ôc va droit par après ^ & fe for- loignevnpeuj les Chiens prennent le contrepied pour le droit , fe rompans & mettans hors d'haleine. Il ne les faut accouilumer à l'efgail j ( c'ell: à dire rofée ) car ils ne peuuent chaffer à la chaleur,
15. Le temps de chaffer eft quand les Cerfs font en leurgrande venaifon ( faaina ) car lors ils ne rufent ^ ny ne courent gueres eftans chargez j & eftant pris il leur faut defpoiiiller le col , & furie champ en faire curce;
16. Le droit commencement des Chiens courans eft de les drelferau Liéure^ car ils apprennent les rufes j&: hour-variz, à croire , & venir aux forhuz , ôc s'affinent le nez.
La harpe^ ou griffe de Chien.
B
B LA VENERIE.
Du Cerf
17. T E Cerf en my-Scptembrc commence d'aller au JL-ÉfP,uCj quelquefois palle la mer à ceft elFec. Tant plus il cfl: vieux ^ tant plus y cil: adonne. Le Rut dure deux mois.
18. Rêrc^ou Rcer: c'cfl: le cris du Cert braimant ^ le Viandis eil fa viandej& fe dit le Cerfviander auxicu- nes tailles des bois ^ ou, 6cc.
19. Les Cerfs muent en Feurier ^ Mars ^ les vieux iettent & pouffent les premiers leurs telles. Vn chaftré iamais ne portera tefle> s'il l'a quand on le chaftré^ ia- maisne tombera, l'ayant iette ils prennent le buiffon, fe cachant près des gaignages ( c'eilàdire, champs & iardins , où font bleds & potage ) & de l'eau y afin d'aller auviandis. En Mars ils commencent à pouffer les bof^ fes ( c'eft à dire y les pointes & cors ) & fclon que le Soleil hauffej& le viandis durcira , leurs tefles & venai- fon croiflront. En My-luin leurs teftes font femees de ce qu'elles doiuent auoir toute l'année : Les Cerfs ôc les Sangliers ne prennent le buiffon^jny lailfent les compa- gnies qu'au tiers an, car ils fe fentent foibles.
2.0. Ils fe cachent, i. parce qu'ils font defarmez. 1. pour faire leur chair a leur aife. 3. pour la honte. 4. au vingtdcuxiemc Juillet ou enuiron leurs teftes fechent, & les frayent aux arbres faifant tomber leurs lambeauxj puis les bruniffentj ( c'cfl à dire , poliffcnt) aux charbon- nières y ou en l'argille ( c'eft à dire lieu iablonneux ) les teftes biennecs viennent des bons o-^io-nacres y ôc viandis.
il. Ils font de pelage brun , ou fauue, ou rouge, ceux-
Chapitre!. 9
cy font vifs y ont leurs telles bien perlées ^ font longs., & efclames ^ de grand' haleine.
La tejîe de Cerf, dT* fon hoi6.
11. T L commence à porter telle à deux ans j & s'ap- Xpellentles dagues. Au troifiéme an il porte 4. 6. ou 8. cornettes. Au quatrième an ^ 8. & 10. Au cin- quième an y 10. ou II. Au fixième ^ 12. 14. 16. Au fepticme an , les telles lont femèes de tout ce qu elles auront iajjiais i après ils marqueront leurs telles tantoft plusj tantoll moins y bien nées., ou contrefaites.
A. Meule ; Rocher, Caillou, Bafe. Mola, Sud.
B. AndoiUicr , ou Antoilier.
C. Sur-andoillier.
D. Les autres, cors, cheuilleures.
E. La Trocheure, ( c'eil à dire , comme vn bouquet) pau- mure, coronneure; ôclespetitscors delatrocheure/e' dient efpois.
t. La perche , le marrein : materia cornmm,
B 1
tO r A V E N E R I E.
G. Les petites pierres qui font fur la meule ^fe dient j la
pierrure. I. Les fentes qui font le long de la perche , fe dient^
gouttières.
La croufte raboteufe de la perche fe nomme ^ la perlure*,
celle de la meule fe dit la perrure. La telle qui a cinq efpois fe dit paumure ^ de la paume
de la main. Celle qui en a trois , ou quatre efpois ^ fe
dit trocheure ^ comme vne trochée de poires : fi elle
n'en a que deux^ ainfi.
elle s'appelle tefte enfourchie , qui au lieu de Cou- ronne porte au fommet de la perche vneforche. Les teftes contrefaites fe dient fimplement Tefles.
23. La pince du pied ( c'eft à dire la pointe ) le talon^ les coftez du pied , la comblette ( c'eft à dire la fente du pied ) les os tranchans i les vieux en leur alleure ia- mais ne faux -marchent.
24. Les fumées ( c'eft à dire fimus ) du Cerf font ou formées, ou en trochcSj, ou en plateaux ^ c'eft à dire ;, pre- mièrement rondeSj 2. ayant des piquons , 5. plates. Elles font mieux moulues &: digérées le foir ^ car ils ont à re- pos fait leur runge ^ & digéré leur viandis.
ij. On iuge le Cerf par les portées ( c'eft à dire.
Chapitre I. n
voyant les branches aux tailles qu'en pafTant il a plie ou rompu auec ia tefte ) quand il fe rembufche en Ion fort. Et ainfi fe cognoift la hauteur de fa perche. Al- ler à la veuë , c'eft à dire ^ defcouurir s'il y a befle cou- rable au pais.
2,6. Lesalleures du Cerf ^ les abbatures (c*eft à dire, félon qu'il abbat du ventre l'herbe , ou les fougères & menus bois où il pafie ) & les fouleures ou foulées monftrent la hauteur, & grandeur, & les erres auifi.
27. Le frayoiier c'eft l'arbre où le Cerf fraye fa tefte, pour l'embellir ôz de(j3oiiiller des lambeaux.
28. En Nouembre ils viandent les pointes &c fleurs des bruyères & branches : quand il neige -, ils fe mettent en hardes ( c'eft à dire en trouppe ) & viandent es fo- refts la pointe de la mouife , ôc pèlent le bois , fe met- tant à l'abry des vents.
29. Le Cerf qui va de bon temps ( c'eft à dire vifte) &: de hautes erres, c'eft à dire , quafi ne touchant terre: le Cerf balance çà & là: ^utat,
30. Il ne faut lafcher le Chien , de peur qu'il ne ca- quette trop toft 5 & faut prendre les cognoiflances du Cerf(c*eftàdire, les coniedures de fa grandeur) puis le rernbufcher fi on peut, & prendre garde à toutes les rufes , entrées , & forties du fort *, & puis les enfermer toutes dans fes cernes & enceintes , excepté vne entrée par laquelle il faut mettre le Chien , ôc le faire faufler le fort s'il eft poflible & le lancer. Il ne fe faut fier aux Chiens qui en veulent au vent, &ne mettent le nez en terre. ,
51. Le reffuy des Cerfs fe fait fouuent au bord du
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11 LAVENER lE.
forc^ c'cil à dire ^ il fe refluyc au Soleil , ou à l'air. Fort (c'elt à dire j ou les arbres ôc herbes iont efpaiiles , & roullucs aux bois.)
L'ayant failly vn iour ^ il faut icttcr vne brifee ( c'eft à dire ^ femer des branches d'arbres briiees j pour retrou- uer le chemin.) Lancer, 31. Si celuy qui fait la fuite du Cerf cognoift que ce LanciuA- ç^-^^ ç^^^ àïoiz ( c'cft à dire qu'il foit au chemin que le ttuîa. Cerf tient) de c]ue fon Chien lance le Cerf ^ il doit fon- Bnà. j^^j. Jeux mots pour appeller les Piqueurs : mais il fe faut garder du change ( c'ell: à dire , que le Cerf ne trom- pe , laiilant quelqu'autre Cerf ou belle en fa place j qui trompe le Chien) & ne s'ellonner des repofees, car le Cerf mal-mene fait pluiieursrepoféeSj & ne fe pouuant tenir debout ^ viande de couché, c'eft à dire ^ le couche pour brouter , & fe repaire.
35. Les Cerfsafes demeures ^ & fes forts , ou en hau- tes fulfaycs y ou es foreifs de houillères ( c'ell à dire, ZJhgiiltcta) ou es forefts qui ont des couronnes de Bran- des^c'eilàdire^ Pvameaux^ou qui iont enuironnées de taille ;, ou en quelques brofles au bord de la Forell. Si on lance le Cerf dans les fuflayes ^ il fera mal-aifé de l'approcher.
34. Le rapport qui fe fait du Cerf, eft donner lesco- gnoiifances qu'on a au Seigneur qui veut chaifer, afin qu'il choififTe le Cerf qui iera en la plus belle meute (c'ell à dire compagnie , ou muetc , c'ell à dire^» gille. )
35. Fumcc , elf la fiente de toute befte qui vit de brouft. Leife j eft celle des belles mordantes y Sangliers, to. Crotte j celle des Liéures. Eiprainte., celle delà
Chapitre!. 13
Loutre. Fiante ^ celle des beftes puantes :, Renards^, &c. Le manger des beftes mordantes le dit5mangeu- res j le Sanglier fait icy fcs mangeurcs. Le viandis eft du Cerf j & les femblables.
36. Les pieds des beftes mordantes, fe dient, les traces; du Cerfj ôcc. Les pieds, ou foyes, c'eft à dire^ les piftes.
37. Faire fa nuid: aux g^ignages y ou es tailles :, c'eft yviander.
38. Les voyes font le grand chemin , Les routes j font les fentiers qui trauerfent les forts. Le Cerf va la voye, c'eft à dire le grand chemin ; Va la route^, ôcc. Les erres^ font par où vne befte va de bon , ou de vieux temps (c'eft à dire, comme vne vieille befte, &recrue. )
Brifées, ou balles^ lont chemins marquez auec bran- ches brifëes , & lemees pour retreuuer le chemin.
59. LeRelTuy eft le lieu où le Cerf fc feche, moiiille' de l'efgail ; & fe dit là le Cerf fait fon relfuy. Les lits j repofees ^ ou chambres font où il repofe le iour. Pour les beftes mordantes s'appellent Bauges ^ comme Sangliers y ôcc,
40. Tefte faux-marquee qui n'a les cors Se chcuilles pareilles aux deux perches ; Tefte bien née , grolfe de marrein y bien cheuillee y bien marquée y couronnée, eft la belle tefte. Les ergots qui font derrière le pied du Cerf j Dain y &c. fe nomment les os ; aux Sanghers, ôcc, les Gardes.
41. Harde de beftes 3 ôc Harpail , c'eft à dire troup- pe de beftes faunes. Compagnie y c'eft à dire , trouppe de beftes noires. Grand vieux Cerf, ou Sanglier ^ n'ayant point de refus, c'eft à dire y chaffable ôc en fa faifon.
dne'j.
14 L A V E N E îl.I F,
B^duii 4i. Le relays , cd\ à dire , Le lieu y ou les Chiens qui font au partage de la belle ^ pour les lafcher y ôc ioula- ger les Chiens recrcus.
43. La Meute ( c'ell à dire , Grex } chaque Meute de Chien , a fon Chien ^ qui eft le Capitaine des autres.
Croiier & rompre les Chiens ^ & leur pafler à tra- uers pendant qu'ils courent jôc leur rompre leurs cour- fes : qui eft vne faute des piqueurs.
Briler par où Ion pafle ^ c eft à dire , marquer auec branches.
44, Limier jc'eft à dire, Chien qui ne parle point ^ 6c quefte le Cerf j & le relance hors de fon fort.
45. Chiens de Meute ^ c'eft à dire _, de compagnie de Chiens ou Elmeute. Caries Chiens à force de clabau- der& glapir efineuuent & eftonnent le Cerf.
Demefler ôc redrelfer le Cerf ^ c'cft à dire , Tofler du change ,&le pourfuiure^ quittant les autres.
46. Le Cerf a quelquefois quelque Broequard auec loy , c'eft à dire ^vn ieune qui a de petites cornes poin- tues j comme halenes.
47. Le Cerf dreffe par les fuites ( c'eft à dire , reBa via- fugît) les Chiens bien ameutez drelfent & courent bien le droid: ( c'eft à dire ^ reBa via inÇequuntur Ceruum. )
il faut rompre les Chiens , & les menacer & recou- pler^ & frapper à route, afin qu'ils relancent le Cerf qui leur a donné le chansje , & les a fait tomber en défaut. Frapper à route ^ c'eft à dire, remettre les Chiens a la trace , les oftans du défaut. ^^ .^-^r'^?-
48. A la chaffe du Cerf, il faut parler Se refioùir les Chiens : au Sanglier, il faut parler aux Chiens à fon de
trompe,
Chapitre!. ij
trompe, de cris rudes ôc furieux.
Il ne Te faut fier aux ieunes, mais aux Chiens fagcs & vieux de la Meute.
Rufej &c hour-variz du Cerf^ idem,
49. Le Chien fonne ^ c'cft à dire ^ appelle au bon che- min , ôc iappe ayant treuué la trace.
50. Le Cerf fuit toufiours à val du vent ^ & ne met iamais la gueule dedans le ventj,nylenez : mais il tour- ne le derrière, Ipecialcment au vent de Nortj ôc d'Autan, qui font vehemens ^ ôc afin que les Chiens n'ayent le vent.
51. Cerne ôc enceinte ( c'eft à dire ^ eircuir le lieu où eft le Cerf)
Auoir fentiment du Cerf ( c'eft à dire ^ fentir la trace, & l'odeur ) prendre le contre-pied du Cerf, c'eft àdire^ aller au rebours.
51. Le Cerf qui fe veut rendre , va feignant fon corps &fesiambes en chancelant, fait de grands bonds ^ mais ne dure gueres, fait de grandes gliffées^ donne des os en terre.
53. LebonPiqucurdoitfçauoir bien parler en cris, & langages plailans aux Chiens, crier , hucher , & houpper fes compagnons , forhuer en mots longs, & fonner de la trompe.
54. Au Cerf, la biere,au Sanglier le Barbier, Prouerbe, (c*cftà dire, le Cerf aux abois de terre donne coups mor- tels de la tefte : le SangUer , meurtrift , & defcouft les membres auec fes deffenfes.)
55. Le Cerf pris , il faut hucher & fonner la mort pour aflembler les Veneurs , puis faire fouler le Cert aux
C
l^ LAVENERIE.
chiens^ Câpres les recouplcr^ puis couper le pied droit l'offrant au Roy^ ou Seigneur de la Vénerie ^ puis faut fendre le cuir , &z le delpouillcr ^ oftant auec la peau le parement (c'eftà dire, vne chair rouge ^ qui elî fur la venaifon & chair du Cerf)
56. Le Veneur^ cjui a détourne le Cerf^prend le mafla- creou telle du Cerf, 6c le cœur , & en fait le premier droit à ion Limier j le refte il le donne aux Limiers de les compaignons. On fait tout chaudement la curée aux Chiens de la ceruelle & du col , & s'appelle curée chaude j qui met treltien les Chiens à la chair. Les cu- rées froideSj qui fetont en la maiion^ne font fi bonnes.
57. L elcuyer du Cerf^ c'ellle ieune^ qui va en com- pagnie du vieux.
La hampe du Cerf (c'eftà dire, 7f(f?^^. )
Cheuaucher la menée, c'eft à dire , obequitare canes cermm infequentes cominus \ corner la menée , &:c.
CerfefchaufFé des Chiens, item^ forlonge lesChiens^ c'eft à dire , fuit loin.
Corner requefte , c eft à dire , itcrum require.
Battre le Ruiffeau , c'eft à dire , nager.
Prendre la befte au Tour , c'eft à dire , la cheualer fans TefFrayer, cependant les Archiers cachez tirent.
58. Le Dain eft de pelage plus blanc que le Cerf, la tefte paumée, & auec plus de cors que le Cerf, fa venai- fon plus friande , il va pluftoft de prin-fault ( c'eft à dire , primo faltu , ^ initio. ) que luy , &z ne font amis.
59. Quand les Chiens trouuent oùila viande la nuid, ou dereleuée (c'eft à dire depuis le midy ) ou le matin, faut garder qu'ils ne prennent le contre-ongle ( c'eftàdi-
Chapitre I. 17
re;, aureboursj éprenant le talon pour la pointe.)
60. Le Cheureuil ôc la Cheurelle font meilleur fuite que le Cerf ^ ils mettent ^ comme les Cerfs , leurs bolTes (c'eilà dire comme vn enfleure ; Suhula) au premier an: auffi portent leurs faifleaux & broches ( c'efl à dire leurs cornes faites en halene) ont leurs viandiers comme les Cerfs, &c.
6î. Les Chiens Efpagnols ( qui font Chiens d'oyfeaux) font bons pour chafler au Connil , il faut emmufeler le Furon ( afin qu'il ne les tue ) qu'on fait entrer dans leur Terrier^ &: àchafque pertuis vne bourfe.
Du Loup,
61, "[7 Ntre tous les Loups y vnfeul lignera la Louue^ lZ/ÇccU à dire la fera conceuoir ) & eftant tous endormis , elle en efueille vn qui plus l'agrce ^ ôc s'en va aucc luy ^ fe faifant de nouueau alligner. De là on dit à vne femme impudique, que c'eft vne Louue. Les Loups efueillez, vont à la trace : &z s'ils treuuent le Loup ils le tuent , pource on dit j que iamais Loup ne vit fon père.
63. Le Loup ne porte rien à fes Cheaux, qu'il ne foit faoul, fi fait bien la Louue :& file Loup n'eft bien faoul, il ofte . la prébende aux Cheaux , ôc à la Louue : Si le Loup voit j qu'elle porte en cachette aux Louueteaux, il la bâti ainfi il eft fort gras en ce temps ^ car il mange fa proye i celle des Cheaux ôc de la Louue.
64. Il a malle-morfure ôc venimeufe , à caufe des Ser- pens , ôc vermine qu'il mange. Court fi bien , que fou-
^S L A V E IN E R I E.
lient les meilleurs Chiens ne le peuuent afficher. Il fuit volontieii le couuert ( c'eftà dire à couuert par bois, ôcc.)
65. Loups-garous ( ceft à dire gare ,& gardez-vous) car ils font acharnez à chak humaine.
6 6. Ceft vne (çauante befte , & faufTe à garder fes aduantages , il mefnage la fuitte ^ ôc fe tient en haleine, Ôc en a betoin , car tout le monde luy en veut. Se prend auec des haufle-pieds , ou chafle-pieds ( ceft à dire, chaufle-trapes , ôc creux couuerts ) en leur faifant train de chair, c eft à dire, femant ça & là , ou trainant la chair iulques à vn lieu propre pour les attraper. Le Loup iamais ne s'appriuoife , regarde toufiours çà & là , & s'il a loifir il fait mal , 6c fçait bien en fa cognoifîance qu'il fait mal , ôc regarde eiFroyément.
67. Le Loup ne demeure pas volontiers où il a man- gé , mais s'en va de haute-prime ( c'eft à dire tout aufîi toft 5 Itali quanto prima, ) Si ce n'cft qu'ils ayent mangé trois fois , car lors ils s arreftent , quand il y a de l'cn- charnement.
62, Pour le prendre au bois , faut mettre les Léuricrs cnlaifTes de rang , au plus beau tiltre ( c'eft à dire en vn lieu aduanrageux , de là on dit attiltrer vn , c'eft à dire, fubomare admjidias faciendas alicui , ) &laifter trois ou qua- tre doubles, mais gardant bien que les Loups ne puit fcnt auoir le vent.
69. Quand on aura fait les dcfences, ceft à dire , ar- range les gens l'vn auprès de l'autre , il faut que le Veneur auec fon Limier , brife les Loups hors de la charongne iufqucs au fort , puis faut abbattre ( c'eftà
Chapitre I. 19
dire lafcher ) le tiers de fes meilleurs Chiens , 6c fonncr pour enchaufler ôc rebaudir fes Chiens , les cheuau- chant de prés. '
70. Le Loup mort on fait le droit ^ la curée , la partj aux Chiens , le fendant , vuidant , ôc rcmpliflant de friandifes 3 formage j&c. puis après auoir fait bien fou- ler ôc bien tirer ôc mordre aux Chiens , on leur laiife manger illec.
yr. Si vn Loup efchappe ^ la nuid il repenfe 1 ennuy du iour j ôc retourne au builTon pour voir qui ça efté, ôc pour chercher fes compagnons : s'il les treuue per- dus y il s'en va bien loing.
yz. Il apporte aux petits quelque Agneau vif , ôc leur fait tuer, pour leur apprendre leur meftier. Et la Louue reuomit la proye , pour leur en donner à goufter.
Chajje du Renard, &* Tcffon.
75. T Es Chiens de terre qui fe dient Baflets ôc vien- JL^nent de Flandre , entrent aux tafnieres des Re- nardsj ôc Teffons. S'ils y prennent quelque TefTonneau, il le faut faire tuer en la tranchée oupertuis ^ à la maifon leur faire curée dufoye yôcc. leur monftrant la tefteclc leur gibbicr.
74. Pour façonner les ieunes Chiens ^ on coupe la machoiiere d'embas à vn vieux Renard vif, où il a (es crochets ôc maiftreffes dents y laiflant celles d'en- hautquifemblent terribles, &ne peuuent mordre i ôc lors les Chiens font rage. 7î. Les Renards fonc leurs terriers en lieu , où ion
lO L A V E N E R I E.
ne puiirebcfchcr j ^iencantles abbois bouclent &c for- tcntaulH toft. Puis tournoyent long temps en Icurpaïs deuant qu'en lortir. La curée s'en fait comme du Loup, ou fur fa peau y mettant les friandifes.
75. Tiltre de Chiens y c'cll le lieu où on les a pofez, afin que quand la befle pafTera ils la courent bien à propos, de là vient mettre en bon tiltre : Item attiltrer, êc le Cerffortiltre , c eft à dire j il va hors les tiltres des Chiens qu'on auoit attiltrez.
Chiens Alans gentils: Item j Alans de Boucher , pour mener les bœufs.
Chiens Bauts^ Chiens Cerfs ^ ou muets ^id ejl, ccruum tacite fequent es.
Chiens parlans^ ôcriotans en leur langage, c'eftàdire. Chiens couransj, qui iamaisne quittent le Cerf
Chien courtaut ^ c'eft à dire fans queue ^ de feruice, ordinaire.
Chien de garde ^ c'efl: à dire ^ pour abbayer aux lar- rons.
Chien allant , c'eft à dire j qui par chemin détourne les beftes.
Chiens a gros poil , font pour l'eau ^ comme Barbets> qui portent le traiéb ^ & chaffent au gibbier d'eau.
Chiens Efpagnolsj c'eft à dire. Chiens couchans pour leuer Perdrix y Cailles 3 ôcc.
Chiens de combat , pour les Sangliers , &c.
DogueS:, font pour aflaillir les groffes beftes, Molo^i,
Lcuriers , qui (ont viftcs à prendre tout.
Lcurier à Lieure \ Léurierà Loup *> Léurier à tout.
Baudir , ou rebaudir les Chiens , 6c les encharneri
Chapitre!. u
c'eft à dire ^ excitare ad pr^dam ylcur parler ^ les refioiiir.
Traid:s de Chiens ^ c eft à dire , les laifTes & colliers pour les coupler j qui fe font de poil de cheuaux.
Vautrer^ c eft à dire , chafler auec Vautrez ^ &c Maftins, carie Vautrey ce dit vne trouppe de Maftins j qui cou- rent ardemment vn Sanglier , ôc finalement l'outrent d'halene ^ & le prennent à force.
Chajfe du Sanglier,
I. T A Charte du Sanglier n'eft que pour les Maftins, A-^car il ne court pas y & nefe fie qua fes deffenfcs. S'il blefTe de la dent vn Chien , au coffre du corps y ia- mais il n'en efchappe. D vne venue tournant fa Hure, tuera fix & fept Chiens courans.
2. Ils ont entr'autres quatre dents ou deffences , deux en haut , qui ne leruent que d aguifer les deux limes &c dagues , ou armes de la barre de deffous qui tuent. Les deux d'enhaut ,fe dient,les Grez.
Les Layes font les femelles.
3. Ilfelaifle abbayer des Chiens en fa bauge. Deuant que d'en fortir il met hors la Hure , & prend le vent de tout cofte ; s'il oit du bruit, il retourne fur {oy, c'eftà dire , en fon gifte. Et ne fortira plus quelque bruit qu'on face.
Le Sanglier de quatre ans eft courable & fans re- fus. Le vieux Sanglier eft celuy , qui a laiife les compa- gnies.
4. S'il va au gaignage ; on dit qu'il a eftc viure 6c faire fes mangeures aux g^ignages ; s'il va aux prez ou frefcheurs , on dit qu'il a vermeille au pré , ôc fait fes
il LAVENERIE.
boutis. Vcrmciller^c'eft a dircj chercher les vers enter- re. Fougcr jc'eltaueclc nez , & boutouer^, arracher les racines*, & ce qu'il leue auec le nez le dit , Fougc : Mu- loter^ c'cft chercher aux greniers des Mulots (c'eft à di- re 5 Mûris ruflici ) où ils cachent le bled ^ glands , &c. HcrbciUerj c'eft quand le Sanglier broufte Therbc.
5. Le Sanglier le dit tenir les abbois , quand il fe def- lend <, ôc contre-mord. Si les Chiens font chargez de lonnettes j il fuit & ne tient les abbois. Il faut que le Piqueur luy donne de Tefpee en plongeant , & non du cofte ducheual, car il tourne la Hure du coftédu coup, ôc tueroit le cheual.
6. Deuant fa bauge ( c'eft à dire fon lia; , ôcfon fort) il fait toufiours quelque rufe. Il faut que les Piqueurs accompagnent les Chiens , & crient pour faire perdre cœur au Sanglier j autrement il les defaira. S'il s'efton* ne, il tirera pais , & prendra les campagnes.
7. Du foiiil on cognoiil fa grandeur ^ car il fe foiiilie iouucnt ôcventroiiille, &nazille volontiers en la boue.
8. On dit que l'homme de guerre doit auoir afTaut de Leurier , fuite de Loup ( car il fe retire toufiours combattant , èc monftrant les dents ) & deifenfe de Sanelicr.
9. Bourbelier ( c'eft à dire , TeHus <tAj^ri ) comme la hampe du Cerf.
Sanglier AifFouchie^ c'eft à dire :, qui fait grandes fof- fes^pour trcuuerla racine des Fouchieres , & de l'Elpar- ge, &c.
10. La foiiaille du Sangjier , c'eft à dire , la curée ou cuiricj car elle fc fait auec du feu.
Huee^
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C H A P i T P. E I. 25
Huee, Ouatio poflprddam captam.
Corner la prinle: Canert capturam.
Dentée & atteinte du Sanglier y qui defcoud les Chiens &c les cheuaux ^ &c les eiuentre.
On fait iugement du Sanglier par le pied ^ les bon- cis ( ou boutis ) ôclc foiiil ^ on cognoilt s'il cil: entier ôc fans, refus.
II. Il faut prefenter TEfpieu droit à l'Efcu, entre col Ôc efpàulei Si les billcttes de l'Efpieu ne l'en gardoient il fe co'uleroit le long de la liampc de TÈipieu ^ iufques à celuy qui l'enferré. l)iipt'.
De ÏOurs,
I. T ;• Es Ourfesfaonneht leurs petits quafi tous mortSj JL-^mais la mère les haleine fi fort , lèche , & eC- chauffe qu elle les fait reuenir : tout le monde le tient ainfi j fi cft-ce que tout le monde ne le croit p^s.
2. L'Ours en hyuer , quarante iours ne boit ne man- ge j finon fucçant les mains. Dcu.^ hommes fe tenant bonne compagnie , l'Efpieu en main , k tueront \ car ayant vn coup il fe lance de ce cofté-là ^ l'autre ce^ pendant le bleife, <5cluy tourne laiifant l'autre, 6c ainfi on le tue aifément.
3. Il a malle-chair , fon fain eft médicinal. Es belles mordantes , on dit le fain j & les mangeures. Aux bcfles rouifcs qui ne mordent comme Cerfs y dcc. on appelle le fuif 3 & leur manger viander.
Pouppes y c*ell à dire ^ Mamm^e Vrfe-
D
14 LAVENERIE,
La, CLijJe du Liéure.
î. Ç I le Lieurc fort du gifle Icuant les aurcilles ^ ne vJfuyanc de puifTance ^ retrouflant la queue ^ c'eft fiP'ne qu'il eil fort.
Le mafle ell: court y fait fes rufes plus fottes , deTait fanuid:parles grands chemins ^ il a la tefte plus cour- be, &: plus ioftuë y prend facilement congé de fa Meute (ou muete) (c'eft à dire gifte) àlapourfuittedesChiens &{eforpaife, quelquefois trois lieues fans s'arreftcr.
2. Les Licuresde paffage ^ qui font hors de leurs païs^ font des rompus ;, &: fe font relancer deux ou trois fois dans leur fort.
3. Ils ont vne infinité de rufes j, & fur eux fe doiiient affiner les nez des Chiens courans , & y faire leur ap- prentiilage. Luy & la femelle ne permettent qu'autre Liéure qu'eux demeure en leur païs : ainfion dit j, tant plus on chaffe en vn païs ^ tant plus y a-il de Liéuresi car ceux d'autre païs y viennent.
4. Il faut toufiours auoir des friandifes de Chiens pour les refioiiir au défaut , ôc les radreffer ^ & faire re- quefterle Cerf, èc la Chaffe.
5. Il ne faut fonner en quefte le grefle de la trom- pe , mais le ^ros i fi ce n'eft qu'il vueille parler aux Chiens ^ alors il fonne vn mot du grefle de fa trompe, car c'cft le propre du forhu ', pour la quefte , c'eft auec le gros.
6. Les icunes Licures en Septembre ^ Oâiobre , No- ucmbre, n'ont point de corps , ny rufes j ôc le font re-
C H A P I T R E I. Z^
lancer fouuent , à quoy prennent plaifir les ieunes Chiens. Lefquels fe fouuiennent toufiours de la pre- mière curée qu'on leur fait yôc du lieu où l'on les fa- çonne.
7. Les Liéures en temps de glace courent fort bien, car ils ont les pieds fourrez i les Chiens fe deflolent les pieds fur la glace.
8. Les Chiens de deux ans ne valent que mieux^quand on les fait fouuent champayer , requérir ^ 6c lancer le Cerf
-y. 9, Le Chien défait aifément la nuid: du Liéure au vian- dy ( c'efi: à dire au repaire ) car il y lailTe fcs crottes , de repaire^ ôcfe couche viandant, ainfi laiiîe l'odeur.
10. Le Chien boute & lance le Cerf j & redrelle les erres , quand fon maiftre l'aide ^ ôc bat de foule les brof- fes , c'eft à dire ^ buiffons & broffailies.
11. Pour bien Chaffer ^ ilneftque Chiens qui fuiuent le droit. Pour en prendre beaucoup , il faut faire grands cernes ^ ôc abbreger les rufes.
Haller les Chiens, c'eft à dire , tirer à mont.
11. Le Liéure pris , faut fonner la mort du Licure, & le mettre fur l'herbe , mais le Valet des Chiens dé- fendra la curée , puis on mettra la peau ;, le pas , & le pulmon j qui efl: contraire au Liéure ; & prenant pain. Formage y Ôc friandifes , on les brunira du fang de Liéure, & ayant attaché le Liéure auec cordes en plu- fieurs lieux , afin qu'vn feul Chien ne l'arrache , le ca- chera , lors le Piqueur fera la curée du pain , Ôcc. Et citant fur la fin le Valet forhura , monftrant le Liéure, les Chiens courront aufli toft ^ ôc leur fera donné leur
D z
l6 L A V E N E R 1 E.
droit 5 aux Chiens niais & ieuncs on donne ^■^ ccflc & les eipaules.
15. Prendre le Lieure à la croupie ^ c'eft à dire, quand le matin il eft à croupcton. Se croupit en terre. Lieure en forme j c'eft à dire , m cubili.
14. Faire cnclotir vn Connil, c'eft à dire ^ faire entrer dans terre.
Cordelettes , Rets ^ Filets 3 Bourfes j Bourfettes^ Pochettes.
Leureter^ c'eft à dhx^ parère lepores y héurctc^ux.
L'entrée de la Telniere fe dit Mère , la Renardière n'a iamais qu'vne mère.
Faire le rapport à l'afTemblée j ( c'eft à dire ^ Comilio vmatorum , vel Çaltumft , Tud. ) Des cognoifTances qu'on a de la befte.
Les toilesj c'eft à dire , CarhafeH?n feptum , Xuà, 1, fhu lologiés.
^7
CHASSE
GR A CIE VSE D VN
LIEVRE charme;
Chapitre IL
Es Gentils-hommes qui aiment la ChafTe, at feurent qu'en toute la Vénerie, il n'y a plaifir femblable à celuy qui fe prend à la Chafle d'vn Liéure Charmé par quelques charmes-Liéures. Pour moy ie ne l'ay veu que par les aureilles , car ma chafTc eftplus des Liures^que desLieuresjfi voudrois- ie Tauoir veu pour vous en dire des nouuelles. Faites (dient-ils)queleplusbraueChafreurde toute la NoblefTe de Languedoc monté comme vn S. George , & bien aflifté aille courir le Liéure , le Valet des Chiens auec fa trompe n'a pas fi toft forhué les Chiens j & en leur parlant du grefle de fa trompe les a refioiiis ^ que vous voyez demy-douzaine de braues Léuriers couplés ^ & bardez bien difpos pour courir la befte. le fuppoie que les Chiens foient les premiers de la race y c'eit à dire^, beaux Chafleurs y requerans y de haut nez :, de grand cœur,& de toute entreprinfe^gardans bienle change, de bonne créance, qui ayent la tefte longue & non camufej
D 3
28 lievrecharme'.
les nafcaux bien ouuerts , les aureilles larges ^ les reins courbes , le iarret droit ôc bien herpe , la cuiffe trouf- iee^ le pied fcc, ô<:bien fourre, en fin faites qu'ils foient les mieux façonnez , ôc qui ayent le nez le plus affine de TEurope , car tant meilleurs lont-ils , tant moins pren- dront-ils y ôclc paife-temps en fera plus beau. En pre- mier lieu ayant auili toft trouue le Licure à la croupie, il fe rait relancer deux ou trois fois par les Léuriers, puis fe voyant trop preffe il quitte fa tefniere , ôc du premier faut outrepaile les Chiens : il ne faut pas de- mander fi les Chiens defcouplez font le deuoir, & s'ils treuucnt leurs iambesi le Liéure comme de railon gai- gnc le deuant , fait tefte du talon , & comme il porte tout Ion courage, non au cœur, mais au pied, vous diriez que la peur luy adonneà chaque talon des aiflesi il ne touche la terre, il vole , il fe defrobe aux Chiens , il fe laiffe derrière foy-mefmes, & Icuant les aureilles comme deux voiles, la queue pour s'en feruir de timon, battanc des pieds comme auec auirons , ayant la crainte pour fon pilote , deuient comme vu Nauire d'air précipité parle vent,pafle lèvent , arriue d'vn bout à l'autre fans quafi toucher le mitan: Les panures Chiens s'effilent en courant , cent fois ils le tiennent , ils bourrent ,. cent fois il efchappe,ils enragent , ils le dardent, la foudre ne va fi ville, ils ont le nez à la queue , les dents plan^ tees dans la peau '■> le pauure. Lieure qui ne içait pas qu'il ell: charmé , il ne fçait auffi s'il cil pris oii non ^ il te fent accroché au rable , àc neantmoins fe delcroche , &: toufiours court, ô:toufiours s'cftpnne, j&.toufiours eft aux abbois , & .toufiQurs^refufcite. , Le compagnon ne
ChapitreII. 29
fçait où il en eft voyant qu vn Lieure luy emporte fes fix Leuriers y donne dans la trompe ^ encourage les Chiens, court à perte dlialeine ^ les Piqueurs y vont à toute polie. Le pauure Lieure voyant le doux charme qui luy fauue la vie y s'imaginant d'élire ce qu il n'eft pasj ayant bien couru, tourne la telle , & les Chiens le talon, èc effrayez s'enfuyent , & le Lieure à les courir , & diriez que le Lieure ell deuenu Chien courant , &les Leuriers des Liéures. Quel plaifir de voir fix Leuriers fuir de peur dVn Lieure; Les Piqueurs arriuent , le gar<^on s'ef- crie hare Leurier, harc Leuriers, adoiic les Chiens fefou- uenant d'ellre Chiens tournent bride, & mon Lieure de- rechef à grands coups de talons. Tout cela n cil rien au pris de ce que ie vous vois dire. Lafle qu'il ell de cou- rir la polie à pied , il fait du rompu , il s'arrelle , mes Chiens vous Tenuironnent, mais bon Dieu quelles ruzcs fait le pauure Lieure, il tournoyé , il faute , il forpaife, les pauures Chiens iappent, mordent, tiennent, tuent , & neantmoins,en voyant ilsnelevoyent, en mordant ils ne mordent, en tenant ils ne tiennent , en tuant ils ne tuent , car de fait le Lieure faute encor , le voicy à la telle de tous fix , le voila à la queue, le voila au milieu; il fe glilîe parmy les iambes , il vole par deflus leurs te- fles , les Chiens fautant & enrageant fe choquent telle contre telle ,1a gueule béante au lieu de mordre le Lie- ure, ils s entr^-lardent & s'entre-tuënt les vnsles autres. Le Valet des Chiens fe tue de crier, le Gentilhomme meurt de rire, le Lieure meurt de peur , les Chiens meu- rent de rage , tousy meurent de quelque chofe, 5c fi le Lieure pourfuit toufiours fon. exercice , & voudroic
;0 LIEVRE charme'.
bien cftre à cent lieues loing de ce plaifir qui ne luy efl guère agréable. Quand la belle leur a bien donne du paikremps les faiiant faire la ronde y ôc danfer vn braniie de Poitou deux pas auant 6c vn en arrière , il vous les remet tous fix à la courande '■> car quand ces Leuricrs pcnfcht élire fur le point d'en taire curée ^ &: d'oiiir leur valet fonner de fa trompe la mort du Lieure, &leur faire droit leur donnant leur dcuoir^ôc quelque friandife _, mon dit Liéurc tire pais laiffant les fix Lé- uriers aufli eftonnez que beftes de leur pays : pour leur honneur ils fe mettent à courir , & tous fe voyent au delelpoir j le Liéurc d'efchapper, les Chiens de prendre, le Valet de chafler , les Piqueurs de diiner , & y a du plaifir devoir que tous meurent de faim &: de foif , ôc nelaiilent degalopper. Le Liéure iVany enuie ^ ny de- mie de felaiflerefcorcher, c'eft pourquoy il gaigne vn buii]on,lcs Chiens fe mettent tout autour , & s'affeu- renrderaupirile fin Liéure voit bien qu'ils n'oferoient entrer dans fa baftille armée d'clpinesôc de dagues, fait Icmblant d'auoirpeur, ôcfe tapit, refpond tantoftàcc Lcurier, tantoila l'autre , il le mocquc d'eux, &: fe re- pofeà fonaife. Ces pauures Chiens y perdent tout leur Içauoir , & s'ils pouuoient ils diroicnt volontiers que c'cft quelque diable de Liéure, ou quelque Liéure d'en- fer qui Icscnforcelle, car comme eft-il pofiible que fix braues Léuriers tiennent par la queue vue mefchante belle, 6c ne la puiffent prendre , eux qui ont chacun à part foy attrappé cent cinquante Liéures en leur vie. Ils ont beau à faire qu'auec tout leurdifcoursilsne luy dourront atteinte , ii ce n'ell: pour arracher vn peu de
bourre.
Chapitre IL ji
bourrel A^jiïîenvnclin d'œil après auoir bien rufé j,,.If.* gentil Licure^ fort de fonfort aufli gaillard que iamais> ^cn dix coups de pieds il s'emporte fi loing que vous diriez que le diable l'emporte j aufli fait-il , car natu- rellement cela ne fe pourroit faire. Adonc les pauures Ckiens demeurent bien carnus j & c'eft la première fois qu'ils font, curée ôc bonne chère de rien^ le Valet ne [çait aucune chanfon fur fa trompe en femblable acci- dentj ^nz fçait quel langage il doit tenir à fes Chiens, qui ont trelbien chaffç (ans rien prendre, excepté qu'ils font fi recruz^, & fi très-fort rompus qu'ils ne fçauent fur quel pied dançer. Le Gentilhomme s'en retourne à petit pas j & s'en va faire grandchere, -moyennant qu'il freuue dequoy ^ car pour fa Chaflij il ivv a J?as grande conguefte. ••^^ ^^^ V\^îWi'i
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3i
ADJIS. AV LECTEVR.
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'£ s T vn plaijlr de 'Roy , c^ut la. ZJolerie j 6^ veji vn parler Royal que de fçauoir parler du ZJol des Oyfcaux. Tout le 7nonde en parle , &* peu de gms çfj, parlent hkn_,rou font pitié a ceux qui les efeou- tent, Tantojl <cfluy-ci dit , ia main de ÎOyfeau , au lieu de dire U fare , tantojl la ferre , au lieu de la grijft , t,intoji la griffe 4U lieu de ï ongle e^ du crochet , bref ils pensent que tom les mots fcTuent à tous les Oyfeaux , ce qui eji vnc vraye igno- rance. Ce petit Bfjay que ie voué donne , vous fera parler auec honneur , ^ fans rougir en bonne compagnie. ZJoua aurez^ le relie quand vous aurez^ bien apprins ce que ie vous 'donne , &* quand ie fçauray que ce petit trauail vous ejî agréable , ^ de feruice. le mettray a part ce qui efl propre du ZJol des Oy- féaux en gênerai , (0 vous donneray comme vm <tAnatomie de toutes les parties de ÏOyfeau , afn que le vol de vojîre plume dT* de vojîre langue s'accorde bien auec le vol de la befle de laquelle vous parlerez^ *, de peur quon ne die , que la befte vole mieux , que la hcjie ne parle. Vous fçaurez^ que ceji que voUr à tire d^aijle , à reprifes , au fil du vent , nageant entre
. , ^ SJ
deux airs , en battant la nus , far glijfades , en bricoles , m
rodant , a droit fil , à plomb , 4 i;o/ perdu , -uo/ ^e ^«erre t^
de combat , vol de plaifir , fendre le Ciel ^ fondre à bas , à ïef-
for , balancer [on vol , &^ cent autres façons de dire. Seruex^
,vous de celles -cy cependant , c^ tcnez^ moy m vos bonnes
grâces»
El
^^ lioî»
^ ?T";
fifî:5Ô
54
LA FAVCONNERIE
FRANÇOISE.
Chàtitre III.
L n'y a pareil plaifir que de voir le Faucon j partant du poing pafTer les nues 3 fendre le Ciel i fe perdre de ^ veuë j donner pointe , fe fondre en bas furie Gibbier y & faire les autres deuoirsd'vn bonoyfeau. Faucon eft toute forte d'oyfeau de leurre y & de proye. Et en y a de iept fortes. Fau- con Gentil, Pèlerin^ Tartarct ^ Gerfaut ^ Sacre , Lanier^ Thunifian.
Le Gentil foit prins niais , c'eft à dire au nid ^ & le fautoyfelerfurla Grue , car il fera bon Gruyer, èc Har- dy y puis bon Heronnier ( c'ell à dire y volera bien le Héron ) le Hagard ell celuy qui a mue y eftant à foy.
Le Pèlerin eft de pafTage y ôc en pèlerinage , eft de bon affaire y hardy. Eftant pris au paffage ( car on n a iamais treuue fon nid ) il le faut affairer^ aduïre , leurrer^ ^ScaiTcurer , ôc feruira à tout ^ & au menu Gibbier.
L A P JtV CO NN'ER LE. .fX!' H A P. IIL ^5
Le Tartaret j c'eft à dire de Tarcarie j eft elpece de
; Le Gerfkut ( Gyrofalctis in^yrnm volons ) Fait foliaire' ( c'ci-t à dire nid j en Dannemarc , eft fort à faire ^ & veut auoir la rnain douce , & maiftre débonnaire. Il a les doigts (,c eft à dire le&ormk)lonp;s,&les/erresforces.^ Sercatout. ^ _. , . -r^- .. -v. -^.w^l^^-i.?^
Le Sacre n'eft pas fi franc pour faire effort fur là Grue , & n'a le vol fi fort que le Pèlerin , eft court empiété y il eft bon pour la volerie d^s champse II eft groftier d'entendement ., mais fe façonne. •nI Le Lanier, a Lanimâps amhus ^ vclàpilis lana ftmiïïim'u^ eft le plus petit de corfage , de beau pennage , court empiété, il bat bien Te Liéure, & vole perdris &menu Gibbier , ^ fupporte mieux fon pas gras j qu'aucun Faucon de genre penne , faut qu il îoit pris niais. 1 . Lç; Thunifi^n, , ou Punicien ( c eft àdire , qui vient de ïlhunjs en Barbarie ) eft femblable au Lanier. 9^ruoq .-• L'Ejfpreuier & l'Autour ont les vols beaux , & font de hautes entreprifcs pour quelque fentimentde gloire, & d'honneur de la viâroire, & non pour la proye : là ou les Milans & Corbeaux né ftiiuent Gibbier que pour la cuifîrje i pource on n'affeéle ces oyfeaux vilains , pol- trons ,j& trippiers dénature. Auflî ne combattent-ils fmbnPpwleKy&c.quinonc n'y volr^ny deffenfc "^ "'T
Le Heronnier ne fe doit mettre^ plus bas à autr^ vblcric'jcaril s'appoltronira, voyant quil ne faut pour les autres, telle montée , fi grand effort , fi haut courage comme potjr le Héron. Il cfaut qu'il cdghoiflé bien le vif!t(Ic oft à'dirc , la proye ^viuc ) ^^ doit efti'e ' lafclic
E5
3« LA r A V G O N N E R I E.
contre le vent ^ ôc au deffus du Gibbier-.
Pour faire vn bon Faucon pour la Volcrie des champs j il faut qu'il prenne cognoiflancè des Chiens, &qu ils s'entr aimenr, ce qui ie fait par la hantife. Auffi faut qu'il foit bien curé ^ luy donnant bonne gorgée (c^ft à dire portion ) des trois premiers Oyfeaux qu'il prendra. Auffi luy faire becqueter la ceruelle de TOy- feau qu'il prend.
r- Vol pour le gros , ceft aux Oyfeaux de fort , &de cuilme , comme Oyes , Grues y Ôcc. Et faut conduire fa- gement j iufques à ce qu'il foit bien enoyfellé , & faut fau-poudrer fa gorgée de cannelle ôc fucre candy , le mettant fur la chair de l'Oyfeau qu'il a pris y car cela luy fera aimer fon Gibbier. '^'^* ■'
Il le faut chaperonner trois iours entiers luy don- nant à manger^puisledefcliaperonner fouuent , ainfi il fe fera bon chaperonnier. Puis le faut faire venir fur le poing , 6c en belle compagnie pour l'affeurer y faire qu'il cognoiffc la chair, 6c le wif y après lafcher la filiè- re ( qu on dit Tien le bien ) en le leurrant de loing , puis luy enfeignant à monter ôc roder en l'air. Ne faut ia- mais que le leurre y (c'efl: à dire, deux ailes liées , pen- dues à vne laifïc & vn efteuf , & femble vne poule , par- tant le Faijicon. vole deflus , & fe met fur luy quelque part qu'il le voye) nyJa barre ( c'eftà dire la perche) foit (.ans vn peudechaiar; :^o'; ^\ Ji ''?'vnr/*':^H 3.T
La cornette , c'eft la houppe ou tiroiicre , deflus le chapperon,ouchappeler. '::> rV ' > ' ^Voler haut §ç gras, cm voler bas , & maigres.
Deuant qu'il vole , il faut qu'il ait eu cure do plume
couleur Soretie.
C H A P I T R E 1 1 1. 37
auec vne iointe ( c'efl à dire, purger l'Oyfeauauec plu- mequ'il aualle) la çiirefe fait aufli de coton , de peau de Lieure ^ eiloupes taillées : les cures baignées , font la- ^/'
xatiues ^ les efiliyees ^ font les meilleures ^ & le fautlaif- fer roder :, quand il ell en humeur de voler ^ & en bon- ne volonté^ ZDjiu auê ïuoh i^^ sibfisgij :- >. ^ s^j^av:./! aie bon! Faycorr a la tcfte fonde 3 le bec court & gros 5 le col long , les efpaules larges , les pennes des •ailes fubtilcs , les cuiifes longues , les iambcs courtes^ Jespiçds longs, larges, grands... ;; , ::^rn -iCj j... :■..' '.- l
Fauconniais (;c'cft à dire, pris au iîïid:)^fprfcjefl:àv dire ^or, à u d Vnan, quia volémaiç noii mue) mue, ou quieft en mue (c'elï à dire qui a change fes pennes. )
Hagard. ( cçft à dire bizarre j iier) quixjejGteàfQy & en liberiC'edeuantqueftrepris.; .; isi/ rîî':;'? rr-^I : li:: ?.
Royal ( c'ell à dire, qui n'a iamais elle à foy. ) ; .L^è Pèlerin ft tient mieux , & plus longuement fon aile , &c en fon, vol.bax- plus àJoifir que le Gentil , le- quel auffieftpluftofl fur l'aile que le Pèlerin. Al
Le Faucon meurt fi on luy donne grolfes gorges degrofle chair., caril lie peut enduire (.c cil à dire di- gérer ) fa gorgç j !& la partctn si jà ^ DDd oï omu "j ^Quelquefoisfaucrecoriipenfer fon Oyfeau auec gor- ge'e raifonnable d vn bon paft vif ( c'eft à dire de Pou- ^Jetyifpu autre ) luy donnant tous les mois vne pillule d'Aloes j ou , ôcc. Lors il vient à emeutir , & à iecter flegmes &c coles. Celafe dit cure doyfeau , il tient fa cure ( c eft à dire fa pillule fait le deuoir ) il a fa cure.
Appétit de boire^ 8^ faire boya]UéJ i: u,ifl 2:^!; syoït)
3 S LA TAVCONNERIE.
hem, Le mal de pantois ou pantais , c'clià dire afme ^ qui
^jIiZ^ ne peucxLUoir Ion haleine, cjuand le poulmon s'enfle j & i:Vir4(//- ne peut reipirer.
Ye,quiûnt L^ pcrclic ^ ôc Icbloc ( c'cft à dire , Stipes , ligmm)
' Apres auoirferu le Gibbier ^ il a quelquefois les pieds
froiffez y & s engendre des doux aux pieds ( c eft à dire
podagre ) par pareiTe du Fauconnier , qui fus le bloc
doic Aiectre du drap.
Paire tirer les Oyfeaux ( c'eftà dire becqueter ) fi le tirer eil: de plume y gardez qu'il n'en prenne le matin, iuiques iau Vefpre , la cure le fdefcharge d'aiguilles , ôc filandres qu'il engendre, s'il cft peu de grofles chairs , & en peut mourir, t:" <■ ^^ -'^r " •. î; ]•; \ -y......
' Êflbrer le Faucon , c' eft à dire , fechcr au feu où au Soleil : Item s'elgarer , prendre le venr ^ &^ciian^c!r de maiftre. ' . ■ ^ /: ':)f o ?.inrnf>i r:'i i i{)i> ,'. Vyy ) Ir.voil.
Le mal d ongle !efl: vne taye qui vient en rbeil/ au- tres le nomment vei-ole , il vient dû rUthrtie 3- ou4ïi chapperon qui ferre trop, /r/ilul ho^\M\i'ù\k ": bi.'p .' Vnc maladie vient à la couronne du bec ^ qui dé- charné le becd'auecla tefte ( la couronne eft le duuet qui couronne le bec , & le coiiioint à la telle.) »»i ( ^ ^"^^g On donne le feu aux narilles, pour les embellir ', & ouurir dauanta^e. ; .^'i«q iicc iiv r: 'jU.iL:!/*:;;.".: cr^. Pour le chancre leur faut donner dés'piilutèsdëlâm> fucre, moiielle de bœuf Ce rhal&les autres viennent, quand ils font peuz de groife chair. v
Autre mal s'appelle des machoiieres , qdi s^enflent, vn autre du bec quand il efclatte ; vn de pierre ou croye *, les filandresi|^c'cfi à dire de^petits vers) s'engen- drent
C H A P I T Pv E ÎIT. 59
drentde groiTe chair, ou quand en abbatant la proyc^ ils ie rompent vne veine, ou entre cuir & chair deiang meurtry •> les aiguilles font vers courts pires que filan- dres, ou lumbriques.
Mal fubtil & Edlique eft qui fait em m aigrir l'oy- feau y qui pafle ôc émeutit incontinent fa gorge , & plus mange, plus dénient maigre. Pour le remettre en graifîe lorsqu'il eft décharné , il luy faut donner demie gorge de mouton ou, ô:c. Et peu à peu il reprendra la chair.
Faucon qui ne vole de bon hait ( c'eft à dire bon gré ) de eft deshaitté de voler.
La taigne fe met aux grofîes pennes , ou au tuyau, ôc fait tomber les ailes i quelquefois il ne fouftient bienfes ailes, ains les pend, 6c traine.
Donnant trop viuement à la proye il fe démet , ou difloque l'aile , ou rompt l'aileron ( c'eftà dire, le bout de l'aile.) icu: v i.i>;jj
Vn coup orbe , qui eft auec contufion , fans ouuer- tiire/ •• ■ •,.."... vitl .. - '-> t .,,
Il faut curer le Faucon deuatit que le mettîê-cfi mue ( c'eft à dire , qu'il fe defpoùille de les pennes) & faut qu'il foit haut , gras , & en bon point. Apres la mue , il luy faux donner petite gorge , & le couronner de fon chaperon,' afin que l'air he luy nuife , aufli pour luy f abbatre fa fierté , 6c orgueil qu'il a , eftant mué.
Le Faucon niais ne foit fi ieune qu'il ne fe puirte tenir fur fesiambes, autrement le faut encor laider en raire : mais eftanrbon , le faut aiifti toft mettre fur la perche ou billot , afiri quïl puifte tenir & mener fon
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40 LA F A V C O N N E R I E.
pcnniîgc fans le froifTcr contre terre.
Quand l'Aigle cfpanoiiit fa queue & tournoyé^ elle fe Jiipofeà fuir, fi on ne luy iette fon pafl i mefmes fi c'ert le temps de s'apparier.
Faucon montaignier eft brun & hardy , fe doit en-
tretenir entre gras & maigre.
L'Elmerillon eft plus petit que rEfpreuier , & prend toute volaille.
Tiercelet d'Autour eft petit y il fe dit ainfi , car ils naiiTent trois en vne nyee y luy & deux femelles : & il eft plus petit dVn tiers que les femelles.
Le leurre ou rappel ( c'eft à dire, deux ailes lices auec vn peu de chair de (lus. )
Signe de bon Autour eft , aftuce de courage , bec- quer ibuuent, prinfe foudaine de fon paft (ur le poing, force d'à (Ta illir. Tefte petite, face longue , gofier large, yeux profonds, & en eux vne rondeur noire, ôcc.
L'Efpreuier niais reuient volontiers à fon maiftrej le fortft difficile à faire , car il a efte branchier,& rama- ge, ^ à foy ( c'eft à dire en liberté, fuiuant fa mère de branche en branche. )
Le bon a la tefte rondcttc , le bec gros , les yeux cauez^ le cerne d'entour la prunelle de l'oeil , entre vcrd & blanc -, le col longuet, eipaules boftuës, affilé deuers la cjueue , les ailes affifes allant le long du corps , le bout des ailes fous la <jueuc , la queue non trop lon- gue , & de bonnes pennes affilées comme le bout d V- ne efpée -, qu'il ne foit trop haut aflis ( c'eft à dire ayant grandes iambes ) les pieds déliez , les ongles noii^ dz pe- tits , les plumes trauerfaines ( c'eft à dire qui font de tra-
Chapitre II L 41
ucrs ) grolTes èc vermeilles , qu'il aye le bruel meflc de craueriaineSj lesfourcils blancs, ôc ioit familleux.
Chiller l'Elpreuier , elHuy coudre les paupières vers le bec y afin qu'il ne voye que par derrière j l'Autour doit garder au contraire^ c'eft à dire, par deuant. Le bon, endure le chapperon , & ne fè débat, neiedebrifc tant, vole plus^roidement , & fait mieux fes vols à fon auaa- tage.
Celuy qui tantoft qu'il eft pris , mord la chair de mange , c'eft figne qu il eft familleux (. c'eft à dire famé- licta , & de bon appétit ) s'il endure le chapperon , luy faut peu à peu diminuer fa vie , & labccher quand il aura enduit , & n'aura rien en la toilette de (a gorge. Le faut accouftumer au chapperon , ôc le veiller tant qu'il foitmat ( c'eft à dire , appriuoife , & matte. )
Il le faut accouftumer d'aimer les gens y Chiens> Cheuaux , & l'affeurer v Le reclamer fur le poing , luy donnant vn oyfeau vif i puis le decharner le mettant loing , & le fifBer & appeller au poing , le relanccn
Donner la plume ( c'eft à dire cure de plume. )
Si on vole le matin , le Soleil efchaufFe l'oyfeau , le rend gay, & perdant fa faim , ne penle quàle refoudre & ioiicr contremont , & ayant le cœur efleué eft en danger de fe perdre.
RedrefFer la penne froiflec , ou Tenter en fon tuyau fi elle eft rompue, la referrer fi elle cftdifiointe.
Purger & mettre bas l'oyfeau ( c'eft à dire, l'emmai- grir & récurer ) cela fc fait lauant la groffc chair qu'on luy donne. Il faut qu'il mange par paufcs. Il y a cer- taines chairs qui le font orgueilleux , comme de Ché-
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4^ LA; ^ » y C O N N E R 1 E.
ures ôz de Cheureaux. Le bon oyfcau doit eftre at- trcmpe j c'eft cà dire , ne gras j ne maigre. ^^^^
Pour l'entretenir en iantc il le faut faire tirer ( c'efl: à dire , becqueter la chair , tirant) fi le tiroiier eftdc plume au matin •■, garde qu'il n'en aualle : i. il le faut elluycr au tcu ^ ou au Soleil: 3. Purger par cure. 4. Le baigner.
La cure de cotton efl dangercufe. S'il rend fa cure, 6c l'efmont ( c'efl: à dire , S tenus , bona cum venta ) fans malle odeur , c'efl bon figne. S'il garde trop fa cure, c'eiT: mauuais figne.
Il ne faut donner occafion à l'oyfeau qu'il fe dé- batte j ôc volatille , mais l'accouilumcr à aimer les Chiens j ôc ce qui efl de la Chaffe.
Sur tout qu'il aime le leurre ( c efl à dire , la chair mife fur le drap rouge, & ailes liées , ou Ion k paifl) ôc les gens , ôc le poing du Fauconnier. Pour le faire bien voiler auGibbier ,ilvfaut trois chofes : bon Mai- ftrej bonnes compagnies d'oyfèaux , bon pays de Gib- bier.
Quand l'oyfeau eflefgare, en lieu plein met le firent à terre fermant vne aureille , & puis l'autre : & en lieu haut mets vne aureille à terre y & clos l'autre , alors tu oirraslc bruit de ton oyfeau. ^n.r
Pour lefairereuenir^ luy faut monftrer vn Coulomb blanc.
S'il prend Coulomb , Corneille , & autre proyc qu'il ne doit 3 mets fur la poitrine de telle proyc du fiel de geline , car Famertume le fera hayr cefle proye baflar-
Chapitre III. ^3
La mue _, s'appelle la chambrette où il mue fcs pen- nes : on dit le mettre en mue ^ donner iour après la mue , &c.
L oyfeau prend coup ( c eft à dire , ) il heurte trop rudement à la proye ^ ou , &c.
Le mal fubtil eft :, quand tant plus il mange tant plus a-il faim y car la chaleur eft foible y & efmeutit, ôc crollè tout. ( efmeuts y c'eft à dire y excremema , inde cfmeutirj &*c.)
L'e{]3reuicr qui a la couuerte noire j pennage de tra- ucrs , roux ^ & la maille (c'eft à dire maculo/s , tafché) noire & blanche entremcflee ;, & brayer net ;, eft très- boni s'il aie col court àl'aduenant du corps ^ il eft bon volleur.
Efïimer le Faucon ( c'eft à dire , donner la cure) il le faut curer tous les foirs afin qu'il vole haut y Quafi ef- fuymer y c'eft à dire^ luy ofter le fuif ^ ôc la graifte , auec la cure.
Si l'oyfeau ne veut lier y mettez luy en la maiftrefle ferre ( c'eft à dire l'ongle y crochet du doigt ) vne plume d'Oye.
Il faut encharner les oyfeaux à ieune proye y Se l'en faireioiiiràfon plaifir^mais ne luy donner que lemaf- le , & le cœur y ou la ceruelle de la femelle après qu'il l'aura plumée.
Le train de l'oyfeau, c'eft à dire le derrière, ou fon vol, aufli train eft le chemin de labefte. Item la croupe. En épiant le Lieure , il faut que ce foit auec les entraues, c'eft à dire , afin qu'ils ne s'entr'ouurent trop.
Onikion feable ( c'eft à dire , de graifle qu'il prend
44 LA FAVCONNERIE.
du bec en fa croupCj pour s'en oindre ) efl: bonfignc.
Gripper la chair ( c'eft à dire, agrapher^graphigner.)
Le Hagard fe doit muer fur le poirg ^ &c non dans la mue ^ car il s'cftrangeroit des hommes.
Tout oyfeaa de proye n'efl: bon pour Fauconnerie, mais ceux qui font hardis , & de franc courage. Tout oyfeau de proye s'appelle Faucon ^ car celuy-cy eft le meilleur j ainfi les Grecs le nomment Hierax , les La- tins (*^4ccipk€r , donn2m vne efpece j îenom aux autres.
Les vns volent de poing , & prennent à randon (c'eft à dire , de force , cu?n impcttt ) les autres volent haut.
Le Gerfaut eft hagard &c bizarre ^ Ôc eftbonouurier de prendre les oyfeaux de riuieres ^ car il les lafle tant, qu'ils ne peuuent plus faire le plongeon.
Sacrer eft le mafle ^ le Sacre eft la femelle ^ commu- nément es oyfeaux de rapine le mafle eft plus petit , ôc les nomme-on pour cela Tiercelets.
On porte vn Duc auec vne queue de Renard at- tachée , pour faire defcendre le Milan, qui vole en la moyenne région de l'air i auffi toft qu'il le voit il vient à terre , pour le voir j & s'eftonner de la forme ', lors vn lafche le Sacre qui le pourfuit à perte de veue , & le ramené à coup de bec , toufîours battant iufqu'cn ter- re.
Le Mouchet eft le mafle de l'Efpreuier , eft lafche, de bas courage y & n'eft employé à la Fauconnerie.
Le Faucon de nature gibboye fans eftre leurré , ôc accompagne les Chiens , cfpouuante la befte chafTécj ou volée ^ pour auoir part au butin.
Chapitre III. 45
Faucons Riuiereux, c'eft à dire , qui volent aux riuie- res. Champeftres, ccft àdire, pour les champs*
Faucon bien montant fur aile.
Laneret , eft le mafle du Lanier.
Oyfeau de leurre^ & non de poing ( c eft à dire , qui fe paift fur le leurre ) oyfeau de poing qui vole fur le poing y encor qu il n y aye leurre ^ tel eft TAutour & î'Eipreuier : le Faucon eft de leurre.
Le Faucon vole enroiiantjôc regardant en bas ^ puis defcend (ur la proye comme vne fagette , les ailes clo- fes droit à Toyfeau ^ pour le deirompre à Tongle der- rière *, s'il ne la peut attraper ^ de delpit il quitte fon maiftre.
Oyfeau qui tient fa perche.
Hobereau eft comme le Sacre.
Le Héron craignant d'eftre affommé de coups ^ mep fon bec entre fes pennes ^ & le Faucon fouuent y fiche fa poitrine -, aufli on crie. Garde le bec.
Tout oyfeau hardy & fier eft rebelle y & farouche au leurre.
Leurreràcheual j &à pied vn Faucon, c'eftà dire, cftantle Fauconnier à cheual pour l'accouftumero
Faucon hautain, c'eft à dire, qui vole haut.
Faucon qui va au change , c'eft à dire , qui prend Coulomb , &c. qu'il ne doit.
Tenir attirail d'oyfeaux , ôcdrefTer attirail ( c'eft a di- re J auoir train d oyfeau, & fuitte , & en faire profeifion.
Oyfeau de bonne , ou de peu de créance, c'eft à dire, qui n çft de bonne foy & loyal. Oyfeau efclame , c'eft à dire, longueur bien-feantCj, &non clj^aulu. Pillart , ôc
4'^ LA F A V C O N N E R I E.
fuiecl àreflbr ( c'dt à dire ^ rapax , <<rfugax^^ ' 'en mon- tant fur queue. ^
Si vn gauchier couurc vn oyfeau niais , il n*aura ia- mais la telle bien faite 5ny fera bon chaperonnier.
Quand l'oyfeau mord & cft vn criard , mettez luy vn chaperon a bec couuert , en cftuy , c eft à dire , le bec en vne guaine.
L'oyfeau eft fouuent altère pour la colère qu'il a, & apprend fa leçon auec douceur.
Du commencement l'oyfeau tafche de fe dcfarmer de fes gets j & longes , & porte-fonnettes.
Il luy faut faire perdre le vice de charrier ( c'eft à dire deluoyer, quitter la proye^leiettant au leurre) luy donnant toufiours quelque bechee.
Mettre l'oyfeau hors de filière ( c*efl: à dire des lon- ges & attaches^ & comme hors de page ) mais le matin il ne le faut mettre lur fa foy , car il eft dangereux de s'efcarter.
L'oyfeau fe bloquera ( c'eft à dire ^ icttera à terre) le contraire eft fe foulîenir ^ c'eft à dire y pendre en l'air ne battant Paile.
Oyfeau quinteux & efcartable.
Les droidbs de l'oyfeau ^ font la ceruelle ;,le col , & le dedans. En chafque belle dcfcente , il faut faire plaifir &: bonne chère au Faucon ^ qui eft hautain ôé beau voleur,
L'ovfeau croit toute l'année du forage ( c'eft à dire; dcuant la première mue. ) *^'> ^'o .: :>finod 3o:!2?»tvC;
Les Cagicrs^ c'eft à dire ^ccux qui en cages portent vendre des oyfeaux de proye. noîd T:;'?'::5rror,
Faucon
C H A P I JL .^ ^ ! 1 1. 47
Faucon dangereux à vous dclrobcr les ionnettes (c efi: à êr:c à s'eicarter.)
Quoy que le Lanier face de Taffete ^ h ne s'en faut, il fier^maislepoyurer , purger, ôc faire rendre le dou- ble de fa mulette , c'eil à dire l'eilomac , ou roro;c.
Le Tunicien ou Alphanec (ab «Acp« , cci\ à dire ^frimus falcormm dicitur à Grticcu ) a bon œil & tait bon guet , il vole hors de veue , ell de bon aftairc.
Tenir en ellat vn Faucon y c'eft à dire , ne l'abbaif- fèr j mais paiftre doucement, afin qu'il ne s'engraiffe.
Les Alethes , c'eft à dire véritables , car rien ne leur efchappc , font à cefte heure en grand réputation : la Royne en porta vn trefbon au Roy Henry II IL ils viennent du Peru.
Mal de barbillons , c'eft à dire , des glandes qui naiffcnt en la langue , d'vn rheume chaut.
Oyfeau empelotteell, qui a dans fa mulette ou gor- ge j quelques pelottons de poils , ce que luy aduient quand il aualle des poils , & n efl aflez fort pour les rendre.
Les mains de l'oyfeau s'enflent , fi les gets & pofte- fonnettes font trop cftroits.
Apres la mue il les faut abbaifler & defcharner , leur donnant vn tiers de gorge , afin qu'ils ne meurent du gras fondu , & ne foient trop mutins '■, & les faut effi- mer à l'aife.
Il faut arrefter l'eftomac des niais quand il eft trop haut , & ce auec de groffes chairs : le contraire fe faitr quand ils font floiiets & delitws. "^^ '-^
Aucuns ne tiennent des oyfeaux que pour entrete-
G
48 LA F A V C O N N E R I E.
nir NobicfTe y comme ou dit.
Leurre garny de tiroir ^ c'eil à dire de chair , qu'il faut que l'oyicau tire du bec peu à peu ; autrefois on luy donne par morceau, quand ilellmnlade.
L'oyfeau luit , &c le lailfc emporter auvent en Elle, quand il eft frais , le feruant de la queue comme de ti- mon i en Hyucr la fiim le fait reuenir au poing. Pour fuïr ce danger il le faut leurrer au fil du vent , ( c'eil à dire ) où le vent donne le plus.
Clvarriervn Perdreau, c'eft à dire ^ lefuiure droit , ôc le pourchalTer.
Les vus vont à vau-de-vent /les autres contre vent, les autres aile au vent , (c eft à dire) trauerfant le vent, ôc ayant le vent à l'aile.
Il y a des oyfeaux qui volent bien pleins ; les autres, lors qu'ils font affamez ; les autres ^ faut qu'ils ayentdc groiles ionnettes^ afin que le poids les face bloquer, ôc ieietterfur les Perdreaux.
Le bon oyfeau a (on vol roide & pointu (ceft à dire, donnant pointe j acri impetu.)
L'oyfeau fe rebute ( c'eft à dire , n'a enuie de rien faire) quand il eft trop gras , ainfi le faut tenir par le bec ( c'eft adiré, luy donner petite gorge.)
Pendant que deux Faucons plument vue Perdrix, fi l'Aigle furuicnt , il emporte & Perdrix ôc Faucons tout enfemble.
Deux Sacrez entreprindrentfurvn Aigle, ôc layant buffete , ôc auilloné , ils le font defcendre à force de coups en terre. Les Fauç .^nniers glorieux le dirent au Turc Ottoman qui prit Conftantinoplc , il les fit tuer.
C H A P I T R E m. ' 4P
difant , qu'il ne falloir entreprendre fur fon PvOy.
Vn tendeur.
On dit ietter le Faucon ^ & lafcher l'Autour qui de fa volonté part , 6c n'a chaperon ^ de fe faut garder de (e feruir des termes d'Autourfier , au lieu de ceux de Fauconnier. Aufli dit-on le Faucon bloque la Perdrix, quand il eft & fe rcpofe au guet ^ Ôc prend l'auantagei ôc ne faut dire qu'il l'arrefte.
Reclamer, c'eft reprendre au poing auec le tiroir '& la voix j comme on fait aux Autours. Leurrer j c'eft quand on reprend l'oyfeau au branfle du leurre & du gand>On dit, main de Faucon^ ôc piedd'Autour j Item lier le Faucon ; empiéter l' Autour. .icu^l
Le duuet eft la chemife de l'oyfeau ; la plume , eft fur le duuet couurant le corps ^ les vanneaux font les grandes plumes des ailes , commençant au corps iufques à la première iointe des ailes. Les pennes font des la première iointe iufques au bout ( qu'on dit le cerceau) de l'aile ^ & coufteau.
Oyfeau qui monte _, ôc eft fuied: d'aller à l'efforC c'eft à dire j monter trop haut à la frefcheur.)
Les oyfeaux de compagnie quelquefois fe pillent (c*eft à dire s'entrebattent ) oyleau pillard.
Le vent clair eft propre pour la ChalTe ( c'eft à dire, quand il vente , 6c le iour eft ferain 6c clair ) moyen- nant que vos oyfeaux foient bonsventoliers , alors faut prendre le fil duvenc 2ic;5i
e:;Quand l'oyfeau eft tombé , & à fait fa pointe fur la Perdrix j lors faut mener doucement les Chiens à la re- mife, ( c'eft à dire , là où l'oyfeau a remis la Perdrix) le
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jO LA FAVCONNERIE.
nez au vent. Mais il les faut chailier fans remiflion^sils dcllroufTent, &:man£^enc la Perdrix.
Mettre à mont les oyleaux , & les faire fuiurc a c.x!jrc en arbre , iufques à ce que les Chiens facent leuer la Per- drix 3 OU le Garron ( c'elt à dire le maflc.)
Pour faire voler aux Faucons vn Milan , il le faut ciller j & luy attacher vne poule i car aufli toll que les Faucons le verront charrier , ne faudront de le lier: Pour la première fois on leur donne la poule j à la dcuxicfme on leur fait plaifir du Milan , mais Payant tuéj il faut courir j & dextremcnt leur mettre à chacun vne poule ^ les trompant y car la chair de Milan eft puante. Apres leur faut monftrer vn Milan de iufte guerre. Le mefme faut-il faire aux autres oy féaux de monftre , leur armant le col de Maroquin , afin qu'ils feruent plufieurs fois y ôc donner des poules aux Fau- cons , qui penfent que c'eft le Gibbier quils ont pris.
L'Autour le nomme cuifinier , car il prend force Perdrix, ell bien toft afFaité, Ôerufé.
On les peut faire chaperonniers y ôc drefTer au leurre comme Faucons.
Il aime le tiroir y Ôc le faut faire le matin iardincr, c'eft à dire , mettre fur vne motte au iardin, mais auec vne longe au Soleil y fur vne perche à l'abry du vent.
Nourrir Toyfeau au Taquet , c'eft à dire y en vn ton- neau au Parc, ôc au Soleil , fur vne planche.
Il n'y a volerie que d'Hagars , mais ils font impa-- tiens de la faim , & font bien toft à bas , fi vous ne prenez garde de les remettre en bon corps. -'i
Les Eclamez font plus beaux voleurs que les Gouf-
Chapitré III. 51
fauts y c cft à dircj courts & bas afiis.
letter au pied la Perdrix ( c'eft à dire voler droit det fus,&lalier,&couurir.) -
Faire prendre la branche à loyfcau ( c'efl: à dire , l'ac- couftumer de fuiure de branche en branche, iufcjues à ce qu'il defcouure la Perdrix leuée par les Chiens j & qu'il luy vole fus ) car ceux qui fe iettent à terre pour la chercher, la perdent. ?rroT
Poyurcr loyieau , c'efl: à dire ^ aucc de l'eau & du poyure le lauer pour la galle , & les poux.
Affairer. Ckurare ', dtélcare , marifuefacere,
Arroyj c'efl: à dire , équipage de Fauconnier , comme gands à longes , &c.
Efcliffer de l'eau au vifa2;e de l'oyfeau.
Faucon de repaire , c'efl: à dire vieil ^ &c qui a efte long temps à foy , & a efl:e pris par vn appafl:. Item Hagar.
Faucon hautan, c'efl à dire^ volant haut.
La filière ou créance , c'efl: vne attache mi(è auec la longe pour retirer l'oyfeau.
LesGetSj c'efl: à dire le lien des iambes^ faits de cuir de Chien j, fur lequel on en met vn autre auec les fon^ nettes.
Oyfeau halbrené , c'efl: à dire ^ qui a quelque penne rompue.
Prendre à la pafTee ^ c'efl: en lieu où il y a bonne pafle , fur des arbres auec des cordes tendues j où efl: attache vn Gay , qu'on fait crier , alors les Faucons s'y pcrchans 3 s'engluent. Aufli à la pipce , faifant crier vn oyfeau , luy ferrant les ailes ou les pieds , ou pipant
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51 LÀ FAVCONNERIE.
auec vue pipcj ou vne fueille , les Oyleaux penfant que le Hibou là perché le deuore , courent au fccours & s'engluent, ne voyant Thommc caché en vne cahuette d'herbes.
VerucUe eft comme vn anneau oii font les Armoi- ries du Seigneur de l'oyfeau ^ attaché au touret ou trou des gets.
Prendre Perdrix à la Tonnelle ou Tomberel , c'cfl: à dire , pouffant vne vache ou cheual de bois , & chaf- fant les Perdrix fous les filets.
Lier l'oyfeau j c eft quand deux ou trois Efpreuiers fe font bomie compagnie , & pourfuiuent le Héron, ou autre j, ils vous le ferrent de h prés j qu'ils femblent quafile lier^ôc le tenir en ferre.
Il n eft pas bon de faire voler l'oyfeau fur la gorge, c'cft à dire , incontinent après difner.
Faire tirer l'oyfeau , c'eft à dire , luy bailler vn paft nerueux , afin de gaigner de l'appétit.
Le Houbereau & l'Eimenllon font les plus petits oyfeaux de proye ^ ils font de poing j 6c non de leurre. Oyfeau dépiteux , qui ne veut reuenir s'il a perdu fa proye.
55
LES OYSEAVX.
AV LECTEVR.
0 ZJ S parlons touftours des Oyfeaux ù* fî nen Ifçauons pas parler, Cefî vn plaijir quand le vol de l'Oyfeau s'accorde auec le vol de nos plumes , ou de nos langues , mais quand parlant d!vn vol royal de ïzAigU , noflrejlyle traifne ïaile c^ ne fait rien qui vaille, cela tué ï(tAuditeur ^ le LeBeur qui a vn peu d'efprit, le vous offre ce petit Effay afin d^ aider le vol de vofire effrit , û* façonner vofire plume, 7e veux efperer de vofire bonté que vous m en jçaurez^gré, ^ à tant te me recommande.
54
PO VK PARLER D V
VOL DES OYSEAVX
BNGENERAL.
Chapitre III I.
Rendre l'air , fendre le vent ^ nager entre les nuées , fe balancer dans le Ciel ^ noiicr entre deux airs , ramer en lair , fendre le Ciel d'vn vol hardy , à tire d'aile s'efforcr, prendre le haut du vent ^ monter {ur l'aile ^ & autres telles façons de parler pour dire le vol deTOyfcau.
2. Le Phœnix (s'il y en a au monde ) a la telle tym- brce d'vn pennache exquis ôc dVnc touffe de plumes fort belles ^ la queue blanche entremcllce de plumes incarnates j le corps purpurin j &c au bout doré , il eft iur-elmaillé d'vn bel efclat d'or , &a vn duuet fort de- hé &c précieux _, deux yeux eftincelans comme deux EftoiUes.
3. Oyfeauquina point de corfage ou corpulence, qui eft Ifn cl, fort àdcliurcjôc a des plumes volantes & ani- mées quafifans chair, comme le Héron.
4. Oyfeau chargé de cuifine ^ trippier j nay pour la
voirie.
LES OYSEAVX. C H A P. II II. 55
voirie , carnaffier, qui ne vit que de brigandage j vray
voleur ôc tyran des airs. ;-• - ■
'y.a^orrtollet , duuet ^ plumes/pénnés, te' tuyau des pennes ^ l'aigrette fur la tefte , le pennage , la roue de Paon &c les yeux.
6. Les bons Oyfeaux s'acharnent fur la proye viue, &en l'air. La Bufe ell toujours aftamee ^ crie toufiours, & ne fe iette que fur la proye morte.
7. Oyfeau de bonn aire, & de bon nid , c*efl: rouf- ipurs le meilleur ^ car il le refient du iieu où il eft-nay; celuy qui eft mal-nay > jÔc enTnauu^ife aire eft volon- tiers poltron j & de mauuaisafFan-e.
8. L'Aigle a l'œil bon, vif, perçant ; rodant {ur la mer il choifit le poiffon , ôc. tout d Vn coup com.me vn fou- dre il le fond, feplorigedans l'eau la my-partiflant auec l'eilomac , Se griffe le poilTon, mais d'vne telle roideur que fouuent il fe noyé auec fa proye , ne la pouuant ioupefer, & tirer hors de la marine. • ::î
9. Il bat fi dru & menu des aillés qu'il d^bufque les- petits Oyfeaux qui repairentesforefts, les contraint de prendre l'air ^ il les laffe, , ôc en fin les attrape de la main. ' is-: --:lo i ; ?-' :rîo'b :o 3:^0 ob :>f:i7f;
10. Deuant que les petits chargent les plumes vies grands leur portent de la venaifon dans l'aire , puis les battent & les chaffent j afin qu'ils volent leur vie , & commencent à fe ictter au vif ^ à la proye j neviuant' plus que de combat, & de butin. crnuo l
11. Voler à tire-d'aifle comme Vri trai£l,voIeràrepri- fes entre-couppant fon vol ; voler à faillies , &à efforts; .voler droit,àbricoleS;,tôùfiours amont comme l'A-
H
5^ LES OYSEA V X.
loiiette , roder &voIer à grands cernes j à ondées com- me les Moineaux qui vont haut & bas; d'vn vol bruyant &afprc comme la Colombe y d'vn volpaifible fendant l'air fans remuer l'aile j ôc quafî nageant dans les vuides de l'air j voltiger j trenchcr brufquement & à volroide, donner de bec & de pennes , & fendre fortement les vents & les pluy es.
II. Ils efcloent leurs petits dans les rochers ^ ou dans les trous des arbres , ils les pondent es aires bienaflcu- rees > ils les nourriflènt de carnage ^ les petits Aiglas ne prennent, pas fi toft la queue blanche y les Arondelas naifTent quafi aueugles. Les poulfins ne font que criail- ler de faim pour faire pitic à leurs pères. '
13. Prendre la proyeà force d'ailes y l'Efcoufle fait fon vol fans bruit , 6c entre-couppe l'air quafi fans battre l'aile s il ne fe branche quafi iamais , n'ayant nulle peine à ramer entre deux airs y &c voguer Se vaguer auec plai- fir y ayant fentiment de la bonté de fon aile, de fe fen- tant fort pour volera plaifir y & gliifer dans les vuides de l'air.
14. Oyftau de bon corfage , afpre à la proye ;, bien armé de bec & d'ongles y le contour de la queue fert de timon & de gouuernail pour faire les tours & re- tours y ôc voler à toutes mains. Ceux qui ont la liaifon crochue fe paiffènt de chair , les autres ont les doigts des pieds ronds , ceux de riuicre ont les pieds plats ôc larges pour nager. ,.
15. Le Corbeau fentantfcs petits Corbillas aflezforts, il les chafTc du nid pour les définager & parier ailleurs. Du çommencemcnç, ils voIent.de biais > &. de trauers.
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Chapitre IIIL 17
comme fi le vent les emportoit. Sortir de la coque ^ ou de la coquille la quciiela première, & mettre le bec au
vent. ' ■■ ' *
1 6. L'Oyfeau craintif fe voyant aflailly , (e ferre tant qu'il peut ^ne monftre que le bec de la [iaifon cf ochue, ou la grijfe , ôc ainfî fouftient la charge prenant tous fesaduantages. Ceux qui ç)nt la liaifon crochue ne fe
f)ofent gueresfur les rochers j parce que le croc de. leur iaifonn'y fçauroit prendre,, ny anchrer. H y, a des Oy^ féaux qui ne valent rien que pour mettre à rengrais*
17. Le Coq eft fort glorieux quand il a toutes ;fes pieceSj il eft accrefté comme vn foldat j il fe gendarme contre fes ennemis, ôc defon aille faifant vne roudacbc couure les pôulùns contre les affauts du Vautour , de fe querelle pour eux contre qui que ce foit. Quand on les chapponneils perdent le chanta, & eftant ainii fenez ils ne valent plus rien qu'à engraifïer.
18. Oyfeaux de iour , de nuiâ: , de marets y de marine, qui eftant faouls de voler flottent au fon de la mer alïis fur les ondes , Oyfeaux fauuages qui n'aiment la ville j ny les gens , mais hantent les forefts efpailfes: y les delerrs, &les rochers inacceftibles , Oyfeaux qui rafeniî les eftangs de font bons poiffonniers , Oyfeaux de babit & cageoileurs , de combat & de volerie , de voirie 6c de gibets , nuitiers de de mauuais^ augure ^,<:je;pàrad^ Ô5 de caquet. ■?fjpl'>jjp o'k] 0!
19. Aller à flots , à bonds légers, & bondir j le eon-r traire aller àglifîàdes , à trainées , à tire-d'ailcs , à traid:, fendant lair tout d.'vn effort, à boutades de àplufieurs faillies , d Vn beau vol ,. haut de hardy. ^uaafia
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20. 5. rOyfeaua ic corps plus pefanc que fa plume ne porte, il demande d élire foulage du vent pour par- faire [es voyages , autrement il ahanne des ailles , & a peine à gaigner pays i mais il a bien Tcipric de choilir ion vent , & le prend pour guide de fon vol. j,
21 . Lespaffagers ne font leur aire parmy nous , les aii^ très nous hantent volontiers ,& fe nichent cheznouSj voltigeans parmy nos airs. Les vns volent en trouppe, & en rond i les autres çn long& en pointe -, Ccux-cy à droit fil coupent le vent dvn vol ferme*;, ceux-là volent d^ biais ôck tantaifie , ceux-là aiment de voler tous feuls 5 ôc n'aiment compagnie ; ceux-cy ne vont <^ue deux à deux ^ ou à petites bandes. Les vns muent & changent leurs pennes ; les autres ne le delchargent iamais. Les Oyfeaux de chant changent fouuent leur ramage j aucuns ne fçauent qu Vne melme chanfon. Les autres font muets & larrons qui ne viuent que de bri- gandage y efpiant toufiours de faire leur coup Se leur prinfe. Vous en voyez qui ne volent qu'à vols rom- pus»
22. Les Parons donnent à leurs petits quelque grain faléj&le leur engorgent pour leur ouurir lappetit j 6c lesaiTaifonner à manger quand il fera temps. Les Aron- delles arrengent leurs Arondclaz fur Taille d'vn toitj puis vont àta Chalfe^ & à tour de rooUe leur donnent dans le bec quelque moucheron qu'ils ont attrape , puis les contraignent de les venir prendre en l'air pour leur ap- prendre leur leçon.
' .*i''23. Plufieurs ont quelque fentiment de gloire , ils Ce pauonnent quand ;on les rcgarde>s'cntl:ebattans les ailles
Chapitre IIII. f^
pour les faire bruire^ font des efplanades par lairjils fe mirent en la variété de leur pennage ^ ils defplient ôç ailles & aiderons pour en faire parade, & Içauent bieri qu'on les regarde _, & pour eilre veusils fe fouftiennent en l'air fufpendus ôc en monftre j pour le faire voir Ôt admirer.
24i II n'y a nul arreil en leurs vols y les vns chemi- nent^ les autres defmarchentj qui iautelle, qui auance le pas ) comme la Cicogne ôc le petit Cicognat ^ qui tient l'aiile baiflée en volant j qui la tient delpliéeians la remuifr^ qui ne frappe que des grofles penhes\, qui nage j qui ne donne qu'vn coup pour le ietter dans Tair^ ou (ans peine il noue ^ qui fe darde contre-mont ^ qui fe fond comme vn foudre à bas ^ qui le iette du poing, & de la main 5 qui prend fa courfe pour fe ietter enlair^ qui fe gouuerne parla queue fans plus ^ qui vole fur le bec j qui vole debout, qui vole fans repos comme les Martinets qui ne le perchent iamais que dans leurs nids, mais ils fe pendent :, ils fe couchent ^ôc ont mille indu- ftries pour luppléer au défaut d e leurs pieds.
25. Il y a des Oyfeaux tout dVn plumage , les autres font peints & bigarrez i les Papegays font tous verds, horfmis vn colier déplumes rouges vermeillonnées qui leur embraffe le col , il y en a de-rouges^, grisj bleiiaftres, pefle-meflez. 1 \^i -. \j\hoi.'^ '
-'^ :26. L*Arondelle eftvne vraye belle y tàr de tous les Oyfeaux ceux^cy ne valent rien à apprendre , nj ne s'appriuoilent iamais, nynefçauent rien faire quivaille. Les Oyfeaux boiuent-lés vns en fuçant & hauflant le bec, pour s'enferuir conitnc d'vn entonnoir , taritôft
^O .LES OYSEAVX.
tout dVntraiâ: 6c fans reprinfes , les autres fretillans des ailes d aifç qu'ils ont à boire y & crainte de moiiil- JçiT, J'aile^'lcs autres s'y fourrent le bec bien auant. Les autres ont vn gcfier où ils iettent à la hafte leur paftu- re ^puisà loifir ils ruminent & digèrent j en fin aualent tour.
27. Les OyfeaUx lourds àc pefans viuent de grain &: d'herbe , ceux qui prennent l'air fe paillent de chair, ceux qui font haut montez lur de grandes iambes at- rrappent quelque mouche , les Plongeons viuent de poiffonneaux, les autres de fruits , en hyuer de moufTe ^ des pointes plus tendres des arbres , & faut bien quelquefois qu'ils arriuent à manger de la neige , com- me les Liéures des Alpes. Les autres repairent dans les bleds.
28. Chaque Oyfcau a fon ramage à part , & fes cris propres, la Colombe roucoule , le Pigeon caracoule, la Perdrix cacabe , le Corbeau croaille & croafTe. On dit du Coq coqueliquer , du Coq d'Inde glouglottcr, des Poules clocloquer , cracqueter , cloufer , du Poulet pépier ou pioUer , des Cailles carcailler , du Geay ca- geoler,du Roflignol gringotter, du Grillon grefiUon- ner , de THarondelle gazoiiiller , du Milan huyr , du L^rs iargonner , des Grues cracquer ou trompetter , du Pinçon frigotter , babiller , du Hibou huer , de k Cigale claqueter , des! Huppes pupuler , des Merles fif- ficr, des Perroquets, & des Pies caufer, des Tourterel^ les gémir , du Paon on dit qu'il a la teite de ferpent , la queue dyn. Ange , la voix de diable jidc l'Allôuettc tireUrcr>:^dieu pieu,; DiçliAdievi, De façon que les
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vns crient Jes autres chantent ;, ou gemiflent ^ pleurenty caquetent y effrayent , & en cent mille façons de rama- ges i le Moineau dit pillery.
19. Apres que les Oyfeaux ont parie Ôc les œufs font pondus j Ariftote dit que les mafles fortent des coques rondes , & les femelles des longuettes ; dans le itioyeu de l'œuf il y a vne gouttelette de fans; dont fc forme le cœur de TOyfeau , lequel Oyfeau fe forme du blanc de la glaire j ou de laubin de l'œuf ^ puis il vit du iau- ne & du moyeu \ on fent le poulfin pioler dans la co- quille enuiron le vingtiefme iour ^ puis il commence à prendre plumes >&: en fin fort de la coque les pieds les premiers , de félon que la couuaifon a eftc bonne auffi îbnt bien nourris les pauures petits poulfins.
30. Il y a des Oyfeaux qui font plufieurs lidlées en vnanilesœufscouuis ne valent rien pour faire efclorrc des poulfins. Les vns commencent à ouuer de bonne heure , les autres fort tard.
31. Strabo foldat fut le premier qui treuua le moyen de faire des Heronniercs y & des Volières pour y tenir toutes fortes d'Oyfeaux. On en fait de deux fortes , les vnes pour le chant des Oyfeaux , les autres pour refer- uer ce qu'il faut pour la table , & auoir comme Lucul- jus en tout temps toute forte d'Oyfeaux de defriandifes. Sont VoHercs de cuifine.
31. Oyfeau de proye qui ne vit que de grif , de rapt, ôc de rapine ^ & toufiours vole pour voler : Oyfeau qui fe degoife & s'efcoute chanter j Huppé , c'eft celuy qui porte vne crefte , & comme vn petit pennache. Ailet- te , a^^erette ^ ou aileron , c'eft vne petite aile , ou le
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bout de Taifle de l'Oyieau. Aifle ferme qui fe foullient d'elle-melme n'ayant nulle loullenance de lairjnydu ventj, mais dVn volement ferme iert dccontrc-poids à foy-melme.
35. Griller :, c*efl: prendre de la griffe; delà vient grif- fée , & grillade ^ c'eft la ferrure , ou bien bfeffure de belle onglée à ferres. Grifle proprement , c'eft d'vnc befte qui a l'onglon long, & les doigts feparez y com- me le Griffon. En Fauconnerie on appelle ferres. On- glée , c'eft de ceux qui ont les ongles plattes & xon- des.nv-^n'r r) Ir-'i' 'î . *'r<^' '^''- ?
54. Oyfeau branchier ^ c'eft celuy qui vole de bran- che en branche , & qui a vefcu toufiours à foy & par- my les ramces ; d'oii vient le ramage ;, c'eft à dire ^ le chant de l'Oyfcau ^naturel ^ & tel qu'il degoife par "na- ture fur les rameaux & branches des arbres. De là dit- on vn Efpreuicr ramage , qui a vole par les forefts ^ & qui n'a eu autre conduite que de foy-mcfme volant par les ramées des forefts. Efpreuier Royal ^ c'eft celuy qui a efte prins au nid , & nourry ôi façonne royallement pour le plaifir delà Volcrie y & pour gibboyer à plai- fir. On dit aufÏÏ Ramier qui voleté de rameau en ra- meau.
35. Fondrcj c'eft defuoler y defcendrc y & quafi fe fou- droyer â bas d'vn vol droit y rude^ & vigoureux kict- tant d'ardeur fur la proye pour la deirompre , & s'en gorger. O y fêler j c'eft apprendre vh Oyfeau à bien faire la guerre aux autres y de là on dit d'vn Oyfeau qu'il eft bon Heronnier y Gruyer _, ôcc. c'eft à dire, qu'il vole bien^le Héron , la Grue, ôcc. Bon Heron- nier
Chapitre II H. c^^
nier aufTifignifie vn Oyfcau f^'^ "* ifnçl , biçn difpos èc alleere , ôc qui n'ell nullement charo-cViC -jûifinc & de venailon, comme le Héron qui a la cuiiie cnuycc, laile {eche àc ferme ^ le corps bien coufudansfa peau.
3^. Bêcher , becquer ^ becqueter , c'efl prendre fa bcchee , c'cft à dire y tant qu'il peut attrappcr d'vn coup de bec , ou bien le coup &: la playe que fait vn Oyleau de fon bec , defchirant ce qu'il treuue. Oyfiau becu 3 ou bechu , à bec droit , crochu ^ appointé , affilé^ rond ,plat , aquilin, fendu j bec iaune c'eil vn Oyleau niais & tout ieune qui ne fçaic cncor rien fiire , bec- quillon a c'efl: le petit bec des menus Oyfeaux -, bec ef- pointé (2c efmouflé j bec endente ôc à mode de Icie r aux: vns il fert d'armes comme au Héron ; aux autres pour pcfcher les poiffons ; aux autres de flageollet comme aux Roflignols ^ &c. aux autres de pieds comm.e aux Martinets qui fe pendent par le bec , aux autres pour articuler les paroles comme aux Perroquets i à tous pour tirer leur vie & le nourrir.
37. Halbrené^ c'efl: celuy qui a vne ^ ou plufieurs pen- nes rompues , foit au tuyau ^ foit au milieu ^ mais on les relloudc bien fi on y prend garde de bonne heure.. Oyfeau d^engrais qui ne vaut rien que pour eflre mis en mue y 6c fe charger de graiffe , Oyieau gentil qui plus- mange , plus s'emmaigrit.
38. Oyfeau de pipee , c'efl: celuy dont on fe fert pour prendre les autres , ou celuy qui fe laifle prendre à la pipée y c'efl à dire , par le pipetis ou fiffletis- de celuy quiGachéious.vne ramée y contrefait le pipetis des oy- filions auec vne pipee de bois y ou bien vne fueille-
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d'arbre , perchant vn Chat-huant fur la crofle y ôc prcf- Tant les ailles à de petits Oyfeaux attachez , qui l'cm- blent s'enuoler pour fuir le Hibou y or les autres aduo- lent au pipis y ou pipetis ;, ôc croyant dcfgager leurs compagnons^ s'engluent dans les gluaux dont font par- lemez leshailliers , ou bien lont enueloppez dans les fi- lets tendus par l'Oyieleur de le pipeur y qui ne vit que de cefte piperie,
39. Harde y c'efl: vne trouppe ou de belles fauuages, ou bien d'Oyleaux. Ainfi dit vn bon Autheur : il vit ve- nir vn grand Aigle qui menoit vne grofle harde de ieunes Aiglons y ôc Alleluyons à fa volée. Les vns donc font folitaires Ôc volent à part y les autres aiment com- pagnie y ôc ne volent qu'en harde.
40. Percher, à vray dire ;, c'efl après auoir vole bien long temps fe ietter fur vne branche d'arbre , ôc fur la perche pour fe repofer & prendre vn peu fon vent à îoifir. Quoy qu'en Fauconnerie foit le mettre vrayment fur vne perche j afin depaffer fa gorge à fon aife eflant chapperonné y ôc fe repofer. On dit auffi brancher rOyfeau,
41. Defroquer&defrocherj c'efl quand vn Aigle :, ou vn des grands Oyfeaux qui font la guerre aux belles à quatre pieds y pourfuit fi viuement vne befle qu'elle la contraint de fe ietter à bas de la pointe des Rochers y & fe précipiter pluflofl^que tomber es ferres de l'Oyfeau. De là on dit defroquer vn homme & le faire tomber parterre: ôcdelrocher vnemaifon c'efl l'abbatre.
42. Derompre y comme i'ay dit en la Fauconnerie, cefl quand l'Oyfeau pourfuiuant :, fe fond fur le pour-
Chapitre IIÏI. 6^
fuiuy y Se de fes cuifles & ferres luy donne vn coup fi furieux qu'il rompt fon vol^ l'ellourdit , voire luy meur- trit les aifles ôc le fait tomber à terre tout rompu , & brite 5 mais garde le contre-coup^ carfiloyfeau chafTe a bon bec & qu'il fe mette en deffenfe , il perce à iour rOyfeau qui le vient enfiler dans fon bec ^ 6c le creue tout net.
43. Efmeutir , c*eft ietter Tefmeut , & les excremens tant des Corbeaux que. des autres Oyfeaux '■, les beites à quatre ont leur propre nom comme efpraintes des vns , fumées des autres. Voyez au Chap. de la Faucon- nerie.
44. Tiercelet, à vray dire , c'cft le mafle des Autours &c des autres Oyfeaux de proye. Car le mafle eft vn tiers plus mince que la femelle. Es autres Oyfeaux j le mafle eft aufli gros , ou plus gros que les autres , ainfi on ne l'appelle pas Tiercelet.
45. Faire le deuoiràl'OyfeaUjc'eft luy donner fa part de la proye qu'il a prinfe ; fouuent on leur donne la cer- uelle de lOyleau qu'ils ont prins , & de là s'entend la refolution de la queftion , pourquoy eft-ce que les Per- drix qu'on mange chez les Gentilshommes n'ont point detefteJaraifon eft , parce que les prenant à laChafle ils font le deuoir à l'Oyfeau , & donnent la tefte de la Perdrix à l'Elpreuier qui les a prinfes. Il eft bien vray que fouuent le Fauconnier les trompe ôc leur donne quelqu autre chair.
46. Corbiner j c'eft faire le meftier du Corbin ou Corbeau j qui ne fçait faire autre chofe que defchirer &c toufiours chercher quelque carcaflTe pour en tirer tout
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-ce qu'il pourra i de là on nomme les corbincurs de Palais qui ne viuent qu'en corbinant , &c tirant touC- iours la pièce. Au relie le Corbeau eil: fort fuiedl: à la gorge , de façon que melme il ronge les pafTces Ôc les pilles du bouuier qui laboure la terre ^ quand il fcnt ^u'il cil empoifonne ^ il malche du Laurier qui luy fert de contre-poifon. Quand ils font mal-contcns ils s'en2:orc^ent leur voix & reftranrfent dans leur 2:o{icr, de tait les oyanc vous diriez qu'on les tient à la crorge pour les cftoutfer jles niais le tiennent alors de mauuais augure , mais cela fent fon Payen.
47. Pcs Parons ^c'eft à dire le malle & la femelle des Corbeaux, chaffent leurs petits du nid jauill ne voit-on <quafiiamais plus de deux Parons {comugiacoruorum) de Corbeaux en v'ii" bourgade , autrement il fe faut bat- tre lans cefTe. La Corneille nourrit ks petits Cornillas affez long temps. La Paonnede ell forcée de pondre en cachette & cacher les œufs j de peur que le Paon ne les calTe , car il ne veut point qu'elle s'amufe à les cou- uer long temps.
48. Les oyleaux ont plufieurs fortes de timbres , le Phœnix eft timbre d'vn pennache , d'oii fort encor vue petite aigrette flottante à la cadence de fon vol ; les Paons ont comme vn petit arbre cheuelu i les autres ont vn certain floc;, les Faiians ont de petites cornes de plume , les Nonnettes ont vne certaine coeile ; les Alloiiettes ont vne crefte , & vne huppe bien trouffee; la Huppe a vne crefte qui fe replie depuis le bec ; les Pics-verds font ioliment huppez -, le Coq a vne crefte dentelée 6c charnue qui emporte le bruit j le Coq d'In-
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de en a vne pendillante furies yeux dont il fait rage quand ilell en fa chaude cole ^ car il l'enfle , il la rougit, il la fecouë & la poulie çà ^ là à mefurç qu'il ie faf< che. .- . : ■ ^>^-.^ ■■- ■■■'--
4-9, Oyfeaux haut montez ibntjceuxi qui lont aflis- furdegrandesiambes comme la Grue & (emblablesiil y en a d'autres qui font fans pieds & qui font tous Oy- feaux viuant en volant fans iamaisfe ietter fur la bran-' che j comme les Martinets y & félon l'erreur populaire rOyieaude Paradis qu'on dit n'auoir point de pieds ;, & {è pendre par vn filet crochu qu'il a en fa queue , mais ce font contes , car il a des pieds comme les autres. Les Indois les luy couppent pour le rendre plus précieux, ôc amufent noftre niaiferie par Icurpiperie, de fait fous le ventre on void les marques par oïl les cuiffes paf- foient qu'on a couppé rez peau , pour nous abufer.
50. Grimpereau , c'ell: vn Oyieau qui ne vole guère, mais il ne fait que grimper ôc monter de branche en branche fuiuant les hayes , comme fait le Roitelet : le Pic-verd grimpe droit parle tronc de l'arbre , & monte iufqu'à la cime.
5 1. Reclamer vn Oyfeau , c eft le hiier & le rappeller, comme on fait les Oyfeaux domeftiques qui le vont quelquefois pourmenerpar la rue , puis on les rappel- le pour les mettre en cage , comme les Gays , les Cor- neilles y ôcc. Se le redaim c'eft ce cris là j on s'en ferc fouuent en Fauconnerie r'appellant les Oyfeaux fur le poing i au leurre , à la perche. *'
' 51. Les Pyralcs ou Pyralides ne viuent Se ne volent que dans le feu 5 fi tofl qu'elles prennent l'air, elles meu-
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rent. Les Cigales n'ont point de langue ^ mais en Tcfto- mac ont vne pointe faite à mode de langue pour fuçer la rofée '■, les petits Cigalas rompent vne pellicule de la mere-Cigale & senuolent ^ elles ont l'ellomac plein de tuyaux dont viennent les frcdons de celles qui chan- tent auec vn battement d'aides , comme fi on touchoit des Régales. Les femelles ne chantent que le tacet ^ & font toufiours muettes.
53. Airer ou nicher, c'eft depofer la niée des poulfins> & pondre les œufs pour les couuer à loidr ôc les ef- clorre y dans le nid bien tapiffé de moufle ^ de plumes, de paille, &c.
54. Friquet , c'eft vn Moineau de noyer qui ne fait que frétiller fur larbre becquetant les noix , de là on nomme les femmes friquettes qui font fort volages & qui ne font que babiller &c courir. Moineau à la foulfie ou au colier iaune , c'eft celuy qui a au col comme vn petit carquan de duuet iauniffant.
^^. Aftai6ler vn Oyfeau , c'eft le rendre faillis , fou- pie y appriuoifé, l'introduire au vol, curer , traiter , pai- ftre , rhabiller fes pennes , tenir en faute, guérir, &le faire vn Oyfeau de bon affaire.
5^-. Moufcheter, à vray dire , c^eftlevol de plufieurs moufches , ou pluftoft le papillotage noir que fait vn tas de moufches aflifes fur quelque eftoffe d autre cou- leur , ou vous voyez vn monde d'atomes noirs , de la moufcheter , c'eft furiemer quelque eftoffe d'vne cou- leur, d'afitres mouchetures & couleurs furefparpilMes^^f
57. L'Abeille eft aulïi des beftes volatiles, elleavn piquonfort aigre , & de la piqueurç de fon aiguillon la
Chapitre III I. '"' 69
chair fe foufleue ôc s'enfle tout autour i ietton d aucttes^ c eft la faillie des ieunes qui fous vn ieune Roy vont chercher nouueau pays :, Elles font la cire des fleurs , ôc en fuçent fefprit ^ qui eft le miel , &le fucre du rayon & galteau où elles le poient : à vray dire le miel tom- be du Ciel ) ôc les Abeilles ne font que le recueillir , ôC le butiner pour en faire tranfport dedans leurs ruches.
58. Les Oyfeaux prefagifTent le bon ôc mauuais temps ] quand les Grues tiendront le haut de l'air, c'eft figne de beau temps ^ quand les Canards s'elpluchent auec le bec , c'eft figne de vent. De mefmc quand les Corbeaux fc croquent mutuellement auec vn certain croaillementi quand l'Arondelle voletant raze l'eau de l'aile , garde la pluye i de mefme quand le Héron eft morne iur le grauier ^ ôc l'Oye rompt la tefte à force de criailler.
59. Ariftote met dix fortes d'Oyfeaux de proye *, Pli- ne en met feize , il y en a qui font naturellement fans cftre façonnez ^ ny leurrez ^ ôc font le deuoir parfaite- ment bien.
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L E P H OE N I X.
Chapitre
V.
^iXvE Ccfar desOyfcauXj cfl: le miracle de la na- ture qui a voulu montrer en iceluy ce qu'el- le fçait faire ,fe monftrant vn Phœnix en for- mant le Phœnix : Car elle l'a enrichy à mer- ueiUe luy failant vne telle tymbree d'vn pennache Royal & d'aigrettes impériales yd'vne toulie de plumes, & dvne crefte fi 'efclattante qu'il fcmble qu'il porte ou le croifTant d'argent , oU vn' Eftoille dorée lur fa
telle. La chemife & le duuet cft: d'vn chancieant fur^
... c?
dore' qui monftre toutes les couleurs du monde > les groffes plumes font d'incarnat , ôc d'azur , d'or j d'af- gent j &: de flamme : le col ell vn carquan de toutes pierreries , &c non vn arc en Ciel , mais vn arc en Phœ^ nix : La queue ell de couleur celefleaucc vn elclat d'or qui reprefente les Eltoilles. Ses pennes , & tout fon manteau eft comme vne prime-vere riche de toutes couleurs ; il a deux yeux en tcflc brillants y & flam- boyants qui femblent deux Eftoillcs y les iambes d'or, &les ongles d'efcarlattCj tout fon corfage , & fon port monftre qu'il a quelque fentiment de gloire , & qu'il fçait tenir fon rang j& faire valoir la maieftc impériale. Sa viande mednea ie ne fçay quoy de PvOyal, car il ne fait fon pall; que de larmes d'encens ^ ôc de chrefme de
Baume.
LE P H OE N 1 X. C H A P. V. jl
Baume. Ellant au berceau, le Ciel (dit Laitance) luy di-^ ftile du Ned:ar & de l'Ambrofie. Luy feul eft tefmoiii de tous les aages du monde y & a veu metamorpholer les âmes dprees du fiecle d'or en argent , d'argent ea ^if^in, d'airain en fer j luy le ul na iamais fauffé compa- giiiç ,au Giel\, & au monde vluy kul le ioue de la mort ^ la fait; fà nourrice &:ia mère , luy faifant enfanter la vie. Luyapriuilegc dutemps , qui ny metynyfa faux, nj fa pince v&: en fin il l;emble Roy & fouuej-ain Sei- gheur , dultémps , de la vie ^^ de la mort enfemble. ^^r quiand il fe ïent charge d'ans /appefanty d'vne lon- gue vieille (Te , ôc abbatu par li longue fuitte d'années quiilaveiifcgliiTer les. vnes après les autres ,.il fe laiife emporter à'vndefir & iufte enuie de fe renouueller par vn trefpds miraculeux.' Lors il fait vn amas qui fèul au monde n a point de nom \ car ce n'ell pas vn nid , ou Vin berircau, oulieude fanaiffance , puifque il y laiile la vie; auffi n'ell-ce pas vn tombeau,vn cercueil^ou vne vrnc funeftcj car de là il reprend la vie: de façon que ce ie ne fçay quoy elt vn autre Phœnix inanimé, eftant nid & tombeau, matrice & Icpulcre , & l'hollel de la vie & de la mort tout eniemble , qui en faueur du Phœnix s'ac- cordent pour ce coup. Or quoy que c'en foit, là fur les bras tremblans d'vne Palme , il fait vn amas de brins de Cannelle & d'Encens, fus l'Encens de la CalTe, fur la Gaffe du Nard , puis auec vne piteufe œillade le re- commandant au Soleil fon meurtrier, & fon père, le per- che, oufe couche lur ce bûcher de Baume pour le def- poiiillcr de fes fafcheufes années. Le Soleil fauorifant les iuftcs defirs de cet Oyfeau , allume le bûcher & rc-
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duifanttout en cendre y aucc vn loufle mufqucluy fait rendre la vie. Lors la pauure nature le void en tranfe, 6c auec des horribles ellancemens craignant de perdre riionneur de ce grand monde : Aufïi commande-elle que tout demeure coy au monde , les nucesn'oferoienc verier fur Ja cendre ny fur la terre vnc goutte d'eai^*, les vents pour enragez qu'ils foicnt , h'oleroicnt courir la campagne ^ le feul Zcphire eit maiftre , & le Prin^ temps tient le deifus ^ tandis que la: cendre eil inanimée^ &lanaturetientla nîain,.que tout fauorife le retour dé fon Pliœnix. O grand miracle de la diuine prouidencC) quafi en mefme temps cette cendre froide ne voulant laifler long temps la pauure nature en_dueil , & luy donner l'^fpouuanre , ie ne fçay comment efehauffec par la fécondité des raiz dorez du Soleil , fe change en vn petit ver^puisen vn œuf^en fin en vn Oyfeau dix fois plus beau que l'autre. Vous diriez qne toute la na- ture eft refufcitce ^ car de fait lelon qu'elcrit Pline , le Ciel de nouueau recommence fesrcuolutions & fa dou- ce mufique , & diriez proprement que les quatre Ele- mens fans dire mot chantent vn motet à quatre , auec leurgayete fleuriffante en loiiange de la nature ^, & pour bien-veigner le retour du miracle des Oyfeaux ^ Se du monde. Miracle , dy-ie j car il eft fon fils & fon Père ; Il eft la Nourrice &fon NourriiTon jil eft fon meurtrier ^fa Merci luy feul efttoutefa parcntelle^feul héritier de fa PvOyauté ^ luy eft fon Adam & Ion Eue, & fa vie, & fa mort , en fin il doit tout à foy-mefme. Les Poètes nous font accroire que par ie ne fçay quel inftindl de nature , il fe cli;irge.de fon tombeau , & le porte fur l'au-
ChapitreVÎ. 7j
tel du Soleilj en ligne de gratitude y recognoiflant la vie de luy , & luy faifant hommage. LaB. de fhœnice.
J p fa Jihi proies , fuus eji 7attr , ^ [uns h^res
Nt4trix ipfa fui, femper alumna fibi. Ipfa (juidem , fed non eadem : quia &* ipfa , nec ipfa ejl ^ternamvitammortis adepta bono.
LE PAN.
Chapitre VL.
E T Oyfeau prétend bien de tenir le premier rang parmy les Oyfeaux ^ tant il eft fier de fa beauté y 6c piaffe à la monftre de fa roue eftoilée. Il eft glorieux au pofTible , & s'ap- perçoit bien lors que l'on prend plaifiràle contempler, (Car aufïi toft il branle fa tefte hautaine _, ôc fecouë par brauadele pennache d aigrettes qu'il porte fur fa telle, puis d'vn œil affcure regardant Tafliftance il fe met à fon iour , & prend le Soleil & l'ombrage qu'il faut pour faire mieux paroiftre fa riche tapifferie , & don- ner l'efclat à fes viues couleurs ; en fe contournant gra- uement il fait briller fa tefte ferpentine y&c fon col ha^ bille d'vn précieux duuet qui iemble de faphirs y de mefme eft la poitrine diaprée de pierreries efclattantes qui y femblent enchaifees pour luy faire vn carquan, du dos cendrefortcnt deux grandes ailles rougcaftresôc
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d'afTcz bonne grâce. Ce qui le fait glorieux efl: fa queue, ôc Ion thrcfor qu'il porce toujours en crouppe. Il n'a pasfi tolHuperbeinent delploye If^s pennes dorées jflii- lantla roue,, qu'il lemble vouloir dilputer le prix de la beauté auec toutes les créatures ', Carie Cielne luyfem- bleplus beau auec tous fes yeux & aftres dorez ^ que fa queue parlemée d'Eftoilles d'or ^ de Saphirs , & de fines tfmeraudes. Pourvu arc en Ciel, le contournant à défi fein il le monflreenfa roue dix arcs en plume, dix Iris de plumage eftincelant, & de mille couleurs. Si la terreau Printemps fe pare de fes fleurs, le Pan porte toufiours quant & foy fon Printemps qui luy lert de lacquay qui eft toujours à la queue , & vous fait voir vne prime- vère de foye ôc de fatin, vn parterre portatif, vn iardin niouuant,&vn Royal &ankneBel-vcdere, 6c des Tui- leries enchaffées. Sa roue luy iert de tapifferie de haute lice, de Ciel 6c de Day , où il eft appuyé en Roy. C'eft lepoiflefous lequel il marche grauement^ c'eft; fon pa- ralol qui le défend des rigueurs du Soleil i Autant de pennes , autant de miroiiers où il mignarde & flatte fa beauté' : Il fent bien le galand qu'il eft magnifique , c'eft pourquoyil fehazarde de vouloir taire peur, trainaflant par terre le bout de fes pennes , ôc lesfaifant claqueter contre terre , auec vne démarche arrogante. Le plaifir eft quand on (e moque de luy ; car aufti toft il plie fon panier, enferme fa coquille, & enueloppant fon thrcfor le defpite fi très-fort que s'il ofoit il vous creueroit les yeux de fes on2;les, &vous arracheroit la langue. Vous le voyez tranfir à veue d'œil, mais bien dauaîîtage quand en Oâ:obre il a perdu fa queue , car il fe jcàcke comme
G H A PI T RE VII. 75
s*il portoit le dueil y & qu'il euit fait banque-route à la nature. Mefmes de nuid s'il s efueille en ténèbres j il pçiife d'auoir perdu fa beauté ^ôc fe met à foupirer, comme fi les voleurs luy auoient defrobé fes riclieffes, ôc que de Pan il fut deuenu vç^CorbeaU;, &: vn oyfçau;
tput noir.
LE MOVSCHERON.
Chapitre VII.
|E s Philofophes ont toutes les raifons du mon- de de donner la prelceance aux plus petits ani- rnaux plufloft qu'à la voûte du Ciel qui eft vn corps fans ame ^ & fans vie. Auffi la pUif- {ance de Dieu y tait mieux reluire les râyons^ de fa diuine libéralité : Par exemple ^ qui pouuoit autre que Dieu affembler ces petites pièces , & en faire vn corpS organizé pour y loger vn' ame d'vn Moufcheron j-qut tout: entier -n'eft qu'vn point , qa'vn àto/ne ^ qu'vri petit rien qui vo[le y mais vn rien dans lequel conv me dans vn grand Amphiteatre la diuine fagefle prend plaifir de monftrerfa toutc-puilTancé. Où eft-ce quô ia. m^in a pofé le corps-de-garde des fens j ou a-elle at- taché ces deux yeux quife perdent de veuë , & rieant- moinsidefcouurent toute la grandeur du Soleil y & dû monde ?.DÙ cft le rcffort qui iouë pour mouuoir lei
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•jG LE ".M O V S C H E R O- N.
nerfs j & touTncr ça &3li ces pentes bluetres des yeux^ entez dans i\ petite teftei où (ont alTifes les aureilksca-i^ pahles de coûte illiarmcnie du monde ? '^ par où pâftc| l.e iugement qu'il a des odeurs? En quelle part elt loge le goull il friand du fangihumain que ce petit brigand> nous fuce, & l'entonne en la caue delon ellomac, tout iours altère? Où efl: ievous prie celte fournaife quief- chaiifFe ce bout d'animal ^ &*ce petit nâîn des oyleaux, le tenant toufiours en appétit de boke à nos defpcns^ Peut-on, ie ne diray pas vpir^ mais ieulement s'imagiuer, comprie on ayc pLCU partager vn? pâtit rieti en iivx d'e- ftages &: d'offices ^ icy eft l'eftomac , là le cœur , les poulmons par deffus \ les yeux au mitan de la tefte , les aureilles à cofté j le gouft deffous les yeux y l'odorat fe- parant •& my^partifTant la -tefte : le n'ôferors vous par- ler de fon imagination ^ de fa mémoire, de fes appétits, de fon amour ^ de fa crainte /de fes menus plaifirs , Ôc dé femblables choies , car quoy qu'il nous faille ad- \3QÙer qu'il a tout cela , fi femble-il que ce foit vn êx- cez d'éloquence. Il y a du plaifir à le. voir par l'air , car il vole fans voler, A nage par l'air , oii pluftoft l'air vo- le pour luy, & luy iert de litière , auffi n'a-il point d'ai- ksycar ce. qu'il a attaché fur le dos en forme d'ailerons qu'on luy a'alFublez & colez fur la peau ; femblc de l'air tiffu , ou du vent eolé enfemblé. ^- &. vn crcfpe qui n'a autre eftoffe qu'vri rien damaffé & couppé en for-" me d'ailes : il piaffe rieantrnoins, & fe balançant fur- fc^s ailes voltige par l'air , & de nuid: fait la guerre aux plus braues guerriers du monde , leur donnant droir eft la vifiere, 6c leur hunnanc k meilleur fahgiquideur coule
CftAPltRE VII. 77
dans leurs veines, au vifàge. Ce qui plus m'eftonne eft ^aiguillon qu'il porte -qui icient par ceux qui dorment, ôc ne fe void par ceux qui veillent. Quand il veut il ié roidit & en fait comme vne lance que mettant en arreft, la nuid il nous ei;i^dpnne,:yn^. atteinte :fi^^^^ y
kiflil^s nii;^que5^xj^
trompei^te ^^àc clairqn > ôc^orrinje remarque Pline ^jdur (a^-proportibri d^fofi^corps Lvheyaix la pkiSvef- troyable de tous les animxaux i le mefme filet qui eftoit lance, & trompettV, luy dieuiant yjuhàut-bois , & vne flufte quand il veut s'efcrayer •, & fe donner du plaifir xn chantant ."à part foy quelque, air qu'il d^^K^^^àr iiature j .O.grandeur de Dieu en fi petite créature , qu'yîi .petit J&lcoluyjfcrue pjour coinbattre^ jdei laçce y ppur an- -àoiiderj a» guerre;^ detrompctccfpquand ili^cûi; rire , de flufte ôc de fifre i s'il, veut du vin ce luy eft vne tarière pour perçér vne veine où eft fon hypocras , noftre fang, & pour boire ée luy eft commeVvnltiiyaU , & vn .cha- lumeau pour luçer fa boiilon v,' ■&' vn rien luy fer t de tout lelon fa fantafie. Il y a du plaifir de le voir aflis fur deux iarrefs longs , & li fubtils que la vcue ne les peut choifir , ie penfe que ce font des atomes qui font comme deux pilotis pour fouftenir ce petit mon- de, où la fageffe de Dieu fe ioiiant monftre partie de (a tbute-puiflance. Le monde eft le magafin de Thomme, ôc rbomme eft le magafin de ce petit voleur qui n'a autre prouifion que le fang qui coule dans nos veines. Qui luy a enfeigne d'eftrc fi bon Chirurgien , qu'à mi- nuit il puiffe treuuer la veine , & de la lancette de fon aiguillon la percer , ôc en lliçer la clirefinc , où tient-il
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fes fcntinclleSr> ^ où poferil Tes corps-de-garde en ertir .bufcade pour forprçndre fes ejanemi^ en dormant ^ & leùriijçcr-la Yk>j j:i;.x' ./ t'T-} xij :.:>
./.):.,..
2'.jïh i;ip j'JiM Ofiil'jrn Ji ;i.:nii'jfi a;! v.jc, -, ! 'jldi.YOiù 'jtvj'A , îliod-îiCfkfiA KijpÏToiçuiçViI-i^Jcno'ii:^ t!)Diij:[
2^L&^/JE)S Ir: vni des* plus gays plaifirs j^dîcf niruro, ;^i^|!^ quand ellcL-faic filence j pour entenâre-canler ^^^ vn. petit \ lioffignoleo y qui '^ conti^ ifes i ntenus ob , 0- • plainrs au Zepliire , & aux forefts ^idegcofir- fant mille chanfonnettes .,!& fendant doucement TaSr par la rcprilc de 'cent mille fredons ^ qu'il lafcbe farç Faire paule. Pounfe donner du plaifir il fc balance, {iir vne branche qui branle ^ afin de danier à la cadence de ies chantons mignardes ^ ôc pour marier la voix aux flots argentins dVn criftal coulant ( qui fe brifant contre les petits cailloux argentez , iaze doucement^ ôc gazouille) il fe perche droit à plomb fur le riuage •efmaille de fleurettes ^ & ce petit Muficien faiiant luy feul les quatre parties y ôc tout le plein chœur de Mufique , vous diriez qu'il enferre dans fes poulmon's mille Chantres, mille fredons , &que lepetit cornet à bouquin de fon bec luy foit au lieu de tous les infl:ru- mens débouche. S'il (e plaint , il chante le tremblant, ôc cntre-couppe de foupirs , s'accommodant à Tair de
fes
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fcs complaintes , &: Tes élégies. S'il eft gay ^ il darde la voix, &c couppe court , & tranche tout du Ion aigu , &c perçant de les iredons qui dru & menu montent iul- qu'au Ciel > ondoyant &: flottant par rairy& quafi na- geanc à fon aile. Tout à coup il s'aduile ; & comme vne fufee fe plombe iulqu a terre , grolliflànt le gofier, enflant la voix , 6c contrefailant vn bas qui enfonce fa voix iufqu'aii centre des notes. Il remonte j Se voltige entre la taille ^ ôc la haute-contre , continuant (à muîi- que d'vne roideur infatigable. Ah quel tranfport s'il elchet que l'echo le contre -rolTignolle , luy renuoyant ces couplets , & redifant toute la mélodie; Celïe pe- tite voix emplum^-'c, celle harmonie failant de roy[eau_, ce petit bout de rien anime de mufique le tue de chan- ter. Il s'enuole au Ciel y il le raualle , il fuit ; il fuit '-> il foupire , il fe deult^, il fe fafche , il fe rappaife^ il pelle- melle l'aigre , le doux, b.mol d>c b. quarre , l'alpre &: le doux coulant ; il contrefait le haut-bois, lafiufte , il fre- donne en fa petite gorge, il fe met en pièce , 6c la quin- te le prend oyant qu'il ne fçait rien inuenter que l'echo ne l'imite , 6c ne le face aulfi mignardement que luy, Adoncil flatte fon doux ennemy , & ramollit la voix, mignardant les palfages 6c les pouffant tendrement , &c languidement comme pour flefchir fa rigueur par les pitoyables accents de fes couplets : puis la cholere l'ef- chaufl:e , ôc fe met eh fougue coup fur coup defchar- geant fon feu , par fiflflades entre-couppées il femble menacer qui que ce foiti il iette fa veue par tout^ 6c fa voix en fuitte porte le cartel de deffi à ce fafcheux con- tre-chantre ; il enrage que ne voyant rienjil oy t pourtant
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^O LE ROSSIGNOL.
toute ia fcicncc rechantéc aufli délicatement quil la fçauroit chanter. Il eflaye le tacet pour voir fi l'autre luy donnera nouueau lujed: de forger quelque motet, l'Echo n'a garde de lonncr mot. Et pourtant ce pauure petit Choriite de nature perd patience j il entame l'air d Vne voix pefante y ôc ne chante que Maximes enfi- lées 5 Se femibreiies y mais patience luy elchappc (c voyant trahy par les reprifes ^ & furprifes de l'Echo , il dcueloppe mille crochets tous d'vne haleine , & lem- ble ietter hors fon bec toute fa vie ôc (on ame formée en mignardiies de fredons ôc pafTages, &puis va d'vne voix iautellante j puis à longues tirades, il entremefle mille bricoles & feintes ^ il ramaffe fa voix & referre fes fredons, & chante le plein chant , il allonge fa voix fe fafchant contre foy-melme , il y met & nature , ôc art y &c y perd tout. Car tout honteux il ieiette dans le bois, où il creue derage.
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Chapitre IX.
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L A B E I L L E.
Chapitre IX.
1^4^ 'Abeille eft' le plus grand politique de tous ^M^ les animaux , le règlement de leur petite ^^ republique eft du tout merueilleux. Le Roy eft celuy qui eft de plus riche taille , & de corfage royal j tous fes vaflaux luy obeifTcnt auec fouplefte y & reuerence ^ ne faifant iamais rien con- tre le ferment de fidélité. Le PvOy n eft arme que de Maiefte y & beauté , s'il a vn aiguillon iamais il ne s'en fert au maniement de tout fon eftat , il n'ap- porte que du Miel à fes commandemens j, auffi fa dou^ ceur ôc prefence royalle fert de Code ^ & de Digefre, & du grand Couftumier de toute fa Monarchie j il n'y a iettond'Auettes qui n'ait fon Capitaine, & pour euiter le defordre il y a vne grande police en leur eftac , en- tr'elles on ne croiroit pas la grande ciuiliré ^ ôc cour- toifiequi s'y exerce ^& parmy ce petit peuple bien ap- prinsilyavne amitié plus que lociale^ôc tous les droits réciproques de bourgeoise y viuant en communauté auec trcft)onnc intelligence, tour y marchant par règle &par compas j fans que rien fe démente. L'hyuer elles fe tiennent cachées , ne pouuant fe roidir & le guarani- tir contre l'eifort ôcles violences de l'hyuer j, & des ou^
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Si L* A B E_I LTL E.
trages des vents ; f^^ pour l'heure elles tiennent leur pe- nte afTembleej en vn lieu députe à cet effc6b _, s'cntre- rccognoiffant les vnes les autres , ôc fe gardant fidélité ^ bonne compagnie i les faitneants lont bannys fans remiflionj & exilez hors de la frontière : Elles ne fe iet- tcnt à la difcretion du temps ^ finon à l'heure que les kbues fleurilTcnt j &c des lors elles ne perdent vn iour lans trauail. La belle première chofe efl: de faire ^ ou re- faire ^raccommoder leur goftre , ôc leur rayon ^ cha- cune ayant Ion quartier à pouruoir , ôc rhabiller de cire fraifche , ou édifier de nouueau. Le lo^is eftant parfour- ny j & l'hoflel du Roy pare à leur façon , elle s'amu- fent à multiplier leur petit peuple quand elles font lo- gées j & faire cire ^ finalement à diflillcr le miel. Or comme elles font prou informées que les petites beftes, & menues beftioles font fort friandes de leur miel , elles verniffent leur ruche de cire ^ Ôc r'emboufchent tous les trous ', les fentes , & les aducnues y & finement vous y niellent du ius aigre des herbes du monde les plusame- res pour defgoufler ôc féurer les voleurs qui y vou- droient attenter ^ ôc gourmander leur ouurage. Elles font la cire du ius qu'elles fuçent des fleurs, herbes ^ ar- bres : quand au miel elles le hument aufli des arbres ou rofeaux portans gommes j, glu ^ ôc des humeurs grades- ôc coulantes enfilant. Le rayon a trtDis peaux , ôc com- me trois cortines pour le fortifier. Le premier fe die Commofis ^ qui cft le premier r emboufchement ôc eft tres-amer. Le i. eft Pifloceros , qui eft comme vernif- fure y ôc gomme ou cire fondue pour poiffer ', vitrer j & vcrniffer le dedans. Le j. eft Propolis , qui eft comme
ChapitreIX. 85
latapiflerie >, faite de fleurs & dVne certaine matière qui tient chaudement les rayons ^ & les iettons. Apres s'en- fuit la prouifion des Abeilles , ôcleur petit garde-man- ger ou elles prennent leur réfection après le trauail, cet- te munition eft amere , &c cachée es concauitcz des rayons. Ces bellelettes font la cire de toute herbe , & fleur y fauf que iamais elles ne le pofcntlur la fleur mor- te. Pour aller butiner les fleurs j ôc aller à la defpoiiille des herbes , iamais , dit-on , les iettons ne s'eicartent plus de foixante pas de leur Ruche. S'il n'y a aflez de fourrage , elles depefchent leurs efpics , & Courriers leur mandant de deicouurir le pays j courir à la piquo- re'e , & faire leur rapport , afin de continuer leur petit mefnage. Ces piquoreurs voltigent tout autour du pays j & fi la nuid les furprend au retour de leurs char- ges ;, elles fe logent à la campagne ^ àl'abry de quelque branchage , ou fi elles ne peuuent > elles coucheront à larenuerie^depeur que les aifles fe chargeant par trop de rofée ^ elles ne loient empefchées de parfournir leur ambaffade. Lafentinelle^ auchamp, fait le guet en mcf- me équipage , & pofl:ure craignant fort laifle. Car de iour le guet eft toufiours aflis aux portes comme en vn camp j Se arment toufiours fur la frontière de leur cftat. Denuid elles ont vn dortoir où toutes repofent &:pas vne ne bouge ^ iufques à ce que la diane n'ait fon- né ,& le reiueille-matin auec la trompette ne les efueil- Ic auec deux ou trois fredons^à l'heure ce petit beftail^ & cefte gaillarde trouppe , ayant ouy le cry , fe met en equippage poiir aller en quefte ^ & nouuelle conquefte. Les vieilles gardent lamaifon ^ & font le mefna2;e ^ les
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ieuiiesvont autrauail j les vnes ( quand l'année efl en campagne ) entortillent la chrcfme des fleurettes dans , leurs petits iarrets que la nature leur a fait rabbotcux, velluz J&: afpres à ce deflcin ^ elks s'aident du mufle ôc des pieds de deuant pour charger les cuiiles dederrierej les autres empliffent leurs gorgettes d'ea^a ^ 6c le ramaC- fant bien ferrement s'enuolent à la Ruche j trois ou qua- tre font députées pour defcharger celles qui font char- gées. Si le vent les bat elles empoignent vne pierre , ou bien s'en chargent le dos, ôcrazant la terre , ôr luiuant les buiflx)ns qui rabbattent le vent ^ finalement elles gai- gnent leur fort, & fe iettent dans lechafteau y laiffant elcouler tout le refte de l'orage. Dedans toutes ne font pas mefme meftier , les vnes font les maiftrefles qui maçonnent :,plaftrent, Ôcaffermiflent les baftimens^îes autres feruent de manœuureSj & portent les matériaux, les autres font la cuifine. Les maçonnieres font les ar~ cades, leslambrisjles paflTages libres ^ & ouuerts. On ne met point de Miel es trois premiers rangs du rayon, afin de n'attirer les larrons pour les voler , auili quand on veut chaftrer la Ruche on la renuerfe fans deffus def- fous y car le meilleur eft au bout du gafteau j, & au haut des voûtes du rayon. Elles font fort propres & nettes, iettant toutes les ordures en vn lieu qu'elles curent le premier iour de pluye qu'elles ne fortent pas. Apres foupper on entend vn grand bruit , qui fe modère peu a peu , & s'appaife aufli toft que leur trompette a fon- né la retraite. Quand le Roy marche tout le ictton luy fait la cour, &: luy fait garde auec tant deialoufie qu'il ne permet pas feulement qu'on le regarde , fes Archers
Chapitre IX. 85
ne 1 abandonnent iamaiS;,loit qu'il forte, foit quil vifite dans la Ruche fi les officiers s'acquittent de leurdeuoir^ ôc font le deu & le fait de leur charge. S'il perd vne aille en bataille , ou s'il eil recreu , elles le portent fur leurs ailles y s'il eft elgare j tout le ietton bat l'eftrade ^ ôc le cherche au nez l'efuentant à la feule odeur. S'il s'ar- refte, elles s'entr'attachenttout autour j& font vne for- te de grappe de raifin luy faifant bouleuard de tout l'oft , & de toute l'armée. Qui attrappe le Roy eft af- feuréd'auoir pour rançon tout l'elfeim ^ qui aime mieux perdre la vie que la fidélité enuers fon Prince. On dit que fi le Roy eft porté mort par terre au choc de l'ar- mée î le camp le rompt , &c chacune va buiquer for- tune 5 & chercher aduenture es autres iettons. Il eft plus croyable ^ qu'elles aufli toft en créent vn autre , ôc en foy, & hommage le leuent fur leurs aifles , comme ia- dis les Hongres Icuoient fur leurs boucliers leur nou- ueau Roy. Et au trefpaffé elles font le conuoy à la Roya- le , on recognoit affez leur dueil à leur trifte façon , &c au bordonnement melancholique qu'on oyt iufques à ce qu'il foit fous terre. Quand la prouifion leur faut en leur Ruche , elles courent l'air & vont voler leur voifi- ne , mais cela ne fe fait pas fans cruelle guerre ^ fe cou- pant la gorge les vnes aux autres, s'entrebattant armée contre armée. Aufti fouuent elles s'efcarmouchent pour le butin des fleurs , Se n'eftant les plus fortes elles im-^ plorent l'aide de leurs compagnes j qui s'en vont de roi- de.ur à la charge , ôc combattent mutinement y on ne les fçauroit dçmefler qu'en faifartt tomber vne o-rcfle de terre , ou contrefaiiant le tonnerre auec les baflms
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cntre-choquez :, car à llicurc chacune fe retire en fa cha- cune ^ (^ en (on quartier. Si le Jardinier elHauorablc à vnpartyiamais elles ne luy courront (us en recompenle, ce dit-on. Leur ai^^uillon efl: ente dans le ventre , aufli quand elles l'enfoncent fi auant , & le fichent fi pro- fond qu'elles ne le peuuent retirer fans que le boyau y demeure , elles en meurent. Si l'aiguillon y demeure à demy elles viuent , mais chaftrees qu'elles font ^ (ont comme Frelons fans fçauoir cueillir Miel , ny faire la cire. Les fauuages font farouches y &c bien fort mau- uaifes , mais fortes au trauail *, les priuees courtes & bien ramaflees en rond font les miCilleures ôc coulo- rées en bigarrure y les longues font lafches. Elles ont depuilfans ennemis de leur eflat , melmes font fuiettes à de flilcheufes maladies y elles ne viuent que fept ans' ouenuiron,, on dit que le Soleil les refufcite , à la char- ge que rhyuer elles ayent efté enfepuelies fous la cen- dre de figuier.
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Le ieune lioy des ^Abeilles,
POur ériger de nouueaux Pvoyaumes y &c defcharger les vieux dVne Ci grande populace ;, le ieune Roy depefche fes fourriers qui vont battre l'eftrade y fleure- ter ça & là 3 & defcouurir le pays , faire les fourriers & auant-coureurs. Tout eftant prefi: le Roy donne vn fi^i gne y les Auant-gardes à petites iournces vont deuantj le Roy fuit tout enuironné de fa Cour ;, toute armée d'aiguillons j quand l'allarme efl donnée tous tes petits piquicrs font bon deuoir y ôc pendant que les clairon^
èc trom-
C H A pj r ** E IX. Bj
& trompettes anime, L les trouppes . vous voyez des Cheualiersvolans en l'air d'vne furieufe rencontre s'en- tre-tuer , auec vne fi mutine opiniaftretej( car ces pe- tites gens ne font que feu ôc cholere qui vole y &c vn auertin aigu qui les eflance les vnes contre les autres) que tout mourroit fi le lardinier ne les faifoit entrer en compofitionparle bruit des baflins, donnant logis au nouueau Roy conquérant & à les kunes bandes de petits Argolets. Le tout fe demelle , le Roy fe bran- che en quelque arbre ^ toute fa gendarmerie le pend tout autour ^ on les rafrefchit auec vn peu de vin , on les loge en vnenouuelleProuince , aullitoft elles s'ap- priuoiient , ôc font le Palais Royal , & le Louure de leur Souuerain , mais fort magnifiquement ^ mettant au deffus vne petite motte qui (ert comme de donjon ^ là dedans font ceux de Ion fang , de fait fi on e{praint ce donjon , on n'aura point de race de Roys. On tient qu'elles font leurs petits de fleurs , &lescouuent com- me la Poule y de eicloent de petits vermiffeaux , qui chargent les aifles , & en mefme temps s'efclot le Roy qui cil d'ordinaire rouge j fait de plus belles fleurs , il naift auec les aifles , portant vne Efloille blanche au front comme fon diadème ^ il a la démarche plus Ma- iefl:atiue , Se plus braue que les autres i il efl: plus luifant^ gaillard j & poly ^ &de plus beau corfage que les au- tres; les ieunes courtifent incontinent leur ieune Prince qui reflent bien fa Maieflé ^ & a fentiment de gloire fçachant tenir fon rang.
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LE MIEL.
Chapitre X.
-*^^>%J^E Micls'eiîc;endre en l'air fous la fluicur &;m- Wj^-5 flucnce de certains Aftres ^ comme es iours ^ Caniculaires , à la fine aube du iour on treu- ue les fucillcs chargées Ôc fucrees de Miel; Ceux qui fe rencontrent aux champs auant la diane, ie Tentent tous enduits de Miel qui chet. Plme ne fçait fi c'eft la fucur du Ciel ^ ou la laliue des Aftres ^ ou le jus & colature de l'air qui fe purifie. Les Auettes le fucçent 3 le hument ^ ôc le raclent fiir les fleurettes ^ ôc herbcttes ^ l'entonnant fiir leurs petits eftomachs pour le reuomir en leur goffre , mais elles le fophilliquenc aucc les autres liqueurs tirées des autres fleurs qu'elles lefchcntj ôc échrelinent^ le fralattant ôc broiiillant j fi on en pouuoit finer du pur & net comme la nature le forme ^ il n'yauroit rien de plus fouucrain au monde. Selon la delicatefle des fleurs dont elles le puifent, auffi eft-il meilleur , car les fleurs s'en emboyuent ôc fucçcnt la fleur du Miel , les autres le laiffent plus pur, ôc n*en hument que bien peu ^ comme le Thym ^ Ro- marin, ôcc. Et pourtant le Mielcueilly là deffus eft ex- cellent. En vn iour ou deux ^ elles rempliflent leur mai- fon de Miel ^ courageufement befongnent-ils ces pe-
C H A P I T Pv E XI. S9
tits Corps, & CCS pauures menues bcftelettes , qui font
honte a tout le genre humain.
L* A R O N D E L L E.
Chapitre
XL
Vand l'Arondelle veut pondre y «Se fe void fur le poinâ: d'ouuer , elle prépare fa couche j &: le berceau de fes petits; le nid eft bafty^ gafchant de la boue , r embouché de paille , tapiilé de flocs de laine ^ fourré du plus délié duuet qui fetreuue, afin que le lidfoit mollet, & les petits gifent tendrement à leur ai- fe. Quand les Arondelas font efclos , & mettent le nez hors la coque, n'ayant plus de prouifion dans leurs petits^ tinels, le père & la mère fe chargent de les nourrir , 6c les foignent comme l'amour leur enfeigne. Le plus grand plaifir eft lors qu'ils (ont défia grandelets , reueftus du poil follet, les ailles garnies déplumes , les iarrets aifez forts: car pour les deiniaifer , & leur apprendre à gaigner leur vie, le père & la mère vous les poufïe dehors, & Dieu fçait s'ils font eftonnez, quand ils fe voyent balancez en l'air, & que pour la première fois ils defployent leurs aif- Ies,& font leur apprentiffage de voler,nageant entre Ciel & terre. Mais comme ils font encor à leurs rudimens, ils font incontinent las de voler , & s'en vont percher fur la première branche qui fe prefente. Les vieux qui
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90 L A R O N D E L L E.
voycnt CCS pauurcs niais aftamczlur vn arbre ^ fans fca- uoir faire autre mellier qu ouurir le beCj &C attendre gor- gée, ils fe mettent àleur donner du palfe-temps, allant à la chaffe, & à la volerie pour leur donner à defieuner. Vous les voyez voler de biais d'vn' aille forte , ôc courir fur les petits moulcherons qu'ils attrappcnt du bout du bec j, puis fe dardant contre leurs petits perchez fur l'ar- bre , ils le monftrent de loin le gibbier à la bouche , les petits crient tous enfemble, attendant la faucur & la bê- chée. On ne fçauroit dire Tequite de fes petites bellio- leSj car elles diipenfent efgalement la venaifon, donnant à tour de rooUe à chacun fa petite prébende. Aufli les petits font fort fidelles , & ne changent point de place pour tromper leur frère , & auoir deux fois la curée. Ce- pendant ils gazouillent en leur gofier , & apprennent leur game , fe faifant fçauans aux defpens^ &c à l'exemple de leur père & mère , le duifant au meftier de la volerie. Quand ils font faouls , les parens vous les pouffent de l'aille, & lesiettent en l'air , où ils commencent à pren- dre plaifir^fe voyant appuyez fur les aifles , ôc brauer ce qui rampe fur terre : ayant bien voleté , tous fe raffem- blent 3 éc les vieux fe mettent à dégoifer , 6c chanter leur ramage-, ces petits Arondelas y prennent leur paffe- tempSj & fe bazardent de tenir leurs parties ^ tous arren- gez fur l'aille d'vn toidt , comme de petits Choriftes de la nature , chantant en plein chant leur 'Benedkite omnes volucres cAi Domino. Au relie fi nature ou malencontre a porté que quelqu vn d'eux loit aueugle-nay , ou fait par dilgrace , l'amour de la mère fait vn beau miracle, elle ne crache pas fur la poulfiere pour en faire du li-
ChapitreXI. 91
mon y Se du limon vn oeil ^ comme fît iadis le MefTie*, mais arrachant de fon bec l'Efclere ( herbe qui de ce mi- racle a pris le nom d' (^yironddcrie , Chelidonia , ^ elle refait l'œil creue j & vous y reforme la prunelle y donnant paf- fage au iour y Ôc le portant iufques dans lame. Parmy ces chanfons 6c grand chère , les compagnons fe char- gent de bonne eftofFe y &c fe font grands *, & en bon poinâ:. Lors les père & mère ne leur donnent plus la bechee ^ fi ce n'eft emmy l'air y de façon que celuy a le bon morceau qui s'eflance plus viuement , de qui va au deuant de fa mère qui porte la prouifion en bouche, trenchant lair de biais. Quelquefois elle"* laiife cfchap- per le gibbier , feignant auoir failly y & ne l'auoir ren- fourne droit au bec de l'Arondelas y qui prend la har- dieffe de pourfuiure le moufcheron qui eft à demy mort , & de belle prife. L'ayant pris y & appris la façon de voler le gibbier y il n'attend plus fon difner de la di- fcretion de (a mère y mais fe pouruoit de foy-mefmes, ôc deflors commencent à voleter y &c faire la guerre aux petits moufcherons y fe mettant hors de cage.
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ADVIS AV LECTEVR,
L fmî que vous fçachtez^ , que les JHarmiers mi han^ tent diuerfes contrées de ï Océan , ont au^i dîners patois, &* des termes fort dijfemhlables. Ceux de Trouence qui vont fur la J^editerrank ont beaucoup de mots efcor- chez^ d'Italie, de barbarie , de l'Orient , (0 cela méfié auec vn peu de finTrouençal y fait vn ejîrange langage. Les autres qui font vie fur ï Océan , comme ceux de Dieppe , du Haure de Grâce , de Calais en Picardie , de S. Jlitalo en 'Bretagne , ^ autres , tiennent vn autre iargon *, car ils ont tiré beaucoup de mots dEfpagne , dt Portugal , des Indes , des ^nglois , (^ de ces diables de Sder qui font auiourdhuy fi puiffans fur les deux Océans, ^e vous eflon- nez^ donc pas fi vous treuuez^du changement , ^ contentezj-voua au ayant veu ïvn &* ï autre Mer , ie vous do/ine à peu prés ce quil vous faut pour parler de la J^er , fans y faire naufage de vofire réputation, "jl y a mille particularités^ qui font necefjaires aux gens de JHarine , &* aux Matelots 5 pour vous qui ne voguez^ que fur vne JHer de paroles , vous en fçaurez^ ^Jfi^ ^^ ^^ ?^^^ '^ vous prefente , le refiene feruiroit que pour faire parade dvne vai- ne curiofite qui rendroit à ïaduenture vofire difcours inutile. Les plus riches pièces d'Eloquence , c^ de Toefte font empruntées de la JHer , foit à la defcription de quelque notable naufage ] [oit a faire choquer les vents fur la face de la ^M^iWw^, ^ foufleuant des or a,-
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ges 5 qui portent les jiots qu a ft dedans le Ciel , ^ Çemhlent. plon- ger les Eftoîlles dedans les bouillons de la Mer enragée : Soit fai- sant glifjer vn Nauire fur l'azur , c^ fur la fur face de la Mer, enfilant les voiles £vn vent fauorable ^ foit enfin fe ioUant fur les flots &* fur le crijîal applany d'vne honace agréable , c^ en mille façons parlant de ÏOcean (0 de fes rares merueilles, le vous ad- '^ mue bien tout nuément que pour en parler dignement , ;"/ efi. necef- faire d'auoir vn peu humé ïair faUde la Marine , c^ ïauoir veu de prés ^ voire vn peu flotté de ffius , pour fçauoir au vray que cefl que i aller à la difcretion de cet élément indifcret ^ impitoya- ble j mais fi vous ne la pouuez^ , ny ne l'ofez^ entreprendre , vous vous deuez^ contenter de ce petit Efifay que ie vous donne , c^ qui voui fera fçauoir que cefl , fans paya- le tribut à la JHa- rine , &* fouffrir le mal de la J^er. 7our le fait des Galères qui vont fur la Méditerranée , cefl vn cas a part , 0* Diet4 aidant vous le verrez^ bien tofi en lumière s^ ny a que trop de gens qui le fçauent à leur grand regret *, pour vous il ne vous en couftera autre chofe quvn peu de patience , en lifant ce quon vous en prefentera*
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LE FAIT DE LA
MARINE, ET LES TERMES
DV PILOTAGE.
Chapitre XI L
ï. ^if^û^ A Hune 5 c'eft le panier ou cage au haut du Maftj qui fert à porter vn page de Na- ^^^ uire, ou autre Matelot pour defcouurir ter- re, ou CourfaireS;, ôc faire fentinellc. 2. Le Mas, Mats , ou Matereau de Nauire: la Qmlle, c'eft à dire , vn grand fommier double qui ell au fonds <Sc le long du Nauire ^ qui efl là comme Tcipi- ne du dos en lliomme , & là on enchaile le bout du grand Maft.
3. Les chables font des amarres , &: le gros cordage de Nauire , pour amarrer ôc arrefter la Nau. On dit auffi lammarrase.
4. La NauirC;, en féminin ^ efl: vne armée de Mer j on dit aufli vne Flotte , c'eft à dire ^ plufieurs Nauircs. Le Nauire , c'eft vn vaifTeau de Mer qui eft rond ^ il fe dit auflî vaifTeau rond ^ à la différence des Galères ;, Fuftes Brigantins qui font longs.
Rauber-
Chapitre X I ï. 95
Rauberges , font Nauires qui vont à rames , & à voiles. Nauires à trois rames pour banc , Trinmis ,Çi à quatrcj&c.
5. La proue armée de picquanc de fer, pour trancher les vagues. Rojirata nauis j le gouuernail ôc le timon eft à la poupe.
6. Le bois trauerfant le Mafl: , où on lie les voiles^ tyînienna : cornua zy^ntennarum, les bouts.
7. La cheuiile où on attache Tauiron pour ramer, Scalmus. Les courbes du Nauire,c^<€ nauis.
Le Belle pu Tillac. Fori^ Ital la corfta\ courfiere \ tilla- quer ouplancher, c eft faire l'entablement de planches & d'aix, qui fe dit Tillac.
8. Naulage y & Naulager , c eft payer les frais qu'on peut faire dans le Nauire.
9. Le fait de la Marine, le Pilotage.
10. Le Trinquet ou Artimon, c'eft vne petite voile qui s'attache au derrière, & eft en pointe, là où la gran- de, & les autres font quarrees, on l'appelle aufli Catc- pleure & aureille de Lieure, à caule de fa pointe.
11. La proue, la tefte , & le mufeau du vaiffeau , eft toufiours arme. La Sentine de la Nau. La Carine pu Carène, Carina.
II. Les Courfaires vont toufiours à voiles & bourfets des Hunes ( c'eft à dire , les petites voiles de la cage) defployees, & comme ils finglent de grand vent, froi- deur, fendant Teau fort rudement , il lemble qu'ils ne voguent que fur l'efcume , de là aller à cours , & efcu- mer, c'eft le mefme. Efcumer auflijc'eftenleuer tout ce qu'ils peuuent fur Mer. ■.,: - ^
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^G ' LAMA RI'N Er^
ij. Les BrifanSj ccil a dire les Elcueils ^ ou bancs de fable j ou le flot de la Mer choque <5c le brile : ou plu- floll lonc les chocs & troilleurcs des vagues qui efcu- ment en heurtant. C'eflfigned'vn mauuaispas en Mer,
14. Les Aubansj (ont les grofles chordes qui tiennent le Mail ferme en Net, &c pailent par la telle de More du Mail j ôc tombent iur les barreaux d'iceluy , & de là le viennent rider ( c'ell à dire roidir) aux chaines d'Au- bansj auec deux caps de mouton, l'vn attaché à la chaî- ne, & l'autre au bout de l'Auban.
15. Le Challeau, eft d'œuure haute , ce qui prend de- puis l'Eilraue iniques au plat bord , & enferme le Mafl de Miiaine , fur lequel on tend le pont de chorde au combat ,& met-on de l'Artillerie.
16. Les Trauerfins font poutres qui trauerfcnt le lia: &c cage du Nauire fur le Tillac , iVne auprès du Mail, l'autre du Chafleau.
17. La Mifaine eft la voile qui eft entre Beaupré & la grand voile du Maft. Maft de Mifaine, eft le fécond.
18. Les Barreaux du pont de chordes , font les petits baftons qui trauerfent chafque bord du Chafteau de deuant , appuyez fur la ferre , ôc le trauerfin qui croife accollantle Maft de Miiaine; qui couurent le Chafteau ôcportentlc pont de chorde.
19. B^rede timon eft vne pièce de bois qui perce le Gaillard , & eft par deftus, ôc fert pour régir le timon qui eft deftbus.
20. Beaupré ( voile fortant de la proue en efclat de Mer) & Miiaine feruent pour remonter le nez au Na- uire j ôc luy haufter le bec.
C H A P I T R E XII. 97
11. Cap de mouton , eft vnc pièce de bois percée eu douze ou quinze lieux ^ & fert pour rider l'eftay du grand Maft ^ & l'eftayant le tenir ferme.
11. Eftay , c'efi: la chorde qui tient le Mafl: qu'il ne- tombe fur la poupe j quand onyfTe (c'cftà dire guindé) la grand voile.
23. Turpot^c'eft vnfoliueau;il y en a quatre au Cha- fteau affurtez &c acelampez à la varengue de ce cojfté là. Varengues font trauerfiez entez aux flancs de la quille duNauire;, arrengez comme J^s colles à Tefpine du dos de l'homme , 6c font ferrez auec des ferres qui font des tables efpefles. . nnl tjIIA .c%
14. Cap de Mer fîgnifie vn heurt haut efleué fur la Mer^ oulur lacofte , ou qui quelquefois fe lance bien auant en la Mer y de aftrontans ainfi la Mer , font comme efpaules, iommets^ ou efchinons delà cofte i ôcferuenc de marques aux Mariniers.
25. Les alleures font des foliueaux qui vont le long du pont fur les trauerfins ^ Ôc font vn quarré auec eux^ qui eft le trou & la feneftre par où on accueille le ba- teau dans le Nauire.
26. Eftraue eft vne pièce de bois vers la proue ^ qui va de la quille à monc en courbant comme la prouè':; vn pareil eft à la poupe qui fe dit Eftambor.
27. Le Bourfet ^ c'eft la petite voile de la Hune :, atta- chée au Maftelet d'icelle ; & fc dit Bourfet de Hune^ eftant comme vne efpece de bourfe enflée de vent.
28. Galère eft vn vaifleau lona qui va à rames ^ à trois ou quatre rameurs & Galiots par chafque banc. Galion eft vn vaiffeau de guerre plus renforcé qu Va
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9^ L A M A R 1 N E. ;
Nauirc^ & porte voile quarree , c'eft la principale pièce de l'armée. Galiocc eft de bas bord j entre la Galère, ôc la Fuflej elle ell: propre a faire courfes pour ceux qui han- tent la Mer.
29. On ditfingler en pleine ou haute Mer j le flot de la Mer ^ les Marées , c'cfl: à dire , le flus & reflus. Le grand flot de Mars ^ c'ell: aux deux Equinoxcs que le flus efl: en la plus grande force, ôc plus grand regorgement. Aller quand les eaux font viues, c'eil à dire,, depuis le croilTanc iufques en pleine Lune, caries eaux,& les flots montent en leur vigueur.
30. Aller l'amont de l'eau , c'cft aller tirant vers la fource, oc le courant i aller aual l'eau , c'eft aller vers Temboucheure en MerjOii la riuiere fe va delcharger, 6c charrier fes eaux,& porter {es décimes. On dit auffi aller à flot rebourféj & amont l'eau.
31. LesIortesdeNauires pour cheuaucher la Mer, font les longs vaifleaux", Fuftes a deux ou trois par banc : les autres à quatre , cinq, dix, Ôc plus, par banci les Hurques, filiaderes,les Frégates font moindres que les Brigantinsj elles ont huidt ou neuf bancs de chafque cofté,& fuiuent les Galères, Barques &:BarquerolleSj&c. Radeaux, Bri- gantins, vaifleaux de brigands, viftes de grande armai- fon. Efquif, Le Laquay du Nauire fait de bois , de cuir coufu, de ioncs.
Carraques, vaifleaux de Mer ronds. La grand Nef de Rhodes fe dit la Carraque.
Les efperons des Nauires. i^o^r^w.
Ancres à deux, trois, ou quatre dents.
Harpis, font griffes de fer.Harpe eft la griffe du Chien.
C H A P I T R E XII. '99?
CrocSj mainsj & agrafïes de fer pour retenir ôc accro- cher vn Nauire.
Falouquej c'eft le' plus petit de tous les vaifTeaux à ra- mes. VoicyTordrei Falouc]ue:,Fregate3Brigantin,(ondit aufli vue Carauenne5)Fufl:ej Galiote, Galere^Galeace. . r, 31. Bancs font des fablonnieres amoncelées dans la Merquibrifent lesflocs, ce font des longs doiliers efle- uez {lir l'autre fable cachéjcomme des heurts^Ôc des bancs efleuez fur le plain. ' '^
33. Efcueil, c'ell vne pointe naiffante de la Mer , ou vn Rocher allis fur la Mer, où facilement on fait de- bris, om-;
34. Fieurt y c'eft la tefte d Vn Rocher^ ou couftau , de là heurter & froiffer, le hurtis, & le choc contre.
35. La Polaine fert à ferrer le Beaupré à Ja proue^ & ce n'eft autre chofe que l'équipage de la Flèche , qui eft vn bois fait en S. fouftenu par des foliueaux ^ & cette flèche fe iette hors de la proue, eftant pourtant bien arreftèe^ôc eftant clouée aux EquibienSj& cette fléchejôc Polaine ne feruent qu a ferrer le Beaupré. -i i ;. j . :
36.Equibiens,font les deux trous par ou paflènt les amarres qui tiennent le Nauire à F Ancre.
37. Gouuernailj c'eft ce qui s'enclaue auecdes cheuilles de fer (qu'on nomme rhafles) dans les anneaux de fer fichez en la teft^ j ou bien lareftc de la poupe ( qu'on nomme femelles) & fort dehors , & eft l'intendence du Pilote, qui par luy conduit à route le vaifléau, le régit, & mefiiagefon cours ôcfon flottage, on dit aufll tenir le timon. 3 ^- Chartres parties, ou charte partie , eft le roole , ôc
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lOO .[Il A MARINE'.
declamcion de la cargaifoii du Naulrco ôc de ce qui fe porte.
jp.Efcorej comme la Mer eflefccre à Gennes y Ôcc. ctiï a dire y la cofte du bord cft taiilce à plomb, -^ partant l'abbord de l'eau y ell: creux & profond j com.^ meiontles Maures.
Efcores auffi (ont le marrain & le bois ^ fur lequel on calfeutre en terre le vailTeau deuanc que le mettre à flot.
40. Routier^ eft l'adreflement des chemins par Mer ( & aufli par terre ) de là le Liure des adreflcs de Mer porte ce tiltre , Routier &c Pilotage de Mer. De là vieux routier , qui a beaucoup veu , &fçait toutes les adref- fes. Arrouter ^ c*efl: fe remettre en route ôc bon che- min^ defrouterc'efl:fe deftraquer.
41. Saburre ( ou Sauorne ) c'efl: le grauier dont ou charge le fonds du Nauire ^ afin de l'afFermir^tenir droit, de mieux balancer, voyez num. 68.
41. PalenCj c'eft la chorde qui eft attachée à Teftague, Ôc pafle par vne poulie ^ & fert pour guindcr le petit bateau ou la marchandife qu'on veut mettre dans la feneftreôc trou du Nauire. Paneau eft le couuercle de ce trou.
Encornai , c eft le lieu où font deux grands rouets de cuiure /tenans à vne tefte de More au fommet du grand Maft^ par où paftent les Eftagues qui guindent la Vergue de la grand voile >> haut. Verge ou Vergue , eft la perche àtrauers du Maft^ où on lie la voile. ' '•' ''.'
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Cha V i^r-tLW'-Xlt ^ ^^ï^i
^oms des Mariniers,
I. T E Patron , ou Pilote , c'eft à dire , maiftre du .JL^Nauire. z. Les Matelots.
3. Les feruiteurs de Nauire, Tabourineurs.
4, Fifre, Trompette. - c = ^ ,; 5. Calfat ôc Calfateur , eft celuy qui a lia châV^e-^de calfeutrer le Nauire.
Calfatin, eft le feruiteur dudit Sieur.
6. La Ciourme, c'eft la trouppe des forçats y on dit aufli Chiorine , là les Forfaires tirent de concert à la rame.
7. Les RameurSj Forçats, Galériens, gens d'auiron^ 6c debifcuit, gensdecadene. rAwoc
8. Admirai , c'eft à dire , Lieutenant dii Roy en la Mer , & es greues, quiiuge à la Table de Marbre , à Pa- ris, où eft ion parquet.
9. Auituailleur.
Capitaine de Nauire, les Lamaneurs. Tiercement, c'eft à dire , Canoniers , Pirates Se ad- uenturiersde Mer.
10. Tanqueur, eft celuy qui va quérir à bord ou le^ bardes , ou les perfonnes pour les mener dans le vaif- feau par la planche.
11. Efpaue, c'eft à dire perfonne , ou biens qui n ont point de maiftre, comme ce qu'on treuue fur la rade après vn débris. On les nomme en Normandie Vuagues, chofes efpaues.
1 i. Cojmite, le maiftre Pilote , qui au commandement
lOi t, A MARI NE.
de Ton fifflet donne mouuement à la Galère ] ârrcftc^ tourne^ hafl:e_, ôc le nerf de bœuf à la main gouuerne les forçats. . , .
15. Quand les clcumcurs arment leurs fuftes y fi on de- mande la part où ils vont, ils client, qu'ils vont au cap de grip^ ou cap de grup , c'eit à dire , qu'ils vont grip- per, d>c le ietter fur le premier qu'ils rencontreront. ; : i.'Equipper ,& -armer. Armage , armement , armâifon de Nef.
1, Efchoiier. <iyid litus maris nmm allidere ^^jr-arigere, ■
3. Fretterj c'eft loiier vn Nauire aux Marchands. '
4. Mettre Je 'Nauire en eau. Deducere. - 0 :. ^ ' '
5. Voguer, Ramer, donner auxauirons.
6. Caler & abbailTer les voiles., à voiles dc{ployees; bourfer les voiles , c'efl; à dire plier à. demy: ameinef, jcjeitàdire plier.- rroirr-::.! , '-^'.^ L ' :' j ., \rrn:^\^!-^ '^
7. Prendre tout le vent, ou ne prendre que la moitié du vent. Auoir le venten poupe '■> luiure le fil du vent.^i '
8. Amarrer le Nauire 6c le tenir à l'Ancre.
9. On dit faire bris, débris, debrifervn Nauire, debri- fement?.--jr;-jt«^[ -. :
10. Singler , c*efl: aller à toute voile, tant que les Au^ bans ( c'eft à dire , les cordes qui tiennent ferme le Maft, ) finglent & fifflent , en tranchant l'air auec vne extrême vitcffe, fineler vne voile.
ii.Bouteroufaire cap àlaMerj c'eft à dire , rengôur- frer le Nauire craignant d'efchoiier,&auec Beaupré & Mifaine, tournant la proue vers le haut de la Mer.
12. Cappéer , c'ell fingler à la cape, quand la tour- mente eftiexceflitie, rojçi4çJ^ en Mer, quaiid les Mariniers
fans
Chapitre XII. loj
fans faire aucun marrage laiffent aller le Nauire au fon de la Mer j & à la leule conduite & difcretion du vent; il va bien la droite route ^ mais auance fort peu : or on ne capee quauec la grande voile ou auec TArtemon, qu'on frelle ou bourfe , c'eft à dire , en le pliant en bas 5 6c tenant vne corde en haut attachée ^ l'autre rab- baiflée^on fait comme vne bourfe où le vent s'enton- ne , en forme dévoile Latine j cependant on lie le gou- uernail , à l'vn des turpots des bords du Nauire.
13. Frefler & filer , c'cft dérider &: plier ^ comme le pont de chordes , ôcc.
14. Bourfer'j c'eft plier la voile a moitié , & du refte en faire comme vne b ourle prenant peu de vent.
15. Auoir le vent derrière j c'eft à dire ^ en poupe^ c'eft la plus haute manière de fingler ^ car la proue trenche mieux ^quoy que ce vent enfle les voiles à trauers d'vn bord à l'autre : Au repairer es ports la proue a le nez à la Mer.
16. Venta la Boline adonne par flancs aux voiles jlef« quelles lors font enfilées de droit fil de poupe à proue, & au fingler, reiifïit par excellence.
17. Vent à quartier ^ eft celuy qui cft entre le vent derrière , & le vent de Boline.
2.0. Auoir le vent à gré ^ c'eft à dire , quand il enfile droit. Vent afpre & de mauuais mefnage.
il. Se ietter dans la cale \ la cale eft vn lieu entre deux pointes de terre y ou Rochers iffans d'icellc en cornières qui rabbattent le vent , & font calme , là on fc iette quand la tourmente furprend , & on fe met à l'a- bry-, ôcàgaranddes flots ^ &du vent \ c'eft aùffi là que
O
104 LA MARINE.
fc cachent les Corfaircs pour furiaillir ceux qui naui- gucntraiz àraiz descollcs, & coiloyent la Rade de la Alcr. Rade efl: le bord de la Mer ^ mais qui n'efl: pas Port, car Port n'efl pas Rade , ny Rade Port. Refconce de bord ^ c'eft à dire , lieu propre à fe cacher pour les Pirates.
ti. On dit ancrer au port , furgir au port , moiiiller l'Ancre , ietter les Ancres. Defancrer , & leuer les An- cres. Nauire eilant lur les Ancres , & furondant fur les flots fans bouger. Se ietter dans vn Hable , ou Haure; ouplage j quieftvnbordde Mer, fans fond.
13. Monter à voile contr'eau y contre -le fil de l'eau, fendre le courant , forcer le vent , Se aller maigre les bouffées violentes.
24. Gafcher, c'eft tirer à lauiron^Ramerj Voguer, & gafchevne Rame. Gafcher proprement, c'eft troubler, pefle-mefler.
15. Calme & calmer , ou recalmer la Mer , c'eft lac- coifer, faire ceffer la tourmente; la dérider, applanir , ap- paifer , mettre en bonace , faire aller calmement & fon petit train ; abbattre les vents.
2.6. Calfeutrer vn Nauire, c'eft eftouper les trous, auec des eftoupes , delà poix, & de petits aiz. On dit aufïî calfater, radouber , le radoub.
17. Marer, ou mareer, c'eft aborder , &c à Ancre aden- tee , ou chable lié au Port , ou Hable. Le contraire eft defmarrer , defancrer, & faire vie , (fur Mer s'entend) mais on ne dit que cela , aller faire vie , c'eft à dire , fe ietter en Mer.
28. On dit le flot & reflot, flus &reflus , flottera rc-
Chapitre XII. icj
flotter :, ondoyer lurvn eftrangc flottement de Mer. Le grand flot de Mars, à caufe qu'il vient au mois de Mars^ l'autre en TEcjuinoxe de Septembre.
29. Vaguera la difcretion des ondes , Vague c'efl: vn flotefleué par l'orage y en la Mer Méditerranée ^ car en la grand Mer on dit ouïe (H/j^. ola. ) qui eft^comme vue colline d'eau qui roule ^ cnflcc de vent quand l'ora- ge tire y Se outrage la Mer.
50. Elire furpnSj Remporte d'vn coup de Mer tem- pefl:ueure , d'vne birralque y ou borralque qui fe fait de la mutinerie de deux vents s'entrechoquans y ôc par vn turbillon de vent.
31. La Mereftbonafle^ & calme. Labonafle de Merj quand rien ne branle^ Ôc tous les vents font morts.
32. Sabors font les trous du bout du Gaillard par où paflent les pièces desgroffes Artilleries y ayant chacune deux pièces de fer y vne de chafque cofie à trauers du membre y c'efl: à dire y à trauers des turpots , pour feruir de bride y afin qu'elles ne reculent.
33. Guindereflle y c'eit la poulie qui fert à guinder la voile du Maft: où elle eft amarrée.
34. Gaillard, c'elHe Chafteau de la poupe fait com- me celuy de la proue.
3^ Aborder^ & d'abordée faire , Sec. c'eften furgiffanc au Port^ au quay du Haure , au bord. Arriuer , & d'ar- riuéejcefl:^ terme d'eau douce ôc de riuiere i l'autre eft pour l'eau falée , & la Mer.
36. Agrafler y ôc dcgrafler les vaifleaux y c'eft à dire, accrocher^ décrocher^ les inueftir au combat; ôcc.
37- Auoir les Vergues hautes ^ c'eft eftre preft à faire
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vie fur Mer j les voiles routes guindées qui n'attendent que le vent. YlTcrles voiles &c guinder, c'ell le mefmcj c'eft monter j eftendre : &: carquois & le haut bout du \iafl: 3 où il y a certains polions propres a tirer la clior- de attachée à la vercre.
38. Carrauellcj vaiiieau rond portant voiles Latines, c'elt à dire , a oreilles de Liéures , & bourfées & pliées en bourfe pointue.
39. Courbes , font des pièces de bois es deux bords de la poupe j entez en l'encoigneure ou iointure , le ren- forçanspar derrière ; &à la proue il y a vne autre pièce de bois qui s'appelle Four , & renforce le vaifTeau par le deuant. Courbafton^ eft vne courbe,
40. Les ailes du Nauire^ c eft à dire^ Latera. Mettre enfurain^ c'eft à dire , tirer à la rade la Nef. Agréer & fournir vn Nauire,
Rengerla cofte, c'eftàdire , Madère. La Nef va à droit fil , c'cft à dire , 2^eBa ad aliquem , va de front ^ Idem.
41. La Nef s'aggraue en vn platis , ou en quelque va- fe ou la Mer eft balle.
42. Platte-forme eft ce plancher qui va toufiours montant vers la proue j & l'encoigneure d'icelle appuyé lîxr des mortaifes , éc foliueaux.
43. Parlant de la capacité d'vn Nauire, on dit quil a tant de pieds de Quille ( c'eft à dire de long ). tant de pieds de bau j c'eft à dire de large &c d'ouuerture i tant de pieds de chetc ( c'eft à dire , de cheute 3 ôc de haut à bas y defcendant depuis la Quelle iufques aux ponts) ôc tant de pieds de loo , c'eft à dire , depuis le Maft
Chapitre XIL 1071
iufques aux bords du Nauire.
44. Efcoutes, font les doubles chordes qui ferucntà amarrer la grand Voile par derrière, comme les Coyts par deuant , font fimples chordes.
45. Efcoutilles j font les ouuertures , ou aualloires fai- tes au Tillac en manière de trappes , par où on deualle les denréeSj&vitailles, pour loger fous le Tillac.
46. La Courfiere j ou pont de courfiere eft vn pont- Icuis, depuis le Gaillard iulques au grand Mail , Ôc de- puis le Mafl: vers le Chafteau de deuant , cecy eft cou- uert y armé de barreaux es aifles , tout cecy fe dit H Courfiere jC eft le mefme que Tillac. lydnl lom
47. Le Cabeftan eft dans la Courdere , l'inftrument du Toilage ou remuage du Nauire , qui eftant en maur- uaife Rade ou anchrage^on porte l'Ancre auec Je bafteau filoin qu'on veut^ puis eftant bienadentée & fichée , à force du tour du Cabeftan , on fait approcher le Nauire du lieu où eft l'Ancre. L'inftrument fe dit Cabeftan^ le remuement , Toilage. -
48. Les Baux font les foliueauxqui portent le Tillac> &feruentpourconferuer la rondeur & largeur du vaif- feau, afin que les bords ne viennent dedans, &: le bafteau ne s'efcache.
49- Boutez de loo , ou lof: c*eft à dire , prenez le vent de Boline qui donne par flanc y attachez-y les ef- coûtes , afin que le Nauire boline mieux , & coule plus doucement.
50. Carlingue , eft vhe greffe pièce de bois , de lar- geur pareil à la Quille, cloiiée & encheuillée fur le mi-i îan de la Qinlle , ayant au mitan vn trou quarré pour
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I08 .LA MARINE.
y enchaiTcr le pied du grand Maft. Et Eilambres font deux' groiTes pièces de bois qui accollent le trou du TîUac par où paffc le Maft y pour tenir ferme le Maft^ qui autrement s'cuaferoit delà Carlingue, voyez nu. 6,6.
$\. Couriie, efU'allce entre les bancs des Forfaires^ qui va delà poupe à la proue ^ là entr autres iepourmenelc Comité quand on vogue ^ pour foiietter à coups de nerfs deboenf^ceuxquine manient Tauiron comme de raifon i ôc la nuid: les vifite afin qu'ils ne fe monopo- lent y & defchainent y ôc braffent quelque reuolte. Celuy qui les vifite fe nomme Aguflin y ou Argoufin y cd\ vn mot Italien. , i
■'rr'jUi.Balancines j font les chordes qui tiennent droite la Vergue du Beaupré^ ôc le balancent droit y afin que le vent l'enfile droit :, ôcle face mieux efclatter en Mer,
, 53. îAclamper , é'ell attacher les bois enfemble ^ & liek cncloii'erauecdes clous ^ oucheuillesde bois. ; nb -ryioi :.t Ji4. La.Marinette:, c'eftla Buffolequi dreffe les. dlie^ minsàla faueur de l'Aimant 6c l'Aiguille marinière y de. la;Charce.::i:iji ;:- ;i^Oi:.;:.o:i;l-„^A <...i : .. .-
f 55. Chicanabaiit •> c'efl: vne pièce de bois qui fort du Natiire , yflÇmt entre la flèche ôc la lice , ôc va à fleur d'eau y ou bien courbeyant prefquc à vn pied ôc demy dé fleur d'eau.s( il .ftrt d'armurer la.Mi&inç ôc Beaupré quand leNàuire va à^orfe^c'efl: à dirç^ à Bouline. Aa bout il a vn crochet de fer qui àflleure J'eau > ôc vnc petite corde appellee Bourfin^pour amurer ledit Beau- prç ôc'Jes,coiîet;S,(çVftrà dire ^dej-ix autres cjQrd.es ) tion- rient à lacoriiiere dudit Beaupré ;, ou Mifaine y afin da- xnurer les Y^iles comme il faut pour le Boulinage. • ' ''" To '
Chapitre XII. 109
56. Border les Auirons^ c'eft à dire , les leuer en forte qu'on ne nage plus, & qu'on n'aille plus auan t.
57. Bordsj font tables efpaifles appliquées par dehors fur les Varangues de fonds pour les ferrer , celle de de- dans a mefme effet s'appellent ferres. Bord plat , c'eft où on met l'Artillerie groffe y ôc eft large , afin de mieux afleoir les Canons.
58. Erre, c'eft le flot, ^l'alleure de la Mer , ainfion ditile reuersdugouuernailbienefpais efpartle liement de l'eaUj & erre de la Mer.
59. Se fauuer à calfourchons fur les aiz de la Nauirc brifée , allant à difcretion de l'orage.
60. Coquetj vnpetit vaiiîeau deMer. i'c^p^/î. : 61. Il y a la chambre du Capitaine. La gardiennerie où font les prouifions de bouche. Le foubs-TiUac oii la marchandife fe met. Le Rum , c'eft encor plus bas, ou on iette les plus groffcs befongnes.
62. Perroquetj c'eft la voile au defïlis de laçage &du grand Hunnier. Voftre Nauire n'a autre Voile que le Perroquet, c'eft à dire que vous eftes vnfot.
6j. Èfperon, c'eft vne grande pointe à la proue , qui n eft armée deçà & delà de bois , car quand elle eft âinfi armée des coftez, on la nomme vne fîéche.
64. La Barre au bout du timon , pour le manier. Le timon eft attaché au bout du Gouuernail , ôc gouuerne tout. Le garçon qui eft debout maniant la Barre.
65. La Bonnette , vne petite Voile attachée au haut- d Vne autre.
6 6. -La Carlingue , c'eft le fond où eft la Quelle :, qui eftaffeurée par des bois de trauers, qu'on nomme des
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ferres j afin Je tenir ternie la Qinlle ôc le Maft.
67. Le Ploc , c efl: ce dont en enduit le Nauirc con- tre les vers qui fe font ;, ou fe gliflint dans le bois du Nauire c's païs chauds ;, afin qu'ils ne percent ^ on met du Goudran ôc de la poix fur les planches ^ & fur le GoudranjduPloc, c'efl: à dire ^du poil de Vache , & d'autres où les vers s'.entrappent ^ & ne Içauroient ron- ger j autrement ils perceroient \t Nauire à droit fil eu fort peu de temps. Ce ver a le bec fort gros , & fort au poffible , le refte du corps eft tendre comme mouelle^ en fon entrée ou naiflance le trou efl: fort pe- tit, mais il s'engraiife en peu de temps y & gafl:eroit le Nauire en fort peu de iours fans ce iecours ^ en Hol- lande on arme l'entre- deux des planches de bon plomb, ou fer bl a ne. .0 ri :j u •:
6 8. Laifter, ou laifler le Nauire y c*efl: y mettre la laifTc ou Sauorne y ou eftage y c'eft à dire du grauier y ou des pierres j ou autre chofe pefante qui tienne le Nauire en bonne affiette fur les flots. Saburra muis.
69. Les ceintures du Nauire. ^ondc. Sont ces bois qui ceignent le Nauire par dehors, & iufques ou l'eau de la Mer donne. ' ' ^'
70. Vireuautj, c*eft vngros bois rond y qui fert com- me le Cabeftan à tirer les Ancres y & approcher les Nauires , mais il faut moins de perfonnes y èc plus de temps pour le Vireuaur que pour le Cabellan.
• 71. Le mal de la Mer, ccd vn bondiilement de cœur qui vous fait ietterdansla Mer y tout ce que vous auez prins fur terre. On croit que cela vient du flot de la Mer, qui vous. berçant fait flotter voftre efliomach y èc
ondoyer
Chapitre XII. m
ondoyer les humeurs de voftre corps , tant qu'il faut rendre gorge : mais il vient piulloft de l'air de la Mcr^ défait plufieurs ont ce mal cilant feulement proches delà Mer , & ceux qui font fur l'Océan tourmentez de ce mal j fi toft qu'ils touchent terre ^ Se hument l'air de terre j l'appétit & la vie leur renient.
72. Fortunal ^ c'efi: vn lubit & furieux orage. Coup de Mer j c'eft le choc enragé des Vagues qui font extraor- dinairement pouifées du vent.
73. Rum^ c'eft le trait en droite ligne d vn vent à l'au- tre^ foit du vent entier, ou demy-vent.
74. Fapefif , efl: vne grande pente d'vne Voile à la- quelle les boettes font attachées. Tref ôc Voile , c'eft le melme.
75. La Pompe, inftrument à vuider les eaux qui font dans le Nauire.
76. Le Talon du gouuernailj c'eft la partie qui donne dans l'eau , faffran , eft vne pièce attachée au dos du ^ouuernail auec des fiches de fer , il fert à gouuerner le Nauire quand legouuernailne fait pas bien.
77. Bien mefnager le vent , & n'en prendre que ce qu'il faut , prendre le demy-vent ; le feruii* du contre- vent pour fendre le ventmefme ; biaifer , aller à toute faueur de vent ', aller fagement , & la fonde à la main pour fçauoir en quelle eau on fe treuue. Fendre l'orage ôc trauerfer la tempcfte ■-, caler voile cédant à la tour- mente pluftoft que caler à fond & couler fous l'eau , &c. Maiftrifer la Mer.
78. Nauire qui fait eau de tout coftc , & qui entre- baaille. Nauire de guerre ôc de' combat , couuert d'vii
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grand treillis de bois percé à claire voye. Nauire de rraffic.
79. Vifiere ou meurtrière^ c*efHe trou par ou les fol- dats tirent.
So. Mafquaretj c'eft le premier flot furieux quand la Mer commence à monter ^ on le nomme ainii à Bor- <ieaux 3 à Rouen la barre.
81. Defbarder, c'eH defcharger le Nauire. Brayer vn Nauire ., c'eft le poifler de bray.
82. Scurbut 3 c'eft le nom dVne maladie qu'on prend aifémentfurla Mer ^ les Hollandois la nomment ainfi, les Portugais la nomment mal de genciues '•> elle fe prend fur la Mer ^ & fe guérit ftir terre ^ elle eft fort conta- gieufe 5 &c rend llialeine fi forte qu'on ne la peut fouf- frir ; ceux qui en font atteints deuiennent fort enflez d'vneenfleure dure comme du bois; plusieurs meurent de ce vilain mal , & fouflFrent beaucoup ; tous les re- mèdes font quafi inutiles fi on ne prend l'air de terre, l'eaudouce^&des fruits & raffrefchiffemens.
2$. Lesfoutesj ce font des cloftures bien fermées ou l'on met les marchandiies j ôc les viures,
84. Quand on perd de veue l'Eftoille du Nord ^ on commence à defcouurir le pôle Antartique qui fe nom- me la Croifade ^ à caufe qu'elle eft compofée de quatre Eftoilles en forme de Croix.
85. L'obfcruation , c'eft quand à midy on prend la hauteur du Soleil , on le fait auec l'Aftrolabe ', on la prend auiïi auec le bafton de lacob ou Arbalefte qui Fertpour les Eftoilles : Au cap des aiguilles j les aiguil- les & compas demeurent fixcs^ôc regardent droitement
C H A PI T R E XII. ir|
le Nord y mais l'ayant double ^ les aiguilles commen- cent à Norouefter.
Pour bien garder la police , àc l'œconomie de la Nauigation ;, voicy les officiers qui iontnecellaires jfoit dansrAdmirale;,oulavice-admiralejOules autres Na- uires qui vont en flotte i le General , le Lieutenant Ge- neral y le particulier ; le Capitaine ^ le premier Pilote^ lefecond Pilote, vn m airtre^vn contre-maiftre, vn Mar- chand, vn fecorid marchand, vn Eicriuain , les Chirur- giens , les Defpenders , les Cuifiniers , les maiftres-va- letsi le maiftre Canonnier, les loubs-canonniers y voi- la les perlonnes de commandement dVn Nauire Fran- çois.
Le Capitaine commande abfolument en toutes cho- fes i le premier Marchand a pouuoir fur la marchan- dife & commerce feulement; on redouble les princi- paux Officiers, afin qu au défaut de IVn , l'autre puiffe luppleer. L'Efcriuain efcrit la marchandife qui entre & fort du vailfeau : le Pilote n'a autre commandement qu'en ce qui concerne la Nauigation. Le maiftre a com- mandement fur tous les gens de Mer, &c a la charge du Nauire, &:de tous les vtenfilles, & viuresvluy met des delpeniiers à fa deuotion. Les maiftres-valets font les plus habiles de tous les Mariniers , qui ont foin des cordasses, voiles, marieuurés y & autres telles cho(es,&: commandent auxieunes Mariniers, &feuls donnent le foiiet aux garçons , & aux pao;es de Nauire.
Faire le Matelota2;e , c'eft mettre les 2:ens dcuxà deux, comme en terre on fait les Camèrades , afin dé s'entr'aider ôc foulager comme frères les vns les autres»
P 2.
114 .;la marine.
on partage auffitout le Nauire^ afin que pendant quV- ne partie dort ;, l'autre face la fentinelle y &: trauaiUc comme il faut.
Quand les Nauires fe rencontrent ôc fe creuuent plei- nes d'amis, l'honneur des Capitaines ell de faire des fe- ilmsles vns aux autres, cela le fait à volées de Canon, à fon de Tompettes &c de plufieurs inllrumens , ôc au refte grand chère lans y rien cfpargner. Le Nauirc qui fait le feftin donne aulh les volées de Canon, S'il eft lors bonace , les vaiffeaux vont à leur volonté &c les voi- les baffes poureflre plus longtemps enfemble, 6c faire chère lie jù lèvent ne permet pas cet abord , ôc que les Nauires voguent de bon vent, ne pouuant s'cntre-parler ils fuppléent à ion de Trompettes, & fe font auffi bien entendre auecleursfredons des Trompettes , qu'auecla parole, &fe font mille careflès enfuyant.
Les Maloiims ont de bons hommes de Mer d'ordi- naire, &les Dieppois j s'ils aiment la fatigue , ôc qu'ils fçachent commander à leurs bouches, Regarder la po- lices ils ont bonne cognoiffance du Globe , ôc de la Car- te. Mais il le Capitaine n'a pouuoir du Roy , ou du Par- lement d'exercer luftice , ôc qu'on ne face eilat de fes commandemens, tout eft perdu.Vn mutin dans vn Vaif- feau eft capable de tout perdre.
On treuue fort peu de bons Marinieirs , ôc on ne treuue que trop de hafle-boulines , c'eft à dire , de ceux qui tirent fur les cordagesUes bons Mariniers font ceux qui grayent ôc font le maneuure du Nauire , montent au haut des Hunes , ôc font prefts à tout faire , ôc a-» droits. ,
Chapitre XII. 115
, Le'Scurbutj à vray dire , n'eft pas le mal ordinaire de laMer, mais c'eftvn mot HoUandois , pour fignifier le mal que les Portugais appellent mal des genciues , & nos François nomment mal de terre , c*eft vn mal con- tagieux ^ qui rend l'haleine forte & puante , l'air marin^ les ordures des habits ^ leau de Mer, la longueur du voyage , les eaux douces gaftees y les viures my-pourris, fe lauer dans la Mer , dormir auferein , ce font les eau- fes de ce vilain mal , qui enfle les gens comme hydro- piques j & l'enfleure eft dure comme du bois ;, la cou- leur eft liuide & comme de langmeurtry , les genciues vlcerees & noiraflres , les dents difloquees \ on eft li alouuy & auidement affame , qu'il femble qu'on man- geroit tous les viures en vn repas , cependant on ne fçauroit manger j ny guérir , fi ce n'eft qu'on prenne ter- re & qu'on vfe d'eau douce , & de fruits y c'eft pour- quoy nos François l'appellent mal de terre , c'eft à dire, qui ne guérit iamais (mon en terre.
Dragons de Mer, font tourbillons fort gros , qui fc- roient couler à tond les Nauires s'ils paffoient par del- fus, les Mariniers les voyant venir de loin tirent leurs efpees, les battent lesvnes contre les autres en Croix, & tiennent que cela fait pafter l'orage à cofte ; cela fem- ble fuperftitieux.
Trauades , ce font des bourrafqucs de Mer , ôc des loiiemes quandtantoftlabonacefuruient, tout à coup l'orage, puis le calme, & onnefçait que faire.
Louoyer , c'eft quand on defire garder vne veue de terre , ou vn certain endroit de Mer ou parage , on va tantoftd'vncoil:é,tantoftde l'autre, biaifant & ferpen- tant. P 3
n6 LA MARINE.
Vne Patache , ccd le bafteau attache au Nauire, dont on fe fert pour cnuoyer à recognoiftre les en- droits , pour prendre terre en neceflite , entrer dans les riuieres ou les gros vaifleaux n'entreroient pas^ & taire mille bons offices.
Les courans de la Mer furuenans emportent les Na- uires , & n'y a moyen de le fauuer & faire fon voyage. Quand le port eit affable il le faut curer y nettoyer j ren- dre Nauif^able , ôc faire bon anchrag^e.
Pour bien faire il faut trois boulloles au grand Na- uire^ autrement ils ne fe pourroient entendre. Les Trin- queres font les principaux Mariniers qui ont loin du cordage , & des voiles.
Les garçons qu on nomme Pages , ne leruent qu'à appeller le monde à fon deuoir , ôc crier à pleine tefte au pied du grand MafI: : ils premient auffi garde aux lampes^ font les meffages du maiftre ; mefme on lesfait garder les deux cuifines qu'on nomme fougons , où il faut toufiours tenir des gardes & foldats , afin que per- lonne n'allume du feu , ôc en porte par le Nauire.
CaraqueSjfont les plus grands vaillcaux du monde^ & font du port de quinze cens ou deux mille tonneaux; font vaiffeaux de Portugal , qu'ils nomment Nauires de voyac:;e. Les Galions de Bilcaye portent fept cens ou liùit cens tonneaux j Carauélle , cil vn Nauire moyen; Nauires François de guerre , vont mieux que cesgrof- fes Caraques qui femblent des Chafteaux où il y a qua- tre eftages ou ponts ^ ôc lous chacun le plus grand hom- me du monde fepeut promener fans toucher le Tillac. Cart j c'ell: la fentinelle ôc le guet ^ ôc faire cart, c'eft
C H A P I T R E XIII. 117
veiller en fencinelle les vns après les autres.
Piloter j c*eft quand ceux du païs auec de petits ba- fteauxconduifentles vaifTeaux eftrangers par les bonnes routes & hors des brifans , des baffes , & des fables , ou des Rochers.
L E A V.
Chapitre XII L
'E A V fe change en mille & mille formes , car fe coulant parmy le grauier elle le dore ^ fe froiifant entre les cailloux elle efcume j fen- dant les preZj &trenchant la verdure femble vn faphir gliflantj & courant après foy-mefme j ierpen- tant vn Jardin & le paffementant \ parmy les fleurs de lys ce n'eft que du laiâ: courant -, parmy les Rofes y de l'Efcarlatte flottante i parmy les Violettes , du Crillal azuré gazoUillant i parmy les fleurs ^ vn arc en Ciel li- quide ^ peint de mille couleurs ondoyantes i es campa- gnes vous diriez que c'efl: de la glace fonduèV, esmarefl:s vn'eau morne & qui moifit j es fontaines de l'argent gliffant & du verre , en la Mer elle cft fombre & noira- ftre , es forefts elle efl; noire & portant le dueil ^ finale- ment c'eft vn Caméléon qui s'habille de toutes les cou- leurs quelle arroufe en partant 5 & le miroUer déroutes les bcautez. Es lieux chaud&> elle fume ôc bouillonne , à
IlS l'ê a V.
l'ombre, elle fe morfond j battue du Soleil , elle s attié- dit, iurlemec de glaçons , &c de neiges elle blanchit & friflonne. Que diray-ie de fa faueur î elle ell alpre icy ^ là amere , aigre , piquante , douce , auflcrc , violente , tout ce qu'on veut ielon qu'on en fait intudon en diuerfcs choies. Es jus trop meurs & trop cuits du Soleil elle s'aigrit ^ Tablynthe la confit en amertume , le vin luy donne pointe , l'ail luy donne du feu &c vn goull poi- gnant , le venin l'appefantit ôc la rend de trop forte cuilon , le miel la fucre , Tame de la noix la conuertic en huyle. Et comme elleeft la nourrice des biens de la terre , & les nuées les mammelles dont Nature allaite les créatures, l'Eau engraiffe la racine, enfle les germes, poulie le branchage, teint le fueillage ôcle defplie , fer- re les boutons , defboutonne les fleurs , nourrit les fruits j leur donne l'enbonpoint^ forme la graine & l'ar- me de peaux fortes contre les outrages de l'air. N'efl:-ce pas cho(e miraculeufe qu'eflant la mère de tout ce qui croit elle fe metamorphofe en tant de façons ? elle fe rend d'vn fuc triile & mal-plaifant es arbres mclancho- liques , douce es plus efucillez & refioiiis , tardiue icy, là de haftiueau. Et mefmes fes douceurs (ont infinies , pi- quante au vin, douceâtre en l'huyle , aigrette es Ceriks, lucrine es Figues, aigre-douce es Pommes , es Dates em- miellée. Mefmes à la main icy elle eft doux-coulante , là vn peu afpre, graffe, gluante, fuyarde , flattante , mordi- cante , pefante , légère. Les arbres mefmes pleurant ne dégouttent point de mefmes larmes, le Cerifier pleure la gomme, le Baume iette foh Baume ',' 6c fuë fon Mufc excellent, le Peuplier fileXAmbre ôcdi-ftile de l'or cou- lant.
Chapitré XII I. 115^
lant^ ou du verre d'or qui porte iour. le noie dire que lïau fe change en autant dénatures qu'il y a d'herbes^ fleurs j arbres j fruidls ^ créatures qui font au monde. Elle fe teint en graine dans la rofe^ en elcarlatte violette^ dans les violettes , elle fe dore au Soucy , s argenté au Lys, s'enfanglante es œillets j pallit es giroflées j reuerdit es herbes y efclatte es Tulipes ^ &c s'emperle & s'eimaille eu mille façons. Es Pierreries elle fe glace en feu , en fang, enor^ en lait, en efclat^ en Ciel dans l'Elcarboucle, le RubiSjleLapis^ le Diamant ^ le Saphir, chafque goutte vaut vn threfor. Dites en outre que c'efl: la mefme qui fe roidit en l'efcorce ridée dVn pommier ,